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Philosophie et Poésie
7 mars, 2011, 14:57
Classé dans : Non classé

Platon voulait bannir les poètes de la république. La poésie ne serait qu’enjolivement, ensorcellement et mensonge, non-être et illusion. Tout ceci s’opposerait à une vérité qui ne pourrait être que froide et sèche. Plus de deux mille ans après Heidegger plaçait la poésie au même niveau que la philosophie. Il lui reconnaissait donc un statut de créatrice de vérité.

« La philosophie avec sa pensée n’admet à son niveau que la poésie ». Il y a donc deux sortes de paroles : la poésie et la pensée.

Pour Heidegger la vérité est un dévoilement. Le poète est donc celui qui dévoile et crée donc la vérité.

La parole poétique qui fait appel à nos affects nous atteint d’une autre façon que la parole philosophique.

Lorsqu’Apollinaire écrit :

« Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos Amours
Faut-il qu’il m’en souvienne La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l’heure Les jours s’en vont je demeure ».

Le poète crée une nouvelle perception de ce pont qui après cette poésie ne sera plus tout à fait le même à notre conscience.

La poésie est parfois un condensé de toutes nos émotions. Dans ce vers « Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle », il y a l’amour, la mort, le vieillissement, la beauté éphémère, le regret, la nostalgie, la fierté… Pourquoi certains sont hermétiques à la poésie ? Il faut avoir de la compassion pour ceux qui n(ont pas la sensibilité et la grâce des poètes. L’orgueil des poètes est légitime. Le poète est différent, il ressent ce que les autres ne ressentent pas avec intensité et il a un accès direct avec l’être.

« Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher »
(L’Albatros, Baudelaire)

La poésie bouscule le réalisme lorsque Rimbaud s’adresse à la nature dans le Dormeur du Val : « Nature, berce le chaudement, il a froid » Dans Le lac, Lamartine invective le temps

« ô temps ! Suspends ton vol, et vous heures propices
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours »

La poésie est le lieu par excellence des jeux de langage décrits par le deuxième Wittgenstein. La forme poétique la plus connue est la métaphore qui peut s’expliquer par un empreint à la logique : le diagramme de Venn.

La métaphore est une intersection de deux termes. Citons ce vers d’Apollinaire

« Bergère, ô Tour Eiffel »
〈Bergère ⎨〈Guide〉⎬ Tour Eiffel〉

Le fait d’être guide est commun aux deux termes.

La poésie a un pouvoir d’illumination des choses et des êtres. Elle donne de l’être. Pour Heidegger, la lecture de la poésie est inséparable de la pensée qui avait lui-même un philosopher poétisant.

Cette survalorisation de la poésie par le philosophe de Fribourg n’est pas du tout traditionnelle dans l’Histoire de la philosophie. La poésie ne ferait qu’appel aux affects. Elle est reléguée sur le même plan que les mythes et les religions dont à voulu sortir la philosophie. Elle n’est qu’au mieux un art mineur. Les philosophes purs comme Descartes, Kant et Husserl n’ont fait que philosopher. Descartes se méfie de l’imagination du poète. Quant à Pascal, l’imagination est maîtresse d’erreur et fausseté « cette superbe puissance, ennemie de la raison… ». Cette charge contre l’imagination est curieuse de la part de Pascal puisqu’il avait écrit contre la raison et sa tyrannie « Le cœur a ses raisons que la raison ignore ».

La poésie ne serait qu’un délire, une divagation de fous plus ou moins inspirés. La construction langagière sort la plupart du temps d’un enchaînement des raisons cher à Descartes et prôné dans le Discours de la méthode. La poésie s’oppose alors à la philosophie desséchante et desséchée.

Un philosophe-poète comme Nietzsche a été une exception (surtout dans « Ainsi parlait Zarathoustra »).

La poésie ne ferait que pleurnicher ce qui n’est pas un gage de vérité et fait même peser sur elle le soupçon du poète efféminé. Ce stéréotype est mis à mal lorsqu’on pense à Apollinaire s’engageant courageusement dans l’armée française durant le conflit de la première guerre mondiale ou au résistant René Char au physique de colosse et au visage plutôt « taillé dans le roc ».

Le rapport poésie-philosophique a donc depuis Platon été conflictuel. Cela a parfois été un combat sans merci pour établir la vérité et dévoiler l’être. La philosophie n’ayant pas de chair et de sang, une position romantique revient à donner une primauté au poète. La philosophie devient vassale puisqu’elle médite sur la parole du poète.

Dans un combat pour la maîtrise de la parole qui « énonce » la vérité, la poésie et la philosophie ne sont pas seules. Les discours concurrents ont été principalement le discours scientifique et le discours religieux. Si pour Heidegger la philosophie était a-religieuse, il rejetait catégoriquement la domination de la science sur la philosophie. Cela ne l’a pas empêché par moments d’accepter une position de vassalité de la philosophie vis à vis de la poésie.

