Quel est le sens du conflit Etats-Unis – Talibans ?
L’homme a toujours recherché la certitude. Il y a deux sortes de réponses possibles à cette attitude. La certitude peut s’obtenir par la foi ou la religion ou se construire par la pensée sans référence divine. L’Occident, héritier des Grecs possède donc deux grandes traditions : la pensée platonicienne qui consista à établir une vision philosophique du monde, et qui donna naissance à toute la philosophie actuelle, la pensée aristotélicienne (d’Aristote) et son prolongement qui ont produit la pensée scientifique. Dans ces deux pensées il n’y a pas de référence aux mythes et à la religion. Depuis Descartes qui veut fonder la certitude sur le cogito en doutant de tout, Kant qui a voulu établir les conditions transcendales de la connaissance, Hegel et sa recherche du savoir absolu jusqu’à la phénoménologie d’Husserl, l’homme occidental (ou tout au moins ses représentants les plus distingués) a voulu établir le vrai, tâche infiniment plus ardue que de détruire le faux comme le reconnaîtrait lui-même le philosophe des sciences Popper. La philosophie analytique par exemple dissèque sans pitié tout énoncé pour savoir s’il a un sens ou une quelconque véracité. (les déconstructeurs de la pensée sont plus nombreux que les constructeurs).
La dernière grande religion absolue à dimension planétaire qui subsiste est l’Islam. Elle a décrété des dogmes intemporels et le socle de tous ceux-ci est la foi, certitude inébranlable envers laquelle on ne peut toucher ou douter. Les non religieux appellent cela du fanatisme. Le christianisme quant à lui s’est dissous dans les droits de l’homme, l’influence bouddhique, le politiquement correct, bref dans la modernité. Il a donc beaucoup perdu de sa religiosité. C’est d’ailleurs une critique fondée que font souvent les catholiques intégristes. La «religion» chrétienne est devenue par la force des choses mièvre et «femelle» face à un Islam guerrier et conquérant. Quant au bouddhisme, il est plus une philosophie orientale qu’une religion. Les Américains sont les héritiers des Grecs dans sa version la plus technico-scientifique ou aristotélicienne. La pensée occidentale fondée sur la science et la raison a été extraordinairement féconde en réalisations à la fois théoriques et appliquées et a permis un formidable développement économique. On a envoyé un homme sur la lune en appliquant la mécanique newtonienne même si les fondements ultimes de la loi de la gravitation n’ont jamais été donnés comme de toute loi physique.
Ceci est tellement évident que les ennemis de l’Occident sont contraints d’utiliser ses réalisations techniques jusqu’à la montre de Ben Laden. Ce développement technique et économique est apparu comme une supériorité et a engendré la jalousie et la haine. A ce sujet on ressasse sans cesse la période coloniale qui dans le fond a été très courte et serait responsable de «l’infériorité» du tiers-monde. Il est significatif que beaucoup des terroristes aux Etats-Unis qui ont participé aux attentats ont fait des études supérieures dans des pays occidentaux. Plutôt que de les occidentaliser, cela a sans doute été ressenti comme une humiliation supplémentaire comme si le «vrai» savoir ne pouvait être qu’occidental. Heidegger qui a repris la pensée de Husserl là où elle s’est arrêtée n’a pas réintroduit le religieux, mais par son retour aux présocratiques a essayé de sortir d’un nihilisme inhérent à notre pensée. Quant aux nazis, ils ont réintroduit la mythologie germanique avec sans doute plus de sentimentalisme que de conviction. Les pays communistes avaient voulu éradiquer la religion, synonyme d’obscurantisme et de frein au développement. La pensée occidentale areligieuse culmine dans l’athéisme obsessionnel avec Nietzsche et son fameux cri : « Dieu est mort ».
