La politique en textes !

La Conscience
12 mars, 2013, 16:07
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Ce mot en français a plusieurs significations. On parle en philosophie de la conscience du monde qui nous entoure, la conscience de son moi ce qui nous distingue des animaux. La conscience peut aussi avoir un sens spirituel, lorsque par exemple certains par des exercices de spiritualité veulent élever leur « conscience ». Il y a enfin la conscience morale qui est un troisième sens, mais celle-ci est reliée à la conscience tout court.
« L’homme est conscience de soi. Il est conscient de soi, conscient de sa réalité et de sa dignité humaines, et c’est en ceci qu’il diffère essentiellement de l’animal... » (A. Kojève).
La conscience de soi est le cogito cartésien, le socle sur lequel va s’appuyer la philosophie occidentale : « Cogito, ergo sum ». Parménide écrivait : « le penser et l’être sont le même ». Le « donc » cartésien peut sembler superfétatoire. La phénoménologie étudiera la constitution du monde par nos actes de conscience.
La conscience possède plusieurs propriétés. Elle doit être transparente. Elle permet la certitude. En psychologie, l’accès à ma conscience s’appelle l’introspection comme le préconisait l’allemand Wundt. La conscience doit être aussi immédiate. Il y a primauté du présent sur le passé. La vérité est celle du présent. Les affections de l’homme sont multiples. La conscience unifie ces affections. « Posséder le je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les êtres vivants sur la Terre. Par là, il y a une personne ; et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui survenir, il est une seule et même personne, c’est à dire une être entièrement différent, par le rang et la dignité, de choses comme le sont les animaux sans raison, dont on peut disposer à sa guise » (Kant).
La phénoménologie
Pour Husserl, la conscience est toujours conscience de quelque chose. C’est ce qu’on appelle l’intentionnalité de la conscience. La conscience vise donc le monde extérieur. Heidegger parlera d’« être dans le monde ».
« La conscience et le monde sont donnés d’un même coup : extérieur par essence à la conscience, le monde est par essence relatif à elle : connaître ; c’est « s’éclater vers » » (Sartre).
Si la conscience est intentionnalité, alors il n’y a pas de pure vie intérieure. « Nous voilà débarrassés de Proust. Délivrés en même temps de la « vie intérieure » : en vain chercherions-nous comme Amiel, comme une enfant qui s’embrasse l’épaule, les caresses, les dorlotements de notre intimité, puisque finalement tout est dehors, tout jusqu’à nous-mêmes… » (Sartre)
« C’est l’intentionnalité qui caractérise la conscience au sens fort et qui autorise en même temps de traiter tout le flux du vécu comme un flux de conscience et comme l’unité d’une conscience » (Husserl)
Lien entre la conscience et le corps
La pensée moderne après Descartes identifie la pensée et le corps. « Mon corps n’est plus l’autre de l’esprit, mais bien intimement le même, le dénominateur commun de tout ce qui à un titre quelconque, intervient dans un domaine vital » (G. Gusdorf)
La conscience morale
En anglais et en allemand on différencie la conscience disons psychologique et la conscience morale : conscioussness et conscience en anglais, Bewusstsein et Gewissen en allemand. La conscience morale n’existe pas bien sûr sans la conscience psychologique. Il reste philosophiquement la question du fondement de la conscience morale. Schopenhauer écrivait qu’il est plus facile de prêcher la morale que de la fonder.
L’inconscient
On ne peut parler de la conscience sans aborder aussi l’inconscient. Leibniz aborde le premier l’existence de pensées inconscientes. Freud a repris ces analyses en distinguant dans notre appareil psychique : le ça, le moi et le surmoi.
Le « ça » constitue les forces profondes : pulsions de l’agressivité, désirs sexuels, faim…
Le « moi » constitue la conscience mais une partie du moi est inconsciente sous l’emprise des pulsions.
Le « surmoi » est l’ensemble des contraintes institutionnelles et morales, de tous les interdits.
Le « moi » se trouve entre le « ça », les pulsions et le surmoi. Trop de « surmoi » peut créer des névroses. L’inconscient se manifeste dans les actes manques et les rêves. Le rêve exprime un désir. Pour Freud, le rêve est la voie royale de l’inconscient. L’inconscient est un problème pour de nombreux philosophes comme Sartre qui le nie. Il substitue « la mauvaise foi ». On élude les problèmes.
Si la conscience est toujours dirigée vers l’extérieur « être une conscience c’est s’éclater vers le monde » (Sartre), la conscience nous sépare des autres êtres vivants.
« Ce qui élève l’homme par rapport à l’animal c’est la conscience qu’il a d’être un animal…du fait qu’il sait qu’il est un animal, il cesse de l’être » (Hegel)
PATRICE GROS-SUAUDEAU



La séduction
27 février, 2013, 16:41
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La séduction est quelque chose de trouble dans le rapport de domination qui s’opère entre le séducteur et la personne qui doit être séduite. Le séducteur voulant dominer sa « victime » ne fait-il en fin de compte que la « carpette » pour plaire ? En tout cas, la séduction utilise tous les subterfuges. Il y a dans le fait de séduire une lutte des consciences qui prend une forme moins brutale.
On croit plaire sur sa valeur, mais on ne séduit que si l’autre a déjà une réceptivité, c’est-à-dire qu’il se trouve sur le même plan intellectuel, culturel et même social.
On séduit souvent pour mettre une femme dans son lit ou tout simplement par narcissisme pour le sentiment jouissif et nécessaire pour certains de se rassurer.
Comme Casanova estimait sa valeur en nombre de femmes pudiquement dites « séduites », certains (hommes ou femmes) ne se sentent exister que par la séduction qu’ils pensent dégager. À part dans quelques cercles restreints, la séduction le plus souvent n’a rien d’intellectuel. Elle s’exerce par des vêtements, la façon de mettre son corps en valeur, le comportement, les signes d’appartenance sociale qui font que des individus de la même classe s’attirent. L’entre-soi est un moteur puissant de la séduction. Celle par encanaillement est rare et de courte durée.
Dans « La dentelière » de Pascal Laine, la relation amoureuse finit mal. Si la différence peut parfois attirer dans un premier temps, la ressemblance fait durer.
La séduction n’a pas les mêmes armes pour les hommes et les femmes. Les femmes cherchent la sécurité. Les hommes vont mettre en avant leur statut social et leur puissance financière. La femme séduit par ses atouts physiques. Ce schéma, certes très peu féministe, est encore le plus classique de nos jours.
Ce qu’on appelle le dialogue amoureux de la séduction est souvent très pauvre et fondé sur quelques artifices les plus stéréotypés dans le but que la personne à séduire reste dans le jeu et ne soit pas déconcertée. Il ne s’agit donc pas « d’étaler » sa science mais de rester dans des sentiers bien battus. Chacun a ses petits procédés de séduction qui ont fait leur preuve.
La séduction a bien sûr une connotation sexuelle. Les hommes comme les femmes émettent des phéromones qui attirent le sexe opposé si l’on reste dans un schéma traditionnel et hétérosexuel. Ceci démontre la part « d’animalité » qu’il y a dans la séduction. Certains possèdent ce qu’on nomme le magnétisme animal, c’est-à-dire des attributs physiques spécifiques.
Patrice GROS-SUAUDEAU



