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Le néolibéralisme
5 novembre, 2010, 14:13
Classé dans : économie et finance,politico-historique

L’idéologie qui s’est imposée est parait-il celle du néolibéralisme. On ne sait trop le définir, mais ce qui est sûr, tout le monde en ressent les effets. Qu’est-il au niveau des réalisations ?

Un chômage massif, le primat donné à la finance, les délocalisations, les licenciements, l’explosion des inégalités, une croissance faible, la baisse perpétuelle du pouvoir d’achat pour la plupart, ce qui fait dire à certains que sous Pompidou les classes populaires vivaient mieux, le nivellement par le bas des classes moyennes, les salaires mirobolants pour une partie infime de la population, ce qu’on appelle les super-riches, des salaires misérables pour beaucoup … Si peu de personnes peuvent donner une définition exacte du néolibéralisme, tout le monde voit bien que l’économie actuelle n’est plus du même ordre qu’auparavant. On sait d’ailleurs encore moins définir la différence entre libéralisme et néolibéralisme. Il faut des experts pointus pour en discuter et la définir. La doxa quant à elle mélange tout : libéralisme, ultralibéralisme, néolibéralisme, capitalisme financier ou capitalisme tout court, libre-échange, mondialisation, monétarisme …

Cette confusion n’est pas sans signification et traduit une anxiété de la part de la population. Même le Prix Nobel Joseph Stiglitz ne voyait dans le néolibéralisme qu’un fourre-tout d’idées pour qui les marchés sont auto-correcteurs et distribuent efficacement les ressources (la fameuse efficience des marchés). Pierre Bourdieu avait une vision qui n’est guère une définition : « Le néolibéralisme annonce un fatalisme économique contre lequel toute résistance parait vaine. Le néolibéralisme est pareil au SIDA : il détruit le système immunitaire de ses victimes ». Nous dirons que le néolibéralisme est la forme moderne du libéralisme qui s’est prodigieusement adapté avec cynisme à l’ère moderne.

Le néolibéralisme accepte d’intervenir dans l’économie (à la différence du libéralisme et sa phobie de l’État) en établissant des règles qui définissent la concurrence (l’obsession du néolibéralisme). Il sacralise la concurrence comme le libéralisme sacralisait le marché. Il est au service des super-riches et ne se soucie guère de redistribution sauf de façon pragmatique s’il est acculé à le faire. Le néolibéralisme fait donc diminuer la fonction publique car il n’y voit qu’une forme de redistribution puisqu’elle est accessible à tous et au service de tous.

On peut dire que le gouvernement Sarkozy est une émanation du néolibéralisme, le président lui-même en ayant la psychologie puisque sa vie a consisté à envier les super-riches et à se mettre à leur service.

Cette acceptation de l’intervention de l’État n’a bien sûr rien de keynésien puisqu’il ne s’agit pas de mettre en place un État-providence (concept absolument honni par le néolibéralisme). Le néolibéralisme s’est même imposé par l’État de façon très brutale en Amérique du Sud dans les années soixante et soixante-dix. Dans son livre, « La stratégie du choc », Naomi Klein explique comment des États forts (sur le plan militaire et policier) : Chili, Argentine, Uruguay, ont imposé le néolibéralisme. On a souvent accusé le gouvernement Pinochet d’être fasciste ce qui est faux sur le plan économique, en tout cas le régime économique mis en place n’a rien à voir avec le fascisme européen des années trente qui sur le plan social avait de nombreux points communs avec la social-démocratie et se souciait du bien-être des classes populaires que ce soit le nazisme ou le fascisme italien et espagnol. Les Chicago Boys de Milton Friedman ont imposé le néolibéralisme dans beaucoup de pays d’Amérique latine grâce à l’intervention très lourde d’un état fort qui n’hésitait pas à éliminer physiquement si nécessaire. Si Pinochet a permis d’éviter l’installation du marxisme au Chili, il n’a jamais mis en place un régime économique fasciste nationaliste et social. On retrouve aussi l’installation du néolibéralisme en Russie et en Chine grâce à un état fort et policier.

Le néolibéralisme est international et même cosmopolite. Il est donc lié au libre-échange. C’est l’idéologie d’organismes internationaux comme le FMI, la Banque Mondiale et bien sûr l’OMC ! Une de ses caractéristiques est le cynisme absolu, c’est-à-dire sans états d’âme dans toutes les utilisations pour augmenter le profit des entreprises et des actionnaires. La mondialisation et la recherche perpétuelle des salaires les plus bas en sont des exemples. L’immigration qui divise les classes ouvrières locales et fait pression sur les salaires est aussi une ruse du néolibéralisme qui nomme cela : « rendre les salaires plus flexibles ».

Pour se donner bonne conscience et donner des leçons de morale, le néolibéralisme joue la vertu en ce qui concerne l’antiracisme et prône par les délocalisations l’aide aux pays émergents dont tout le monde (surtout les actionnaires) n’a que faire à part ceux qui en Occident sont mis au chômage. Les grandes messes à la télévision pour toutes les opérations de charité, participent à la légitimisation du néolibéralisme comme les footballeurs qui tiennent par la main des gamins en entrant sur le terrain, tout ceci pour légitimer une société fric.

La plus grande escroquerie intellectuelle et morale a été bien sûr la construction européenne puisque la plupart des leaders de gauche (Aubry, Strauss-Kahn, Kouchner, Hollande, Delors, … ) ont présenté à leurs électeurs ces traités comme une construction de l’Europe sociale. C’était un formidable mensonge puisque les traités de Maastricht et d’Amsterdam (ensuite de Lisbonne) ne sont que l’application de l’ordolibéralisme (la version allemande du néolibéralisme ).

On ne pouvait, comme en Amérique du Sud, imposer en Europe le néolibéralisme par la force. On a donc cocufié les Français en douceur, c’est-à-dire sans qu’ils le sachent (il est toujours moins douloureux d’être cocu sans le savoir.

Le néerlandais Frits Bolkestein (celui qui créa la polémique du plombier polonais, ce qui était politiquement correct puisque le plombier imaginaire n’était ni africain ni arabe) disait lui-même que le traité de Lisbonne représentait un progrès considérable dans la réalisation d’une Europe conforme aux idées ordolibérales. Il est donc invraisemblable qu’une grande partie de l’électorat de gauche ait voté pour ces deux traités ; c’en est presque à vous dégoûter de la démocratie.

Chez les antilibéraux européistes d’extrême-droite comme Alain de Benoist, ils n’avaient qu’à choisir ou ne pas choisir entre une haine de soi (toute juive) du fait français et une exécration foncière du libéralisme mis en place dans la construction européenne. En tout cas, cette obsession de la mise en place de la concurrence que l’on trouve dans le néolibéralisme de Bruxelles (avec toutes les amendes en conséquence) et qui entrave les grandes entreprises françaises n’a amené que des taux de croissance très faibles si l’on compare les taux chinois où existent l’intervention d’un État protectionniste dans la vie économique et, un soutien massif aux entreprises chinoises.

Il est courant de se moquer dans certains milieux économiques de l’économie de grand-papa des trente glorieuses où la France connaissait des taux de croissance de 5 ou 6 %, deuxième au monde après le Japon pour faire l’apologie de la, nouvelle économie libérale où les 1 % de croissance vont aux super-riches et aux actionnaires. Il est vrai que celui qui possède la finance possède les médias et donc la diffusion des idées dominantes.

Patrice GROS-SUAUDEAU


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