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Le nazisme et la culture allemande
27 mars, 2011, 17:40
Classé dans : concernant l'Europe,plus ou moins philo,politico-historique

S’il est un sujet difficile à analyser c’est bien celui-ci, surtout si l’on veut sortir du type d’analyse superficielle du genre « le nazisme résulte du fait qu’Hitler était un peintre raté » (c’était surtout un autodidacte qui avait beaucoup lu).

Nous allons définir ici le nazisme comme une radicalisation de courants importants et permanents de la culture allemande, sans nier les autres courants existants au cours des siècles.

Cela explique le prolongement qui va de Herder, Schelling, Schlegel, Hegel, Fichte, Humboldt… jusqu’à Spengler, Jünger, Carl Schmitt et Heidegger, les derniers ayant été en partie ou totalement réceptifs à ce courant.

Il a existé de nombreux penseurs allemands que l’on peut qualifier de libéraux, le plus célèbre ayant été Kant avec parfois des aspects prussiens (impératif catégorique, obéissance,…). Il y a eu aussi une pensée de gauche importante venant de Marx ou Rosa Luxembourg écrite en allemand. Avant la deuxième guerre a existé l’école de Francfort certes composée essentiellement de juifs, mais qui faisait partie du paysage intellectuel de langue allemande. N’oublions pas ce courant important, le Wiener Kreiss ou cercle de Vienne, qui prônait le néopositivisme dont un des chefs de file Schlick fut assassiné par un étudiant. La philosophie analytique est née en Autriche et en Allemagne. Tous les courants cités n’avaient rien à voir avec le nazisme ou un pré-nazisme, même une pensée « völkish ».

La notion fondamentale qui a quand même traversé l’Histoire et la culture allemande fut celle de peuple « Das Volk ». On peut même dire que cette idée a été divinisée avec aussi celle de communauté (die Gemeinschaft). Le sens du mot Volk (peuple, race, nation) a été défini par Fichte dans son discours à la nation allemande : « Un peuple, c’est l’ensemble des hommes qui vivent en commun à travers les âges et se perpétuent entre eux sans adultération, physiquement et moralement, selon des lois particulières au développement du divin ».

Pour Hegel, l’État est basé sur le Volk, le peuple allemand étant le seul peuple qui a gardé sa pureté.

Il y a donc eu en Allemagne, bien avant les nazis, la notion de l’État biologique qui englobe les individus de même sang ce qui s’oppose totalement à l’État juridique qui englobe les individus s’unissant à un même contrat (ce qui fut globalement la conception française après la Révolution). La vision historique de l’État allemand s’oppose aussi à la vision libérale (individu coupé de tout lien historique ou de sang) qui fut surtout anglo-saxonne : « Le libéralisme est la mort du peuple » (Moeller van den Bruck). Cette vision a atteint un degré supérieur sous le nazisme lorsque Rudolf Hess déclare : « Nous croyons à la valeur éternelle de la race et du sang et nous nous sentons nous-mêmes les protecteurs désignés de ces valeurs dans la germanité à l’étranger. Le Führer devait venir pour inculquer à nous tous que l’Allemand ne peut pas choisir et n’a pas le droit de choisir d’être ou de ne pas être Allemand… ».

Il y a donc eu une continuité entre la vision raciale allemande du monde antérieure et le nazisme.

Une étude américaine de 1942 avait parfaitement analysé le nazisme : « Les concepts sur lesquels sont basés le mouvement nazi et le Troisième Reich ont des antécédents bien définis dans certains aspects de la pensée politique allemande des XVIIIe et XIXe siècles. La contribution des nazis n’a pas été de créer une nouvelle idéologie politique, mais plutôt de cristalliser les aspirations politiques de ces doctrinaires, et de les appliquer par des méthodes sans ménagements et d’où tout scrupule est banni ».

La conception allemande s’oppose aussi à la tradition républicaine française où tout aspect charnel et historique est nié. Quant à l’Allemagne, après avoir été vaincue, quel est le sens à donner à cette vision allemande qui n’a pas disparu, dans le cadre de la construction européenne ? Il n’y a d’ailleurs pas d’incompatibilité pour elle.

La République en France a ses gardiens de la foi : les francs-maçons qui sont à la République ce que les islamistes sont à l’Islam. Il est curieux qu’en France pratiquement tous les hommes politiques se sentent obligés par moments d’aller « faire la belle » devant les francs-maçons.

L’école de la République apprend aux enfants à s’agenouiller lorsqu’on prononce les mots : droit du sol, laïcité, égalité, universalisme… qui ne sont en fin de compte que des valeurs nihilistes de destruction d’un peuple. Le contrat social en France avait encore une signification quand les individus de ce pays ne divergeaient pas trop culturellement. Entre une vision allemande basée sur le sang et une vision abstraite à la française, quel est le plus fort ciment ? La négation du peuple français charnel et historique est une donnée juridique actuelle. Tout le débat politique depuis des années tourne autour de cette question, ce qu’on appelle l’impensé de la question de l’immigration.

Patrice GROS-SUAUDEAU


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