La politique en textes !

DSK-Cahuzac-Sarkosy
30 avril, 2013, 12:58
Classé dans : économie et finance,politique politicienne

Les petites gens croient toujours que ceux qui ont des responsabilités importantes ont une vie privée culturelle intense en accord avec leur charge. Qu’ils passent leurs soirées à des concerts de musique classique ou à l’opéra. Au cours de dîners mondains ils abordent de façon passionnée toutes les grandes questions économiques, philosophiques et politiques se posant à l’humanité. On se demandait souvent pourquoi DSK n’avait pas de vie mondaine à Washington. Avec l’affaire du Carlton on a appris que DSK avait mieux à faire qu’aller faire le baise-main à de vieilles américaines aux lourds colliers de diamant.
Quand j’étais en terminale C (qui n’existe plus), mon professeur de mathématiques répondait quand un élève posait une question : « c’est une question de terminologie ». Pour qualifier Strauss-Kahn on a eu beaucoup de terminologie. Pour ceux de sa communauté c’était un séducteur. Pour les autres moins indulgents, c’était un vicelard ou un détraqué sexuel. Quand aux féministes elles ont surtout vu un salopard. Les mots comme toujours n’expriment qu’une subjectivité.
On a souvent reproché à Cahuzac d’avoir de mauvaises fréquentations politiques surtout celles qu’on qualifie « d’extrême droite ». Pourtant il n’y avait rien de plus social et tolérant chez cet homme qui relativisait l’idée de vérité en politique. Pourquoi avoir toujours la mentalité d’être en guerre civile avec des gens qui pensent différemment ? Plus sérieusement, l’argent transcende les clivages politiques. Pour paraphraser Shakespeare l’argent ouvre toutes les portes de droite comme de gauche. Ou avait-il compris intuitivement cette sentence de Nietzsche : « les convictions sont des prisons ».
Avec Cahuzac le mensonge ne sera plus ce qu’il était comme au temps de Chirac où il suffisait de passer à la télé et de dire « pschitt » ou « abracadabrantesque » pour faire taire la polémique et stopper toute enquête. L’époque en politique où l’on mentait « droit dans les yeux » n’est peut-être pas terminée, mais a pris un peu de plomb dans l’aile. Sarkosy avec les affaires Bettencourt, Karachi, le financement par la Lybie et le Quatar devra en dire plus que Chirac pour convaincre.
PATRICE GROS-SUAUDEAU



L’ESCROQUERIE BAYROU
31 janvier, 2012, 13:07
Classé dans : économie et finance,politico-historique,politique politicienne

Bayrou a fait partie pendant des décennies de l’établissement qui a toujours défendu l’Europe de Maastricht, d’Amsterdam ou de Lisbonne qui n’a fait qu’entériner le néolibéralisme, la mondialisation, le libre-échange et le pouvoir de la finance.
Sur ces points fondamentaux, il n’est en rien différent de Sarkozy ou Hollande. Ceci a eu comme conséquence la désindustrialisation dramatique de notre pays et son cortège de chômage. Cela semble presque surréaliste et même totalement hypocrite lorsqu’il en appelle au nationalisme économique : « produisons, achetons français », ce qui semble dérisoire lorsque l’industrie représente 12 % du PIB et que pratiquement il est devenu très difficile d’acheter des biens fabriqués en France. Il a même été de ceux qui ont le plus poussé à la roue européiste et donc néolibérale.
François Bayrou fait aussi partie de ces politiques qui pensent qu’en accusant les autres d’extrémisme, cela le place dans le camp de la modération et de la raison. Il n’a pourtant été lui-même qu’un extrémiste, un fanatique de son européisme (cf. sur le Web : la dictature de l’extrême-centre).
Il ne propose en fin de compte que de garder le système actuel et le diktat de Bruxelles avec toutes ses conséquences. Les traités de Maastricht et d’Amsterdam ont complètement ligoté la France dans le néolibéralisme qui ne peut plus agir pour sauver son industrie et ses secteurs stratégiques comme cela s’est passé avec Arcelor-Mittal. La France est toujours à la merci des oukases et amendes de Bruxelles. François Bayrou semble trouver cela très bien que Bruxelles ait très souvent fait le choix de désindustrialiser la France. Appeler à acheter français comme il le fait maintenant est d’une malhonnêteté totale.
Si la France recouvre sa souveraineté elle pourra défendre tous les secteurs qu’elle juge stratégique comme le font les États-Unis. Sortir de l’euro permettra à la France d’avoir une monnaie au service de ses intérêts comme la Suède qui a enregistré en 2010 une croissance de 5,5 % avec un taux de change favorable avec sa monnaie nationale.
La cote momentanée de François Bayrou vient probablement de sa personnalité médiocre, banale, genre brave type ou M. tout le Monde qui change des fanfaronnades sarkozistes (bref, la séduction de la médiocrité qui existe parfois en politique). Pour être président, il en faut quand même un peu plus.
Sa vision européiste foncière ne pourra rien changer à la désindustrialisation de la France. Ses schémas mentaux sont devenus inopérants face aux défis qui se posent à la France : emploi, ré-industrialisation, croissance, perte d’identité,…)
Bayrou ne changera rien à la situation actuelle si ce n’est changer de personne, peut-être moins bling-bling, mais ceci n’a aucun intérêt pour la France.
Le misérabilisme n’a jamais été une politique.
Patrice GROS-SUAUDEAU Statisticien-économiste



Mondialisation-Démondialisation
20 août, 2011, 19:12
Classé dans : économie et finance

Histoire

La mondialisation a existé depuis l’Antiquité puisqu’avec l’Empire Romain autour de la Méditerranée, on avait une économie – monde avec un centre et une périphérie. On peut parler avec la terminologie de notre époque de première mondialisation.

Lorsque les Européens ont découvert les nouveaux mondes, on a assisté à une nouvelle mondialisation ou européanisation du monde. Les différents empires coloniaux ont accéléré ce phénomène qui a consisté essentiellement à des échanges commerciaux et à une émigration européenne.

Il faut reconnaître que ces formes de mondialisation étaient très différentes de celles que nous connaissons depuis l’effondrement du communisme qui séparait le monde en deux. On constate pratiquement sur toute la planète une véritable circulation des capitaux, des marchandises et des hommes. À la différence de ce qui se passait avant (si ce n’est de façon marginale), on exporte aussi massivement les moyens de production. De plus les moyens de transport et de communication n’ont rien de comparable avec ce qui existait auparavant tant sur le plan qualitatif que quantitatif.

Paul Valéry écrivait déjà au début du XXeme siècle : « le temps du monde fini commence »

L’idéologie de la Mondialisation

Le « Consensus de Washington »

En 1989, John Williamson, Vice Président de la Banque Mondiale et économiste en chef énonça les principes qui devaient s’appliquer à n’importe quelle économie.

La philosophie économique est : dérégulariser, libéraliser tous les marchés (capitaux, biens, services…), instaurer un marché mondial. On y trouve dix principes comme les dix commandements, trace du protestantisme anglo-saxon. S’y trouve la doctrine du libéralisme (ou même néo-libéralisme) écrite noir sur blanc. C’est le triomphe des « lois du marché » et du libre échange.

    1.    Abaissement de  la charge fiscale des revenus les plus élevés afin d’inciter les riches à effectuer des investissements productifs, élargissement de la base des contribuables (en clair imposer les plus pauvres).

    2.    Libéralisation des marchés financiers

    3.    Garantie de l’égalité de traitement entre investissements autochtones et étrangers…

    4.    Démantèlement du secteur public, privatisations accélérées

    5.    Dérégulation maximale de l’économie du pays

    6.    Protection de la propriété privée

    7.    Promotion de la libéralisation des échanges (donc, baisse conséquente des tarifs douaniers)

    8.    Favoriser les secteurs qui exportent

    9.    Limitation du déficit budgétaire

    10.   Création de la transparence du marché

Le libre échange s’oppose au protectionnisme.

