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Mondialisation-Démondialisation
20 août, 2011, 19:12
Classé dans : économie et finance

Histoire

La mondialisation a existé depuis l’Antiquité puisqu’avec l’Empire Romain autour de la Méditerranée, on avait une économie – monde avec un centre et une périphérie. On peut parler avec la terminologie de notre époque de première mondialisation.

Lorsque les Européens ont découvert les nouveaux mondes, on a assisté à une nouvelle mondialisation ou européanisation du monde. Les différents empires coloniaux ont accéléré ce phénomène qui a consisté essentiellement à des échanges commerciaux et à une émigration européenne.

Il faut reconnaître que ces formes de mondialisation étaient très différentes de celles que nous connaissons depuis l’effondrement du communisme qui séparait le monde en deux. On constate pratiquement sur toute la planète une véritable circulation des capitaux, des marchandises et des hommes. À la différence de ce qui se passait avant (si ce n’est de façon marginale), on exporte aussi massivement les moyens de production. De plus les moyens de transport et de communication n’ont rien de comparable avec ce qui existait auparavant tant sur le plan qualitatif que quantitatif.

Paul Valéry écrivait déjà au début du XXeme siècle : « le temps du monde fini commence »

L’idéologie de la Mondialisation

Le « Consensus de Washington »

En 1989, John Williamson, Vice Président de la Banque Mondiale et économiste en chef énonça les principes qui devaient s’appliquer à n’importe quelle économie.

La philosophie économique est : dérégulariser, libéraliser tous les marchés (capitaux, biens, services…), instaurer un marché mondial. On y trouve dix principes comme les dix commandements, trace du protestantisme anglo-saxon. S’y trouve la doctrine du libéralisme (ou même néo-libéralisme) écrite noir sur blanc. C’est le triomphe des « lois du marché » et du libre échange.

    1.    Abaissement de  la charge fiscale des revenus les plus élevés afin d’inciter les riches à effectuer des investissements productifs, élargissement de la base des contribuables (en clair imposer les plus pauvres).

    2.    Libéralisation des marchés financiers

    3.    Garantie de l’égalité de traitement entre investissements autochtones et étrangers…

    4.    Démantèlement du secteur public, privatisations accélérées

    5.    Dérégulation maximale de l’économie du pays

    6.    Protection de la propriété privée

    7.    Promotion de la libéralisation des échanges (donc, baisse conséquente des tarifs douaniers)

    8.    Favoriser les secteurs qui exportent

    9.    Limitation du déficit budgétaire

    10.   Création de la transparence du marché

Le libre échange s’oppose au protectionnisme.

Le libéralisme considère que les marchés sont auto-correcteurs et qu’il ne doit y avoir d’intervention de l’État dans l’économie. Cette doctrine s’oppose donc au Keynésianisme.

Les fondements théoriques du libre échange sont le théorème des avantages comparatifs de Ricardo.

Les pays ont intérêt à se spécialiser, ce qui a comme conséquence que les régions et les nations abandonnent leur indépendance. Nous accepterions d’échanger notre souveraineté pour un niveau de vie supérieur.

La théorie de la spécialisation est aussi fondée sur le théorème de Heckscher-Ohlin-Samuelson. Selon les apologistes de la mondialisation, elle profite à tous. Nous conclurons par cette phrase de Percy Barnevick PDG de la métallurgie et de l’électronique (ABB) :

« Je définirais la mondialisation comme la liberté pour mon groupe d’investir où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales ». il aurait pu ajouter : sans contraintes environnementales.

Les institutions

La mondialisation s’est faite dans le cadre de la domination des États-Unis avec la montée en puissance de la Chine. Mais le grand déclencheur de la mondialisation a bien sûr été le pays des États-Unis. Les institutions internationales qui supervisent la mondialisation, c’est-à-dire la mise en place du consensus de Washington, du néo-libéralisme et du libre échange sont l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale…

    ⁃    L’OMC a succédé au GATT. (Organisation Mondiale du Commerce)

Son but est de promouvoir la circulation de capitaux, de marchandises, de services, de brevets sur la planète. Les règles du commerce mondial sont fixées par l’OMC

On peut quand même dire que les pays riches décident, les pays pauvres suivent, c’est-à-dire les États-Unis dictent leur loi. Un rapport avait été fait après une enquête sur l’influence des sociétés transcontinentales au sein de l’OMC. Le rapport avait énoncé : « L’OMC est presque totalement entre les mains des sociétés transcontinentales privées ».

