Classé dans : plus ou moins philo
Ces deux mots accolés l’un à l’autre ne sont pas utilisés au sens usuel.
Nature ne signifie pas le monde végétal. Il désigne plutôt inné, biologique par opposition à ce qui est acquis.
Le mot culture n’est pas pris au sens humaniste, c’est-à-dire un homme qui possède un grand savoir dans de vastes domaines. La culture signifie ici l’ensemble de tous les domaines qu’a produits la société : religion, langue, art, coutumes, science, technique, …
Toute société fabrique sa propre culture comme la culture française ou allemande.
« Une culture, c’est l’ensemble des formes acquises de comportement d’un groupe d’individus unis par une tradition commune, transmise par l’éducation » (Margaret Mead).
Cette différence entre nature et culture est bien soulignée par le biologiste Jean Rostand.
« La biologie ignore le culturel. De tout ce que l’homme a appris, éprouvé, ressenti au long des siècles, rien ne s’est déposé dans son organisme. Chaque génération doit refaire tout l’apprentissage. La civilisation de l’homme est dans les bibliothèques, dans les musées et dans les codes ...»
Cette différence entre nature et culture n’est pas toujours aussi nette. Lorsque Lacan énonce : « la femme n ‘existe pas », il veut dire que « la femme » est une construction culturelle et n’a quasiment rien d’inné dans ses comportements. Le livre « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir soutient cette thèse de façon très virulente et a été le livre référence de toutes les féministes. Démêler l’inné et l’acquis est parfois impossible tant ils s’entremêlent.
L’État de nature
Cet état n’a jamais existé, mais pour Rousseau comme pour les juristes (droit naturel), il sert d’instrument pour distinguer ce qui relève de la biologie ou de la culture. John Locke fonda sa philosophie politique sur la loi de la nature.
Cet état de nature correspond à ce qui est commun à tous les hommes, en dehors de leurs acquis culturels.
Lévi-Strauss reprendra cette distinction. Pour lui, la règle fait la différence entre nature et culture : « Partout où la règle se manifeste, nous savons avec certitude être à l’étage de la culture. Symétriquement, il est aisé de reconnaître dans l’universel le critérium de la nature. »
Lévi-Strauss fera de la prohibition de l’inceste la règle essentielle même si elle varie avec les sociétés. Le parent interdit n’est pas toujours le même. « Elle constitue une règle, mais une règle qui, seule entre toutes les règles sociales, possède en même temps un caractère d’universalité » (Lévi-Strauss).
La culture
Pour Leroi-Gourhan, l’homme est sorti de son animalité par la station debout qui en libérant deux membres lui a fait découvrir l’utilisation de l’outil : « La liberté de la main permet une activité technique différente de celle des singes ... ».
Par le travail, lié à l’outil, l’homme s’est éloigné de son animalité. En plus de l’outil, l’homme bénéficie d’un patrimoine accumulé.
« Des institutions aussi conventionnelles que nos bibliothèques et nos musées ou des forces aussi extrinsèques à nos corps que l’éducation ne sont pas si loin qu’on pourrait le croire de constituer à l’humanité une mémoire et une hérédité ».
Mais ce qui distingue le plus l’homme de l’animal sont le langage et la pensée (homo sapiens : homme qui pense).
Influence de la culture sur la personnalité
Au sortir de la deuxième guerre mondiale, les forces alliées ont considéré que la culture allemande avait fabriqué un type de personnalité venant d’une éducation « trop » autoritaire et qu’il fallait changer l’éducation allemande donc la culture allemande.
On n’était donc plus dans le cas d’une guerre classique selon Carl Schmitt où l’on respecte l’ennemi une fois vaincu, mais l’ennemi étant désigné comme le mal, il fallait donc le tuer ou changer son être.
En tout cas, ceci ramène à la relation entre culture et personnalité bien analysée par un sociologue comme Edgard Morin.
« Ainsi chaque culture … refoule, inhibe, favorise, surdétermine l’actualisation de telle ou telle aptitude, de tel trait psychoaffectif, fait subir ses pressions multiformes sur l’ensemble du fonctionnement cérébral, exerce même des effets endocriniens propres et, ainsi, intervient pour coorganiser et contrôler l’ensemble de la personnalité. » (Edgard Morin).
Conclusion
On ne peut que constater l’immense diversité des cultures sur la planète qui créent autant de types de personnalité à l’intérieur de leur domaine d’influence.
L’ethnocentrisme est fréquent chez l’homme qui a souvent hiérarchisé les cultures. Dans « Race et Histoire », Lévi-Strauss le souligne : « Il semble que la diversité des cultures soit rarement apparue aux hommes pour ce qu’elle est : un phénomène naturel, résultant des rapports directs ou indirects entre les sociétés ... ».
Samuel Huntington dans « Le choc des civilisations » montre l’incompréhension, la compétition, la rivalité qui peuvent exister. On assiste aussi à une homogénéisation des techniques, des modes de vie qui ont fatalement une influence sur les différents cultures ou civilisations. Il peut en résulter un rejet, un refus qui peuvent se transformer en radicalisation.
Patrice GROS-SUAUDEAU
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