La politique en textes !

La Violence
14 août, 2012, 13:07
Classé dans : plus ou moins philo

Les formes de violence ne manquent pas. Il y a bien sûr la violence physique ou des armes qui semble la plus évidente à observer. Tout homme l’a connu à l’école, dans la rue, un lieu public ou en privé.
Il y a aussi la violence psychologique qui peut détruire tout autant. Une forme usuelle est la violence verbale qui jaillit de certaines paroles. Entre les deux guerres, la violence de l’écrit existait dans une certaine presse et même dans la littérature si l’on songe par exemple aux pamphlets de Céline et d’autres …
Selon Freud, chez l’homme il existe des pulsions de mort, comme il existe des pulsions de vie. Cette violence peut même se retourner contre soi-même comme dans le cas du suicide.
La société essaiera toujours de contenir, canaliser, refouler cette violence qui est inhérente à l’homme. La guerre est une forme de violence organisée avec ses codes et ses lois, pas toujours respectés.
La violence pour la morale est associée à la négation de la raison. Cela peut être à la fois momentanément la facilité et le plus court chemin pour arriver à ses fins sans tenir compte d’autrui, ce qui s’apparente à du cynisme. L’Histoire montre que la violence engendre la violence et son utilisation n’est pas sans risque aussi pour celui qui décide de l’employer.
Si la violence a été condamnée moralement, elle a été célébrée et justifiée par certains courants politiques et philosophiques.
Déjà le Grec Heraclite écrivait : « Le combat est le père de toutes choses ; des uns il a fait des dieux ; des autres il a fait des hommes. Il a rendu les uns libres, les autres esclaves. »
On compare souvent Heraclite, le philosophe du mouvement à Parménide, le philosophe de l’être. Le conflit accouche de l’être. Le combat est lié à l’Histoire des hommes.

Les explications de la violence    

La plus évidente et première est l’explication biologique. L’homme a une part d’animalité. Il n’a pu survivre au cours des millénaires que grâce à une agressivité nécessaire et commune au monde animal. On l’attribue à la testostérone que les hommes possèdent plus que les femmes. Toute la culture consistera à refouler, détourner cette violence.
Plus philosophiquement, Hegel y verra une lutte des consciences. Cette lutte a pour but la reconnaissance ou la domination.
« Une lutte, puisque chacun voudra soumettre l’autre, tous les autres, par une action négative,
destructrice … »
(Kojève, introduction à la lecture de Hegel).
Pour Hobbes dans le Léviathan, l’être humain est naturellement violent pour survivre ou par orgueil. « Homo, homini lupus ».
À la différence de Rousseau, les hommes ne sont pas naturellement bons, mais asociaux ; c’est la « guerre de tous contre tous ». Il faut donc un État fort pour que les hommes puissent cohabiter entre eux. Freud globalement reprendra l’analyse de Hobbes.
« L’homme n’est pas cet être débonnaire, au cœur assoiffé d’amour, mais au contraire qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne dose d’agressivité » (Freud, malaise dans la civilisation).
Sartre quant à lui verra la rareté comme une explication à la violence.
Si la violence a été condamnée par les moralistes, elle a parfois été valorisée, chantée par les poètes depuis L’Iliade et l’Odyssée. Il existe toujours le mythe du « guerrier » qui sait se battre, se défendre, et protéger. On distinguera aussi la violence nécessaire et celle gratuite où l’imbécile peut tuer un être intelligent ou sans défense.
Avant d’aborder l’idéologie de la guerre qui est celle d’un courant politique conservateur ou même nationaliste, la violence a aussi été légitimée par les révolutionnaires qui la trouvaient nécessaire pour accéder à une société nouvelle.

L’idéologie de la guerre (Kriegsideologie)

Les philosophes qui ont légitimé la violence et la guerre ont été nombreux depuis Heraclite jusqu’à Nietzsche, Clausewitz, Spengler, Carl Schmitt, Heidegger …
Pour Cari Von Clausewitz : « la guerre est une simple continuation de la politique par d’autres moyens ».
Cette phrase a eu beaucoup d’interprétations et a même été renversée par certains auteurs. Il n’y a pas de guerre sans finalité politique. On peut aussi interpréter la guerre comme un moyen de la politique.
Pour Clausewitz, la guerre absolue est la guerre populaire, c’est-à-dire celle où le peuple y prend totalement part. Ce n’est plus une armée qui se bat mais une nation. On a là l’explication du massacre de la première guerre mondiale (14-18) qui a été la jonction de l’utilisation d’armes puissantes et massives, produits de la révolution industrielle et de la conscription (le service militaire et donc la guerre pour tous).

Les philosophes allemands du XXème siècle

Après Kant qui avait un projet de paix perpétuelle, ce qui est devenu bien après la philosophie de l’O.N.U., la paix n’a jamais été considérée comme un but à atteindre. Thomas Mann écrit : « La vérité est que l’homme ne ressent pas la paix comme « un idéal inconditionné ». En lui vit sans doute, et est immortel, un élément héroïco-primitif, une profonde exigence d’expériences terribles. »
Spengler quant à lui célèbre aussi la guerre : « La paix est un désir, la guerre est un fait. La vie est un combat. Que des peuples entiers deviennent pacifistes, c’est là un symptôme de faiblesse sénile : il ne s’agit plus de races jeunes et fortes. »
Spengler ajoute : « C’est un fait dangereux, que seuls parlent aujourd’hui de paix mondiale les peuples blancs et non les peuples de couleur, bien plus puissants en nombre. »
Pour Carl Schmitt, l’essence de la politique est le conflit et il fait donc de la distinction ami/ennemi le principe du politique.
L’écrivain Jünger verra dans la guerre le défi ultime pour l’homme. Elle permet de se dépasser dans des conditions extrêmes : « La guerre est notre mère à tous. »
Quant à Heidegger, il verra dans la violence un impératif ontologique. La caste appelée à diriger représente les guerriers du « combat primordial ». Ils doivent employer la violence pour briser les conventions et la quotidienneté. Heidegger prônera la dureté.
On retrouve des thèmes nietzschéens et héraclitiens. La violence est accoucheuse de l’Être. Celui qui exerce la violence ne doit pas connaître la bonté et la conciliation.

Conclusion

On ne peut que souligner l’ambiguïté de la violence. Dans la société en temps de paix, la violence légitime est aux mains de l’État. Max Weber définissait l’État comme ayant le monopole de la violence physique légitime (Gewaltmonopol).
Cette vision rejoint celle de Hobbes dans le Léviathan. La violence organisée qu’a été la guerre a été perçue par de nombreux penseurs comme moteur de l’Histoire et source de création, de dépassement de soi, d’un peuple.
La violence pure et gratuite comme dans Orange mécanique n’est jouissive que pour un individu. La violence collective et politique a créé, agrandi des nations et a été nécessaire à tout changement social.
Patrice GROS-SUAUDEAU


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