La politique en textes !

LA RÉPUBLIQUE -Le Glaive sept-oct-1998
5 avril, 2010, 19:23
Classé dans : politico-historique

En 1965, le général de Gaulle vint à Saumur pour une visite officielle. J’étais à l’époque un gamin en culotte courte, été comme hiver. On était peu de temps après la guerre d’Algérie et de peur d’un attentat de la part de l’O.A.S. on avait mis des policiers en uniforme et en civil à tous les mètres, sur les toits. Ce jour là ma mère m’avait donné ma veste bleu-marine, une chemise blanche, ma cravate écossaise, une paire de gants, pour aller écouter le général.

A la fin du discours, cela finissait par « Vive la République, vive la France » et le Président d’entonner une Marseillaise tonitruante reprise par la foule. Le terme République semblait formel, tout petit et on n’insistait pas beaucoup sur ce qu’il pouvait représenter. En revanche, ce qui, de façon évidente paraissait très important, était la France. Quant aux droits de l’homme, on n’en parlait pratiquement jamais.

Maintenant la gauche utilise sans cesse le mot République en y incluant bien sûr ceux qui sont politiquement corrects. Par contre ceux qui sont contre l’immigration (puisqu’actuellement la France n’en a pas besoin économiquement), ceux qui sont contre la dissolution et la désintégration de la France dans l’Europe d’Amsterdam sont traités de racistes et de xénophobes et sont donc contre la République. L’astuce des idéologues est d’utiliser des mots au sens flou pour la population et de les tordre à leur guise. Les Français par leur éducation ont appris à l’école à respecter le mot République et tout ce qui est considéré comme non républicain par les faiseurs d’opinion ne peut-être que mal. On a donc droit à cette distinction très lourde et totalement artificielle entre la droite républicaine et l’autre, la méchante, la nôtre. De façon curieuse, cette distinction est reprise par ceux qui se disent gaullistes !

De Gaulle, de façon manifeste, aurait été contre l’Europe d’Amsterdam supranationale. Il serait maintenant traité de xénophobe et de raciste par Chirac. On reproche au Front National d’avoir une conception ethnique de la France alors que le général avait, lui aussi, par ses déclarations et écrits une conception ethnique de son « cher et vieux pays ». Le dénouement de la guerre d’Algérie a été en grande partie lié à des considération ethniques puisque le chef d’Etat était totalement opposé au mélange des deux peuples de race et de culture différentes, et cela a été un drame pour plus d’un million de pieds noirs.

Après la seconde guerre mondiale, De Gaulle proposait de favoriser l’immigration en France d’européens du Nord, d’origine germanique plutôt que ceux d’Europe du Sud. Sur cette question le Front national n’en demande pas tant.

Quant aux propos du Général, nombre d’entre eux seraient taxés actuellement de racistes, xénophobes, antisémites, parfois même avec un brin de fascisme « les Français sont des veaux ». A Léon Delbecque, ne dit-il pas, en apercevant sa fille : « vous n’aimeriez pas la voir mariée à un bicot ? ».

A propos de République, on entendit le soir des élections régionales les hommes politiques républicains comme Jack Lang utiliser avec délectation le mot très national-socialiste : «souillure». Le Front National souille la république sans doute comme les nazis accusaient les juifs de souiller l’Allemagne. Un livre paru appelle à boycotter les commerçants sympathisants du Front National. A quand la nuit de cristal contre les adhérents du Front National ?

A propos de souillure, on peut dire en toute bonne foi que Jacques Chirac en intervenant de façon partisane souille la fonction de Président des Français. Chirac incarne à merveille cette contradiction extrême entre le fait d’être arrivé au sommet tout en étant de façon évidente quelqu’un qui n’est rien intérieurement, enveloppe totalement vide, sans aucune profondeur. On en vient parfois à se demander s’il a écrit une seule ligne des discours qu’il lit. Il illustre fort bien cette maxime de notre nouvelle société : « Plus on est rien, plus on réussit ».

Ceci pose la définition de l’homme politique que génère notre république démocratique. Il est devenu l’homme inauthentique, faux, fait de mensonges, de tuc et de toc et qui feint de croire avec une mauvaise foi toute sartrienne que le fait d’être élu vient de sa valeur alors que, la plupart du temps, il doit son élection à la médiocrité à laquelle peut s’identifier le plus grand nombre d’électeurs.

Les hommes politiques ne font qu’essayer de suivre les électeurs et le goût du jour. Actuellement, il faut pour un politique écrire un livre d’Histoire, comme un étudiant doit rendre sa copie ou son mémoire de fin d’année, tout cela pour s’entendre dire : « Quel homme brillant, non seulement c’est un élu de la République mais en plus il écrit des livres ». Bien sûr, la plupart du temps leurs livres sont écrits par des nègres, pardon des collaborateurs, mais cela importe peu, ce qui compte est faire croire.

La République actuelle a créé son nègre blanc, c’est à dire celui qu’on peut haïr et injurier à longueur de journée en toute légalité et en toute impunité, celui à qui on donne l’étiquette «fasciste». Pour ce dernier tout est permis. A défaut d’être abattu physiquement, tout est bon pour l’abattre politiquement, socialement. Il suffit d’écouter et d’observer sur les médias le mélange de haine et de jouissance malsaine qu’éprouve un homme politique de gauche (parfois de droite) lorsqu’il prononce ces mots, «extrême droite», «fasciste», «raciste», où l’on sent une odeur de mort suinter.

Il faut toute la grandeur d’âme et la force de caractère des électeurs du Front National pour, après cela, continuer à aimer la république ou tout au moins ne pas la détester autant qu’ils pourraient le faire.

Patrice Gros-Suaudeau 1998


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