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L’animal
24 juin, 2014, 15:48
Classé dans : plus ou moins philo

Depuis Aristote et le christianisme, notre société n’a fait que rabaisser, exclure l’animal de la communauté des hommes. Et pourtant, cela ne l’a pas empêché de le faire travailler, le faire participer à la guerre, s’en servir comme compagnon de jeu ou de solitude, de l’utiliser pour sa sécurité, tout cela pour finir parfois comme nourriture pour l’homme. Ce mépris ou sentiment de supériorité a été ambivalent car l’homme a toujours en même temps ressenti sa proximité avec l’animal.

L’animal inférieur à l’homme

Pour Aristote, l’homme est un animal qui parle, donc doué de raison ce qui sous-entend que l’animal n’a pas de raison. L’animal ne pense pas. Le christianisme aggravera cette déchéance puisqu’il n’accordera pas d’âme à l’animal. Dans le christianisme, il y a une coupure totale entre l’homme et l’animal. L’homme a été créé à l’image de Dieu. La zoophilie devient péché mortel et même un crime contre-nature.

Plus philosophiquement, Descartes comparera l’animal à une machine (ce qu’on peut interpréter comme la vision du mécanisme s’opposant au vitalisme). Les animaux n’ont pas de pensée car ils n’ont pas de langage. L’animal n’est donc qu’un corps.

Pour reprendre l’expression de Pascal, ce n’est pas un « roseau pensant ».

Malebranche extrémisera cette vision : « Les bêtes mangent sans plaisir, crient sans douleur, croissent sans le savoir, elles ne désirent rien, elles ne craignent rien, elles ne connaissent rien ».

La Mettrie inversera cette pensée pour l’appliquer à l’homme. Il n’y a pas de différence entre l’homme et l’animal si ce n’est un degré supérieur de perfection.

Rousseau ne situera pas la différence sur la pensée mais pour lui, l’homme est libre à la différence de l’animal qui obéit à la nature.

L’homme et l’animal ont souvent été comparés dans leurs aptitudes. Si de nombreux animaux sont supérieurs à l’homme dans un ou plusieurs domaines (vitesse, instinct, force, combat, faculté de voler chez les oiseaux, …) l’homme est multifonctionnel. Son potentiel physique (celui du singe) lui permet de pratiquement tout faire. Il suffit de regarder la gymnastique aux Jeux Olympiques. Son intelligence lui a même permis de voler et de voyager sous l’eau.

Condillac a publié « Le Traité des Animaux » (1755). Il s’oppose à Descartes. L’animal peut juger, penser, avoir de la mémoire … L’homme a pu dépasser l’animal grâce au langage. Il y a donc continuité entre l’homme et l’animal, idée que l’on retrouvera dans la théorie de l’évolution. On n’oppose plus l’homme à l’animal. On accorde à l’animal le fait de souffrir.

L’anthropologue Claude Lévi-Strauss défendra fortement la cause animale. Semblable à Rousseau, il fait l’éloge de la pitié vis-à-vis de tout ce qui est vivant. Les animaux sont des êtres sensibles.

« Jamais mieux qu’au terme des quatre derniers siècles de son histoire, l’homme occidental ne put-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter les hommes d’autres hommes, et à revendiquer, au profit des minorités toujours plus restreintes, le privilège d’un humanisme, corrompu aussitôt né, pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion » (Lévi-Strauss)

Plus globalement, Lévi-Strauss critique la séparation entre l’homme et la nature.

« En isolant l’homme du reste de la création, en définissant trop étroitement les limites qui l’en séparent, l’humanisme occidental hérité de l’Antiquité et de la Renaissance l’a privé d’un glacis protecteur ». (Lévi-Strauss)

L’anthropologue a été considéré comme un antihumaniste. L’humanisme occidental est selon lui une synthèse du christianisme (unité du genre humain) et de la pensée de Descartes (l’homme maître et possesseur de la nature).

« Toutes les tragédies que nous avons vécues, d’abord le colonialisme, puis avec le fascisme, enfin les camps d’extermination, cela s’inscrit non en opposition ou en contradiction avec le prétendu humanisme sous la forme où nous le pratiquons depuis plusieurs siècles, mais, disais-je, presque dans son prolongement naturel ». Cet anti-cartésianisme rappelle Heidegger.

Différences homme-animal

Si l’on récapitule les différences les plus manifestes entre l’homme et l’animal, il y a tout d’abord le langage qui n’est pas du même ordre de complexité et de plasticité chez l’homme.

Il y a aussi la conscience : « Ce qui élève l’homme par rapport à l’animal, c’est la conscience qu ‘il a d’être animal. Du fait qu ‘il sait qu ‘il est un animal, il cesse de l’être ». (Hegel)

Si l’instinct est un atout et une force, il n’a pas la vertu créative de l’intelligence. Il ne fait que répéter. L’homme a une histoire, alors que les sociétés animales ne font que se répéter, du moins à notre échelle.

La politisation de l’éthologie

En observant le monde animal, l’homme n’a pu s’empêcher d’en tirer des conclusions pour lui-même.

Dans le film « Mon oncle d’Amérique », Laborit veut montrer que face à une agression, l’homme (ou l’animal) n’avait que deux choix : le combat ou la fuite. S’il ne peut faire l’un des deux, il subit l’inhibition. Il s’est appuyé sur des études avec l’animal. Le réflexe conditionné du chien chez Pavlov peut s’appliquer à l’homme. L’Autrichien Konrad Lorenz observa pendant de longues années les animaux pour y découvrir l’agressivité innée. Les hommes vont voir chez les animaux ce qu’ils veulent y trouver. Gide, pour justifier son orientation homosexuelle, répertoriait les cas d’homosexualité chez les animaux.

On a souvent dit que les animaux ne tuaient que pour se nourrir, ce qui est faux. Chez les animaux existent la monogamie ou la polygamie, la fidélité ou le vagabondage.

La somme la plus accomplie sur l’application du monde animal à l’homme fut la sociobiologie. Elle fut accusée d’être raciste, sexiste, fasciste … Demande-t-on à une théorie qui se veut « scientifique » d’être humaniste ? Le clivage entre les humanistes et les antihumanistes sur cette théorie fut parfois violent et pouvait détruire une carrière. On retrouvait toutes les vieilles questions entre l’inné et l’acquis, l’hérédité de l’intelligence, la justification de la hiérarchie. La sociobiologie voulait même expliquer des comportements comme le racisme, le sexisme, la xénophobie au-delà des jugements moraux.

La grande critique vis-à-vis de la sociobiologie fut qu’elle niait ou minimisait le fait culturel. Il faut reconnaître que le débat sur ce courant de pensée fut viscéral dans les deux camps.

Au sentiment de supériorité de l’homme vis-à-vis de l’animal a succédé une inflation d’amour envers lui de la part de certains. Cela s’est accompagné parfois de misanthropie comme chez Schopenhauer qui disait mieux aimer son chien que Spinoza. On a créé les droits de l’animal. Chaque être vivant a le droit de vivre. Des hommes ont été condamnés pour cruauté envers les animaux. Obligera-t-on les hommes à devenir végétariens et cela les rendra-t-il meilleurs ? (Hitler aimait les animaux et était végétarien).

Patrice GROS-SUAUDEAU


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