Les Islamistes reprochent sans cesse l’athéisme des Occidentaux et même s’ils sont croyants de vivre comme des athées dans une société où Dieu est exclu. Il est vrai que dans notre société technique et libérale, quelle est sa place ? Le croyant dans le fond n’a jamais supporté le non-croyant et ceci n’est pas spécifique à l’Islam. Dans tous les pays occidentaux à des époques diverses, du conflit entre religieux et non religieux sont résultées toutes sortes de compromis.
Huntington a donc bien vu l’incompatibilité entre la vision du monde occidentale et celle d’un Islam qui peut être radical. Il ne peut en résulter que son fameux choc des civilisations. Fukuyama quant à lui, a eu une lecture hégélienne de l’Histoire trop occidentalisée. Si en revanche, il fallait rester à l’école de Hegel et décrypter, donner un sens à toute bombe déversée ou balle tirée par des hommes sur d’autres, tout meurtre étant un acte métaphysique, les attentats de New-York et les bombardements sur Kaboul ne traduisent que le très vieux conflit, mais à une dimension planétaire entre les religieux et les non-religieux.
PATRICE GROS-SUAUDEAU STATISTICIEN-ECONOMISTE.
À propos de l’endettement de la France
De nombreuses raisons ont été données, mais nous allons en examiner deux particulièrement qui contribuent le plus aux mille milliards d’euros de dette.
La Construction Européenne
La France a toujours été un pays contributeur, c’est à dire une « vache à lait » au même titre que l’Allemagne ce qui donne des milliards d’euros cumulés à perte pour la France. Mme Thatcher déclarait : « I want my money back ». La France par générosité ou gloriole se veut à la pointe de la Construction Européenne. Cela a un coût. Il ne suffit pas d’être Européiste, il faut aussi le payer (quitte à vendre le stock d’or de la France !).
Maurice Druon qui n’est pas économiste écrivait qu’avec l’euro, on n’avait plus la facilité de dévaluer.
Une dévaluation n’est ni une chose facile ou difficile, une monnaie doit simplement être adaptée à la compétitivité du pays. Si le franc existait encore, on aurait certes pu dévaluer un peu, exporter plus et ainsi financer nos déficits en créant même plus d’emplois. La Chine utilise bien les délices d’une monnaie faible, trop au goût de certains.
Avec l’euro, cela n’est plus possible. Le traité de Maastricht ligote les politiques économiques possibles et ôte beaucoup de souplesse aux différents pays.
La Banque Centrale Européenne ne fait que lutter contre l’inflation dans l’intérêt des rentiers ce qui ne favorise pas la croissance. Une inflation modérée est pourtant une bonne chose pour l’économie puisque cela pénalise (légèrement) les rentiers non productifs et moins consommateurs au profit des productifs plus consommateurs.
Le traité de Maastricht a été néfaste pour la France puisque maintenant la Banque de France ne peut plus faire d’avances au Trésor ce qui permettait la création monétaire au moment opportun. Dans le dernier rapport du FMI, il est prévu que la zone euro aura le taux de croissance le plus faible du monde, en dessous de l’Afrique subsaharienne.
Voilà à quoi sont arrivés les Technocrates de la Construction Européenne, du pacte de stabilité et de la mise en place de l’euro.
Dans un contexte de croissance plus forte (possible si nous avions gardé le franc) la dette de la France serait beaucoup moins un problème.
L’immigration
On peut évaluer à environ 300 000 immigrants supplémentaires en France chaque année (demandeurs d’asile inclus). C’est énorme d’autant plus que 90 % sont à la charge de la collectivité avec tous les frais supplémentaires différés que cela constitue (allocations renouvelées chaque année, écoles, hôpitaux, soins, logements, prisons … ).
Dans un contexte où on évalue à deux millions et demi (2 700 000 exactement) le nombre officiel de chômeurs, la France n’a pas les moyens économiques de les accueillir. Il a fallu par exemple réquisitionner 18 000 chambres d’hôtel pour les demandeurs d’asile dont le nombre ne fait qu’augmenter. On a toujours abordé la question de l’immigration en termes idéologiques. Il serait temps de raisonner aussi en termes économiques.