L’intelligence
29 janvier, 2013, 14:30
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L’Intelligence étant la valeur suprême pour la société, tout le monde voudrait être intelligent ou à défaut le paraître. On la relie à la réussite scolaire et sociale. On lui a donné une multitude de définitions comme la faculté d’adaptation. Mais des poètes comme Rimbaud ou Baudelaire ou le génie mathématique Evariste Galois étaient-ils adaptés à leur société ? Les définitions de l’intelligence sont donc toujours insatisfaisantes ou incomplètes. Faut-il la différencier de l’imagination ou de la créativité ?
Politiquement, idéologiquement son analyse n’est pas neutre car elle peut servir à légitimer des positions sociales. On a même fait des études sur le quotient intellectuel en fonction des groupes raciaux. Il y a toujours sur cette question la controverse entre l’inné et l’acquis. Quels sont les parts de chacun ? Les chiffres que l’on donne (50-50) ou (80-20) ont-ils une réelle signification ? Au niveau d’un pays est-elle liée à son système éducatif ? La question de l’intelligence n’est pas innocente et bien sur ses interprétations sociales ou biologiques.
Le cerveau
Le cerveau est extrêmement complexe et relier l’intelligence à certaines parties ou gènes est risqué. Le fonctionnement est encore mal connu. On sait qu’il y a deux hémisphères, un gauche qui est celui de la logique et de la rationalité et un droit celui de l’intuition, du sensible, de l’émotion… Nous avons cent milliards de neurones qui peuvent être reliés par des connexions (10 000 possibles par neurone). Le nombre de connexions est lié à l’intelligence. Si le cerveau représente 2% du corps il dépense 20% de l’énergie corporelle. Il faut donc le nourrir, d’où l’importance d’une nourriture variée pour son développement et son fonctionnement. Ceci est un problème pour certaines régions de la planète.
Analyse de l’intelligence
Beaucoup d’auteurs ont cherché à analyser l’intelligence. Nous allons en étudier deux, Gardner et Piaget.
Gardner – Plutôt de  considérer l’intélligence comme un tout que quelqu’un posséderait à différents degrés, Gardner a donné différentes catégories d’intelligence.
L’intelligence   loqico-mathématique. C’est la plus valorisée dans notre société  technico-scientifique. C’est souvent celle que l’on mesure dans les tests Q.I.
L’intelligence spatiale. Elle est utilisée pour les géographes, peintres, dessinateurs, architectes, pilotes…
L’intelligence interpersonnelle : la façon dont on comprend les autres et d’agir de façon adaptée.
Elle regroupe ce qu’on pourrait appeler l’intelligence psychologique. Elle est très utile pour les commerciaux, les politiques, les enseignants…
L’intelligence corporelle :  elle a été dévalorisée pendant longtemps en  Occident avec la survalorisation du « clerc » ou de l’intellectuel. Le corps servait à porter la tête. L’intelligence corporelle est développée et nécessaire pour les danseurs, sportifs, artisans, chirurgiens…
L’intelligence verbale et linguistique. À l’école elle est le complément de l’intelligence logico- mathématique. C’est bien sur celle des écrivains, des politiques, avocats…
L’intelligence intra personnelle. Elle permet de bien se connaître. On agit en fonction de ses atouts et faiblesses. On retrouve le « connais-toi – toi même » de Socrate. C’est donc aussi savoir faire une bonne introspection.
L’intelligence musicale. Elle va de celle capable de reconnaître les mélodies jusqu’à être capable de créer et innover parfois jusqu’au génie comme les grands musiciens.
L’intelligence existentielle ou philosophique. C’est l’aptitude à perpétuellement questionner, bref, l’ouverture d’esprit à toutes les questions « intellectuelles ».
On donne aussi l’intelligence naturaliste comme celle que peut posséder quelqu’un à l’aise dans la nature.
Ajoutons la créativité qui est une conséquence puisqu’être intelligent uniquement pour l’être n’a pas de sens.
Piaget – Le psychologue suisse a étudié l’intelligence dans sa temporalité ou son développement. Il a donné sa définition de l’intelligence.  « Définir l’intelligence par la réversibilité progressive des structures mobiles qu’elle construit, c’est donc redire, sous une nouvelle forme, que  l’intelligence  constitue  l’état  d’équilibre   vers  lequel  tendent  toutes  les  adaptations successives d’ordre sensorimoteur et cognitif, ainsi que tous les échanges assimilateurs entre l’organisme et le milieu ».
Pour l’enfant Piaget distingue plusieurs stades avant l’adulte.
Stade de l’intelligence sensori-motrice – 0-2 ans
Stade de l’intelligence préparatoire – 2-6/7 ans
Stade de l’intelligence opératoire – 6/7-11/12 ans
Stade de l’intelligence formelle – 12- adulte.
Les tests de quotient intellectuel
Au XIXème siècle on a beaucoup mesuré les capacités crâniennes pour faire des moyennes entre les différents groupes « raciaux ». De nos jours les tests Q.l remplacent ces anciennes pratiques, ce qui n’empêche pas de faire les deux. Ces fameux tests déchainent les passions. Soit on cherche à les mettre en bouillie car ils dérangent, soit ont leur donne une valeur absolue et même héréditaire. Il existe toute une littérature qui différencie les races par leur Q.l et capacité crânienne.
Les racialistes (certains disent racistes) peuvent se délecter de cette littérature. Les environnementalistes prônent que l’intelligence est essentiellement due à l’environnement socioculturel à la différence des innéistes.
De façon intuitive, l’environnement joue un rôle certain. Pourquoi les innéistes cherchent les meilleures écoles pour leurs enfants ? Nous exposons un tableau que l’on trouve fréquemment dans cette littérature. Il ne sert à rien de le dissimuler.

Q.I. moyen

Capacité crânienne moyenne

Asiatiques de l’Est

106

1416

Caucasien européen

100

1369

Asiatiques du Sud-Est

87

1332

Pacifique

85

1315

Nord-africains et moyen-orientaux

84

1293

Africains subsahariens

67

1282

Aborigène d’Australie

62

1282

Si on a divisé les Asiatiques de l’Est et du Sud-Est, il est curieux qu’on ne l’ait pas fait pour les Européens. Les Européens des pays du Nord ont un Q.l moyen égal à 107 comme pour l’Allemagne et les Pays-Bas, 106 pour la Pologne contre 94 pour la France. On ne voulait sans doute pas mettre des « blancs » en haut de l’échelle.

