Laurent Fabius un « caniche » des États-Unis
Tout le monde se souvient de l’époque où Laurent Fabius qualifiait Nicolas Sarkozy de « caniche » des États-Unis, ce qui n’était pas totalement faux. Il se retrouve maintenant dans la même position à défendre contre les Russes les intérêts des États-Unis et d’Obama qui dans son idéologie obsessionnelle de revanche raciale partagée par des blancs culpabilisés en est à décorer ceux issus des minorités raciales. Empêcher la vente des bateaux commandés par la Russie est d’une stupidité sans nom. Les intérêts de la France et des États-Unis ne se superposent pas, d’autant plus qu’il y a beaucoup à dire sur l’affaire ukrainienne. Les manifestations anti-russes n’ont fait que braquer les pro-russes. De plus le maintien des frontières sans consentement des peuples n’est guère défendable. On a eu l’exemple de l’Algérie, du Kosovo, et bientôt le référendum écossais, ainsi que de Mayotte. De plus la Russie est fondamentalement une puissance européenne et chrétienne. quelle prétention pour un Occident avachi représenté par BHL de dénigrer la Russie comme le mal !
À propos de Sarkozy (mal rasé pour faire plus homme) qui se dépêtre dans ses affaire avec son cynisme habituel, on retrouve chez Valls les mêmes caractéristiques : physique limité parcours scolaire et intellectuel plutôt médiocre, tout cela étant compensé par une psychologie de « trouduc ». L’affaire Dieudonné a permis à Valls (naturalisé français en 1982) de faire le fier à bras devant sa femme.
Sans imagination, il passe son temps à bêler à tout moment et à tout propos : « valeurs de la république ». Tout cela ne fait pas baisser le chômage. Quant à Jean-Marc Ayrault, licencié en Allemand, dans le monde du travail cela aurait fait tout au plus une secrétaire bilingue. La démocratie vous propulse premier ministre à gouverner la France. La gauche au pouvoir dans le fond ne suscite que l’ennui et l’impuissance n’étant maître de rien en économie comme dans le reste sous l’effet de la mondialisation et de la construction européenne. Les gesticulations sur la Russie ne changeront rien.
Patrice Gros-Suaudeau
L’interprétation
« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer » (Marx). « Il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations » (Nietzsche).
Ces deux citations montrent à quel point la philosophie est liée à l’interprétation. Quand Marx propose de transformer le monde, il se réfère à une interprétation du monde qu’il veut changer. On ne peut donc sortir de l’interprétation.
Pourtant, il existe des domaines où l’interprétation serait inexistante comme les mathématiques ou les sciences dites « exactes ». On comprend la démonstration d’un théorème en suivant les chaînes de raison. Il n’y a pas de place à l’interprétation.
La physique cherche à expliquer le monde par des lois ou des relations mathématiques établies par l’expérience. L’interprétation se trouve donc à mi-chemin entre l’opinion et la science. Feyerabend verra dans la Science aussi une interprétation du monde.
Les domaines du savoir humain où l’interprétation est omniprésente sont la littérature, les « sciences humaines » (économie, droit, sociologie, psychologie, histoire), la politique… L’interprétation devient même infinie.
Interpréter, c’est donner le sens puisque l’homme est un animal qui veut du sens. Le sens de l’Histoire peut être la lutte des classes, la lutte des nations, la raison se constituant comme l’expose Hegel ou le choc des civilisations… en psychanalyse, on interprète les rêves. L’interprétation des textes (sacrés ou non) s’appelle l’herméneutique.
L’herméneutique
L’herméneutique est donc l’étude des textes sacrés à l’origine. Elle a pris un sens plus large pour désigner toute interprétation d’un texte. Les juifs et les protestants pratiquent plus l’herméneutique des textes sacrés que les catholiques. Ils ont un rapport direct aux textes à la différence des catholiques qui se réfèrent à l’enseignement de l’Église. Les musulmans veulent aussi toujours revenir au Coran.
Pour Paul Feyerabend, aucun domaine n’échappe à l’interprétation, même la science soi-disant objective. Dilthey distinguera expliquer et interpréter. Pour lui, les sciences de la nature cherchent à expliquer. Les « sciences humaines » interprètent pour comprendre.