Le libéralisme considère que les marchés sont auto-correcteurs et qu’il ne doit y avoir d’intervention de l’État dans l’économie. Cette doctrine s’oppose donc au Keynésianisme.

Les fondements théoriques du libre échange sont le théorème des avantages comparatifs de Ricardo.

Les pays ont intérêt à se spécialiser, ce qui a comme conséquence que les régions et les nations abandonnent leur indépendance. Nous accepterions d’échanger notre souveraineté pour un niveau de vie supérieur.

La théorie de la spécialisation est aussi fondée sur le théorème de Heckscher-Ohlin-Samuelson. Selon les apologistes de la mondialisation, elle profite à tous. Nous conclurons par cette phrase de Percy Barnevick PDG de la métallurgie et de l’électronique (ABB) :

« Je définirais la mondialisation comme la liberté pour mon groupe d’investir où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales ». il aurait pu ajouter : sans contraintes environnementales.

Les institutions

La mondialisation s’est faite dans le cadre de la domination des États-Unis avec la montée en puissance de la Chine. Mais le grand déclencheur de la mondialisation a bien sûr été le pays des États-Unis. Les institutions internationales qui supervisent la mondialisation, c’est-à-dire la mise en place du consensus de Washington, du néo-libéralisme et du libre échange sont l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale…

    ⁃    L’OMC a succédé au GATT. (Organisation Mondiale du Commerce)

Son but est de promouvoir la circulation de capitaux, de marchandises, de services, de brevets sur la planète. Les règles du commerce mondial sont fixées par l’OMC

On peut quand même dire que les pays riches décident, les pays pauvres suivent, c’est-à-dire les États-Unis dictent leur loi. Un rapport avait été fait après une enquête sur l’influence des sociétés transcontinentales au sein de l’OMC. Le rapport avait énoncé : « L’OMC est presque totalement entre les mains des sociétés transcontinentales privées ».

    ⁃    Le FMI a été mis en place par la conférence de Bretton Woods. Il a commencé à fonctionner en 1947. Le FMI fonctionne comme une caisse mutuelle. Un pays ayant des problèmes de financement peut obtenir des prêts. Dans les faits pour obtenir ces prêts, les pays concernés doivent accepter les principes du « consensus de Washington ».

    ⁃    La Banque Mondiale s’occupe surtout des pays en développement avec la même idéologie néo-libérale.

La Financiarisation de l’économie

La mondialisation s’est opérée selon une logique financière. L’agent économique roi est devenu l’actionnaire à tel point que certains ont fini par considérer que la finalité des entreprises était maintenant d’entretenir le niveau de vie de leurs actionnaires. Ces derniers exigent toujours plus de rentabilité. Le concept clé maintenant est le ROE (Return to Equity) qu’on peut appeler retour sur investissement. Le minimum de nos jours est considéré à 15%, chiffre très au-delà du taux de croissance des pays développés. Il faudra donc à tout prix licencier (dégraisser), augmenter la productivité, comprimer les salaires, délocaliser, externaliser…On assiste à une véritable domination du financier sur le producteur, du spéculateur sur le dirigeant. Les stock-options données aux PDG n’ont fait qu’accentuer cette tendance. Dans la répartition de la richesse, les salariés sont les grands perdants, puisque l’obsession est la compression des coûts salariaux. Maintenant lorsque l’économie d’un pays va bien comme en Allemagne, on ne peut pas dire que cela profite aux salariés.

Il nous faut parler des Hedge Funds, les fonds d’investissement non côtés à vocation spéculative. Ces fonds ont la main mise sur un nombre incalculable d’entreprises. Les fonds souverains appartiennent à des États. Tous ces fonds utilisent l’effet de levier, c’est-à-dire accepter d’utiliser la dette pour accroître ses ressources propres et acheter davantage d’actifs.

La finance fait preuve d’imagination.

Désindustrialisation des pays développés

Délocalisations

En 1996, le Président en Chine du fabricant d’avions Mac Donnel Douglas déclarait : « notre activité consiste désormais à rapporter de l’argent à nos actionnaires. Si nous devons transférer les emplois et la technologie dans d’autres pays, nous le ferons ». L’Occident a perdu des millions d’emplois depuis l’ère massive de la mondialisation, tout cela pour enrichir les actionnaires. Cela a bien sûr fait considérablement baisser les taux de croissance des pays avancés. Les classes populaires et moyennes ont été sacrifiées par les financiers qui raisonnent à l’échelle mondiale. Leurs dividendes sont indexés sur la croissance mondiale et non sur le bien être de leurs concitoyens dont ils n’ont cure. La France fait partie des pays qui ont le plus délocalisé. Les États-Unis ont aussi très massivement délocalisé. L’ancien sous-secrétaire d’État au Trésor de Reagan, Paul Craig Roberts (guère un gauchiste) déclarait : « Les États-Unis ne rembourseront jamais leurs emprunts. L’économie américaine a été dévastée par les délocalisations, la compétition avec l’étranger, et les importations de travailleurs étrangers pourvus de visas de travail, pendant que tout ceci découle d’une idéologie du libre échange qui bénéficie aux « gros chats » à la tête des entreprises et aux actionnaires, aux dépens du travail américain ».

Ces propos changent de ceux qui pensent avoir atteint le summum de l’intelligence humaine en répétant en boucle que le chômage ne vient pas de l’immigration, ni de la mondialisation, propos du genre d’Alain Mine et la mondialisation heureuse. Il est vrai qu’il est le conseiller de ceux qui profitent sans retenue de la mondialisation.

On peut dire que les responsables politiques et les dirigeants d’entreprises ont piétiné le contrat social qui cimente un pays comme le démontre Eric Laurent dans son livre « Le scandale des délocalisations. ».

Parfois les entreprises françaises obtiennent des subventions en délocalisant. Il en est résulté une véritable désindustrialisation de notre pays et même de l’Occident. L’expression « La trahison des clercs » n’a jamais été aussi pertinente. Les distributeurs ont accéléré le processus de transfert d’emplois. En France le rapport Demmou (2010) indiquait que le phénomène de désindustrialisation est beaucoup plus important dans notre pays que dans les autres pays industrialisés. L’Allemagne délocalise, externalise mais avec retenue comparée à la France.

L’Europe

La question qui se pose : l’Europe a-t-elle été une protection contre les effets néfastes de la mondialisation ? La commission de Bruxelles a totalement accepté le libre échange mondialisé et la mise en place de l’euro n’a fait qu’accroître les délocalisations des pays historiques de l’Europe de l’ouest vers les pays d’Europe de l’Est.

L’Europe de l’Ouest pour les salariés a été la grande perdante de la mondialisation. Il est caractéristique que les grands défenseurs de l’euro sont les banquiers. La construction européenne pour certains est une idée totalement dogmatique, même si cela est à l’opposé de leurs intérêts. Toute cette construction est dans la logique de la mondialisation, puisqu’elle organise systématiquement la destruction des états nations et donc de toute politique économique nationale en supprimant la souveraineté monétaire. Les politiques monétaires (expansion de la masse monétaire et contrôle du taux de change) et budgétaires sont reléguées au musée. On a assisté dans le même temps en Europe à un prodigieux accroissement des inégalités. Le rapport des salaires est passé de 1 à 30 auparavant pour être de 1 à 1000.