PATRICE GROS-SUAUDEAU



PRESENTATION DE LA PSYCHANALYSE
7 mars, 2011, 13:49
Classé dans : éducation et enseignement,plus ou moins philo

 

La force (et la faiblesse) de la psychanalyse est de n’avoir pas de modèle concurrent. Personne n’a encore construit une théorie complète autre de la sexualité qui sorte des religions.

Ceci ne signifie aucunement qu’elle puisse avoir une prétention scientifique. C’est « au mieux » une grille de lecture. Tous ces thèmes ont été vulgarisés et son vocabulaire est passé dans le langage courant.

La psychanalyse est avant tout une analyse de la psyché humaine c’est-à-dire de notre monde intérieur.

Freud distingue les pulsions de vie et de mort qu’il faut distinguer de l’instinct. La recherche du plaisir au sens large est un moteur de l’activité psychique. Les pulsions sexuelles sont survalorisées dans la psychanalyse. Certains ont critiqué l’omniprésence de la sexualité ce qu’on a appelé le pansexualisme.

Une idée qui a choqué fut la reconnaissance de la sexualité infantile ce qui s’opposait au monde de l’innocence de l’enfance posée jusqu’alors.

La libido est le potentiel d’énergie qui existe pour le désir.

Les pulsions de vie et de mort font référence à Eros et Thanatos. La pulsion de vie est créative comme le désir ce que soulignait déjà Spinoza. La pulsion de mort (qui n’est pas forcément l’agressivité) est l’aspiration au néant (refus du combat qu’est la vie)

Dans l’appareil psychique on distingue le conscient, le préconscient et l’inconscient.

Le conscient est l’ensemble de nos pensées contrôlées ; on peut le définir au sens large comme la conscience.

Le préconscient se définit comme la mémoire. On peut y accéder.

L’inconscient : le premier philosophe à l’aborder fut Leibniz. L’inconscient contient des représentations refoulées par tous les interdits existants. La connaissance de l’inconscient se fait par les rêves qui sont des exutoires ; d’où l’importance de l’interprétation des rêves.

Une autre façon de classer la psyché fut par Freud la distinction entre le Ça, le Moi et le Surmoi.

Le Ça est le lieu des pulsions sexuelles. Le Moi est la conscience claire. Le Surmoi est l’intériorisation de tous les interdits extrêmement nombreux dans une société civilisée qui peuvent générer un sentiment de culpabilité et aussi le refoulement. L’idéal du Moi est l’image parentale idéalisée.

Le refoulement lié à un Surmoi tyrannique peut créer une névrose. Il peut y avoir aussi un défaut de Surmoi d’où un état psychotique.

Nous allons aborder maintenant le pont aux âmes de la psychanalyse : les trois stades du développement sexuel de l’enfant. Il y a la phase orale, sadico-anale et phallique.

Toute théorisation est bien sur une réduction, un appauvrissement du monde de la vie.

  •     La phase orale ou les début de l’individualisation.
  •     Le plaisir sexuel est éprouvé par la bouche, zone érogène. Sucer sont pouce est une manifestation du plaisir éprouvée par la bouche. Le plaisir au cours de la vie peut donc aussi être de bien manger, sucer, fumer…
  •      On comprend mieux l’importance des lèvres sur le visage de quelqu’un et l’attirance sexuelle que cela peut procurer.
  •      Le nourrisson se nourrit du lait maternel par sa bouche. Le bébé porte tout à sa bouche. Il s’approprie sa mère par le lait maternel d’une façon anthropophagique. On comprend donc le sens de la transsubstantiation chez les catholiques, passage de l’hostie et du vin en corps et sang du Christ : s’approprier ses vertus.
  •     La phase anale ou sadico-anale qui correspond à celle de la socialisation, de l’apprentissage
de la propreté. La matière fécale de l’enfant est une offrande pour la mère.
  •      Cette phase peut aussi être celle de l’apprentissage de la soumission et de la domination, en laissant libre cours parfois à ses pulsions sadomasochistes. L’enfant apprend aussi à intérioriser les interdits.
  •      La phase phallique : troisième moment du développement de l’enfant. Le centre est le pénis ou
le corollaire féminin : le clitoris. On assiste à l’éveil de la curiosité sexuelle. Il peut en résulter
une angoisse de castration chez le garçon et un désir du pénis chez la fille.

Nous passerons sur le conflit œdipien bien connu de tous entre la mère-fils ou le père-fils.

Dans la psychanalyse il y a l’importance donnée à l’inconscient et à la sexualité.

L’homme n’est plus complètement maître de lui-même. Ceci a représenté un danger éthique pour des

penseurs comme Alain et Sartre puisqu’il y aurait une déresponsabilisation de l’individu. L’accusation du pansexualisme doit être nuancée car la psychanalyse s’intéresse aux autres pulsions et inhibitions les plus diverses. De plus, la sexualité ne se limite pas au génital.

En psychanalyse pour certains il y a une part de croyance en un modèle réducteur. Mais en toute théorie même scientifique il y toujours une part de foi aux hypothèses. La croyance en la cure psychanalytique est même plus forte. L’étude de la psychanalyse n’est jamais sans conséquence sur celui qui se donne la peine de l’étudier.

PATRICE GROS-SUAUDEAU


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