En sociologie, on retrouve la différence d’approche entre Durkheim et Max Weber. Pour Durkheim, la sociologie se trouve au même plan que les sciences de la nature avec des lois « objectives ». Les faits sociaux sont des choses à expliquer. Max Weber cherche à comprendre les faits sociaux à partir de la subjectivité des individus. On ne peut comprendre qu’en interprétant le sens que les individus donnent à leur action. « Nous appelons sociologie une science qui se propose de comprendre par interprétation l’action sociale et par là d’expliquer causalement son déroulement et ses effets ». (Max Weber)
Ricœur verra dans l’herméneutique une interaction entre l’auteur et le lecteur. Ce qu’a écrit l’auteur n’est pas figé et toute lecture est une interprétation liée aux attentes, aux croyances, au final à la subjectivité du lecteur. Le lecteur peut même dépasser ce que l’auteur a voulu dire. L’écrit a une portée ontologique à la différence de la parole qui est furtive et liée aux circonstances.
Un domaine où l’interprétation est sans limite est la poésie. Le poète pour Platon est un interprète des dieux. Il donne le sens ; il est aussi un interprète de la nature, du monde et des hommes.
L’œuvre d’art n’existe que par son interprétation. Elle est un moment du passé interprété dans notre moment présent.
L’interprétation des rêves
La psychologie fait sans cesse appel à l’interprétation et particulièrement la psychanalyse. Le rêve par exemple révèle l’inconscient. « Tout le psychique étouffé apparaît dans le rêve ». Avant le rêve relevait de l’ordre du délire insignifiant. Comme de donner une signification au lapsus, on interprète le rêve. Il est la réalisation d’un désir refoulé. Les « idées latentes du rêve » sont cachées par la censure qui existe aussi dans le sommeil. Les désirs sont masqués. Pour la psychanalyse, tout a une signification dans le rêve puisqu’il traduit l’inconscient.
Tout a aussi une symbolique. Le roi et la reine représentent les parents. Les enfants sont représentés par de petits animaux. L’organe sexuel de l’homme a une multiplicité de symboles : serpents, poissons, tiges, parapluies, … Cette symbolisation déguise le désir. Freud dans son livre « L’interprétation des rêves » donne plusieurs analyses de rêves qui n’ont pas tous une signification sexuelle. Une mère rêve que sa fille est morte (alors qu’elle l’aime). C’est pour Freud une réminiscence de son désir d’avorter avant la naissance de sa fille.
Nietzsche
Le sens qu’a donné Nietzsche est que le monde n’a pas de sens, ce qu’on peut appeler le nihilisme. Pourtant le philosophe n’a fait qu’interpréter le monde. Dans sa généalogie de la morale, les valeurs bien et mal sont liées à leur généalogie. La morale, celle des faibles s’imposant par leur nombre, est fondée sur le ressentiment, comme l’impuissant qui prône la chasteté.
Nietzsche interprète le monde de façon bipolaire entre les forts et les faibles. Il est dans ce domaine un psychologue et un sociologue hors pair.
L’homme veut du sens et selon le philosophe « un sens quelconque vaut mieux que pas de sens du tout ».
Il explique ainsi l’idéal ascétique comme si l’homme avait à racheter une faute. L’homme donc trouve un sens à sa souffrance.
Pour Nietzsche, l’homme se sauvera lorsqu’il acceptera l’absence de sens. Ce que l’on appelle le nihilisme actif qui le différencie du nihilisme passif : « Nihiliste est l’homme qui juge que le monde tel qu ‘il est ne devrait pas être et que le monde tel qu ‘il devrait être n ‘existe pas. De ce fait l’existence (agir, souffrir, vouloir, sentir) n’a aucun sens : de ce fait le pathos du « en vain » est le pathos nihiliste, et une inconséquence du nihiliste. ».
Pour Platon, les sens étaient les interprètes des phénomènes. Dans la philosophie médiévale, l’interprétation était l’exégèse de la Bible.
De cette vision antique ou religieuse on est passé à une interprétation des textes quelconques ou même plus généralement à celle de toute action sociale (ou individuelle comme le fera la psychologie). La psychanalyse interprétera même notre inconscient. L’interprétation est liée à l’essence de l’homme. L’homme veut donner un sens à tout objet, au monde qui l’entoure et à tout acte.
Patrice GROS-SUAUDEAU
La culture, ou qu’est ce qu’être cultivé ?