    ⁃    Le FMI a été mis en place par la conférence de Bretton Woods. Il a commencé à fonctionner en 1947. Le FMI fonctionne comme une caisse mutuelle. Un pays ayant des problèmes de financement peut obtenir des prêts. Dans les faits pour obtenir ces prêts, les pays concernés doivent accepter les principes du « consensus de Washington ».

    ⁃    La Banque Mondiale s’occupe surtout des pays en développement avec la même idéologie néo-libérale.

La Financiarisation de l’économie

La mondialisation s’est opérée selon une logique financière. L’agent économique roi est devenu l’actionnaire à tel point que certains ont fini par considérer que la finalité des entreprises était maintenant d’entretenir le niveau de vie de leurs actionnaires. Ces derniers exigent toujours plus de rentabilité. Le concept clé maintenant est le ROE (Return to Equity) qu’on peut appeler retour sur investissement. Le minimum de nos jours est considéré à 15%, chiffre très au-delà du taux de croissance des pays développés. Il faudra donc à tout prix licencier (dégraisser), augmenter la productivité, comprimer les salaires, délocaliser, externaliser…On assiste à une véritable domination du financier sur le producteur, du spéculateur sur le dirigeant. Les stock-options données aux PDG n’ont fait qu’accentuer cette tendance. Dans la répartition de la richesse, les salariés sont les grands perdants, puisque l’obsession est la compression des coûts salariaux. Maintenant lorsque l’économie d’un pays va bien comme en Allemagne, on ne peut pas dire que cela profite aux salariés.

Il nous faut parler des Hedge Funds, les fonds d’investissement non côtés à vocation spéculative. Ces fonds ont la main mise sur un nombre incalculable d’entreprises. Les fonds souverains appartiennent à des États. Tous ces fonds utilisent l’effet de levier, c’est-à-dire accepter d’utiliser la dette pour accroître ses ressources propres et acheter davantage d’actifs.

La finance fait preuve d’imagination.

Désindustrialisation des pays développés

Délocalisations

En 1996, le Président en Chine du fabricant d’avions Mac Donnel Douglas déclarait : « notre activité consiste désormais à rapporter de l’argent à nos actionnaires. Si nous devons transférer les emplois et la technologie dans d’autres pays, nous le ferons ». L’Occident a perdu des millions d’emplois depuis l’ère massive de la mondialisation, tout cela pour enrichir les actionnaires. Cela a bien sûr fait considérablement baisser les taux de croissance des pays avancés. Les classes populaires et moyennes ont été sacrifiées par les financiers qui raisonnent à l’échelle mondiale. Leurs dividendes sont indexés sur la croissance mondiale et non sur le bien être de leurs concitoyens dont ils n’ont cure. La France fait partie des pays qui ont le plus délocalisé. Les États-Unis ont aussi très massivement délocalisé. L’ancien sous-secrétaire d’État au Trésor de Reagan, Paul Craig Roberts (guère un gauchiste) déclarait : « Les États-Unis ne rembourseront jamais leurs emprunts. L’économie américaine a été dévastée par les délocalisations, la compétition avec l’étranger, et les importations de travailleurs étrangers pourvus de visas de travail, pendant que tout ceci découle d’une idéologie du libre échange qui bénéficie aux « gros chats » à la tête des entreprises et aux actionnaires, aux dépens du travail américain ».

Ces propos changent de ceux qui pensent avoir atteint le summum de l’intelligence humaine en répétant en boucle que le chômage ne vient pas de l’immigration, ni de la mondialisation, propos du genre d’Alain Mine et la mondialisation heureuse. Il est vrai qu’il est le conseiller de ceux qui profitent sans retenue de la mondialisation.

On peut dire que les responsables politiques et les dirigeants d’entreprises ont piétiné le contrat social qui cimente un pays comme le démontre Eric Laurent dans son livre « Le scandale des délocalisations. ».

Parfois les entreprises françaises obtiennent des subventions en délocalisant. Il en est résulté une véritable désindustrialisation de notre pays et même de l’Occident. L’expression « La trahison des clercs » n’a jamais été aussi pertinente. Les distributeurs ont accéléré le processus de transfert d’emplois. En France le rapport Demmou (2010) indiquait que le phénomène de désindustrialisation est beaucoup plus important dans notre pays que dans les autres pays industrialisés. L’Allemagne délocalise, externalise mais avec retenue comparée à la France.

L’Europe

La question qui se pose : l’Europe a-t-elle été une protection contre les effets néfastes de la mondialisation ? La commission de Bruxelles a totalement accepté le libre échange mondialisé et la mise en place de l’euro n’a fait qu’accroître les délocalisations des pays historiques de l’Europe de l’ouest vers les pays d’Europe de l’Est.

