L’époque actuellement refuse toute certitude dans la connaissance. On est arrivé de différentes manières à l’écroulement de la confiance que l’on pouvait avoir dans le démarche scientifique et dans ses fondements. En résumant nous pouvons dire qu’il a été démontré avec Gödel que les mathématiques elles-mêmes ne pouvaient être fondées. Ce résultat était d’une importance extrême puisqu’on avait postulé depuis Galilée que le langage de la science était celui des mathématiques. La physique, en plus de cette critique sur son propre langage, a reçu les coups de butoir les plus divers avec, entre autres, la critique phénoménologique de Husserl. Du statut de savoir quasi absolu ou de modèle pour les autres savoirs selon Kant, elle devient un simple mode d’emploi pratique.
La Science qui croyait être la vérité ou le réel n’est donc qu’une construction axiomatique de l’esprit qui se surajoute au monde perçu qui est premier et dans lequel baignent tous les individus depuis leur naissance.
Auparavant au firmament de la croyance en la science, l’Histoire paraissait, à côté, comme un divertissement pour dilettante puisque les fondements «scientifiques» de celle-ci semblaient bien incertains. Avec la remise en cause donc de l’idée de Science, l’Histoire a changé de statut par contrecoup. Elle est même devenue pour certains comme la référence morale et politique, toute remise en question de celle-ci devenant parfois insupportable.
Le phénomène révisionniste qui, actuellement, prend de l’ampleur a au moins le mérite de poser la question : Qu’est-ce que l’Histoire ?
De nombreuses définitions ont été données dont une de Heidegger semble particulièrement pertinente : « l’Histoire est une projection dans le passé de l’avenir que s’est choisi l’homme ». L’Histoire est avant tout aussi une conscience historique personnelle, chaque individu étant son propre historien, sa vision de l’Histoire comme sa représentation du monde évoluant au cours de la vie. Il n’y a donc pas d’objectivité, il n’y a que de l’intersubjectivité ou ce qu’on appelle objectivité n’est qu’un accord sur les consciences ; cet accord se faisant par toutes sortes de moyens médiatiques et même par l’intervention lourde d’un arsenal juridique qui aiderait ainsi à «mieux» agir sur les consciences.
L’Histoire, à la différence des autres moyens de connaissance «scientifique» traditionnelle, est fondamentalement basée sur l’autorité et la croyance, l’autorité de certains historiens jugés comme «compétents» ou à défaut de la loi. Saint Augustin avait déjà remarqué que la foi n’est pas limitée au religieux.
Tout individu qui ne partage pas certaines versions officielles est donc exposé au pire à une condamnation pénale, au mieux à être traité de salaud ou de fou. Cette pénalisation assez nouvelle associée à l’Histoire et à sa recherche semble singulière puisque le questionnement historique est par essence révisionniste. La société dans sa logique nouvelle devrait, pourquoi pas, procéder à l’internement ou à la psychiatrisation des individus sur qui «l’accord» sur les consciences ne s’est pas fait, la loi Gayssot ne faisant que confirmer le ridicule de la situation.
Dans tout ce contexte de doute généralisé, il ne devait donc rester qu’une seule certitude attestée par loi, l’extermination massive et volontaire de tout un groupe humain pendant la seconde guerre mondiale.
Les révisionnistes, au-delà de leur démarche perverse ou non, posent aussi la question : pourquoi la société a ainsi défini de façon métaphysique cette période de l’Histoire comme étant le mal absolu avec ce que cela comporte non seulement pour les Juifs mais aussi pour les Allemands.
Il semble compréhensible qu’un groupe humain (la communauté juive) ait sacralisé son martyrologe mais celui-ci a aussi été récupéré par la société libérale qui ainsi se définit en comparaison comme étant la meilleure.
Pour des individus vivant dans des HLM de banlieues déshumanisées à côté de supermarchés sordides, il existerait donc pire que leur existence puisqu’un univers concentrationnaire leur est perpétuellement rappelé. Tous les massacres et toutes les guerres comme celle de la première guerre mondiale où des millions d’hommes sont allés à l’abattoir, tous les autres génocides ayant existé avant et après, et à fortiori les conditions économiques et sociales très difficiles de certains actuellement, tout cela est donc bien «léger» vis à vis de l’horreur posée par définition comme absolue. Ceci servirait aussi la cause antiraciste, ciment et socle bien pauvre d’une société en pleine désagrégation. L’extrême droite voit dans le rappel incessant de cette partie de l’Histoire la preuve même d’un lobby juif ou sioniste surpuissant. L’extrême gauche quant à elle, a bien compris son utilisation par notre société capitaliste ou libérale. Ce sont, pour toutes ces raisons que les révisionnistes viennent de ces deux camps.
par Patrice GROS SUAUDEAU