L’idéal de l’honnête homme du XVIIeme siècle (qui a remplacé celui du guerrier) a perduré au cours des siècles, même si maintenant, la télévision et internet ont considérablement réduit cette exigence en dépit d’un enseignement qui se veut pour tous. Le bourgeois cultivé du XIXeme siècle et du début du XXeme siècle qui citait en latin n’existe plus. L’école ne fait qu’empiler les années sans qu’il y ait une grande transmission des connaissances, à part quelques exceptions. D’ailleurs, de nos jours, à quoi sert-il d’être cultivé dans notre société libérale dite aussi celle du capitalisme financier ? Le seul critère est devenu la réussite financière. La culture, en dehors de son utilité ou non, fait-elle mieux comprendre les autres ? La culture réunit-elle les hommes ou au contraire les divise-t-elle puisqu’elle les différencie ? Il y aurait d’un côté les « cultivés » et les autres (les incultes) …
On oppose à la culture générale le savoir spécialisé ou technique qu’impose une société à un individu pour exister, avoir une profession, gagner sa vie. La société veut enfermer les individus dans un savoir spécifique alors que la culture générale est celle qui épanouit. Nietzsche écrivait qu’il faut faire de sa vie une œuvre d’art. La culture générale construit son « moi » et peut faire de l’individu une œuvre d’art en dépit de ce qu’exige la division du travail organisée par le système économique.
À la culture générale, on oppose aussi l’érudition, c’est-à-dire connaître un nombre incalculable de choses sans que cela fasse de quelqu’un un être cultivé, mais plutôt un singe savant.
« La culture, c’est ce qui reste lorsqu’on a tout oublié ». Cette formule qui se veut brillante est celle d’Edouard Herriot, agrégé de lettres, ancien Président du Conseil dans les années vingt. Elle est en fin de compte très dépréciative puisqu’elle traduit un non choix.
Ce qu’il reste vient du savoir de l’école qui n’a jamais été choisi. L’oubli n’est que le résultat d’une paresse intellectuelle et des circonstances de la vie. La culture ne serait que le résidu de deux non-choix.
Au XVIIeme et XVIIIeme siècles, on avait encore la prétention de pouvoir arriver à tout connaître. Ceci est exclu de nos jours, mais il existe des spécialistes des idées générales. On peut connaître les grandes idées de la Relativité, de la mécanique quantique, de l’économie, de la sociologie, sans être un spécialiste de ces domaines.
Dans le combat pour survivre et la reconnaissance qu’est la vie, être cultivé peut paraître un luxe. Est-ce pour séduire, plaire, dominer ou toute autre raison non avouable ? De façon plus élevée, la culture nous aide à nous approprier le monde et à le ressentir plus intensément.
Goethe écrivait : « Bien savoir et bien faire une seule chose procure un plus haut développement que d’en faire à demi une centaine ».
Être un spécialiste, c’est savoir de plus en plus de choses sur de moins en moins de choses. C’est peut-être desséchant mais la reconnaissance sociale s’obtient ainsi, c’est-à-dire aussi par une perte de son épanouissement personnel.
L’individu est écartelé entre un désir d’être très performant dans un domaine pour vivre, être reconnu, et une curiosité sur les domaines les plus divers.
La phrase de Goethe s’oppose frontalement à celle de Pascal : « Il vaut mieux connaître une chose sur tout que tout sur une chose ». Pascal, par cette citation, montre qu’il est plus attaché à l’intériorité de l’homme, son épanouissement qu’à son utilité et reconnaissance sociales.
La culture est aussi une démarche individualiste et égoïste qui ne se soucie guère de l’opinion des autres. Il y a une posture aristocratique dans le fait d’être cultivé, d’appartenir à un cercle restreint. Platon disait que pour penser, il faut avoir les mains libres et le ventre plein.
Les tâches les plus ingrates sont confiées à l’esclave. L’homme libre peut donc s’adonner aux activités de l’esprit. On est loin de la dialectique du maître et de l’esclave. Aristote méprisait au plus haut point le travail manuel. Il n’y avait de noble que l’activité intellectuelle.
Heidegger verra dans la technique une perte d’être.
La création artistique, comme le soulignera Nietzsche, s’est opérée grâce à de nombreux rentiers qui n’avaient rien d’autre à faire que créer.
Patrice GROS-SUAUDEAU