La Mondialisation Culturelle

Curieusement, les États-Unis n’inondent pas le monde de leurs produits industriels. Les machines outils, les téléviseurs, les automobiles, les téléphones portables et les ordinateurs ne sont pas américains. Cela ne les empêche pas de gagner la bataille culturelle et d’inonder la planète de leurs films et de leurs chansons. Hollywood domine encore le marché du cinéma. L’anglais (ou plutôt l’américain) est la langue planétaire. Il existe parallèlement à la culture américaine par exemple une World music où tous les genres sont mélangés zouk, raï, jit, salsa… Chez les jeunes, les modes sont similaires du vêtement au roller. On assiste donc à une uniformisation de la culture planétaire, la macdonaldisation du monde. On retrouve les mêmes chaînes de distribution aux États-Unis, en Europe, ou en Asie. Les Disneyland se sont installés sur toute la planète. Les séries américaines télé sont vendues à tous les pays. Il y a aussi un exemple allemand comme « Derrick », vendu sur tous les continents. Cette perte de diversité n’est pas sans danger et peut susciter parfois des réactions violentes comme celles des islamistes.

Mondialisation et environnement

Une des raisons qui motivait les délocalisations en plus de contraintes sociales inexistantes dans les pays émergents était le non respect de contraintes environnementales. Cela fait baisser les coûts de production. La mondialisation a donc eu des effets néfastes sur l’environnement. De plus, par une consommation sans frein de tous les produits de consommation généralisée à tous les pays, ceci épuise les ressources naturelles et le taux d’accroissement du-parc automobile génère une pollution épouvantable des centres urbains.

L’agriculture des pays émergents pour concurrencer celle des pays développés utilise de plus en plus d’engrais chimiques. Pour attirer les investissements étrangers, le gouvernement philippin faisait sa publicité dans le magazine FORTUNE : « Afin d’attirer des sociétés comme la vôtre… nous avons abattu des montagnes, rasé des forêts, asséché des marais, détourné des cours d’eau, déplacé des villes…afin qu’il vous soit plus facile, à vous et votre entreprise de faire des affaires chez nous. »

Pour abaisser les normes écologiques dans leur pays les entreprises peuvent faire un chantage aux délocalisations ; Le développement du transport lié au commerce mondial ne peut aussi qu’épuiser les ressources énergétiques et accroître la pollution et les gaz à effet de serre.

La Démondialisation ?

C’est la question posée par certains économistes. Y aura-t-il un retour de balancier après des années de mondialisation ? Les électeurs vont-ils continuer à voter pour des partis qui ne font qu’organiser une économie au service de quelques uns. Si la situation économique devient trop préoccupante, les pays pourraient de nouveau pratiquer un certain protectionnisme. Il existe toujours des barrières de langues, de coutumes, de religions entre les hommes au-delà des frontières étatiques

En Europe même la mobilité pour l’emploi entre les pays est relativement faible. Un frein à la mondialisation serait l’augmentation du coût du transport étant donné que les ressources ne sont pas inépuisables. Les écarts entre les salaires vont un peu diminuer entre les pays. On peut aussi assister à l’émergence de partis politiques qui prônent ouvertement le protectionnisme pour leurs concitoyens. En France, le non au référendum de 2005 peut s’interpréter comme le fait que les électeurs n’ont pas vu dans l’Europe une protection face à la mondialisation. Un taux de chômage de 10 à 15% n’est pas sans effet sur le rapport des forces politiques dans un pays. La peur du déclassement des classes moyennes finit toujours par se répercuter dans les urnes. L’euro qui a été une monnaie au diapason de la mondialisation montre ses limites et risque à tout moment d’imploser. On ne parle que de le « sauver ».La dette des États n’est que le contrecoup de la mondialisation qui a généré des taux de croissance très faibles donc peu de recettes pour l’État, les pauvres ne payant pas d’impôt, les riches pratiquant l’évasion fiscale.

Patrice GROS-SUAUDEAU Statisticien-Economiste



La pensée de Keynes aujourd’hui
18 août, 2011, 13:52
Classé dans : économie et finance,politico-historique

Il y a globalement trois grands courants de la pensée économique de nos jours :

  1. la pensée libérale et sa variante néolibérale qu’on peut aussi nommer la théorie néo-classique,
  2. la pensée marxiste,
  3. la pensée keynésienne.

La pensée libérale (ou néolibérale) et la pensée keynésienne ont en commun d’accepter le capitalisme. A part cela, on peut dire que beaucoup de points les différencient. Keynes est l’ennemi du mercantilisme (ce qui est par exemple la politique économique de l’Allemagne, c’est-à-dire avoir une balance commerciale très excédentaire, la richesse étant considérée comme la possession importante de monnaie). Keynes est aussi l’ennemi du libre-échange (politique de l’OMC, du FMI et de la Banque Mondiale) et du monétarisme (politique actuelle de la BCE). L’intervention de l’Etat parfois massive dans la politique économique l’oppose fortement au libéralisme (le laissez-faire) qui prône un Etat minimal, c’est-à-dire garant du cadre institutionnel.

Le monétarisme reprend la théorie quantitative de la monnaie et dont la pratique consiste à juguler l’inflation, maintenir la stabilité des prix. Le libre-échange rejette le protectionnisme ou à défaut cherche à le minimiser.

Ces dernières années, il faut reconnaître qu’il n’est guère à la mode d’être keynésien pour différentes raisons.

La raison principale est que les économies sont devenues de plus en plus ouvertes et qu’une politique économique dans le cadre national a de moins en moins d’effets. La construction européenne, la mondialisation ont considérablement rabaissé l’idée de frontière et son efficacité vis-à-vis d’une politique économique.

Une des idées keynésiennes étant l’ajustement par les quantités (et non par les prix), que signifie-t-elle lorsque les entreprises délocalisent à tout-va ? Ce qui est le cas en France qui a connu la plus forte désindustrialisation depuis 1998 après la crise de 2008.

Keynes voulait corriger le capitalisme, le rendre plus humain et pour cela il fallait à tout prix combattre le chômage. L’objectif de la théorie keynésienne est donc le plein-emploi. Sur ce point il faut reconnaître que le libéralisme s’assoit dessus et peut même considérer le chômage comme nécessaire puisqu’il fait pression sur les salaires et jugule l’inflation. Il fragilise les salariés, donc permet aux financiers de s’enrichir encore plus.

Nous allons étudier la pensée keynésienne sans utiliser d’équations mathématiques qui créent un rejet chez beaucoup. Le principal livre de Keynes, « La théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie », ne contient quasiment pas de formules mathématiques. La mathématisation de Keynes et le fameux modèle IS-LM ont été élaborés après.

Nous allons présenter les principales idées de la théorie keynésienne.

L’influence de la monnaie dans l’économie

Keynes rejette la loi de Say « l’offre crée sa propre demande », ce qui avait comme conséquence que la monnaie n’était qu’un voile. On appelle cela aussi la neutralité de la monnaie dans l’économie, thèse qui était celle des classiques anglais. Il y avait donc une dichotomie dans l’économie.

Keynes s’oppose donc à cette idée ; la monnaie pour lui n’est pas neutre. Nous sommes dans une économie monétaire de production. On retrouve Marx pour qui les entrepreneurs transforment de la monnaie en marchandises pour récupérer encore plus de monnaie. De plus la monnaie est un réservoir de valeur et ne sert pas qu’à l’échange. Ce que Keynes nomme « la préférence pour la liquidité » a trois raisons :

  1. la transaction : l’argent liquide pour les dépenses courantes,
  2. la précaution : on garde l’argent liquide pour des besoins imprévus,
  3. la spéculation : on espère de meilleurs placements.

Lorsque le taux d’intérêt baisse, « la préférence pour la liquidité » augmente. Les individus peuvent augmenter leur encaisse de précaution car le monde est « incertain » et donc moins consommer. On distingue en effet trois sortes de mondes :

  1. le monde certain,
  2. le monde probabiliste,
  3. le monde incertain.

En économie selon Keynes, le monde est incertain. On ne peut pas prévoir de façon certaine, ni même en probabilité, la valeur du dollar de l’année prochaine.

Une caractéristique importante de la théorie keynésienne est aussi une analyse en termes de circuit et non de marché.

