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Toute la société est fondée sur une ambivalence fondamentale.
En effet, le système scolaire valorise l’intelligence (valeur suprême), le savoir, la culture. Les hommes (et les femmes) font donc en sorte de développer ce qui semble être des atouts. Or la plupart des rapports d’individus à individus et surtout d’hommes à femmes et femmes à hommes sont fondés sur la connerie qui attire irrésistiblement. « Plus on est con, plus on attire ». L’individu baigné depuis l’enfance dans les valeurs de l’intelligence et de la culture a du mal à comprendre cet adage dans les premiers temps de sa jeunesse. Mais avec le temps, la perspicacité devenant de plus en plus aiguë avec le commerce des hommes et des femmes, il découvrira tout le bien-fondé. de tette maxime. Pourquoi ? Parce que la connerie rassure (l’intelligence, le savoir font peur) et elle permet de dominer. Les individus doutent d’eux-mêmes. Face à un con, on est rassuré sur soi-même. On ne craint pas d’être jugé et si cela est, on ne donne pas d’importance à ce jugement. Elle permet aussi de se vautrer, avec les gens qui en sont pourvus, dans la bestialité avec le plus grand des délices. Vis-à-vis des femmes, un homme limité sur le plan intellectuel et culturel a donc dans l’immédiat beaucoup d’atouts.
Lorsqu’on a compris les fondements de la séduction, on peut d’ailleurs être surpris par l’insistance avec laquelle certains hommes se vantent de plaire et d’avoir plu à beaucoup de femmes.
La femme exultera d’autant plus avec un homme qu’elle le met au niveau d’un homme-objet, animal domestique qu’elle utilise à sa guise. Les choses de l’esprit, une conversation brillante servent très rarement à séduire et arriver à ses fins. Un homme qui ne parle pas, le plus souvent parce qu’il n’a rien à dire, a tout à gagner. Cela lui donne un air mystérieux qui ne peut que le rendre encore plus attirant.
L’homme intelligent et cultivé finit un jour ou l’autre à comprendre les fondamentaux de la vie et va donc apprendre à ruser et tricher avec lui-même. Être faux, inauthentique, tel semble être son destin. Cette hypocrisie ne le satisfera pas, la conscience ne pouvant qu’être malheureuse, mais il lui faudra se plier. La seule supériorité autorisée dans le domaine de l’esprit est un savoir technique spécialisé, par exemple scientifique, qui semble donner l’avantage de paraître plus niais que les autres dans les domaines de la vie.
Un physique insignifiant peut aider puisqu’il ne suscite pas la méfiance. La discussion devra être des plus banales pour ne pas dire médiocres : surtout pas d’idées nouvelles iconoclastes ou brillantes. Il faut bien sûr éviter des sujets comme la religion, la politique, la race, l’argent si ce n’est pour dire qu’il faut en avoir un peu pour être heureux. Toute prise de position trop affirmée se révélera en général comme catastrophique.
Un homme intelligent aura évidemment plus de difficultés à paraître insignifiant que quelqu’un qui y est naturellement disposé. Mais il faut se dire même si c’est parfois dur : le résultat est là.
Patrice GROS-SUAUDEAU




