La politique en textes !

La pensée de Keynes aujourd’hui
18 août, 2011, 13:52
Classé dans : économie et finance,politico-historique

Il y a globalement trois grands courants de la pensée économique de nos jours :

  1. la pensée libérale et sa variante néolibérale qu’on peut aussi nommer la théorie néo-classique,
  2. la pensée marxiste,
  3. la pensée keynésienne.

La pensée libérale (ou néolibérale) et la pensée keynésienne ont en commun d’accepter le capitalisme. A part cela, on peut dire que beaucoup de points les différencient. Keynes est l’ennemi du mercantilisme (ce qui est par exemple la politique économique de l’Allemagne, c’est-à-dire avoir une balance commerciale très excédentaire, la richesse étant considérée comme la possession importante de monnaie). Keynes est aussi l’ennemi du libre-échange (politique de l’OMC, du FMI et de la Banque Mondiale) et du monétarisme (politique actuelle de la BCE). L’intervention de l’Etat parfois massive dans la politique économique l’oppose fortement au libéralisme (le laissez-faire) qui prône un Etat minimal, c’est-à-dire garant du cadre institutionnel.

Le monétarisme reprend la théorie quantitative de la monnaie et dont la pratique consiste à juguler l’inflation, maintenir la stabilité des prix. Le libre-échange rejette le protectionnisme ou à défaut cherche à le minimiser.

Ces dernières années, il faut reconnaître qu’il n’est guère à la mode d’être keynésien pour différentes raisons.

La raison principale est que les économies sont devenues de plus en plus ouvertes et qu’une politique économique dans le cadre national a de moins en moins d’effets. La construction européenne, la mondialisation ont considérablement rabaissé l’idée de frontière et son efficacité vis-à-vis d’une politique économique.

Une des idées keynésiennes étant l’ajustement par les quantités (et non par les prix), que signifie-t-elle lorsque les entreprises délocalisent à tout-va ? Ce qui est le cas en France qui a connu la plus forte désindustrialisation depuis 1998 après la crise de 2008.

Keynes voulait corriger le capitalisme, le rendre plus humain et pour cela il fallait à tout prix combattre le chômage. L’objectif de la théorie keynésienne est donc le plein-emploi. Sur ce point il faut reconnaître que le libéralisme s’assoit dessus et peut même considérer le chômage comme nécessaire puisqu’il fait pression sur les salaires et jugule l’inflation. Il fragilise les salariés, donc permet aux financiers de s’enrichir encore plus.

Nous allons étudier la pensée keynésienne sans utiliser d’équations mathématiques qui créent un rejet chez beaucoup. Le principal livre de Keynes, « La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie », ne contient quasiment pas de formules mathématiques. La mathématisation de Keynes et le fameux modèle IS-LM ont été élaborés après.

Nous allons présenter les principales idées de la théorie keynésienne.

L’influence de la monnaie dans l’économie

Keynes rejette la loi de Say « l’offre crée sa propre demande », ce qui avait comme conséquence que la monnaie n’était qu’un voile. On appelle cela aussi la neutralité de la monnaie dans l’économie, thèse qui était celle des classiques anglais. Il y avait donc une dichotomie dans l’économie.

Keynes s’oppose donc à cette idée ; la monnaie pour lui n’est pas neutre. Nous sommes dans une économie monétaire de production. On retrouve Marx pour qui les entrepreneurs transforment de la monnaie en marchandises pour récupérer encore plus de monnaie. De plus la monnaie est un réservoir de valeur et ne sert pas qu’à l’échange. Ce que Keynes nomme « la préférence pour la liquidité » a trois raisons :

  1. la transaction : l’argent liquide pour les dépenses courantes,
  2. la précaution : on garde l’argent liquide pour des besoins imprévus,
  3. la spéculation : on espère de meilleurs placements.

Lorsque le taux d’intérêt baisse, « la préférence pour la liquidité » augmente. Les individus peuvent augmenter leur encaisse de précaution car le monde est « incertain » et donc moins consommer. On distingue en effet trois sortes de mondes :

  1. le monde certain,
  2. le monde probabiliste,
  3. le monde incertain.

En économie selon Keynes, le monde est incertain. On ne peut pas prévoir de façon certaine, ni même en probabilité, la valeur du dollar de l’année prochaine.

Une caractéristique importante de la théorie keynésienne est aussi une analyse en termes de circuit et non de marché.

La demande effective

Les entreprises décident de leur investissement en fonction des profits anticipés. Les agents économiques ne sont pas égaux puisque l’on remarque l’importance des prévisions des entrepreneurs. On a ce qu’on appelle la confiance ou non et la monnaie est responsable de l’incertitude. La demande effective se décompose en deux : la consommation qui dépend de l’emploi, et l’investissement.

La demande effective est une variable anticipée. Lorsque les entreprises ont anticipé cette demande, ils embauchent le nombre de travailleurs nécessaires.

L’emploi dépend donc de la demande prévue et non pas de la main d’œuvre disponible.

On pourra jouer sur la demande effective qui est l’ensemble des dépenses qui peuvent être accomplies.

Epargne et investissement

Dans la théorie classique, l’épargne est première. Il faut d’abord épargner pour investir et récupérer les profits qui s’ensuivent. C’est ce qu’énonçait le Chancelier Helmut Schmidt lorsqu’il disait que l’épargne d’aujourd’hui crée l’investissement de demain et les profits d’après-demain. Ce raisonnement est totalement anti-keynésien. Dans la théorie générale, le livre de Keynes, l’investissement est premier. L’épargne ne fait que suivre.