La demande effective

Les entreprises décident de leur investissement en fonction des profits anticipés. Les agents économiques ne sont pas égaux puisque l’on remarque l’importance des prévisions des entrepreneurs. On a ce qu’on appelle la confiance ou non et la monnaie est responsable de l’incertitude. La demande effective se décompose en deux : la consommation qui dépend de l’emploi, et l’investissement.

La demande effective est une variable anticipée. Lorsque les entreprises ont anticipé cette demande, ils embauchent le nombre de travailleurs nécessaires.

L’emploi dépend donc de la demande prévue et non pas de la main d’œuvre disponible.

On pourra jouer sur la demande effective qui est l’ensemble des dépenses qui peuvent être accomplies.

Epargne et investissement

Dans la théorie classique, l’épargne est première. Il faut d’abord épargner pour investir et récupérer les profits qui s’ensuivent. C’est ce qu’énonçait le Chancelier Helmut Schmidt lorsqu’il disait que l’épargne d’aujourd’hui crée l’investissement de demain et les profits d’après-demain. Ce raisonnement est totalement anti-keynésien. Dans la théorie générale, le livre de Keynes, l’investissement est premier. L’épargne ne fait que suivre.

« L’épargne globale est en effet commandée par l’investissement global ».

On a donc ex-post (après) toujours égalité entre épargne et investissement.

S = I (S : saving – épargne , I : investissement)

De nouveau, il faut souligner le rôle des entrepreneurs qui décident d’investir dans un contexte le plus souvent incertain.

Les instruments de la théorie générale

Le taux d’intérêt

Dans la théorie classique, le taux d’intérêt se détermine à l’intersection de l’offre d’épargne et de la demande d’investissement.
Keynes, une fois de plus, refuse la théorie classique. Pour lui, le taux d’intérêt « est le prix qui équilibre le désir de détenir de la richesse sous forme de monnaie et la quantité de monnaie disponible ».
Le taux d’intérêt se détermine en comparant l’offre de monnaie (qui vient de la banque centrale) et la demande de monnaie des agents économiques qui dépend des raisons de détenir de la monnaie liquide (motifs de transaction, précaution et spéculation).

Le multiplicateur – La propension à consommer

Le multiplicateur a été une invention d’un élève de Keynes : Kahn. Tout accroissement de l’emploi dans les biens d’équipement entraîne un accroissement d’emploi dans les autres secteurs. L’argent, en passant de main en main, va multiplier les revenus dans l’économie. Plus la propension à consommer sera forte, c’est-à-dire que les agents économiques épargneront moins, plus le multiplicateur sera élevé.

La propension à consommer s’explique de la façon suivante : « une proportion de plus en plus importante du revenu est épargnée à mesure que le revenu réel croît ». Une autre façon de le dire est qu’un accroissement du revenu disponible d’un agent économique entraînera un accroissement moindre de sa consommation.

Le rendement escompté de l’investissement

L’investissement étant une variable clé dans la théorie keynésienne, qu’est ce qui engendre la décision d’investir ?

Dans la théorie générale, de l’emploi de l’intérêt et de la monnaie, l’investissement dépend des profits escomptés et de l’anticipation de la demande globale. Les anticipations du futur dépendent de l’état de la confiance.

« Les évaluations des rendements futurs sont fondées en partie sur des faits actuels, qu’on peut supposer être connus avec plus ou moins de certitude et en partie sur des événements futurs qui ne peuvent qu’être prévus avec plus ou moins de confiance. »

Comme les initiatives privées sont sujettes à l’aléa, il faut donc le contrôler entre autres par une intervention de l’Etat. « On ne peut sans inconvénient abandonner à l’initiative privée le soin de régler le flux courant de l’investissement ». De là peut résulter la nécessité d’une politique budgétaire venant de l’Etat.

Nous allons citer deux exemples de pratiques keynésiennes. La politique économique de ce courant a généralement été utilisée soit par des gouvernements nationalistes (voire fascistes ou nazis) soit par la gauche ou des gouvernements proches de cette sensibilité.

En Allemagne, sous l’action du président de la Reichbank Hjalmar Schocht, on a fait marcher la planche à billets dans un système économique proche de l’autarcie avec le contrôle des changes qui empêchait toute fuite de capitaux. En cinq-six ans, le nombre de chômeurs est passé de six millions à 400.000 et le revenu national a doublé (de 1932 à 1937). Tout ceci s’est réalisé alors que le livre de Keynes n’avait pas encore été publié.

En France en 1953, Edgar Faure étant Président du conseil, la France a pratiqué une politique keynésienne : incitations fiscales à l’investissement, baisse du taux de l’intérêt. Le pays a alors connu une très forte expansion sans inflation.

Conclusion :

La force du modèle keynésien est d’être opératoire ou tout au moins de l’avoir été. Nous verrons pourquoi il l’est moins.

La principale idée de cette pensée est que les marchés ne sont pas autorégulateurs. La théorie classique ou même libérale n’est pas valide. Le laissez-faire aboutit la plupart du temps à du chômage et il faut donc une intervention de l’Etat puisque le plein-emploi est accidentel. Pourtant on a assisté à ta victoire idéologique du libéralisme et du néolibéralisme sans doute due aux soutiens financiers gigantesques reçus par les départements universitaires américains qui prônaient le néolibéralisme. Ce financement venait souvent des multinationales.

L’inefficacité d’une politique keynésienne vient surtout que l’on se trouve dans une économie ouverte. Cette économie est d’autant plus ouverte que les pays européens ont perdu leur monnaie nationale. Il ne peut donc plus y avoir une politique monétaire comme la non possibilité d’une politique de taux de change abolit l’idée de frontière sur le plan économique.

Pour de nouveau mettre en place une politique keynésienne, il faudrait que la France retrouve sa monnaie et mette en place une politique autonome sur le plan énergétique. Une politique du taux de change permettrait aussi de limiter les importations et à la France d’être à nouveau compétitive pour une ré-industrialisation. Quant à ceux qui disent que sortir de l’Euro reviendrait à rembourser la dette à un taux plus élevé, on s’aperçoit maintenant que « sauver » l’Euro coûtera à la France de plus en plus cher.

Résumons par un schéma la politique économique keynésienne
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Patrice GROS-SUAUDEAU Statisticien-Economiste



Le Marxisme
28 mars, 2011, 15:38
Classé dans : économie et finance,politico-historique

Que reste-t-il du marxisme après la disparition de la plupart des pays communistes. Le dernier grand pays dit communiste a accepté une économie de marché et est devenu sans doute le pays le plus capitaliste. L’effondrement du capitalisme tant annoncé par les marxistes n’est pas encore pour demain. Le sens de l’Histoire selon eux devait pourtant y aboutir. Le marxisme porte sur lui la responsabilité des anciennes dictatures communistes. Mais avant d’être la pensée officielle des régimes communistes le marxisme a avant tout été une analyse économique, historique, sociologique et politique du système capitaliste (le mode de production capitaliste MPC). Il a été pour beaucoup une pensée de combat contre le capitalisme haï. Il y a certes une part de haine dans le marxisme. Un nombre incalculable d’intellectuels a été réceptif à ce courant. « Le marxisme est l’horizon indépassable dé notre temps » (Sartre). Les brochures du parti socialiste ont utilisé pendant longtemps une vulgate marxiste ce que déplorait Raymond Aron, libéral qui avait fait profession d’anti-marxisme.

Dans toute pensée, il y a toujours une intentionnalité. Le projet marxiste a donc été d’instaurer une société sans classes où les hommes seraient égaux (même et surtout économiquement). Cette idée d’égalité n’est pas nouvelle. Est-ce une trace du christianisme pour qui les hommes sont égaux devant Dieu.

Le libéralisme dont l’idéologie est celle des droits de l’homme a décrété les hommes égaux en droit sur terre. Le communisme a voulu aller encore plus loin pour vouloir établir une société où les hommes seraient égaux sur le plan économique et où les classes n’existeraient plus (Le Grand soir).