Hans Eysenck fut un de ceux qui ont le plus étudié l’intelligence. Il a déchainé les passions. Il fut physiquement agressé. Ceci dénote la haine que peut susciter l’idée de l’intelligence non également distribuée aux hommes. Lorsqu’il a étudié la corrélation entre la race et le Q.l il a touché à un tabou. Rappelons qu’Eysenck était d’origine juive allemande et viscéralement antinazi.
L’étude de l’intelligence n’est pas innocente. Tous les hommes la revendiquent avec la dernière énergie et pourtant ils sont parfois attirés par son opposé : la bêtise reposante, la médiocrité rassurante, les plaisanteries bien grasses…
L’intelligence fait peur et elle fatigue. L’homme souvent préfère avoir des activités disons les plus simples et répétitives. Les jeux télévisés par exemple sont de plus en plus débiles. On peut gagner des millions en tournant la roue. Les chansons et musiques participent pleinement à cette débilité ambiante. Les salaires de certains sportifs au Q.l souvent très limité atteignent des sommes astronomiques (même s’il faut leur reconnaître une intelligence corporelle). Si l’intelligence a des atouts certains» la « connerie » et la médiocrité sont encore des valeurs sures.
PATRICE GROS-SUAUDEAU



L’ANTHROPOLOGIE
18 décembre, 2012, 14:39
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Cette discipline veut répondre à la question de Locke « Qu’est-ce que l’homme ? » ; c’est à dire l’étude de l’homme au sens le plus large.
L’homme peut-il être sujet de science pour l’homme ?  Il y a deux façons d’aborder cette matière : l’anthropologie biologique et l’anthropologie culturelle.
L’anthropologie biologique et anatomique comprend la paléontologie, science de l’évolution physique de l’homme ce qu’on appelle l’hominisation. La théorie de Darwin est une donnée de cette discipline. Cette « science » est très conjecturale et les spécialistes n’ont pas les certitudes simplistes qui sont enseignées dans les manuels scolaires où l’on cherche à formater les élèves sur l’unicité du genre humain.
L’anthropologie actuelle est surtout sociale ou culturelle surtout depuis l’influence des travaux de Claude Lévi-Strauss. L’anthropologie est comme toutes les « sciences » humaines remplie de présupposés politiques et idéologiques où la question sous-jacente est l’unité du genre humain et/ou sa diversité, qu’elle soit raciale ou culturelle. La métaphysique y est donc omniprésente entre autres le refus de l’idée de supériorité.
« Partout où nous rencontrons les termes d’anthropologie sociale ou culturelle, ils sont liés à une seconde et dernière étape de la synthèse, prenant pour base les conclusions de l’ethnographie et de l’ethnologie. Dans les pays anglo-saxons, l’anthropologie vise à une connaissance globale de l’homme, embrassant son sujet dans toute son extension historique et géographique…et tendant à des conclusions, positives ou négatives, mais valables pour toutes les sociétés humaines, depuis la grande ville moderne jusqu’à la plus petite tribu mélanésienne » (Claude Lévi-Strauss).

Ethnocentrisme et universalisme
Ces deux termes ne s’opposent pas car l’universalisme se fonde la plupart du temps sur un ethnocentrisme.
Une culture ou civilisation cherche à universaliser ses valeurs. L’ethnocentrisme plus classique ne se soucie que du particulier. On retrouve ces deux tendances dans l’Histoire de France.
L’ethnocentrisme a été critiqué par les philosophes des Lumières. Rousseau pourrait être considéré comme un anthropologue avant la lettre lorsqu’il écrit : « Je tiens pour maxime incontestable que quiconque n’a vu qu’un peuple, au lieu de connaître les hommes ne connaît que les gens avec lesquels il a vécu » (Emile, V).

Lévi-Strauss
Cet auteur est incontournable de nos jours et a eu une position très iconoclaste sur certains points.
Lévi-Strauss reproche à l’humanisme chrétien d’avoir ignoré les autres cultures hors de l’Europe. Il va même plus loin en reprochant la séparation entre l’homme et la nature. Descartes disait que l’homme devait être « maître et possesseur de la nature ». L’anthropologue avec des accents très heideggeriens s’oppose à cette conception.
L’humanisme occidental a été la jonction du Christianisme qui a postulé l’unité du genre humain et du cartésianisme qui a voulu soumettre la nature.
Lévi-Strauss rejette cet humanisme occidental et va s’opposer au croisement des cultures. L’homogénéisation qui en résulte est mortelle pour l’humanité. On peut citer aussi Heidegger dans la lettre sur l’Humanisme. Le philosophe allemand soutenait que le désenchantement du Monde,  l’asservissement par la technique, l’assujettissement de l’humanitas à la rationalité marchande ne sont que l’aboutissement de l’humanisme. La technique et la science destructrices ne sont que le triomphe des Lumières.

Diversité – Race et Histoire – Race et Culture
Lévi-Strauss a écrit deux textes qui font date. Il ne s’agit pas de dire ici Lévi-Strauss l’a dit donc c’est vrai, mais le premier texte a été fait sur commande par l’Unesco  qui voulait entendre après la période nazie que les hommes faisaient l’un, que les races étaient arbitraires à défaut de ne pas exister et que les hommes étaient « égaux ». L’anthropologue avec sa notoriété s’exécuta dans son discours Race et Histoire.
Ce discours (1952) était en adéquation avec l’idéologie de l’Unesco. En 1971 Lévi-Strauss prononça un autre discours Race et Culture. On peut observer que le mot race est utilisé sans tabou par l’auteur même peu de temps après le nazisme. Le deuxième discours est différent du premier puisque Lévi-Strauss affirme le droit de chaque culture à préserver farouchement son identité, ce qui s’opposait à la vision de l’Unesco. Pour l’anthropologue les échanges culturels détruisent la diversité culturelle. Inutile de souligner que ce deuxième discours fut moins bien accueilli étant suspecté d’être proche de la pensée d’extrême droite.