« L’épargne globale est en effet commandée par l’investissement global ».

On a donc ex-post (après) toujours égalité entre épargne et investissement.

S = I (S : saving – épargne , I : investissement)

De nouveau, il faut souligner le rôle des entrepreneurs qui décident d’investir dans un contexte le plus souvent incertain.

Les instruments de la théorie générale

Le taux d’intérêt

Dans la théorie classique, le taux d’intérêt se détermine à l’intersection de l’offre d’épargne et de la demande d’investissement.
Keynes, une fois de plus, refuse la théorie classique. Pour lui, le taux d’intérêt « est le prix qui équilibre le désir de détenir de la richesse sous forme de monnaie et la quantité de monnaie disponible ».
Le taux d’intérêt se détermine en comparant l’offre de monnaie (qui vient de la banque centrale) et la demande de monnaie des agents économiques qui dépend des raisons de détenir de la monnaie liquide (motifs de transaction, précaution et spéculation).

Le multiplicateur – La propension à consommer

Le multiplicateur a été une invention d’un élève de Keynes : Kahn. Tout accroissement de l’emploi dans les biens d’équipement entraîne un accroissement d’emploi dans les autres secteurs. L’argent, en passant de main en main, va multiplier les revenus dans l’économie. Plus la propension à consommer sera forte, c’est-à-dire que les agents économiques épargneront moins, plus le multiplicateur sera élevé.

La propension à consommer s’explique de la façon suivante : « une proportion de plus en plus importante du revenu est épargnée à mesure que le revenu réel croît ». Une autre façon de le dire est qu’un accroissement du revenu disponible d’un agent économique entraînera un accroissement moindre de sa consommation.

Le rendement escompté de l’investissement

L’investissement étant une variable clé dans la théorie keynésienne, qu’est ce qui engendre la décision d’investir ?

Dans la théorie générale, de l’emploi de l’intérêt et de la monnaie, l’investissement dépend des profits escomptés et de l’anticipation de la demande globale. Les anticipations du futur dépendent de l’état de la confiance.

« Les évaluations des rendements futurs sont fondées en partie sur des faits actuels, qu’on peut supposer être connus avec plus ou moins de certitude et en partie sur des événements futurs qui ne peuvent qu’être prévus avec plus ou moins de confiance. »

Comme les initiatives privées sont sujettes à l’aléa, il faut donc le contrôler entre autres par une intervention de l’Etat. « On ne peut sans inconvénient abandonner à l’initiative privée le soin de régler le flux courant de l’investissement ». De là peut résulter la nécessité d’une politique budgétaire venant de l’Etat.

Nous allons citer deux exemples de pratiques keynésiennes. La politique économique de ce courant a généralement été utilisée soit par des gouvernements nationalistes (voire fascistes ou nazis) soit par la gauche ou des gouvernements proches de cette sensibilité.

En Allemagne, sous l’action du président de la Reichbank Hjalmar Schocht, on a fait marcher la planche à billets dans un système économique proche de l’autarcie avec le contrôle des changes qui empêchait toute fuite de capitaux. En cinq-six ans, le nombre de chômeurs est passé de six millions à 400.000 et le revenu national a doublé (de 1932 à 1937). Tout ceci s’est réalisé alors que le livre de Keynes n’avait pas encore été publié.

En France en 1953, Edgar Faure étant Président du conseil, la France a pratiqué une politique keynésienne : incitations fiscales à l’investissement, baisse du taux de l’intérêt. Le pays a alors connu une très forte expansion sans inflation.

Conclusion :

La force du modèle keynésien est d’être opératoire ou tout au moins de l’avoir été. Nous verrons pourquoi il l’est moins.

La principale idée de cette pensée est que les marchés ne sont pas autorégulateurs. La théorie classique ou même libérale n’est pas valide. Le laissez-faire aboutit la plupart du temps à du chômage et il faut donc une intervention de l’Etat puisque le plein-emploi est accidentel. Pourtant on a assisté à ta victoire idéologique du libéralisme et du néolibéralisme sans doute due aux soutiens financiers gigantesques reçus par les départements universitaires américains qui prônaient le néolibéralisme. Ce financement venait souvent des multinationales.

L’inefficacité d’une politique keynésienne vient surtout que l’on se trouve dans une économie ouverte. Cette économie est d’autant plus ouverte que les pays européens ont perdu leur monnaie nationale. Il ne peut donc plus y avoir une politique monétaire comme la non possibilité d’une politique de taux de change abolit l’idée de frontière sur le plan économique.

Pour de nouveau mettre en place une politique keynésienne, il faudrait que la France retrouve sa monnaie et mette en place une politique autonome sur le plan énergétique. Une politique du taux de change permettrait aussi de limiter les importations et à la France d’être à nouveau compétitive pour une ré-industrialisation. Quant à ceux qui disent que sortir de l’Euro reviendrait à rembourser la dette à un taux plus élevé, on s’aperçoit maintenant que « sauver » l’Euro coûtera à la France de plus en plus cher.

Résumons par un schéma la politique économique keynésienne
tableau3.jpg

Patrice GROS-SUAUDEAU Statisticien-Economiste


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