La politique en textes !

L’interprétation
25 mars, 2014, 14:15
Classé dans : plus ou moins philo

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer » (Marx). « Il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations » (Nietzsche).
Ces deux citations montrent à quel point la philosophie est liée à l’interprétation. Quand Marx propose de transformer le monde, il se réfère à une interprétation du monde qu’il veut changer. On ne peut donc sortir de l’interprétation.
Pourtant, il existe des domaines où l’interprétation serait inexistante comme les mathématiques ou les sciences dites « exactes ». On comprend la démonstration d’un théorème en suivant les chaînes de raison. Il n’y a pas de place à l’interprétation.
La physique cherche à expliquer le monde par des lois ou des relations mathématiques établies par l’expérience. L’interprétation se trouve donc à mi-chemin entre l’opinion et la science. Feyerabend verra dans la Science aussi une interprétation du monde.
Les domaines du savoir humain où l’interprétation est omniprésente sont la littérature, les « sciences humaines » (économie, droit, sociologie, psychologie, histoire), la politique… L’interprétation devient même infinie.
Interpréter, c’est donner le sens puisque l’homme est un animal qui veut du sens. Le sens de l’Histoire peut être la lutte des classes, la lutte des nations, la raison se constituant comme l’expose Hegel ou le choc des civilisations… en psychanalyse, on interprète les rêves. L’interprétation des textes (sacrés ou non) s’appelle l’herméneutique.
L’herméneutique
L’herméneutique est donc l’étude des textes sacrés à l’origine. Elle a pris un sens plus large pour désigner toute interprétation d’un texte. Les juifs et les protestants pratiquent plus l’herméneutique des textes sacrés que les catholiques. Ils ont un rapport direct aux textes à la différence des catholiques qui se réfèrent à l’enseignement de l’Église. Les musulmans veulent aussi toujours revenir au Coran.
Pour Paul Feyerabend, aucun domaine n’échappe à l’interprétation, même la science soi-disant objective. Dilthey distinguera expliquer et interpréter. Pour lui, les sciences de la nature cherchent à expliquer. Les « sciences humaines » interprètent pour comprendre.
En sociologie, on retrouve la différence d’approche entre Durkheim et Max Weber. Pour Durkheim, la sociologie se trouve au même plan que les sciences de la nature avec des lois « objectives ». Les faits sociaux sont des choses à expliquer. Max Weber cherche à comprendre les faits sociaux à partir de la subjectivité des individus. On ne peut comprendre qu’en interprétant le sens que les individus donnent à leur action. « Nous appelons sociologie une science qui se propose de comprendre par interprétation l’action sociale et par là d’expliquer causalement son déroulement et ses effets ». (Max Weber)
Ricœur verra dans l’herméneutique une interaction entre l’auteur et le lecteur. Ce qu’a écrit l’auteur n’est pas figé et toute lecture est une interprétation liée aux attentes, aux croyances, au final à la subjectivité du lecteur. Le lecteur peut même dépasser ce que l’auteur a voulu dire. L’écrit a une portée ontologique à la différence de la parole qui est furtive et liée aux circonstances.
Un domaine où l’interprétation est sans limite est la poésie. Le poète pour Platon est un interprète des dieux. Il donne le sens ; il est aussi un interprète de la nature, du monde et des hommes.
L’œuvre d’art n’existe que par son interprétation. Elle est un moment du passé interprété dans notre moment présent.
L’interprétation des rêves
La psychologie fait sans cesse appel à l’interprétation et particulièrement la psychanalyse. Le rêve par exemple révèle l’inconscient. « Tout le psychique étouffé apparaît dans le rêve ». Avant le rêve relevait de l’ordre du délire insignifiant. Comme de donner une signification au lapsus, on interprète le rêve. Il est la réalisation d’un désir refoulé. Les « idées latentes du rêve » sont cachées par la censure qui existe aussi dans le sommeil. Les désirs sont masqués. Pour la psychanalyse, tout a une signification dans le rêve puisqu’il traduit l’inconscient.
Tout a aussi une symbolique. Le roi et la reine représentent les parents. Les enfants sont représentés par de petits animaux. L’organe sexuel de l’homme a une multiplicité de symboles : serpents, poissons, tiges, parapluies, … Cette symbolisation déguise le désir. Freud dans son livre « L’interprétation des rêves » donne plusieurs analyses de rêves qui n’ont pas tous une signification sexuelle. Une mère rêve que sa fille est morte (alors qu’elle l’aime). C’est pour Freud une réminiscence de son désir d’avorter avant la naissance de sa fille.
Nietzsche
Le sens qu’a donné Nietzsche est que le monde n’a pas de sens, ce qu’on peut appeler le nihilisme. Pourtant le philosophe n’a fait qu’interpréter le monde. Dans sa généalogie de la morale, les valeurs bien et mal sont liées à leur généalogie. La morale, celle des faibles s’imposant par leur nombre, est fondée sur le ressentiment, comme l’impuissant qui prône la chasteté.
Nietzsche interprète le monde de façon bipolaire entre les forts et les faibles. Il est dans ce domaine un psychologue et un sociologue hors pair.
L’homme veut du sens et selon le philosophe « un sens quelconque vaut mieux que pas de sens du tout ».
Il explique ainsi l’idéal ascétique comme si l’homme avait à racheter une faute. L’homme donc trouve un sens à sa souffrance.
Pour Nietzsche, l’homme se sauvera lorsqu’il acceptera l’absence de sens. Ce que l’on appelle le nihilisme actif qui le différencie du nihilisme passif : « Nihiliste est l’homme qui juge que le monde tel qu ‘il est ne devrait pas être et que le monde tel qu ‘il devrait être n ‘existe pas. De ce fait l’existence (agir, souffrir, vouloir, sentir) n’a aucun sens : de ce fait le pathos du « en vain » est le pathos nihiliste, et une inconséquence du nihiliste. ».
Pour Platon, les sens étaient les interprètes des phénomènes. Dans la philosophie médiévale, l’interprétation était l’exégèse de la Bible.
De cette vision antique ou religieuse on est passé à une interprétation des textes quelconques ou même plus généralement à celle de toute action sociale (ou individuelle comme le fera la psychologie). La psychanalyse interprétera même notre inconscient. L’interprétation est liée à l’essence de l’homme. L’homme veut donner un sens à tout objet, au monde qui l’entoure et à tout acte.
Patrice GROS-SUAUDEAU


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