Conclusion
Au départ, conçue avec un sentiment de supériorité de la part des Occidentaux qui étudiaient les « peuplades » d’autres continents, l’anthropologie actuelle exprime la culpabilité de l’Occident d’avoir détruit d’autres cultures.
Cette tendance s’est accentuée avec Lévi-Strauss et ses deux ouvrages principaux : Tristes Tropiques et la Pensée Sauvage. Le premier ouvrage est une leçon de relativisme, idée qui existait déjà chez Montaigne sur la vertu. Pour lui « Chaque nation s’en forme une idée différente ». On peut même avoir une lecture tiers-mondiste de Tristes Tropiques puisque l’auteur remet en cause la supériorité de l’Occident. Cette pensée construira en partie le « politiquement correct » ultérieur. La « Pensée sauvage » a voulu réhabiliter cette pensée pas si « sauvage » puisque pour l’anthropologue elle est capable d’analyser et d’ordonner. À la différence de Lévy-Bruhl, Lévi-Strauss reconnaît une certaine logique dans la pensée sauvage. Toutes ces idées sont presque devenues des lieux communs jusqu’à refuser toute idée de supériorité sur tout et à prôner une tolérance plus issue du bouddhisme que du Christianisme ou de l’Islam selon Lévi-Strauss. Tout ceci ne doit pas faire oublier le second moment de Lévi-Strauss qui aura une pensée que l’on pourrait qualifier de différentialiste.
PATRICE GROS-SUAUDEAU



Le travail
6 avril, 2012, 14:41
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Le travail a historiquement eu une connotation péjorative puisque l’origine du mot vient de tripaliare qui voulait dire torturer. Le travail était fait pour l’esclave qui permettait au maître d’être un homme libre.
Cette distinction entre les esclaves et les hommes libres vis-à-vis du travail a perduré longtemps en Europe puisque le noble ne travaillait pas à la différence des hommes du peuple et des bourgeois. Au XIXeme et au début du XXeme siècle, il a existé une classe de rentiers vivant de leur fortune pour qui le travail était une activité méprisable.
Cette représentation très négative du travail s’est métamorphosée puisqu’il a été par la suite valorisé, sacralisé par la quasi-totalité de la population jusqu’au gouvernement de Vichy qui dans sa devise l’avait placé en premier : « Travail-Famille-Patrie ».
Antiquité et Moyen-âge
Aristote a profondément méprisé le travail qui est sans intérêt, abîme le corps. Il rejoint en cela Platon.
Le philosophe avait aussi distingué le travail intellectuel (noble) du travail manuel (vulgaire). Cette distinction a encore des traces à notre époque puisqu’avec l’Eglise, la pensée aristotélicienne a été très étudiée : « Il est impossible d’accomplir des actes vertueux en menant une vie d’artisan ou de salarié » (Politiques)
Ce mépris du travail et surtout manuel sera une constante chez les clercs et les nobles en Europe.
Le christianisme
Le travail a été considéré comme le châtiment après la faute (l’homme avait écouté la femme).
Le travail peut quand même servir de rachat : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ».
On peut dire que le travail est une valeur judéo-chrétienne. Il sera même fortement affirmé chez les protestants.
« Ceux qui travaillent » au moyen-âge seront quand même considérés comme des inférieurs vis-à-vis des clercs et des chevaliers.
Hegel
Philosophiquement, le premier qui a pensé le travail comme réalisation de l’homme fut Hegel. L’homme par son travail transforme la nature et produit des biens sociaux.
Dans la dialectique du maître et de l’esclave, l’esclave n’a plus besoin du maître. L’esclave devient le « maître du maître » et le maître « l’esclave de l’esclave ». Le travail donc change les rapports sociaux. Si dans un premier temps le travail est une servitude, il libère l’homme de l’angoisse de la mort et de la peur de manquer.
« Arbeit macht frei ». Cette devise reprise avec cynisme par les nazis est en fin de compte une pensée de Hegel. La révolution française peut s’expliquer par une bourgeoisie qui s’est élevée en travaillant et a dépassé la noblesse.
On peut dire que l’homme s’arrache à la nature par son travail, construit un monde nouveau et fait l’Histoire.
La théorie marxiste
Après Hegel, Marx a donné une valeur quasi-métaphysique au travail puisqu’il définit la valeur d’un bien par le temps de travail socialement nécessaire.
Cette idée existait déjà chez les classiques anglais (Smith, Ricardo,…)
Cette revalorisation du travail comme activité propre à l’homme se situe pourtant à une époque où le travail se déshumanise par sa répétitivité et son morcellement dans la division du travail.
Le travail devient même aliéné puisque l’ouvrier ne contrôle plus du tout le bien qu’il construit à la différence de l’artisan. Le travailleur pour Marx est aussi exploité puisqu’une part de la valeur du bien ne lui revient pas (ce qu’on appelle la plus-value). Elle va au capitaliste.
Lorsque l’ouvrier travaille par exemple dix heures, il n’est payé que pour la valeur de cinq heures, les cinq restantes créant la plus-value.
Nietzsche
On retrouve chez Nietzsche avec une formulation nouvelle le vieux mépris aristocratique du travail. Le travail s’oppose au développement de l’individu. Il dépersonnalise. Il met au pas les individus. Le travail empêche de penser, de rêver. Il peut empêcher ou brider les passions comme l’amour, la haine. Pour reprendre un terme heideggérien, le travail rend inauthentique.
« Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous, à savoir la peur de tout ce qui est individuel ». (Aurore)
On peut difficilement sortir du travail car le loisir n’est que la conséquence du travail et permet même de le renforcer selon Marcuse.
« C’est la longueur de la journée du travail elle-même, la routine lassante et mécanique du travail aliéné qui accomplit ce contrôle sur les loisirs. Cette longueur et cette routine exigent que les loisirs soient une détente passive et une re-création de l’énergie en vue du travail futur ». (Eros et civilisation).
La division du travail ou l’O.S.T. (Organisation Scientifique du Travail)
L’organisation scientifique du travail a été théorisée par Friedrich Taylor, ingénieur américain. Les grandes idées sont :
- une division horizontale du travail avec une fragmentation maximale des tâches. On a aussi la division verticale (séparation conception/exécution). On retrouve la séparation aristotélicienne entre ceux qui pensent et ceux qui exécutent ;
- lutte contre la flânerie ouvrière ;
- motivation par le salaire pour les plus méritants.
Les pays communistes dans leurs usines pratiqueront aussi l’organisation scientifique du travail.
« Ce qu’on demande à l’ouvrier, ce n’est pas de produire plus par sa propre initiative, mais d’exécuter ponctuellement des ordres donnés dans le moindre détail ».
« Chaque tâche prescrit non seulement ce qui doit être fait, mais comment il faut le faire et le temps exact alloué pour cela ». (F. Taylor)
Une variante du taylorisme sera le fordisme, dont la caractéristique principale est le travail à la chaîne. Ceci permettra la production de masse.
Conclusion
De par son essence répétitive, le travail actuel épanouit très rarement l’individu. Confucius disait que lorsque quelqu’un choisit son travail, il n’a plus le sentiment de travailler. Mais choisir son travail est devenu un luxe.
La société a le culte de l’honorabilité du travail imbécile. Un travail ne devient honorable que s’il est souffrance et stupidité.
Sur le plan personnel, l’individu peut s’identifier à son travail comme le garçon de café de Sartre dans l’Etre et le Néant. Le travail donne position sociale, réputation et le regard des autres. La perte d’emploi peut être vécue comme une honte.
En plus de subvenir à ses besoins, ce qui est un impératif pour l’immense majorité des hommes, le travail donne un sens à sa vie, le sentiment d’être utile et libère de l’angoisse de la mort.
Patrice GROS-SUAUDEAU



La philosophie de la morale
14 novembre, 2011, 13:31
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« La vraie morale se moque de la morale » écrivait Pascal.