Pour le marxisme, qu’est-ce qui fait que les hommes ne sont pas égaux. Pour cette doctrine, il y a la primauté de l’économie sur la société : l’être économique détermine l’être social. Les hommes ne sont donc pas égaux du fait de l’existence des classes, ce qui crée un rapport de domination les uns sur les autres. Il y a d’un côté les oppresseurs et de l’autre les opprimés. Pour Marx en plus de l’existence des classes il y a une lutte des classes. « L’Histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de lutte de classes ». C’est le thème du manifeste du parti communiste. Ces classes résultent la division du travail. Le moteur de l’histoire est posé comme étant de tous temps celui de la lutte des classes, ce qui donne une interprétation de l’histoire parmi d’autres. La vision marxiste de l’histoire s’appelle le matérialisme historique. On retrouve le fameux moteur à deux temps explicatif : infrastructure, superstructure. L’infrastructure étant l’ensemble des forces de production. La superstructure est l’ensemble des institutions (administratives, juridiques, policières et militaires…) qui encadrent et renforcent l’infrastructure.

La conscience des hommes est déterminée par leur être social. La superstructure n’est que l’expression du mode de production. Au cours de l’histoire le mode de production a été esclavagiste, féodal puis capitaliste. Le marxisme a voulu établir un nouveau mode de production socialiste où la propriété privée des moyens de production n’existerait plus. Il faut reconnaître même si cela a été un crève-cœur pour les communistes que ce système n’était guère efficace comparé au système capitaliste.

Marx jeune, était un hégélien de gauche et il a repris la dialectique hégélienne pour décrire l’histoire et ses antagonismes sociaux qui la font avancer. L’idée de classe sociale n’était pas nouvelle et existait déjà chez les classiques anglais (Smith, Ricardo, Mill…). Les deux principales sources d’inspiration de Marx sont sur le plan philosophique Hegel et sa dialectique plus généralement la philosophie allemande et sur le plan économique les classiques anglais ce qui a fait dire a l’économiste américain Samuelson que Marx était un ricardien attardé.

Pour dénoncer l’exploitation de l’homme par l’homme il faut définir ce qu’est la valeur d’un bien. Marx reprend la définition des classiques anglais. La valeur d’un bien est le travail, le temps de travail socialement nécessaire. Le travail se mesure en temps. Toute la difficulté que n’a pas résolu Marx fut le passage de la valeur au prix puisque l’on constate des prix et non des temps de travail. Seules les marchandises reproductibles ont une valeur. Marx fait la distinction entre valeur d’usage et valeur d’échange. La valeur d’usage revient a son utilité. La valeur d’échange est la proportion dans laquelle s’échangent des valeurs d’usage. Cette proportion est celle du temps de travail socialement nécessaire.

Une marchandise aura donc comme valeur :

C + V+PL

C : Temps de travail mort (machines, matières premières…)

V : Temps de travail vivant

PL : Plus-Value

Le capitaliste s’approprie la plus-value, concept clef du marxisme. Il y a donc une aliénation économique du travailleur en plus de l’aliénation sociale du fait de travailler pour un autre avec travail en général non choisi.

Dans le marxisme il y a donc exploitation de l’homme par l’homme.

Le taux de profit est    P= PL / C+V  P = PL : C+V

Le salaire se définit comme l’expression monétaire de la valeur de la force de travail. La force de travail contient un élément social et historique donc le salaire aussi.

La plus-value est la différence entre la valeur créée par cette force de travail et ce qu’a coûté cette dernière.

Pour Marx le capitalisme est rarement à l’équilibre. Il génère des crises. Le marxisme sur ce point rejoint la pensée keynésienne et le rejet de la loi Say « l’offre crée sa propre demande, la monnaie n’est plus qu’un voile ».

Pour les néo-classique (ou libéraux) il ne peut y avoir de crises. Dans la pensée économique, il y a donc trois grands courants : la pensée libérale, la pensée keynésienne et le marxisme. Une des idées les plus controversées du marxisme est la baisse tendancielle du taux de profit.

Taux de profit    PL : C+V =  PL/V : C/V+1

PLV = Taux d’exploitation, le rapport C/V est la composition organique du capital. Or la tendance à accumuler fait augmenter C/V et donc baisser le taux de profit. On notera au passage l’utilisation rudimentaire des mathématiques dans DAS KAPITAL. Il y a bien sur plusieurs façons d’empêcher la baisse du taux de profit, entre les délocalisations.

En conclusion, nous n’avons pas voulu résumer en quelques lignes la théorie marxiste absolument immense avec en plus les commentateurs et les prolongements. Il faut lui reconnaître une certaine cohérence. Elle a été un outil intellectuel de combat contre le capitalisme d’ailleurs beaucoup plus solide que ne le préconisait cette théorie. À de nombreuses reprises on a annoncé l’effondrement du capitalisme qui a montré une prodigieuse faculté d’adaptation. Sans prétendre être un discours de vérité économique le marxisme propose une vision globale de l’économie de la société et de l’Histoire.

PATRICE GROS-SUAUDEAU



L’Irlande, la construction européenne et le génocide industriel de la France
30 novembre, 2010, 13:39
Classé dans : économie et finance

Le problème irlandais est caractéristique de ce que la construction européenne a coûté et continuera à coûter à la France.

L’Irlande était un pays pauvre comparé à notre pays il y a encore trente ans. Avec la construction européenne, le PIB par tête est maintenant de 50 % supérieur à celui de la France.

L’expression « déshabiller Pierre pour habiller Paul» garde tout son sens. Les pays européens du centre (France, Allemagne, … ) ont par leurs subventions permis à l’Irlande de faire venir des entreprises, la plupart du temps américaines. Au passage, les subventions européennes ont aussi permis aux entreprises du CAC 40 de délocaliser au détriment de l’emploi dans notre pays. L’Irlande a aussi fait venir d’autres entreprises avec un taux d’imposition sur les bénéfices de 12,5 % contre 27,5 % en moyenne dans les autres pays de la zone Euro.

Après avoir fait payer les français à notre détriment, on leur demande maintenant de renflouer l’Irlande à nouveau. Cela n’est pas trop souligné par les fanatiques de la construction européenne. On constate aussi l’hypocrisie, la vacuité et le ridicule de ceux qui condamnent en permanence le protectionnisme.

Depuis longtemps il ne consiste plus à refuser des marchandises. Il s’exprime de façon sournoise par des conditions avantageuses grâce aux taux de change pour certains, le taux d’imposition sur les sociétés ou la pratique de la désinflation compétitive comme en Allemagne. Ce qu’on appelle le libre-échange n’est que l’utilisation de tous les protectionnismes locaux. Les Irlandais n’ont ratifié le traité de Lisbonne qu’à condition de maintenir leur avantage fiscal sur les sociétés. Quant à la Grèce, elle envisage déjà de ne pas rembourser le FMI et l’Europe.

On comprend avec l’Irlande, cas qu’on peut généraliser à la Grèce, à l’Espagne, au Portugal et aux pays de la périphérie pourquoi la France avec la construction européenne connaît depuis de longues années un véritable marasme économique. Avec la mise en place de l’Euro, les produits allemands ont pu inonder les marchés français et italien. Tout ceci conjugué aux subventions pour favoriser l’implantation des entreprises aux pays de la périphérie et aux 4 PIGS*, on a assisté à la destruction systématique de notre industrie.

Le gouvernement français a accompagné toutes ces mesures sous la pression des entreprises du CAC 40 à qui cela rapporte. Il y a malheureusement une déconnexion entre la santé des grandes entreprises françaises devenues des multinationales et l’économie de notre pays, c’est-à-dire les intérêts économiques des Français vivant sur notre sol.

Face à ce désastre économique qui vient en grande partie de l’Euro, la réaction des gouvernants est de sauver l’Euro, monnaie symbole qui doit être l’horizon indépassable de toute politique.

