La politique en textes !

Quel est le sens du conflit Etats-Unis – Talibans ?
13 mai, 2010, 21:42
Classé dans : plus ou moins philo,politico-historique

L’homme a toujours recherché la certitude. Il y a deux sortes de réponses possibles à cette attitude. La certitude peut s’obtenir par la foi ou la religion ou se construire par la pensée sans référence divine. L’Occident, héritier des Grecs possède donc deux grandes traditions : la pensée platonicienne qui consista à établir une vision philosophique du monde, et qui donna naissance à toute la philosophie actuelle, la pensée aristotélicienne (d’Aristote) et son prolongement qui ont produit la pensée scientifique. Dans ces deux pensées il n’y a pas de référence aux mythes et à la religion. Depuis Descartes qui veut fonder la certitude sur le cogito en doutant de tout, Kant qui a voulu établir les conditions transcendales de la connaissance, Hegel et sa recherche du savoir absolu jusqu’à la phénoménologie d’Husserl, l’homme occidental (ou tout au moins ses représentants les plus distingués) a voulu établir le vrai, tâche infiniment plus ardue que de détruire le faux comme le reconnaîtrait lui-même le philosophe des sciences Popper. La philosophie analytique par exemple dissèque sans pitié tout énoncé pour savoir s’il a un sens ou une quelconque véracité. (les déconstructeurs de la pensée sont plus nombreux que les constructeurs).

La dernière grande religion absolue à dimension planétaire qui subsiste est l’Islam. Elle a décrété des dogmes intemporels et le socle de tous ceux-ci est la foi, certitude inébranlable envers laquelle on ne peut toucher ou douter. Les non religieux appellent cela du fanatisme. Le christianisme quant à lui s’est dissous dans les droits de l’homme, l’influence bouddhique, le politiquement correct, bref dans la modernité. Il a donc beaucoup perdu de sa religiosité. C’est d’ailleurs une critique fondée que font souvent les catholiques intégristes. La «religion» chrétienne est devenue par la force des choses mièvre et «femelle» face à un Islam guerrier et conquérant. Quant au bouddhisme, il est plus une philosophie orientale qu’une religion. Les Américains sont les héritiers des Grecs dans sa version la plus technico-scientifique ou aristotélicienne. La pensée occidentale fondée sur la science et la raison a été extraordinairement féconde en réalisations à la fois théoriques et appliquées et a permis un formidable développement économique. On a envoyé un homme sur la lune en appliquant la mécanique newtonienne même si les fondements ultimes de la loi de la gravitation n’ont jamais été donnés comme de toute loi physique.

Ceci est tellement évident que les ennemis de l’Occident sont contraints d’utiliser ses réalisations techniques jusqu’à la montre de Ben Laden. Ce développement technique et économique est apparu comme une supériorité et a engendré la jalousie et la haine. A ce sujet on ressasse sans cesse la période coloniale qui dans le fond a été très courte et serait responsable de «l’infériorité» du tiers-monde. Il est significatif que beaucoup des terroristes aux Etats-Unis qui ont participé aux attentats ont fait des études supérieures dans des pays occidentaux. Plutôt que de les occidentaliser, cela a sans doute été ressenti comme une humiliation supplémentaire comme si le «vrai» savoir ne pouvait être qu’occidental. Heidegger qui a repris la pensée de Husserl là où elle s’est arrêtée n’a pas réintroduit le religieux, mais par son retour aux présocratiques a essayé de sortir d’un nihilisme inhérent à notre pensée. Quant aux nazis, ils ont réintroduit la mythologie germanique avec sans doute plus de sentimentalisme que de conviction. Les pays communistes avaient voulu éradiquer la religion, synonyme d’obscurantisme et de frein au développement. La pensée occidentale areligieuse culmine dans l’athéisme obsessionnel avec Nietzsche et son fameux cri : « Dieu est mort ».

Les Islamistes reprochent sans cesse l’athéisme des Occidentaux et même s’ils sont croyants de vivre comme des athées dans une société où Dieu est exclu. Il est vrai que dans notre société technique et libérale, quelle est sa place ? Le croyant dans le fond n’a jamais supporté le non-croyant et ceci n’est pas spécifique à l’Islam. Dans tous les pays occidentaux à des époques diverses, du conflit entre religieux et non religieux sont résultées toutes sortes de compromis.

Huntington a donc bien vu l’incompatibilité entre la vision du monde occidentale et celle d’un Islam qui peut être radical. Il ne peut en résulter que son fameux choc des civilisations. Fukuyama quant à lui, a eu une lecture hégélienne de l’Histoire trop occidentalisée. Si en revanche, il fallait rester à l’école de Hegel et décrypter, donner un sens à toute bombe déversée ou balle tirée par des hommes sur d’autres, tout meurtre étant un acte métaphysique, les attentats de New-York et les bombardements sur Kaboul ne traduisent que le très vieux conflit, mais à une dimension planétaire entre les religieux et les non-religieux.

PATRICE GROS-SUAUDEAU STATISTICIEN-ECONOMISTE.


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