Cela signifie-t-il que les hommes se laissent porter pour agir par leur éducation religieuse ou non, leur culture, leur milieu social et leur sensibilité ? L’action immédiate cherche rarement des justifications profondes. Ce comportement est pourtant peu satisfaisant sur le plan philosophique.

Les Grecs

La loi se confond avec la morale chez les sophistes. Pour Callicles par exemple dans son dialogue avec Socrate, le seul droit est la force. La loi n’est donc faite que pour les faibles qui sert à les protéger dans leur faiblesse contre les forts. C’est bien sûr chez Platon et Aristote que l’on trouve les analyses les plus développées sur la morale.

Platon qui fut l’élève de Socrate reprend l’idée que la rationalité fait progresser vers la vertu. On a l’adéquation entre le vrai et le Bien.

Platon s’oppose aux Sophistes pour qui la morale varie d’une communauté à l’autre. On dirait que de nos jours que le philosophe grec veut « objectiver » la morale.

En tout cas suivant Socrate, Platon relie connaissance et morale, la méchanceté n’ayant d’autre racine que l’ignorance.

L’eudémonisme d’Aristote : doctrine morale pour qui le bonheur est le but de l’action humaine. Dans l’Éthique de Nicomaque, nous avons la question : quel est le bien suprême de notre action ?

C’est le bonheur. Pour Aristote, le bonheur le plus parfait se trouve dans la vie contemplative. L’individu accède à la moralité en recherchant son propre bonheur. Ce dernier consiste à être prudent et atteindre le juste milieu qui est synonyme de raison.

Cette morale du bonheur a existé aussi pour les Hédonistes. Le bonheur s’atteint par le plaisir (Aristippe de Cyrène). Pour Epicure, le plaisir est absence de douleur. Le bonheur est un contrôle des pulsions hiérarchisées. Les épicuriens se distinguent des Hédonistes qui laissent cours à leurs impulsions.

Une version de l’eudémonisme sera l’utilitarisme, doctrine-morale qui a été développée en Angleterre essentiellement avec Hume, Bentham et Stuart Mill.

L’utilitarisme est fondé sur l’optimisation de « plus grand bonheur possible pour le plus grand nombre de personnes ». L’idée de devoir est inexistante. L’utilitarisme de Bentham est plus individuel que celui de Stuart Mill. Cette doctrine revient à poser les questions qu’est ce que le bonheur? S’oppose t-il parfois à autrui?

Kant

Le devoir est lié à la conscience morale chez Kant. Comme Platon, Kant veut établir une morale de façon « objective ». Il énonce donc plusieurs principes moraux.

Tout d’abord le plus connu est celui-ci : « l’impératif catégorique ». Au moment d’agir il faut se demander : si tout le monde en fait autant.

« Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature ».

Le respect de la personne : l’homme est une personne, une fin en soi et non un moyen.

La volonté est autonome. L’être humain s’impose la loi morale. Bergson ne verra dans l’impératif catégorique qu’une consigne militaire.

Nietzsche et la critique de la morale chrétienne

Les valeurs morales, le bien, le mal naissent dans le ressentiment qui est la rancune des faibles. Ils érigent en valeurs les caractères de leur faiblesse et médiocrité. C’est la revanche des faibles sur les forts : « les premiers seront les derniers ».

Le Christianisme est la morale des esclaves.

Nietzsche distingue la morale des maîtres et la morale des esclaves. Pour les maîtres bon et mauvais signifient noble et méprisable. Les esclaves voient dans le fort un méchant. Nietzsche explique la morale par sa généalogie. On oublie l’origine de la morale. La morale a pour but l’asservissement.

Suivant en cela Spinoza l’idée du libre-arbitre n’est qu’une invention des classes dominantes. L’histoire de la morale est celle de la fabrication artificielle de la conscience morale par mnémotechnique du corps. La conscience n’est pas innée mais est un produit historique.

En faisant croire à la notion de causalité et de liberté, on créé le sentiment de faute et de culpabilité. L’idéal ascétique fondé sur la faute aboutit à la haine des sens et de la sexualité, le désir devenant même forme de mal. Nietzsche ne croit guère à la morale en soi. Il n’y a pas de phénomènes moraux, il n’y a que des interprétations morales des phénomènes.

Quant à l’altruisme pour le philosophe, il n’exprime que faiblesse et vide intérieur.

Sociologie de la morale

La morale dépend du milieu social. L’individu subit la pression de son milieu social. La conscience du devoir est sociale, (ex : avoir la Croix de Fer pour un noble prussien pendant la guerre).

Pour Marx aussi il y a une morale de classes. La morale bourgeoise n’est pas la même que la morale prolétarienne. Bergson voit deux sources de la morale et de la religion. Il y a d’abord les interdits moraux. Freud par exemple voyait dans la répression des instincts la base de la civilisation (malaise dans la civilisation). Bergson appelle cela une morale close. La morale ouverte étant l’appel de modèles : le héros ou le saint. Victor Hugo qui était optimiste pensait « qu’améliorer la vie matérielle améliorait la vie morale ».

La morale chrétienne

Le christianisme est une vision pessimiste de l’homme. L’homme nait pêcheur. Le monde temporel n’est que celui du malheur. Pour mériter la vie éternelle il faut donc respecter la morale chrétienne qui ne se résume pas au décalogue.

« Le chrétien est une conscience malheureuse puisqu’il est conscience déchirée de son opposition au monde. Le déchirement qui s’opère entre son moi temporel empirique et son moi transcendantal… fait son malheur » (Hegel)

L’homme est toujours pêcheur en puissance et doit expier ses fautes. La morale chrétienne a son modèle : le saint.

Heidegger et l’être-en-faute

Pour le philosophe, la conscience et la culpabilité sont des existentiaux qui fondent l’authenticité et la liberté. Il y a une conscience du moi coupable.

La culpabilité est le fondement de la morale.

L’éthique et la morale présupposent la culpabilité. La culpabilité est donc-première vis à vie de la morale.

L’homme est un être-en-faute. Mais chez Heidegger, nous avons un renversement.

« Tout ceci revient à dire : l’être-en-faute ne résulte pas d’une faute commise, c’est au contraire celle-ci qui ne devient possible que sur la base d’un être-en-faute originaire » Une faute commise ne peut que nous faire prendre conscience de notre être-en-faute.

