La politique en textes !

Bilan des explications du chômage
11 mai, 2010, 14:48
Classé dans : économie et finance,immigration

Le chômage est devenu la lèpre de notre société. Il ne peut se comparer à l’inflation puisqu’à la différence de celle-ci, il n’est pas qu’un chiffre ou une variable économique mais la somme de drames humains. Viviane Forester dans son livre « L’horreur économique » a bien décrit la situation de tous ceux qui en sont victimes. Nous allons donner les principales explications de ce fléau qui mine la France depuis bientôt trente ans.

Avant de traiter cette question, il faudrait savoir combien de personnes souffrent du chômage ou d’être plus ou moins exclus de l’activité économique. On ne peut bien sûr se fier au 9 % officiel. Il faudrait compter la population oisive et pourtant apte à travailler. On arriverait, si la proportion de la population travaillant était la même que dans les pays occidentaux développés comparables au nôtre, à une dizaine de millions de personnes inemployées. La grande majorité, bien sur, n’est pas comptabilisée comme étant au chômage. On a aussi là l’explication de la baisse en France enregistrée l’année dernière au classement des pays en considérant le PIB par habitant. Ceci avait mis en émoi toute la classe politique.

Le mot mondialisation est devenu galvaudé. On l’accuse de tous les maux. Est-ce si simple ? Ou alors faut-il encore démontrer son rôle dans la montée du chômage en France. La mondialisation ou globalisation consiste dans la suppression des frontières sur le plan économique et en partie politique puisque maintenant nous avons la libre circulation des biens, des capitaux et des hommes même si bien sûr existent encore des traces plus ou moins fortes de protectionnisme.

Le facteur de chômage le plus immédiat est le différentiel de taux de salaire qui peut exister entre les pays développés et les pays qu’on appelle émergents qui produisent à moindre coût. Cette explication du chômage a été particulièrement mise en avant par Maurice Allais dans de nombreux articles. Il propose donc de pratiquer un certain protectionnisme avec les pays émergents, pays envers lesquels les pays européens ne peuvent concurrencer, c’est-à-dire redonner un sens à l’Union européenne sur le plan économique.

Cette thèse a été contestée par Jean-Paul Fitoussi qui écrit dans son livre « Le débat interdit » :

« Il n’existe pas de déséquilibre dans les échanges commerciaux de la France avec les nouveaux pays industrialisés d’Asie. Cela signifie qu’un protectionnisme français n’aurait aucune influence bénéfique sur le chômage. »

Le raisonnement de Jean-Paul Fitoussi n’est pas complet puisque les produits exportés par les pays européens développés contiennent moins d’emplois que les produits exportés par les pays à bas salaire.

Il y a donc bien transfert d’emplois et il faut redonner raison à Maurice Allais sur ce point.

Ceci a une conséquence sociologique, puisque c’est la population française peu qualifiée qui subit le plus le chômage. Vis à vis de la mondialisation, il existe une France à deux vitesses, celle qualifiée ou diplômée et l’autre déconnectée de l’économie mondiale, ceci d’autant plus que selon l’économiste Krugman, le progrès technique élimine avant tout le travail peu qualifié. On peut dire que les trois quarts des Français vivent assez bien, le quart restant difficilement. Certains ont appelé cela la fracture sociale. Mais à part donner un nom à un phénomène, cela n’a pas eu beaucoup d’applications pratiques.

Les délocalisations, de façon évidente, font perdre autant d’emplois en France.

Dans la libre circulation des capitaux financiers tout ce qui est investi dans les pays émergents ne profite pas au pays émetteur. Les flux nets de capitaux privés en provenance des pays développés et à destination des marchés émergents ont pratiquement quadruplé depuis le début des années 90.

Quoi qu’en disent les optimistes béats de la mondialisation, elle a contribué pour la France à l’augmentation du chômage même si on peut difficilement y échapper.

La construction européenne a été posée comme étant métaphysiquement le bien. Les effets négatifs qui peuvent en résulter sont donc pour les élites qui nous gouvernent négligeables, le chômage en particulier.

La politique du Franc fort et la mise en place de l’euro ont coûté selon certaines estimations économétriques entre un million et un million et demi de chômeurs supplémentaires. Cet euro existant ne pourra qu’exacerber les politiques de désinflation compétitive, puisqu’on ne pourra jouer sur le taux de change, avec aggravation du chômage.

Quant au pacte de stabilité les Allemands connaissent le syndrome du pont de la rivière Kwaï et leur discours revient à ceci : « Le pacte de stabilité est mauvais pour l’économie allemande et donc européenne, mais comme c’est nous qui l’avons conçu, nous l’appliquerons avec zèle ». Toute cette construction européenne a été faite dans l’esprit du monétarisme et du libéralisme mondialisé et consiste à ôter les unes après les autres les prérogatives aux gouvernements nationaux et peuvent ainsi de moins en moins mettre en place des politiques nationales antichômage.

Le terme euro-mondialisation utilisé par un certain parti politique n’est pas aussi stupide.

La construction européenne a consisté aussi à favoriser le développement économique de certains pays comme l’Irlande ou le Portugal malheureusement au détriment de ceux qui n’étaient pas considérés comme prioritaires.

