La politique en textes !

Maastricht : l’héritage désastreux de François Mitterrand.
10 mai, 2014, 16:37
Classé dans : politico-historique

Un cliché entretenu parla gauche et même au delà est que F. Mitterrand était un fin politique. Il faut reconnaître que pour se faire élire, réélire et durer, il a été un roublard hors pair.

En revanche sa vision géopolitique sur l’Europe a été catastrophique. Il a pensé, ceci étant lié à une peur sénile de l’Allemagne que la construction européenne et l’euro allaient asphyxier l’identité allemande et sa capacité d’agir selon ses propres intérêts. On a connu en France durant cette période un véritable délire européiste avec des slogans du genre : 

« L’Europe levier d’Archimède de la France »

« L’Europe : la France en plus grand ! »

« L’Europe : un démultiplicateur de puissance »

Les slogans franco français ridicules font sourire à présent puisqu’ils peuvent s’appliquer maintenant de façon quasi absolue à l’Allemagne. Les industries françaises et italiennes ont été laminées par l’euro.

L’Allemagne a utilisé la construction européenne et sa monnaie unique l’euro pour dominer et diriger l’Europe. La France quant à elle n’est devenue qu’un membre parmi vingt-huit.

D’ailleurs, l’Allemagne tout en dominant l’Europe a une stratégie mondiale pour son économie qui fait fi de l’Europe.

On a aussi beaucoup argumenté sur la paix en Europe qu’aurait créée l’Union européenne. Or l’Union européenne a pratiqué une politique impérialiste en voulant ajouter des pays de l’Est les uns après les autres. Son impérialisme vis à vis de l’Ukraine a même déclenché un début de guerre civile en piétinant les intérêts de la Russie et les désirs des habitants pro-Russes de ce pays.

On peut aussi constater que les rêveries de certains hommes politiques sur l’Europe continuent. Leurs arguments relèvent de la méthode Coué. Lorsqu’on implore comme des danses pour faire pleuvoir qu’il faut faire baisser l’euro, l’Allemagne torpille immédiatement ce projet comme de toute initiative les dérangeant. Dans le concert des nations de l’Union européenne, Paris supplie, Berlin ordonne.

Patrice Gros-Suaudeau



L’hommage de Hollande aux musulmans
25 février, 2014, 14:44
Classé dans : politico-historique

Sans doute à court d’idées le gouvernement a voulu rendre hommage aux musulmans morts pour la France. Pourquoi ne pas rendre hommage aux protestants morts pour la France ! Dans sa stupidité électoraliste la gauche par ce geste met à part les musulmans de la communauté nationale comme s’ils n’étaient pas vraiment comme les autres. Pourquoi aussi ne pas rendre hommage aux Bretons et Corses morts pour la France (très nombreux) qui le mériteraient. On pourrait aussi rendre hommage aux corps de métiers comme les vignerons morts pour la France.
Cet hommage comprend-t-il les musulmans engagés dans la Waffen-SS et les nord-africains de la BNA(brigade nord-africaine)au service de la gestapo française ?
De toutes les façons les Africains musulmans enrôlés dans l’armée française se sont engagés parce qu’ils étaient nourris, habillés, logés, blanchis. Les valeurs de la république ou les droits de l’homme étaient rarement une motivation. À l’engagé on a dit : « Tire sur les boches »;
François Hollande a-t-il voulu mettre fin à ce cocuage planétaire dont on nous a rebattu les oreilles pendant des semaines ?
Patrice Gros-Suaudeau



La philosophie médiévale
13 février, 2014, 14:55
Classé dans : plus ou moins philo,politico-historique