Conclusion

Nous pouvons de nos jours distinguer le droit et la morale qui ont quand même une intersection commune.

DROIT   –(–> ( )( <–)–   MORALE

Il y a des comportements moraux en dehors du droit et des interdits juridiques en dehors de la morale. Lorsque la morale se confond avec le droit il y a une sanction de la société.

La phrase de Dostoïevski « Si Dieu n’existe pas, tout est permis » laisse à entendre que la morale est liée à la religion ou la croyance en Dieu ce qui n’est pas le cas chez les philosophes que nous avons vu La doctrine de Rabelais à l’abbaye de Thélème « Fais ce que voudras » n’a de sens que si l’on continue cette devise : « parce que les gens libres, bien nés, bien éduqués, vivant en bonne société, ont naturellement un instinct, un aiguillon qu’ils appellent honneur qui les pousse toujours à agir vertueusement et les éloigne du vice » (Gargantua).

Rabelais relie en fin de compte morale, connaissance, éducation, raison. Cette morale fondée sur la connaissance fut celle de Descartes et Spinoza qui croient en la puissance de la connaissance et de la raison. Hume s’opposait totalement à cette vision puisque pour lui, les passions décident, la raison ne faisant que se mettre à leur service. Schopenhauer a prôné un renoncement quasiment bouddhiste du vouloir-vivre qui rappelle celui de Montaigne : « je m’abstiens ».

Nous conclurons en disant que quels que soient les choix moraux, l’homme a une conscience morale.

Patrice GROS-SUAUDEAU



Pourquoi philosopher ?
28 septembre, 2011, 18:06
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Cette question ramène fatalement à la question : qu’est ce que la philosophie ? Lorsqu’on « philosophe » on se rattache à la philosophie des auteurs qui nous ont précédés. La philosophie occidentale peut se définir de façon extensive comme l’ensemble de toutes les œuvres reconnues comme faisant partie de notre patrimoine philosophique. Cette forme de philosophie occidentale se différencie fortement de ce qu’on appelle la philosophie orientale encore remplie de religiosité, de sacré, de maximes diverses… Ceci a fait dire à Heidegger de façon péremptoire que seule existait la philosophie occidentale. Lorsqu’on a lu Descartes, Kant, Husserl, il est difficile de considérer la « philosophie » orientale du même ordre que la nôtre. Notre questionnement, notre pensée, notre raisonnement, la façon de toujours remettre en question les idées passées sont devenus totalement occidentaux.


Les thèmes de la philosophie sont traditionnels, ceux que l’on retrouve en classe de terminale. Il y en a quand même deux qui sont obsessionnels : qu’est ce que connaître ? » Que dois-je faire ? ou la question de la morale. Kant a même ajouté des considérations sur l’esthétique.

L’étonnement, le questionnement, la recherche de la vérité sont les moteurs principaux de la philosophie. On peut aussi ajouter une recherche de clarification de notre pensée, idée qui fut aussi celle de Wittgenstein. Cette recherche de la vérité en arrive souvent à la conclusion que la vérité est un leurre comme l’énonça Nietzsche. Pour Heidegger, la philosophie ne doit pas se mettre au service de la science comme elle s’est mise au service de la théologie chez les scolastiques.

La philosophie simple commentatrice de la science est pourtant la conception du néo-positivisme du cercle de Vienne (Wiener Kreis).

Un rôle ancien que l’on attribue à la philosophie est celle de méditer sur la mort puisque l’homme est un être-pour-la-mort. Atténue-t-elle notre angoisse de la mort ?

Penser c’est aussi vouloir s’arracher à la doxa, l’opinion commune qui est à la pensée ce que le leben’s welt husserlien (le monde de la vie) est à la science. Si la philosophie orientale s’est contentée de transmettre une tradition, la philosophie occidentale en est toujours à spéculer et à remettre en question les systèmes antérieurs.

Cette forme de pensée vient de Socrate et son fameux « qu’est ce que ? ». Descartes a voulu détruire la scolastique pour mettre en place son système. Kant a voulu se débarrasser de la métaphysique. Pour le cercle de Vienne, il fallait se débarrasser des mots dénués de signification. La philosophie a un rôle destructeur. Mais elle sert aussi à « clarifier les concepts et les énoncés doués de sens, pour fonder logiquement la science du réel et la mathématique » (Carnap)

Certains membres du courant néo-positiviste suivant en cela la démarche d’Auguste Comte en viennent même à penser qu’il faut se débarrasser de la philosophie pour ne donner de la « valeur » qu’à la science. En disant cela, ils philosophent sans le savoir.

De façon pragmatique on s’aperçoit que les idées font peur. L’homme de pensée est une « rareté ». L’homme en général se complait dans ses habitudes, ses certitudes rassurantes. Questionner demande une culture, une volonté qui demandent un courage intellectuel.

Les hommes de pensée comme Descartes, Spinoza, Schopenhauer, Kant, Nietzsche, Kierkegaard, Wittgenstein ont été des solitaires. Heidegger s’isolait beaucoup.

La pensée a un coût social, elle isole.

Patrice GROS-SUAUDEAU



Quelle politique économique ?
3 mai, 2011, 15:38
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Dans un article du Figaro, Olivier Pastré s’est fait du bien en se défoulant sur Marine Le Pen. Tout son programme économique ne peut être que nul et non avenu. Toutes ses attaques sont une caricature et même une déformation des idées de cette dernière.

Prenons le premier point : la sortie de l’euro. Cette idée est pourtant défendue par de nombreux économistes qui n’ont pas forcément les idées politiques de la Présidente du front National., (Sortir de l’euro ou mourir à petit feu d’Alain Cotta). L’euro est trop fort pour l’économie française dans un contexte de mondialisation aussi bien en dehors de la zone euro qu’à l’intérieur où les produits français ne peuvent concurrencer les produits allemands. La France et l’Allemagne ne peuvent avoir la même monnaie n’ayant pas la même compétitivité même si cela est vexant et décevant pour les européistes fanatiques. L’Allemagne pourrait même tenir avec la parité 1€ = 1,8 $, ce qui serait une catastrophe pour la France. Sous l’effet de l’euro, les économies des différents pays divergent et il est quand même curieux pour certains pays d’avoir comme monnaie l’euromark alors que ces mêmes pays produisent et exportent quasiment rien.