La crise des pays qu’on appelle les PIGS* montre aussi à quel point les «miracles» économiques étaient artificiels. Leur croissance momentanée a été due à des subventions et une monnaie qui ne correspond en rien à leur économie réelle.

Tout le cadre institutionnel de la construction européenne savamment construit par une « élite » arrogante et sûre d’elle-même n’a abouti qu’au déclin de la France et même de l’Europe.

Patrice GROS-SUAUDEAU

* PIGS : Portugal, Italie, Grèce, Espagne



Le néolibéralisme
5 novembre, 2010, 14:13
Classé dans : économie et finance,politico-historique

L’idéologie qui s’est imposée est parait-il celle du néolibéralisme. On ne sait trop le définir, mais ce qui est sûr, tout le monde en ressent les effets. Qu’est-il au niveau des réalisations ?

Un chômage massif, le primat donné à la finance, les délocalisations, les licenciements, l’explosion des inégalités, une croissance faible, la baisse perpétuelle du pouvoir d’achat pour la plupart, ce qui fait dire à certains que sous Pompidou les classes populaires vivaient mieux, le nivellement par le bas des classes moyennes, les salaires mirobolants pour une partie infime de la population, ce qu’on appelle les super-riches, des salaires misérables pour beaucoup … Si peu de personnes peuvent donner une définition exacte du néolibéralisme, tout le monde voit bien que l’économie actuelle n’est plus du même ordre qu’auparavant. On sait d’ailleurs encore moins définir la différence entre libéralisme et néolibéralisme. Il faut des experts pointus pour en discuter et la définir. La doxa quant à elle mélange tout : libéralisme, ultralibéralisme, néolibéralisme, capitalisme financier ou capitalisme tout court, libre-échange, mondialisation, monétarisme …

Cette confusion n’est pas sans signification et traduit une anxiété de la part de la population. Même le Prix Nobel Joseph Stiglitz ne voyait dans le néolibéralisme qu’un fourre-tout d’idées pour qui les marchés sont auto-correcteurs et distribuent efficacement les ressources (la fameuse efficience des marchés). Pierre Bourdieu avait une vision qui n’est guère une définition : « Le néolibéralisme annonce un fatalisme économique contre lequel toute résistance parait vaine. Le néolibéralisme est pareil au SIDA : il détruit le système immunitaire de ses victimes ». Nous dirons que le néolibéralisme est la forme moderne du libéralisme qui s’est prodigieusement adapté avec cynisme à l’ère moderne.

Le néolibéralisme accepte d’intervenir dans l’économie (à la différence du libéralisme et sa phobie de l’État) en établissant des règles qui définissent la concurrence (l’obsession du néolibéralisme). Il sacralise la concurrence comme le libéralisme sacralisait le marché. Il est au service des super-riches et ne se soucie guère de redistribution sauf de façon pragmatique s’il est acculé à le faire. Le néolibéralisme fait donc diminuer la fonction publique car il n’y voit qu’une forme de redistribution puisqu’elle est accessible à tous et au service de tous.

On peut dire que le gouvernement Sarkozy est une émanation du néolibéralisme, le président lui-même en ayant la psychologie puisque sa vie a consisté à envier les super-riches et à se mettre à leur service.

Cette acceptation de l’intervention de l’État n’a bien sûr rien de keynésien puisqu’il ne s’agit pas de mettre en place un État-providence (concept absolument honni par le néolibéralisme). Le néolibéralisme s’est même imposé par l’État de façon très brutale en Amérique du Sud dans les années soixante et soixante-dix. Dans son livre, « La stratégie du choc », Naomi Klein explique comment des États forts (sur le plan militaire et policier) : Chili, Argentine, Uruguay, ont imposé le néolibéralisme. On a souvent accusé le gouvernement Pinochet d’être fasciste ce qui est faux sur le plan économique, en tout cas le régime économique mis en place n’a rien à voir avec le fascisme européen des années trente qui sur le plan social avait de nombreux points communs avec la social-démocratie et se souciait du bien-être des classes populaires que ce soit le nazisme ou le fascisme italien et espagnol. Les Chicago Boys de Milton Friedman ont imposé le néolibéralisme dans beaucoup de pays d’Amérique latine grâce à l’intervention très lourde d’un état fort qui n’hésitait pas à éliminer physiquement si nécessaire. Si Pinochet a permis d’éviter l’installation du marxisme au Chili, il n’a jamais mis en place un régime économique fasciste nationaliste et social. On retrouve aussi l’installation du néolibéralisme en Russie et en Chine grâce à un état fort et policier.

Le néolibéralisme est international et même cosmopolite. Il est donc lié au libre-échange. C’est l’idéologie d’organismes internationaux comme le FMI, la Banque Mondiale et bien sûr l’OMC ! Une de ses caractéristiques est le cynisme absolu, c’est-à-dire sans états d’âme dans toutes les utilisations pour augmenter le profit des entreprises et des actionnaires. La mondialisation et la recherche perpétuelle des salaires les plus bas en sont des exemples. L’immigration qui divise les classes ouvrières locales et fait pression sur les salaires est aussi une ruse du néolibéralisme qui nomme cela : « rendre les salaires plus flexibles ».

Pour se donner bonne conscience et donner des leçons de morale, le néolibéralisme joue la vertu en ce qui concerne l’antiracisme et prône par les délocalisations l’aide aux pays émergents dont tout le monde (surtout les actionnaires) n’a que faire à part ceux qui en Occident sont mis au chômage. Les grandes messes à la télévision pour toutes les opérations de charité, participent à la légitimisation du néolibéralisme comme les footballeurs qui tiennent par la main des gamins en entrant sur le terrain, tout ceci pour légitimer une société fric.

La plus grande escroquerie intellectuelle et morale a été bien sûr la construction européenne puisque la plupart des leaders de gauche (Aubry, Strauss-Kahn, Kouchner, Hollande, Delors, … ) ont présenté à leurs électeurs ces traités comme une construction de l’Europe sociale. C’était un formidable mensonge puisque les traités de Maastricht et d’Amsterdam (ensuite de Lisbonne) ne sont que l’application de l’ordolibéralisme (la version allemande du néolibéralisme ).

On ne pouvait, comme en Amérique du Sud, imposer en Europe le néolibéralisme par la force. On a donc cocufié les Français en douceur, c’est-à-dire sans qu’ils le sachent (il est toujours moins douloureux d’être cocu sans le savoir.

Le néerlandais Frits Bolkestein (celui qui créa la polémique du plombier polonais, ce qui était politiquement correct puisque le plombier imaginaire n’était ni africain ni arabe) disait lui-même que le traité de Lisbonne représentait un progrès considérable dans la réalisation d’une Europe conforme aux idées ordolibérales. Il est donc invraisemblable qu’une grande partie de l’électorat de gauche ait voté pour ces deux traités ; c’en est presque à vous dégoûter de la démocratie.

Chez les antilibéraux européistes d’extrême-droite comme Alain de Benoist, ils n’avaient qu’à choisir ou ne pas choisir entre une haine de soi (toute juive) du fait français et une exécration foncière du libéralisme mis en place dans la construction européenne. En tout cas, cette obsession de la mise en place de la concurrence que l’on trouve dans le néolibéralisme de Bruxelles (avec toutes les amendes en conséquence) et qui entrave les grandes entreprises françaises n’a amené que des taux de croissance très faibles si l’on compare les taux chinois où existent l’intervention d’un État protectionniste dans la vie économique et, un soutien massif aux entreprises chinoises.

Il est courant de se moquer dans certains milieux économiques de l’économie de grand-papa des trente glorieuses où la France connaissait des taux de croissance de 5 ou 6 %, deuxième au monde après le Japon pour faire l’apologie de la, nouvelle économie libérale où les 1 % de croissance vont aux super-riches et aux actionnaires. Il est vrai que celui qui possède la finance possède les médias et donc la diffusion des idées dominantes.