À l’école de la République, l’enseignement de la philosophie passe directement d’Aristote à Descartes comme s’il n’y avait rien entre les deux. Les hommes ne se sont pourtant pas arrêtés de penser, mais la pensée occidentale a pris une orientation religieuse, et même chrétienne.
Religion et philosophie, ou plutôt foi et savoir, se sont imbriqués. Pour certains philosophes comme l’anglais Russel, la philosophie devant se séparer de la religion et de la foi, cela constitue une incompatibilité.
De plus, pendant le moyen-âge, l’Occident n’était pas dominant, la Chine et le monde musulman étant plus développés. Le moyen-âge n’est donc pas perçu comme une grande période pour les Occidentaux. La philosophie médiévale étant la rencontre du christianisme et de la philosophie, se trouve aussi être une construction du premier. La foi pourtant s’oppose à la philosophie. On obtient le salut par une ignorance et non par la sagesse ou la connaissance. Globalement, la philosophie médiévale sera la confrontation des Saintes Ecritures avec les textes des Pères de l’Eglise qui incorporeront la philosophie grecque (Platon, Aristote, Stoïciens,…)
Benoit XVI à l’université de Ratisbonne avait souligné l’alliance entre la foi et la raison dans le christianisme à la différence de l’islam où la foi est première et exclusive. Le christianisme est aussi lié à son Histoire après la révélation contrairement à l’islam où l’interprétation consiste à sans cesse revenir au Coran.
La Patristique
La doctrine chrétienne fut élaborée par les Pères de l’Église à l’aide de la philosophie de l’Antiquité.
Le plus important fut Saint Augustin qui fut essentiellement influencé par le néoplatonisme. Les Pères de l’Église ont possédé autant d’autorité que la Bible. Pour Clément d’Alexandrie (IIème siècle) l’usage de la philosophie est salutaire. Cette position s’oppose par exemple à celle de Tertullien pour qui « Jérusalem et Athènes n’ont rien à faire ensemble ». Mais la conception qui s’imposa fut « Fides quaerens intellectum » (la foi cherchant la compréhension). Mais la philosophie peut être aussi une réflexion sur la révélation.