Quant à l’Allemagne, elle utilise l’euro uniquement pour son propre intérêt sans se soucier de ses partenaires. Cette sortie de l’euro ne pourra que donner un coup de fouet à l’économie française et à l’emploi. Il faut arrêter de sacrifier l’économie de la France pour un délire européiste. La France doit aussi avoir une véritable politique de l’énergie tous azimuts. On sait maintenant qu’elle possède dans son sous-sol du pétrole et du gaz. La contrainte énergétique sera beaucoup moins pressante dans les prochaines années, principale contrainte jusqu’alors pour le pays et les entreprises. Sur le plan agricole, la France a plus que les moyens de nourrir sa population. Il faut arrêter de mentir avec le slogan ridicule de « l’euro qui nous protège ». Il n’a protégé en rien des délocalisations si ce n’est au contraire les avoir favorisées. L’euro n’est d’ailleurs pas à l’abri d’imploser par lui-même et il a fallu à plusieurs reprises le défendre, c’est-à-dire faire payer par les contribuables de France et d’Allemagne pour les pays qui s’en servent très au-delà de leur situation économique réelle Florin Aftalion l’a souligné récemment.

Olivier Pastré ressort sans aucune originalité l’épée de Damoclès de la dette, discours néolibéral type pour ne rien faire et tout accepter : les délocalisations, le gel des salaires, la réduction des fonctionnaires, le libre échange, l’explosion du chômage, le déclin économique…

Tout d’abord justement cette dette est une conséquence du capitalisme financier et de l’euro (voir sur le WEB : la dette de la France, une conséquence du capitalisme financier et de l’euro), le chômage massif et les délocalisations engendrent moins de recettes fiscales.

Il faudra aussi utiliser l’épargne des Français (toujours abondante) pour acheter des bons du Trésor ce qui fait que les Français se rembourseront eux-mêmes comme les Japonais qui supportent ainsi une dette très supérieure à la France. Si de plus la France a de nouveau la maitrise de sa propre monnaie, l’insolvabilité d’un Etat n’existe plus par définition. La France est quand même la cinquième puissance économique mondiale. Avec le franc, elle a même été la quatrième.

Quant au protectionnisme, Olivier Pastré (qui a une pensée binaire du tout ou rien) en donne une véritable caricature puisqu’il ne s’agira nullement de faire du protectionnisme avec des pays au développement économique comparable. Il s’agit comme toujours de faire un protectionnisme pragmatique en fonction des intérêts de la France. Les Chinois pratiquent cette forme de protectionnisme ce qui ne les empêche nullement d’exporter. L’expérience montre aussi que lorsque les Chinois ou les Américains pratiquent du protectionnisme pour certains biens, il n’y a pas de rétorsion, les pays achètent les produits dont ils ont besoin. Quant à l’immigration, Olivier Pastré ne connaît guère la nuance. Il faudra progressivement adapter la formation professionnelle aux besoins de l’économie pour faire sortir du chômage ou de l’inactivité plus de six millions de Français. Le Patronat ne doit pas être un Patronat-négrier à la recherche du moindre coût salarial d’où qu’il vienne. Même les syndicats en conviennent.

Pour empêcher les délocalisations, il faudra de nouveau encourager un capitalisme bancaire, les banques soutenant et accompagnant les entreprises restant sur le sol national et qui ne seront plus à la merci d’un retour sur investissement faramineux (ROE, return on equity). La nationalisation des banques fera en sorte de revenir à cette notion d’intérêt général, renouer avec le contrat social entre les différentes classes sociales de la population française et non pas avoir une économie au service de quelques uns. Il ne faut pas que la France connaisse la situation des États-Unis, celle d’une économie dévastée par les délocalisations. Le rapport Demmou (2010) rappelle que ce phénomène de délocalisation est beaucoup plus important dans notre pays que dans les autres pays européens. En économie comme ailleurs, il y a toujours d’autres possibles. Il n’y a pas de fatalité, d’irréversibilité du déclin. Rien n’oblige la France à obéir au consensus de Washington, au diktat de Bruxelles. Olivier Pastré montre à la fin son mépris pour la philosophie (culture et maîtrise de la pensée) comme si l’inculture en ce domaine était une garantie de compétence économique.

Patrice GROS-SUAUDEAU Statisticien-Economiste



Philosophie et Poésie
7 mars, 2011, 14:57
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Platon voulait bannir les poètes de la république. La poésie ne serait qu’enjolivement, ensorcellement et mensonge, non-être et illusion. Tout ceci s’opposerait à une vérité qui ne pourrait être que froide et sèche. Plus de deux mille ans après Heidegger plaçait la poésie au même niveau que la philosophie. Il lui reconnaissait donc un statut de créatrice de vérité.

« La philosophie avec sa pensée n’admet à son niveau que la poésie ». Il y a donc deux sortes de paroles : la poésie et la pensée.

Pour Heidegger la vérité est un dévoilement. Le poète est donc celui qui dévoile et crée donc la vérité.

La parole poétique qui fait appel à nos affects nous atteint d’une autre façon que la parole philosophique.

Lorsqu’Apollinaire écrit :

« Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos Amours
Faut-il qu’il m’en souvienne La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l’heure Les jours s’en vont je demeure ».

Le poète crée une nouvelle perception de ce pont qui après cette poésie ne sera plus tout à fait le même à notre conscience.

La poésie est parfois un condensé de toutes nos émotions. Dans ce vers « Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle », il y a l’amour, la mort, le vieillissement, la beauté éphémère, le regret, la nostalgie, la fierté… Pourquoi certains sont hermétiques à la poésie ? Il faut avoir de la compassion pour ceux qui n(ont pas la sensibilité et la grâce des poètes. L’orgueil des poètes est légitime. Le poète est différent, il ressent ce que les autres ne ressentent pas avec intensité et il a un accès direct avec l’être.

« Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher »
(L’Albatros, Baudelaire)

La poésie bouscule le réalisme lorsque Rimbaud s’adresse à la nature dans le Dormeur du Val : « Nature, berce le chaudement, il a froid » Dans Le lac, Lamartine invective le temps

« ô temps ! Suspends ton vol, et vous heures propices
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours »

La poésie est le lieu par excellence des jeux de langage décrits par le deuxième Wittgenstein. La forme poétique la plus connue est la métaphore qui peut s’expliquer par un empreint à la logique : le diagramme de Venn.

La métaphore est une intersection de deux termes. Citons ce vers d’Apollinaire

« Bergère, ô Tour Eiffel »
〈Bergère ⎨〈Guide〉⎬ Tour Eiffel〉

Le fait d’être guide est commun aux deux termes.

La poésie a un pouvoir d’illumination des choses et des êtres. Elle donne de l’être. Pour Heidegger, la lecture de la poésie est inséparable de la pensée qui avait lui-même un philosopher poétisant.