La liquidation de la France (la grande affaire de la politique française)
Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, toute la politique de la France a consisté à en finir avec la France si l’on excepte la parenthèse De Gaulle. De l’extrême gauche en passant par Cohn-Bendit et Giscard jusqu’à l’extrême droite d’Alain de Benoit qui arrive à croire sans rire que la construction européenne est synonyme de l’Europe de la race blanche, pratiquement toute la classe politique (surtout celle au pouvoir ou proche de lui) a en commun la haine de la France et de la nation. Elle se grise de slogans : « L’Europe démultiplicateur de puissance ». Pour qui ? Pour quoi ? Pour défendre quel être ? Comme si l’Europe sac de noeuds d’intérêts divergents était le prolongement des intérêts de la France.
« L’Europe : la France en plus grand » : expression franco-française qui fait sourire les autres Européens. L’Europe est devenu le trou noir de toute l’action politique en France depuis plus de trente ans. Cet ensemble européen est d’ailleurs flou, fluctuant, et indéfinissable. On aura sans doute l’entrée «irréversible» de la Turquie selon Jacques Chirac. Dominique Strauss-Kahn veut même faire entrer les pays du Maghreb dans l’union européenne. Tout n’est que question de temps. Ce qui est impensable aujourd’hui ne l’est déjà plus demain. Qui aurait pensé il y a vingt ans que la Pologne et les pays baltes intégreraient l’union européenne ? Ceux qui ne se plient pas à cette version du monde sont considérés comme nostalgiques, passéistes, aigris et même racistes, mot qui donne des frissons.
Dans cette communion de la haine des nations, l’immigration n’est pas une question à part, mais est intimement liée avec la construction européenne, à la fin de la France, des nations et à la mise en place de l’idéologie post-nationale.
Cela donne sans doute des satisfactions à tous les haineux de la France. De Gaulle ne voulait pas que l’Europe se fasse sur le cadavre de la France. Il n’avait pas vu assez loin. L’Europe se fera certes sur le cadavre de la France, des nations, mais aussi sur le cadavre des peuples européens qui disparaissent peu à peu noyés dans une immigration à venir encore plus forte que celle qu’ils ont connue jusqu’à maintenant. En trente ans (ce qui est très peu) la France a changé physiquement ; il suffit de se promener dans les banlieues des grandes villes pour que cela saute aux yeux. Les banlieues immenses, peuplées de jeunes d’origines diverses, pèseront demain infiniment plus lourd que les campagnes de France «encore» françaises mais peuplées d’une population dont la moyenne d’âge est très supérieure. La France de demain se trouve en banlieue et non en Corrèze.
Dans un contexte de mondialisation totale où les détenteurs de capitaux investissent sans état d’âme sur toute la planète là où c’est le plus rentable, que veut dire l’Europe de l’économie ? La construction européenne a été fondée sur de grands mensonges à l’égard de ses habitants. Tout d’abord le mirage de la puissance (qu’est-elle vraiment de nos jours et pour quoi faire) fondée sur le nombre, le mirage de la paix qui dans le fond est venue de la dissuasion et qui n’empêche pas hélas le terrorisme, le mirage d’une Europe fondée sur l’héritage commun alors que dans le même temps on fait juxtaposer en France et en Europe toutes les religions et toutes les communautés de la planète, le mirage d’une Europe indépendante alors que les centres de décision se trouvent à l’ONU, l’OTAN, l’OMC et même à Washington et New-York dans les sièges des multinationales. Il serait temps d’arrêter de vivre sur des illusions et de réfléchir sur ce que l’on veut construire ou détruire. Y gagne t-on vraiment à noyer les identités nationales dans un grand magma ? Dans un cadre de mondialisation le cadre national n’est-il pas en fin de compte le mieux adapté ? Le référendum sur la constitution européenne ne sera sans doute comme toujours qu’une empoignade stérile pour un résultat déjà connu d’avance.
Patrice Gros-Suaudeau