L’Europe de l’Ouest pour les salariés a été la grande perdante de la mondialisation. Il est caractéristique que les grands défenseurs de l’euro sont les banquiers. La construction européenne pour certains est une idée totalement dogmatique, même si cela est à l’opposé de leurs intérêts. Toute cette construction est dans la logique de la mondialisation, puisqu’elle organise systématiquement la destruction des états nations et donc de toute politique économique nationale en supprimant la souveraineté monétaire. Les politiques monétaires (expansion de la masse monétaire et contrôle du taux de change) et budgétaires sont reléguées au musée. On a assisté dans le même temps en Europe à un prodigieux accroissement des inégalités. Le rapport des salaires est passé de 1 à 30 auparavant pour être de 1 à 1000.

La Mondialisation Culturelle

Curieusement, les États-Unis n’inondent pas le monde de leurs produits industriels. Les machines outils, les téléviseurs, les automobiles, les téléphones portables et les ordinateurs ne sont pas américains. Cela ne les empêche pas de gagner la bataille culturelle et d’inonder la planète de leurs films et de leurs chansons. Hollywood domine encore le marché du cinéma. L’anglais (ou plutôt l’américain) est la langue planétaire. Il existe parallèlement à la culture américaine par exemple une World music où tous les genres sont mélangés zouk, raï, jit, salsa… Chez les jeunes, les modes sont similaires du vêtement au roller. On assiste donc à une uniformisation de la culture planétaire, la macdonaldisation du monde. On retrouve les mêmes chaînes de distribution aux États-Unis, en Europe, ou en Asie. Les Disneyland se sont installés sur toute la planète. Les séries américaines télé sont vendues à tous les pays. Il y a aussi un exemple allemand comme « Derrick », vendu sur tous les continents. Cette perte de diversité n’est pas sans danger et peut susciter parfois des réactions violentes comme celles des islamistes.

Mondialisation et environnement

Une des raisons qui motivait les délocalisations en plus de contraintes sociales inexistantes dans les pays émergents était le non respect de contraintes environnementales. Cela fait baisser les coûts de production. La mondialisation a donc eu des effets néfastes sur l’environnement. De plus, par une consommation sans frein de tous les produits de consommation généralisée à tous les pays, ceci épuise les ressources naturelles et le taux d’accroissement du-parc automobile génère une pollution épouvantable des centres urbains.

L’agriculture des pays émergents pour concurrencer celle des pays développés utilise de plus en plus d’engrais chimiques. Pour attirer les investissements étrangers, le gouvernement philippin faisait sa publicité dans le magazine FORTUNE : « Afin d’attirer des sociétés comme la vôtre… nous avons abattu des montagnes, rasé des forêts, asséché des marais, détourné des cours d’eau, déplacé des villes…afin qu’il vous soit plus facile, à vous et votre entreprise de faire des affaires chez nous. »

Pour abaisser les normes écologiques dans leur pays les entreprises peuvent faire un chantage aux délocalisations ; Le développement du transport lié au commerce mondial ne peut aussi qu’épuiser les ressources énergétiques et accroître la pollution et les gaz à effet de serre.

La Démondialisation ?

C’est la question posée par certains économistes. Y aura-t-il un retour de balancier après des années de mondialisation ? Les électeurs vont-ils continuer à voter pour des partis qui ne font qu’organiser une économie au service de quelques uns. Si la situation économique devient trop préoccupante, les pays pourraient de nouveau pratiquer un certain protectionnisme. Il existe toujours des barrières de langues, de coutumes, de religions entre les hommes au-delà des frontières étatiques

En Europe même la mobilité pour l’emploi entre les pays est relativement faible. Un frein à la mondialisation serait l’augmentation du coût du transport étant donné que les ressources ne sont pas inépuisables. Les écarts entre les salaires vont un peu diminuer entre les pays. On peut aussi assister à l’émergence de partis politiques qui prônent ouvertement le protectionnisme pour leurs concitoyens. En France, le non au référendum de 2005 peut s’interpréter comme le fait que les électeurs n’ont pas vu dans l’Europe une protection face à la mondialisation. Un taux de chômage de 10 à 15% n’est pas sans effet sur le rapport des forces politiques dans un pays. La peur du déclassement des classes moyennes finit toujours par se répercuter dans les urnes. L’euro qui a été une monnaie au diapason de la mondialisation montre ses limites et risque à tout moment d’imploser. On ne parle que de le « sauver ».La dette des États n’est que le contrecoup de la mondialisation qui a généré des taux de croissance très faibles donc peu de recettes pour l’État, les pauvres ne payant pas d’impôt, les riches pratiquant l’évasion fiscale.

Patrice GROS-SUAUDEAU Statisticien-Economiste


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