DANS les milieux intellectuels parisiens, un certain snobisme consiste à développer l’idée que le chômage ne provient pas de ce qui saute aux yeux, c’est-à-dire l’immigration et la mondialisation. Cela vient sans doute d’un vieux fonds philosophique platonicien, la vérité que connaissent « ceux qui savent » ne pouvant être que différente ou même contraire aux apparences.
Dans nos pays industrialisés, l’immigration ne peut avoir que des conséquences directes sur les travailleurs français, Elle affaiblit bien sûr le pouvoir de négociation des salariés français par rapport à leurs employeurs, De plus, un employeur trouvera toujours plus immigré qu’un autre et, à ce jeu sans fin, les « de souche » ne peuvent être que perdants.
D’ailleurs, quoi qu’on dise, de nombreux Français accepteraient les travaux effectués par des immigrés et cette concurrence n’existe pas uniquement dans l’industrie : de nombreux allogènes exercent maintenant aussi bien dans la médecine que dans l’Education nationale. L’immigration implique donc pour les Français une situation concurrentielle dans leur propre pays, au détriment de leur niveau de vie, de leur salaire ou même de leur emploi. Cette politique d’immigration n’a été qu’une solution de facilité dans une vision économique à très court terme. Lorsque, par exemple, une entreprise de bâtiments publics emploie des étrangers, cela lui permet d’avoir une main d’œuvre à meilleur marché. Le coût très élevé supplémentaire est payé par la collectivité (logements HLM pour les familles, hôpitaux, écoles, allocations de logement, allocations familiales, délinquance, désagrégation sociale, violences urbaines, enlaidissement des banlieues, pollution supplémentaire dans les mégalopoles déjà saturées…)
C’est donc à très juste titre que certains avaient proposé de taxer les entreprises qui emploient des immigrés.
•
Quant à la mondialisation, elle intervient dans le chômage de multiples façons. Les biens importés ne peuvent faire travailler que les pays autres (on ajoutera que la France exporte aussi) mais ceci ne semble pas la raison première car les importations en provenance des pays à bas salaires sont encore faibles.
La conséquence n’est qu’indirecte car les patrons, sous l’effet de la mondialisation, sont obligés d’automatiser, de faire baisser les salaires et même de licencier (on dit joliment « dégraisser » ou « restructurer »).
La mondialisation implique aussi une délocalisation encore plus poussée, que l’Europe de Maastricht accélère. Beaucoup d’entreprises s’installent en Irlande, en Ecosse, en Hongrie ou en Roumanie, pays où les salaires sont très inférieurs et la protection sociale faible. Les salariés français qui se trouvaient en concurrence avec les immigrés dans leur propre pays sont donc aussi concurrencés par les salariés de la « Nouvelle Europe » qui offrent des coûts salariaux plus bas. A ce jeu, on arrivera toujours à trouver un pays moins exigeant que les autres, avec encore moins de protection sociale.
Les pays anciennement industrialisés paient le fait d’avoir acquis par leur travail antérieur, leurs luttes et leur développement économique des salaires élevés. L’Allemagne se trouve dans une situation semblable à celle de la France avec un chômage important. Ajoutons comme autre inconvénient que lorsqu’une entreprise française ou allemande délocalise, elle transmet un savoir-faire technologique, une histoire, à des salariés d’autres pays, tout en ôtant des moyens de subsistance à nos travailleurs.
Une partie importante de la population française se trouve donc à la dérive économiquement. Un rapport récent évaluait réellement à sept millions le nombre de personnes en situation de chômage ou de quasi-chômage. Il faut aussi compter plus de deux millions de salariés à très bas salaires.
Pour l’an 2004, n’allons-nous pas vers un taux de chômage de 10 % (taux officiel) ? Cette situation est acceptée par tous les partis traditionnels (PS, RPR, UDF, UMP). Pour des raisons idéologiques, les humanistes pervers qui influent sur les hommes politiques réclament toujours plus d’immigration, plus d’Europe, plus de mondialisation.
On a beaucoup moqué l’Etat-Nation, mais actuellement, il est le seul à pouvoir mettre fin à cette situation mortifère en rétablissant de nouveau la maîtrise du flux des biens et des personnes. II faut stopper l’immigration et pourquoi pas en inverser les flux, dire aux Français que depuis la seconde guerre mondiale, même dans les années 60, l’immigration n’a jamais été une nécessité économique puisque la main d’œuvre autochtone n’avait jamais été aussi abondante (exode rural de millions de paysans français, millions de femmes françaises entrant dans le marché du travail auxquels il faut rajouter le retour de plus d’un million de « pieds noirs » en France métropolitaine).
L’immigration actuelle en situation de chômage dramatique doit donc être inversée. II faut aussi une France souveraine sur le plan économique et politique qui renégocie le traité de Maastricht (beaucoup de traités dans l’Histoire ont été renégociés) et se donne donc les moyens d’une nouvelle politique économique en fonction de nos intérêts. La frontière doit de nouveau être un instrument dans une action qui puisse combattre le chômage. L’immigration et le chômage ne sont pas des fatalités. Un protectionnisme éclairé permettrait à la France d’avoir une croissance plus soutenue, Il ne s’agit pas bien sûr de faire du protectionnisme avec l’Allemagne ou avec un pays au développement économique comparable au nôtre. Il faut redéfinir nos échanges commerciaux. La Suisse et la Norvège ne font pas partie de la CEE et n’en continuent pas moins d’échanger avec les autres pays, tout en gardant un taux de chômage acceptable.
La dissolution politique de la France s’accompagne d’une baisse de niveau économique pour une partie de plus en plus importante des travailleurs français, L’immigration, l’Europe à outrance et la mondialisation débridée ne sont défendues avec une joie malsaine que par quelques organismes et individus influents qui n’en subissent pas les conséquences.
Des choix autres sont toujours possibles.
Patrice GROS-SUAUDEAU. 2003
Laisser un commentaire
Laisser un commentaire
Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.