Patrice GROS-SUAUDEAU



La crise continue – La désindustrialisation de la France s’accélère
1 octobre, 2010, 12:22
Classé dans : concernant l'Europe,économie et finance

Le gouvernement français claironne parfois que la crise est finie, que l’on a vu la fin du tunnel. Il faut pourtant rappeler que la France a perdu plus de 350.000 emplois en deux ans, la plupart dans l’industrie. Beaucoup d’entreprises ont profité de la crise pour licencier, délocaliser… La crise aurait créé 700.000 chômeurs de plus.

À cette mondialisation parfois effroyable, s’ajoute la catastrophe de la mise en place de l’Euro qui nous empêche de dévaluer pour redonner un coup de fouet à l’économie française, ce qui serait actuellement la meilleure réponse à notre situation économique. Le fanatisme européiste, l’idéologie post-nationale ont imposé un carcan institutionnel qui empêche toute réactivité.

L’Allemagne et la France ne peuvent avoir la même monnaie, vu la structure économique de leurs pays respectifs. Il n’y a que les européistes fanatiques pour le nier. Les Jacques Attali, Alain Minc et autres ont par leur arrogance intellectuelle conduit la France dans un véritable mur. L’Euro a été la pire invention de la technocratie française ces dernières années. Il faut se rappeler Strauss-Kahn, ministre de l’économie de l’époque, pétant de suffisance plus que de coutume, croquant à pleines dents une pièce d’euro pour nous l’expliquer. Les économies européennes non seulement sont très différentes, mais divergent sous l’effet de l’Euro. Il faut la folie des technocrates pour continuer à soutenir ce déni de la réalité.

Les excédents allemands détruisent les économies française et italienne. On ne peut reprocher d’ailleurs aux Allemands de vouloir sortir du marasme européen et de défendre leurs intérêts. Et malheureusement, leurs intérêts sont incompatibles avec les nôtres dans le cadre de la zone Euro.

La construction européenne exacerbe la compétition entre les nations européennes. Pour résoudre la question de la dette, le gouvernement Sarkozy, aux ordres du néo-libéralisme, va conduire une politique de restriction budgétaire, ce qui va entraîner la France dans la récession un peu plus, une croissance atone, donc plus de chômage qui était déjà dramatique. Et comme le dit un proverbe, le chômage d’un autre, c’est une récession ; lorsque l’on se trouve soi-même au chômage, c’est une crise. On crée donc une nouvelle spirale du déclin.

Toute la politique économique actuelle a pour but d’obéir aux ordres des agences de notation (nouvelle dictature du néo-libéralisme) qui décident de la politique économique de notre pays (obtenir la notation AAA). Il faut donc les rassurer, horizon indépassable de notre politique économique. Euro fort, politique budgétaire restrictive, croissance faible, tout ceci ne conduit qu’à une désindustrialisation encore plus forte de la France. La perte de souveraineté a été considérée par certains comme une abstraction (surtout les haineux de la France). La perte de contrôle de la monnaie nous rappelle avec dureté ce que cela peut signifier.

Une des questions les plus urgentes à résoudre est bien sûr le problème des délocalisations. Il faudrait un ministère de l’industrie qui agisse en conséquence pour les empêcher par tous les moyens. L’avenir d’un peuple est dans la maîtrise de son industrie et de sa technologie. En dehors de tout cela, le reste n’est que littérature. Il faudra mettre en place un véritable volontarisme industriel comme cela est déjà arrivé dans l’histoire de France.

L’élection de Sarkozy, homme qui a une compétence très moyenne en économie, n’a apporté rien de bon à la France. Il n’est de plus, par ses origines, pas traversé par le fait français. Il peut très bien, après sa Présidence, se retrouver avocat à New-York. Il l’a d’ailleurs lui-même envisagé. Son élection n’a été le résultat que d’un peuple qui ne croit plus en lui-même et en ses descendants. Il n’est qu’au service de la finance qui ne se soucie aucunement des intérêts de la France.

Il faut le plus rapidement sortir de cet Euro mortifère, pratiquer un protectionnisme raisonné, avec le soutien des banques aux entreprises qui restent sur le sol national comme cela se pratique en Chine. Il faut aussi utiliser notre épargne (la plus élevée d’Europe) pour l’investir dans nos entreprises et non pas dans les fonds spéculatifs des banques.

Dans une France qui s’appauvrit, on continue toujours une politique d’immigration qui ne sert à rien économiquement si ce n’est à accrocher un boulet économique à la France mais qui satisfait certains lobbies, pour des raisons idéologiques.

De tous temps, lorsqu’un pays voulait envahir un autre, on envoyait l’armée (ou des guerriers) d’abord conquérir le territoire. On envoyait ensuite une population de peuplement. L’Angleterre a opéré ainsi dans ses colonies. Après la conquête, on envoyait des habitants peupler les territoires conquis. Après la conquête de l’Algérie par la France, le gouvernement a envoyé une population européenne de peuplement. Jusqu’à maintenant, cela a constitué la démarche classique.

Avec l’immigration actuelle, le processus s’est inversé. Les pays du tiers-monde envoient d’abord leur population avec leurs familles conquérir les pays européens. Cela bien sûr s’opère sans l’utilisation des armes, ce qui est plus efficace. La guerre est devenue démographique et les pays européens la perdent. Il y a d’ailleurs en France une véritable cinquième colonne qui agit pour la destruction de notre pays et favorise ce qu’il faut bien appeler une invasion.

La France ne se relèvera que lorsqu’elle aura résolu ces deux défis, c’est-à-dire notre déclin économique et surtout industriel associé à une immigration sans fin.

Patrice GROS-SUAUDEAU Statisticien-économiste



La dette de la France : une conséquence du capitalisme financier et de l’Euro
7 août, 2010, 11:00
Classé dans : économie et finance

Un homme politique radical socialiste avait déclaré un jour : « il n’y a aucun problème qu’une absence de solutions ne résoud pas ».

S’il est un domaine pour lequel cette phrase devient fausse est bien sûr le problème de la dette ou alors il faut accepter sans état d’âme de faire défaut avec toutes les conséquences de non crédibilité qui en résulteraient pour la France. Jacques Attali a écrit un livre sur ce thème. On a affaire à une œuvre savante où en conclusion il revient à son obsession pour ne pas dire fanatisme européiste cher aux « élites » qui conçoivent l’avenir pour les autres. On a d’ailleurs inventé l’expression en ce qui concerne l’Europe « sortir par le haut ». Il est vrai que cela résonne mieux que de dire « sortir par le bas ». On retrouve le moteur à deux temps de la pensée européiste. Quand cela va bien, c’est grâce à l’Europe. Quand cela va mal, il faut plus d’Europe. La certitude européiste ne connaît pas le doute. Avant toute chose, il faut relativiser une dette publique qui n’est qu’une circulation d’argent de ceux qui en ont trop. Quand l’Etat rembourse on enrichit les créanciers qui peuvent de nouveau relancer l’économie (surtout quand les créanciers sont des nationaux). De plus, il existe un chassé-croisé entre les dettes nationales. La France est débitrice pour certaines et créancière pour d’autres dettes.

Nous allons maintenant expliquer pourquoi la dette actuelle est due essentiellement au capitalisme financier (système économique de la mondialisation actuelle) et à la mise en place de l’Euro.

Il existe plusieurs façons de rembourser une dette : l’inflation (toujours au bénéfice des débiteurs au détriment des créanciers), la croissance, les impôts, la création monétaire, l’arme atomique étant faire défaut (ce qui a existé de nombreuses fois dans l’histoire économique), l’emprunt étant moins un financement puisqu’il peut même alourdir la dette, d’autant plus que le taux d’intérêt est supérieur au taux de croissance.

