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La culture, ou qu’est ce qu’être cultivé ?
12 mars, 2014, 12:35
Classé dans : plus ou moins philo

L’idéal de l’honnête homme du XVIIeme siècle (qui a remplacé celui du guerrier) a perduré au cours des siècles, même si maintenant, la télévision et internet ont considérablement réduit cette exigence en dépit d’un enseignement qui se veut pour tous. Le bourgeois cultivé du XIXeme siècle et du début du XXeme siècle qui citait en latin n’existe plus. L’école ne fait qu’empiler les années sans qu’il y ait une grande transmission des connaissances, à part quelques exceptions. D’ailleurs, de nos jours, à quoi sert-il d’être cultivé dans notre société libérale dite aussi celle du capitalisme financier ? Le seul critère est devenu la réussite financière. La culture, en dehors de son utilité ou non, fait-elle mieux comprendre les autres ? La culture réunit-elle les hommes ou au contraire les divise-t-elle puisqu’elle les différencie ? Il y aurait d’un côté les « cultivés » et les autres (les incultes) …
On oppose à la culture générale le savoir spécialisé ou technique qu’impose une société à un individu pour exister, avoir une profession, gagner sa vie. La société veut enfermer les individus dans un savoir spécifique alors que la culture générale est celle qui épanouit. Nietzsche écrivait qu’il faut faire de sa vie une œuvre d’art. La culture générale construit son « moi » et peut faire de l’individu une œuvre d’art en dépit de ce qu’exige la division du travail organisée par le système économique.
À la culture générale, on oppose aussi l’érudition, c’est-à-dire connaître un nombre incalculable de choses sans que cela fasse de quelqu’un un être cultivé, mais plutôt un singe savant.
« La culture, c’est ce qui reste lorsqu’on a tout oublié ». Cette formule qui se veut brillante est celle d’Edouard Herriot, agrégé de lettres, ancien Président du Conseil dans les années vingt. Elle est en fin de compte très dépréciative puisqu’elle traduit un non choix.
Ce qu’il reste vient du savoir de l’école qui n’a jamais été choisi. L’oubli n’est que le résultat d’une paresse intellectuelle et des circonstances de la vie. La culture ne serait que le résidu de deux non-choix.
Au XVIIeme et XVIIIeme siècles, on avait encore la prétention de pouvoir arriver à tout connaître. Ceci est exclu de nos jours, mais il existe des spécialistes des idées générales. On peut connaître les grandes idées de la Relativité, de la mécanique quantique, de l’économie, de la sociologie, sans être un spécialiste de ces domaines.
Dans le combat pour survivre et la reconnaissance qu’est la vie, être cultivé peut paraître un luxe. Est-ce pour séduire, plaire, dominer ou toute autre raison non avouable ? De façon plus élevée, la culture nous aide à nous approprier le monde et à le ressentir plus intensément.
Goethe écrivait : « Bien savoir et bien faire une seule chose procure un plus haut développement que d’en faire à demi une centaine ».
Être un spécialiste, c’est savoir de plus en plus de choses sur de moins en moins de choses. C’est peut-être desséchant mais la reconnaissance sociale s’obtient ainsi, c’est-à-dire aussi par une perte de son épanouissement personnel.
L’individu est écartelé entre un désir d’être très performant dans un domaine pour vivre, être reconnu, et une curiosité sur les domaines les plus divers.
La phrase de Goethe s’oppose frontalement à celle de Pascal : « Il vaut mieux connaître une chose sur tout que tout sur une chose ». Pascal, par cette citation, montre qu’il est plus attaché à l’intériorité de l’homme, son épanouissement qu’à son utilité et reconnaissance sociales.
La culture est aussi une démarche individualiste et égoïste qui ne se soucie guère de l’opinion des autres. Il y a une posture aristocratique dans le fait d’être cultivé, d’appartenir à un cercle restreint. Platon disait que pour penser, il faut avoir les mains libres et le ventre plein.
Les tâches les plus ingrates sont confiées à l’esclave. L’homme libre peut donc s’adonner aux activités de l’esprit. On est loin de la dialectique du maître et de l’esclave. Aristote méprisait au plus haut point le travail manuel. Il n’y avait de noble que l’activité intellectuelle.
Heidegger verra dans la technique une perte d’être.
La création artistique, comme le soulignera Nietzsche, s’est opérée grâce à de nombreux rentiers qui n’avaient rien d’autre à faire que créer.
Patrice GROS-SUAUDEAU


Un commentaire
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  1. jaclyn

    Passionnant

    Dernière publication sur Pas de nouvelles bonnes nouvelles : Une secrétaire en péril (Episode 40: Autour du monde)



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