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La pensée de Pascal
20 mai, 2014, 12:18
Classé dans : plus ou moins philo

Pascal a toujours pensé entre deux extrêmes. Sa philosophie se trouve aussi entre un prolongement de la philosophie médiévale où s’entremêlaient religion et philosophie, ainsi que le dilemme foi-raison, et l’anticipation d’une pensée moderne avec sa critique de la raison.

Les anti-Lumières sont venus après les Lumières et pourtant Pascal pourrait être considéré comme un anti-Lumières avant l’heure avec non seulement sa vision aigüe des limites de la raison, mais aussi sa défense de la coutume et surtout de la religion chrétienne. Pour lui, la foi prime la raison.

Il a été avant tout un apologiste de la foi chrétienne. Et comme tous les croyants, il a utilisé tous les moyens pour la faire partager comme le fameux pari de Pascal pour convaincre les esprits forts. Il a été aussi un anti-cartésien puisque le cœur est au-dessus de la raison. « Le cœur a ses raisons que la raison ignore ». « Nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur ». (Pensées)

Pour Russel, Pascal a gâché son génie mathématique. Il est vrai que sa fièvre mystique est difficile à comprendre pour un esprit « rationnel ». Il faut peut-être l’expliquer par un corps malade qui a connu la souffrance comme un état second. Pascal s’est aussi imposé la mortification (il a porté une ceinture de cuir avec des clous). Il a pratiqué avec beaucoup de complaisance la haine de soi tout en se sachant grand, la jouissance à se sentir rien ou misérable. L’homme est un néant entre deux infinis, mais il avait conscience que sa grandeur résidait dans le fait qu’il était le seul vivant à penser. « L’homme est un roseau pensant ».

Le jansénisme

Pascal est devenu janséniste. Il faut donc expliquer cette doctrine. Ce courant se situe entre la théologie et la philosophie. Il vient du théologien hollandais Jansenius (XVIIeme siècle), qui veut revenir à Saint Augustin. La grâce n’est pas donnée à tous les hommes, idée qui s’oppose au libre-arbitre défendu par l’Eglise. Evidemment, cette interprétation janséniste sent le souffre protestant. Pascal s’attaquera aux Jésuites qui défendent la thèse officielle et sont donc du côté du Roi et du Pape. À travers cette querelle, l’augustinisme imprègne à nouveau la pensée philosophique et religieuse.

Le jansénisme prône un rigorisme et s’oppose à une société qui veut être maîtresse de son destin comme le prône le cartésianisme.

La raison est synonyme d’orgueil.

La casuistique

La casuistique est l’étude des cas de conscience. On cherche à appliquer à des cas particuliers les règles générales de la morale chrétienne. Ceci revient aux confesseurs. La plupart des casuistes étaient jésuites et minimisaient les fautes commises en trouvant une explication favorable à celui qui voulait se faire pardonner. Evidemment, cela ne pouvait que s’opposer au rigorisme janséniste.

Pascal va attaquer les casuistes et les jésuites. Ces derniers confessaient les souverains et les puissants et pour ne pas les rejeter hors de l’Eglise, ils trouvaient des accommodements avec la morale.

Le genre d’argument utilisé pour masquer un mensonge était « On peut jurer qu’on n’a pas fait une chose, quoiqu’on l’ait faite effectivement, en entendant soi-même qu’on ne l’a pas faite un certain jour, ou avant qu’on fut né… sans que les paroles dont on se sert aient aucun sens qui le puisse faire connaître »

L’esprit de finesse et l’esprit de géométrie

L’esprit de finesse chez Pascal est l’intuition. L’esprit de géométrie est celui qui raisonne. Alors que Bergson donnera plus d’importance à l’intuition qu’à la raison, pour Pascal l’esprit de finesse et l’esprit de géométrie sont les deux moyens d’accéder à la vérité. Les hommes la plupart du temps possèdent l’un ou l’autre à des degrés divers ou ni l’un ni l’autre. Les génies possèdent les deux de façon très développée.

« Tous les géomètres seraient donc fins s’ils avaient la vue bonne, car ils ne raisonnent pas faux sur les principes qu’ils connaissent ; et les esprits fins seraient géomètres s’ils pouvaient plier leur vue vers les principes inaccoutumés de géométrie. ».