Ces sources de financement ont été très fortement contrariées par le capitalisme financier et la mise en place de l’Euro. La mondialisation a de façon prodigieuse fait diminuer les recettes par impôts : les délocalisations sont autant d’emplois détruits, donc de salariés ne payant plus d’impôts et qu’il faut de plus indemniser par des allocations. Le capitalisme financier a créé une répartition du PIB au désavantage des salaires. Ces derniers, comprimés, ne peuvent donc dégager des recettes fiscales suffisantes. Les contribuables les plus riches quant à eux sont protégés par le bouclier fiscal quand ils ne pratiquent pas l’évasion fiscale (en partant à l’étranger par exemple). Le capitalisme financier crée donc un cadre institutionnel guère favorable au remboursement d’une dette aussi bien privée que publique. Il a de plus généré une croissance très faible dans les pays européens dont la France.

L’Euro n’a fait qu’accentuer les effets néfastes de la mondialisation. La BCE n’a fait que lutter contre l’inflation (propice pour rembourser une dette) avec comme outil un taux d’intérêt élevé néfaste pour la croissance. Le politique de l’Euro fort sous le diktat allemand n’a fait qu’accélérer les délocalisations (donc moins de recettes) tout en comprimant les exportations et favorisant les importations (allemandes ou autres). Lorsque les européistes expliquent qu’on ne peut sortir de l’Euro car cela ferait monter les taux d’intérêt pour l’emprunt, ils font fi de tous les autres aspects négatifs de la mise en place de l’Euro.

De plus, sous le diktat allemand de la BCE et sa phobie de l’inflation, on ne peut plus monétiser la dette, c’est-à-dire financer par création monétaire. De toute façon, en sortant de l’Euro, le recours à l’emprunt sur les marchés internationaux sera moins une nécessité et la France serait à l’abri de l’augmentation des taux d’intérêt. La France a toujours eu un taux d’épargne élevé et le mieux sera de faire appel aux nationaux. En remboursant la dette, on enrichit les nationaux. On ne fait que se rembourser soi-même. On revient donc à cette idée énoncée au début de l’article : une dette n’est qu’une circulation d’argent entre différents agents. Il n’y a donc pas d’appauvrissement général.

Nous donnerons donc à propos de la dette de la France la même réponse que propose Alain Cotta pour l’économie de la France : « sortir de l’Euro ou mourir à petit feu ». Il faut aussi sortir du capitalisme financier actuel pour redéfinir un capitalisme social de nouveau favorable à la croissance des pays européens et à la ré-industrialisation de la France.

Patrice GROS-SUAUDEAU

Statisticien-économiste



Y-a-t-il vraiment un déclin de la France ?
31 mai, 2010, 15:31
Classé dans : économie et finance,politico-historique

À Nicolas Baverez revient le mérite d’avoir le premier abordé cette question avec autant de courage. Tout d’abord on va donner des chiffres simples. La France depuis plusieurs années a des taux de croissance très faibles et même ridicules comparés à ceux des États-Unis ou de la Chine.

La France, qui avait un P.I.B. très supérieur à la Grande-Bretagne, est maintenant derrière elle. La croissance moyenne depuis 1990 est de 1,8% contre 2,8% en moyenne pour les pays de l’O.C.D.E. La France donc recule par rapport aux autres pays. Le taux de chômage en France est aussi un des plus élevés des pays de l’O.C.D.E. (presque 10% à la fin de l’année).

Nicolas Baverez ne veut pas faire de l’Europe un bouc émissaire commode selon ses dires. Cela serait sans doute inconvenant pour le politiquement correct. Mais il est pourtant vrai que pour la mise en place de l’Euro, la France a sacrifié pendant des années des points de croissance (et de chômage) que l’on finit toujours par payer très cher en termes de recul et de retard, tout cela pour arriver au marasme économique actuel. La croissance sera proche de zéro en 2003. La zone euro a une croissance quasi nulle contre 4% pour les États-Unis. L’euro trop fort n’est pas du tout adapté pour l’économie allemande qui se traîne et entraîne d’autres pays. On en vient donc à regretter l’ancien système monétaire qui avait beaucoup plus de souplesse puisque les taux de change nationaux s’ajustaient à la situation économique des différents pays. Depuis des années, nos politiques ont eu comme objectif l’intégration européenne et non pas la croissance, l’emploi ou la bonne santé économique du pays. La politique de désinflation compétitive avait comme objectif un franc fort accroché au mark. Pendant des années, il a donc fallu souffrir pour arriver au stade actuel d’une croissance nulle avec l’Euro. Que de temps perdu ! Les pays ayant une croissance positive significative (Grande-Bretagne, Suède… ) ne font même pas partie de la zone euro. La France tombe économiquement mais elle tombe aussi dans d’autres domaines.

L’immigration a sapé l’homogénéité française déjà fragile avec des régionalismes toujours prêts à revendiquer leur identité. Deux tiers des immigrés arrivant en France ont un niveau inférieur au premier cycle des collèges contre un quart aux États-Unis selon l’O.C.D.E. Alors que la France se désindustrialise et que les usines restantes sont de plus en plus automatisées, on fait donc venir en France une armée d’analphabètes qui n’auront sans doute jamais de travail et dont la descendance aura hélas un fort potentiel de délinquance tout en faisant baisser le niveau des écoles françaises.

La France baisse sur le plan culturel et intellectuel avec en plus une immigration qui sape son système éducatif. Elle s’islamise ; on ne sait vraiment compter officiellement au million près le nombre de musulmans en France. Notre pays perd donc une part de son essence occidentale ce qui peut avoir des effets négatifs sur son développement économique. Max Weber avait démontré l’influence de la religion sur l’économie. Malheureusement, certaines religions peuvent à contrario être défavorables au développement.

Elle vieillit puisque toute politique démographique qui favoriserait les Français de souche est considérée comme discriminatoire. A propos de la canicule, la France a eu le bilan le plus catastrophique des pays occidentaux et, après vingt ans de socialisme qui devait apporter le bonheur sur terre, le taux de suicide en France ne fait qu’augmenter pour devenir le plus important d’Europe de l’Ouest.

Pour finir, les Français se rendent compte que la construction européenne a échappé à la France. L’expression « l’Europe démultiplicateur de puissance » n’a aucun sens puisqu’on assiste pour la France au mieux à la cacophonie pour la politique étrangère de l’Europe (ex: la crise irakienne), ou au pire à prendre des directions opposées à la volonté de la France comme par exemple une Europe vassale des États-Unis. Dans une Europe à vingt-cinq ou trente, notre pays pèse de moins en moins pour les décisions. L’Europe attend la reprise américaine comme si elle n’avait aucune autonomie propre.

La commission de Bruxelles a accepté le libre-échange mondialisé ce qui revient à dire que la construction européenne n’a plus guère de sens sur le plan économique dans un contexte de mondialisation totale, l’atelier du monde se déplaçant en Asie. Cette baisse de l’économie française atteint évidemment le prestige de la France puisque sur le plan diplomatique on n’écoute malheureusement que les forts économiques et/ou militaires. Avec sa situation comparée aux États-Unis, la position française sur l’Irak avait quelque chose de surréaliste.

Que conclure de ce bilan ?

Le gouvernement Raffarin n’est manifestement pas à la hauteur et n’a pas redressé la pente ne serait-ce que vis à vis de la croissance et de l’emploi. L’Euro fort va sans doute continuer à plomber notre économie. L’Europe de Maastricht nous a imposé de nouvelles contraintes (comme s’il n’y en avait pas suffisamment en économie) qui annihilent toute politique économique volontariste. La France n’a plus sa monnaie et doit donc attendre un meilleur contexte international. L’expression jusqu’alors abstraite « perte de souveraineté » dévoile toute sa signification.

PATRICE GROS-SUAUDEAU STATISTICIEN – ÉCONOMISTE


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