Le capitalisme de nos jours est devenu financier. Les fonds de pension exigent par exemple des taux d’intérêt de plus en plus élevés et il faut donc licencier pour augmenter les valeurs des actifs financiers.

Cette globalisation financière qui implique le pouvoir des créanciers est une conséquence du libéralisme mondialisé imposé par les différents organismes internationaux : Commission de Bruxelles, OMC, FMI, banque mondiale… et bien sûr la puissance des États-Unis.

Cette financiarisation de l’économie est donc un facteur supplémentaire dans l’augmentation du chômage avec toujours aussi, nous allons le développer après, le choix en faveur de la lutte contre l’inflation au détriment du chômage..

Nous l’avons vu, il reste très peu de pouvoir aux gouvernements nationaux, mais la politique économique française a été constante depuis une vingtaine d’années : elle a été celle de la désinflation compétitive. Qu’est-elle ? Elle consiste à avoir une inflation moindre que les autres pays concurrents.

Tout d’abord elle a l’avantage et la force de faire sérieux, avec des mots qui ronflent bien «austérité», «rigueur». Elle a été théorisée et doit donc en principe amener de l’emploi dans le moyen ou long terme. C’est « il faut que cela saigne aujourd’hui pour aller mieux demain ». Les chômeurs ont donc une fois de plus été sacrifiés. On a même considéré cyniquement que leur augmentation était une bonne chose puisque cela faisait pression à la baisse des salaires.

Le différentiel d’inflation est devenu de nouveau favorable à la France comparé à l’Allemagne et la balance commerciale de nouveau excédentaire. Si humainement cela été négatif, nous avons incontestablement eu une réussite pour les indicateurs globaux ou ceux que l’on considère pertinents. Cela pose quand même les questions : Faut-il exporter pour exporter et l’économie ne doit-elle pas avant tout être au service des hommes ? La France avait-elle la possibilité de faire autrement ?

On s’aperçoit déjà dans cette série d’explications que tous les facteurs macro-économiques depuis 73-74 ont joué à favoriser la montée du chômage si l’on excepte les années miraculeuses (98, 99, 2000) dues à l’exceptionnelle croissance américaine.

En tout cas les explications de la fin des années 70 sur la crise et le chômage dues à l’augmentation du prix du pétrole ou à l’effondrement du capitalisme pour les marxistes ont aujourd’hui quelque chose de surréaliste.

Quant à la distinction entre chômage classique et chômage keynésien de la théorie économique que l’on apprend aux écoliers cela semble bien désuet et peu pertinent dans une économie plus qu’ouverte même si on peut encore puiser dans la théorie certains éléments pour agir surtout si l’on est resté keynésien en dépit du terrorisme intellectuel libéral. La force de la pensée libérale, en dépit d’un outillage mathématique assez sophistiqué est d’être assez proche de la pensée de quelqu’un sans connaissance économique, alors qu’il faut plusieurs années à un économiste pour assimiler toutes les finesses de la pensée keynésienne.

Dans son livre, bon par ailleurs, Jean-Paul Fitoussi se vante d’aborder sans tabou toutes les questions relevant du chômage, mais il se garde bien d’aborder le tabou de l’immigration.

Il est pourtant évident que, dans un contexte où l’emploi est devenu de plus en plus rare, pratiquer une politique de forte immigration comme on l’a fait depuis trente ans, ne pouvait qu’aggraver le chômage.

La mesure prise par Giscard en 1980 d’organiser le retour des immigrés dans leur pays d’origine était avec du recul plutôt sage. La politique d’immigration n’a pas de fondement économique depuis longtemps si ce n’est satisfaire le fanatisme idéologique du métissage et quelques chefs d’entreprise à l’âme de négrier et secteurs (nettoiement, confection… ) qui représentent peu par rapport au PIB. Certains pensent, l’immigration alimentant le chômage, que cela fait pression à la baisse pour les salaires, le coût étant pour la collectivité, le désagrément pour ceux habitant les quartiers que l’on appelle pudiquement sensibles.

Après avoir donné les explications majeures du chômage la question est bien sur de savoir si on peut améliorer cette situation ou faut-il demander aux chômeurs de souffrir en silence en attendant une hypothétique reprise américaine. La politique gouvernementale est ligotée par une multitude de traités que la France a signés et qui appliquent un libéralisme de plus en plus radical et mondialisé. Il est difficile de s’y soustraire en tout cas brusquement, la France ayant sa signature. Des transferts de souveraineté immenses ont été faits et c’est sans doute la raison pour laquelle la gauche au pouvoir a voulu combattre le chômage par les trente-cinq heures et les emplois jeunes. La réduction du temps de travail a braqué les entreprises ; quant aux emplois jeunes il n’est jamais très sain économiquement de créer de faux emplois si ce n’est occuper une jeunesse en grande partie issue de l’immigration dont on ne sait quoi faire. Ce n’est pas comme cela que l’on rétablira la compétitivité de la France. Les mesures possibles seraient de reconsidérer certains traités et faire fortement diminuer l’immigration.

PATRICE GROS-SUAUDEAU

STATISTICIEN – ÉCONOMISTE


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