Le cœur pour Pascal est aussi une intelligence intuitive.

Le divertissement

L’homme veut oublier qu’il est face au néant. Il doit donc s’abandonner dans le divertissement. Avec d’autres mots, Heidegger dira aussi que l’homme est inauthentique pour ne pas penser qu’il est un être-pour-la-mort.

« Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passions, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent, il sentira du fond de son âme l’ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir ».

Il faut s’étourdir de peur d’avoir à penser, ce que dira aussi Baudelaire dans son poème « Enivrez-vous ». L’homme ne veut pas découvrit son néant.

« La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement et cependant c ‘est la plus grande de nos misères ». (Pensée 411).

Le pari de Pascal

C’est un argument qui peut choquer certains chrétiens mais Pascal cherchait à convaincre les esprits forts. On peut difficilement considérer un calcul d’épicier pareil comme relevant de la foi. Ce pari est le calcul d’une espérance mathématique. Pascal a été avec Fermât le créateur de la théorie des probabilités.

Si je parie que Dieu existe et qu’il existe je gagne tout, c’est-à-dire la félicité éternelle. Si je parie que Dieu existe et qu’il n’existe pas, je n’ai perdu qu’une existence finie.

Dans l’autre cas, si je parie que Dieu n’existe pas et qu’il existe, je perds mon salut, la félicité éternelle. Si je parie qu’il n’existe pas et qu’il n’existe pas, je n’ai gagné qu’une existence finie.

On a donc tout intérêt à parier sur l’existence de Dieu.

Cet argument se veut donc rationnel, mais Pascal savait parfaitement que la foi n’est pas affaire de raison. Il s’adressait aux hommes qui calculent.

Foi et raison

On ne peut pas dire qu’il y a eu un conflit chez Pascal entre la foi et la raison. Il y a une humiliation de la raison par la foi. La raison n’est qu’une chimère. L’homme veut croire qu’il est maître de lui-même. Il doit se soumettre à Dieu.

Chez Descartes, il y avait un optimisme de la nature humaine alors que Pascal ne voit qu’un homme misérable et dépendant par rapport à Dieu. Le pessimisme chrétien (l’homme est pêcheur) est poussé au paroxysme chez-Pascal.

« Il ne faut aimer que Dieu et ne haïr que soi ». « Le moi est haïssable ».

Les Pensées

Ce livre devait se nommer « Apologie de la religion chrétienne ». On trouve des aphorismes et des développements où existe l’idée de démonstration « rationnelle ». La Vérité n’est pas unique et il n’existe pas de certitude. La vérité peut même se nier elle-même.

« Tous errent d’autant plus dangereusement qu’ils suivent chacun une vérité ». Nietzsche qui éprouvait une attirance et une répulsion pour Pascal aura une position similaire sur la Vérité, même s’il exprimait son dégoût pour l’apologie pascalienne de l’homme misérable. Rien n’est vrai, rien n’est certain.

L’homme ne peut comprendre ni lui-même, ni autrui. On retrouve Saint Augustin « Nesquio quid, ego ipse sum » « On n’aime personne que pour des qualités empruntées ».

Pour Pascal, Descartes est « inutile et incertain ». Le philosophe janséniste sort de la démarche philosophique platonicienne à la recherche de « La Vérité ». Les vérités, comme plus tard chez Foucault, sont multiples et parfois contraires.

Dans « Les Pensées », Pascal revient sans cesse sur la condition humaine. « En un sens, l’homme connaît qu’il est misérable puisqu’il l’est mais il est bien grand puisqu’il le connaît » (Pensée 112).

« Toute notre dignité consiste en la pensée ».

L’auto-flagellation permanente, la culpabilité que s’impose l’Occident n’est-elle pas qu’un bégaiement de cette forme de pensée chrétienne comme par exemple le propos très pascalien : « La France est grande à reconnaître ses fautes passées ».

Au final, les réflexions de Pascal sur l’existence en feront un pré-existentialiste avant le très chrétien aussi mais venant du Nord, Kierkegaard.

Patrice GROS-SUAUDEAU


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