Cette survalorisation de la poésie par le philosophe de Fribourg n’est pas du tout traditionnelle dans l’Histoire de la philosophie. La poésie ne ferait qu’appel aux affects. Elle est reléguée sur le même plan que les mythes et les religions dont à voulu sortir la philosophie. Elle n’est qu’au mieux un art mineur. Les philosophes purs comme Descartes, Kant et Husserl n’ont fait que philosopher. Descartes se méfie de l’imagination du poète. Quant à Pascal, l’imagination est maîtresse d’erreur et fausseté « cette superbe puissance, ennemie de la raison… ». Cette charge contre l’imagination est curieuse de la part de Pascal puisqu’il avait écrit contre la raison et sa tyrannie « Le cœur a ses raisons que la raison ignore ».

La poésie ne serait qu’un délire, une divagation de fous plus ou moins inspirés. La construction langagière sort la plupart du temps d’un enchaînement des raisons cher à Descartes et prôné dans le Discours de la méthode. La poésie s’oppose alors à la philosophie desséchante et desséchée.

Un philosophe-poète comme Nietzsche a été une exception (surtout dans « Ainsi parlait Zarathoustra »).

La poésie ne ferait que pleurnicher ce qui n’est pas un gage de vérité et fait même peser sur elle le soupçon du poète efféminé. Ce stéréotype est mis à mal lorsqu’on pense à Apollinaire s’engageant courageusement dans l’armée française durant le conflit de la première guerre mondiale ou au résistant René Char au physique de colosse et au visage plutôt « taillé dans le roc ».

Le rapport poésie-philosophique a donc depuis Platon été conflictuel. Cela a parfois été un combat sans merci pour établir la vérité et dévoiler l’être. La philosophie n’ayant pas de chair et de sang, une position romantique revient à donner une primauté au poète. La philosophie devient vassale puisqu’elle médite sur la parole du poète.

Dans un combat pour la maîtrise de la parole qui « énonce » la vérité, la poésie et la philosophie ne sont pas seules. Les discours concurrents ont été principalement le discours scientifique et le discours religieux. Si pour Heidegger la philosophie était a-religieuse, il rejetait catégoriquement la domination de la science sur la philosophie. Cela ne l’a pas empêché par moments d’accepter une position de vassalité de la philosophie vis à vis de la poésie.

PATRICE GROS-SUAUDEAU



La France est-elle finie ? de Jean-Pierre Chevènement ou l’installation du néo-libéralisme par la gauche
25 janvier, 2011, 16:58
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Il faut reconnaître à Jean-Pierre Chevènement une certaine hauteur de vue et le fait qu’il n’ait pas besoin de «nègres» pour écrire ses livres à la différence de beaucoup d’hommes politiques actuels.

La faiblesse de Chevènement est de penser qu’en disant « République, République » tout redevienne beau.

Son livre est basé sur un thème premier : avoir fait croire aux Français qu’ils votaient pour l’Europe et la paix avec les traités de Maastricht et d’Amsterdam alors qu’on leur faisait voter le néo-libéralisme. Quelle arnaque ! « Chaque traité européen porte la marque de ce néo-libéralisme dogmatique, jusqu’au traité de Lisbonne qui reprend mot pour mot les termes de l’Acte Unique encore répétés par la Constitution Européenne de 2005 ».

François Mitterrand a créé un cadre institutionnel économique qui est exactement le contraire de ce pourquoi il a été élu. Cette situation correspond bien à la complexité, pour ne pas dire la perversité, du personnage. Il est vrai qu’il avait en économie une connaissance assez vague et que le néo-libéralisme devait être pour lui la forme moderne du capitalisme. Pourquoi l’ancien président était-il à ce point européiste ? Jean-Pierre Chevènement donne plusieurs explications. François Mitterrand avait connu la défaite de quarante, traumatisante pour un jeune homme de vingt-quatre ans. Ensuite ce fut Dien-Bien-Phu, Suez puis la guerre d’Algérie pendant laquelle il fut ministre (répressif) de l’intérieur et de la justice. Mitterrand avait cru en l’Algérie Française. Il ne croyait plus en la France à la différence du Général de Gaulle. Son expression était que la France se contente de passer entre les gouttes, vision guère glorieuse si on la compare à celle gaullienne « La France n’existe qu’avec la grandeur ». Cette vision résumait aussi sa vie. Il était passé « entre les gouttes » sous Vichy, puis à la Libération. Il est passé de nouveau « entre les gouttes » sous les gouvernements de la IV ème, sous la V ème chef de parti puis candidat aux présidentielles contre de Gaulle en 1965, puis président pendant les cohabitations. Il projetait sa vie sur la France.

Jean-Pierre Chevénement a encore un respect pavlovien pour son ancien chef. Plus cruellement il faut rappeler que François Mitterrand était un vieillard malade se sachant condamné à court terme. Il a donc eu le dernier réflexe d’entraîner la France dans sa propre mort. Il déclarait souvent : « Je serai les dernier grand Président de la France. Après, il y aura l’Europe », comme si cela était la consolation et la fierté d’un vieillard se sachant mourant. D’ailleurs sa perversité ne s’est pas limitée à détruire la souveraineté de la France. Lorsqu’il abordait la question de l’immigration, il y avait chez lui une véritable jouissance perverse et malsaine qu’on voyait dans ses yeux à détruire ce peuple charnel que fut le peuple français depuis le néolithique selon certains historiens.

Cette fin de la France orchestrée par la gauche en adoptant le néo-libéralisme et le capitalisme financier s’est traduite en termes de baisse de croissance, de baisse de niveau de vie pour la grande majorité, de délocalisations, de chômage massif, de la désindustrialisation de notre pays …

La «transsubstantiation» des nations n’a pas profité à la France. Pour ceux qui n’ont pas été au catéchisme, la «transsubstantiation» est le passage pendant la messe où l’hostie et le vin deviennent le corps et le sang du Christ. Cette utilisation de ce mot semble bizarre pour un laïcard républicain. Jean-Pierre Chevènement rappelle et explique bien l’action de la gauche pour installer le néo-libéralisme en France :

  • une fiscalité minorée pour les revenus du capital (Bérégovoy, 1990),

  • un régime plus que confortable pour les stock-options (Strauss-Kahn, 1998),

  • l’interdiction de toute défense «nationale» contre les Opa, formulée par la directive Bolkenstein, elle-même votée à Strasbourg par le PSE, y compris les socialistes français.

L’établissement pour contrer les idées qui le dérangent les nomment simplistes. C’est le vieux discours : « Ceux qui ne pensent pas comme nous sont bêtes ». Il n’y a donc que lui pour penser la complexité comme Cohn-Bendit tout armé de sa licence de sociologie (diplôme sans aucune sélectivité) obtenue il y a plus de quarante ans en faisant l’agitateur et n’allant pas aux cours. En tout cas la complexité pensée par eux a abouti à ce que la zone Euro a le taux de croissance le plus faible du monde et le taux de chômage le plus élevé.

Patrice GROS-SUAUDEAU


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