Saint Augustin (Vème siècle)
Son œuvre majeure fut « Les Confessions ». Il raconte sa vie avant sa conversion. Il y développe des réflexions sur le temps qui deviendront célèbres et serviront dans les analyses de Descartes et Husserl sur le même thème. Pour connaître, l’homme doit croire, et réciproquement. « Crede ut intelligas, intellege ut credas » (Crois pour connaître, connais pour croire). Saint Augustin avait anticipé Descartes. Si je doute ou me trompe, j’existe : « Si enim fallor, sum » (Si en effet je me trompe, je suis). Dieu est en nous. Saint Augustin parle de notre intériorité. « Noli foras ire, in te ipsum redi, in interiore homine habitat véritas » (Rentre en toi-même, ne t’en vas pas au dehors, c’est au cœur de l’homme qu’habite la vérité).
Saint Augustin fut aussi le théologien du péché originel et de la grâce. L’homme ne peut être sauvé que par la grâce. « C’est par la grâce, en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu. » (Saint Paul)
On a aussi chez Saint Augustin une philosophie de l’Histoire. Il y a lutte entre le royaume de Dieu et le royaume terrestre : « Deux amours ont donc bâti deux cités, l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité de la terre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité de Dieu. L’une se glorifie en soi et l’autre dans le Seigneur. » (La Cité de Dieu).
La première scolastique
Plusieurs théologiens, en général appartenant à la prêtrise, ont émergé. Nous allons étudier les plus importants.
Pour Jean Scot Erigène (IXeme siècle), la raison doit expliquer la révélation. Il ne doit pas y avoir de contradiction entre foi et raison. On doit faire confiance à l’autorité des Pères de l’Église.
Saint Anselme de Canterbury est connu pour sa fameuse preuve ontologique. Dieu existe de par son essence. L’existence appartient à son essence. Cette preuve ontologique de l’existence de Dieu sera critiquée par Kant.
Ce théologien, père de la Scolastique, distinguera trois niveaux de vérité : les vérités éternelles en Dieu, la vérité concordance avec la vérité divine et la vérité de l’énoncé en concordance avec les choses.
Au-delà de la théologie a eu lieu à cette époque la querelle des Universaux qui est un prolongement des idées de Platon.
Les Universaux sont des concepts universels opposés aux choses singulières. Les nominalistes refusaient l’existence réelle aux universaux. Pour les réalistes, les universaux ont une existence réelle comme les idées de Platon. Pour Jean Roscelin (XIeme siècle), les universaux ne sont que des mots.
La philosophie arabe
Sur cette question, il existe une controverse avec des arrière-pensées idéologiques. Pour certains historiens, l’Europe devait ses savoirs à l’islam qui avait récupéré l’héritage grec. De plus, on mélange tous les termes « arabes », « musulmans », « musulmans non arabes ». L’historien Sylvain Gouguenheim a écrit un livre « Aristote au Mont Saint Michel, les racines grecques de l’Europe Chrétienne » où il contredit cette thèse. Pour lui, les liens avec Byzance subsistaient. La culture chrétienne n’avait pas coupé avec les grecs. Les Évangiles furent rédigés en grec. Les Pères de l’Église connaissaient Platon. Dans l’islam, la raison a toujours été seconde par rapport à la révélation. Ce livre en tout cas s’oppose à la phrase de Jacques Chirac qui avait voulu briller en répétant ce que lui avait dit un « intellectuel » : « Les racines de l’Europe sont musulmanes ». Sylvain Gouguenheim rappelle l’existence de Jacques de Venise (XIIeme siècle) qui traduisit au Mont Saint Michel les œuvres d’Aristote en latin.
Citons les philosophes de l’islam comme Al Fârâbî qui fit une synthèse entre Aristote et le néoplatonisme. Avicenne fut aussi un néoplatonicien, proche de Plotin. Averroès a été le commentateur d’Aristote. Il a voulu réunir la philosophie et la religion islamique.
La haute scolastique
L’apogée de la scolastique se fera avec Saint Thomas d’Aquin, mais de nombreux philosophes ou théologiens comme Roger Bacon, Saint Bonaventure, Raymond Lulle (XIIIeme siècle) ont donné leur point de vue.
Roger Bacon veut convertir la terre entière au catholicisme. Il a voulu remédier aux quatre causes fondamentales de l’ignorance : l’autorité, la coutume, le préjugé et la présomption. Le savoir est fondé sur l’expérience.
Saint Bonaventure se tournera vers Saint Augustin et le néoplatonisme. Quant à Raymond Lulle, il fut un propagandiste de la catholicité. Son « Ars magna » auquel se réfère Descartes est apologétique. C’est un art de découvrir la vérité. C’est la première machine à penser de l’Histoire.
Saint Thomas d’Aquin
Il a été plusieurs années l’élève d’Albert le Grand. Il a relié l’aristotélisme à la pensée chrétienne héritée de Saint Augustin. Foi et raison ne peuvent se contredire, émanant de Dieu.
La philosophie part des choses pour atteindre Dieu, alors que la théologie part de Dieu.
Saint Thomas reprend la distinction entre acte et puissance. Il donne cinq preuves (quinque viae) de l’existence de Dieu :
1.    Du mouvement dans les choses, il faut remonter à une cause première du mouvement : Dieu.
2.    Tout effet a une cause. Mais comme rien ne peut être la cause de soi-même, il doit y avoir une cause première incausée : Dieu.
3.    Nous trouvons des choses qui pourraient être ou ne pas être. Elles ne sont pas nécessaires. Il y a un être nécessaire d’où elles tirent leur existence.
4.    Il y a en toutes choses un plus et un moins. Cela ne peut se dire que s’il y a un étalon de mesure qui possède la détermination de la perfection : Dieu.
5.    Les corps naturels tendent vers une fin. Cela n’est possible que pour un être intelligent à l’origine de la finalité dans les choses : Dieu
Saint Thomas a voulu faire une somme qui rend compatibles les Écritures Saintes, les écrits d’Aristote et ceux des Pères de l’Eglise.
Maître Eckhart (XIIIème-XIVème siècles)
C’est le représentant de l’association de la mystique avec la théologie. D’inspiration néoplatonicienne, il écrivit des traités théologiques en latin, des sermons en allemand. On trouve Dieu dans le Rien. On a une véritable spiritualité du vide et du rien : « Les nonnes mystiques, les recluses, les solitaires, tous ceux qui avaient soif d’anéantissement devant le divin ne pouvaient manquer de trouver leur joie dans un tel détachement. Ils rejoignaient Dieu dans le dépouillement extrême qui était à leurs yeux et selon la logique la plus stricte la vérité suprême de l’absolu ». (Alain Michel)
Le pauvre renonce à lui-même en s’abandonnant à Dieu.
La scolastique tardive
Guillaume d’Ockham (XIIIème-XIVème siècles) fut un initiateur de la pensée moderne.
On trouve deux principes dans sa pensée :
Le principe d’omnipotence. Dieu aurait pu créer les choses autrement. Le monde créé apparaît pour l’homme comme un enchainement de faits. Mais aucun être n’implique l’existence nécessaire d’un autre.
Le principe d’économie (le rasoir d’Ockham) n’est pas un principe religieux : « On ne doit jamais multiplier les êtres sans nécessité » (pluritas numquam est ponenda sine necessitate).
Tous les principes qui ne sont pas nécessaires à l’explication d’une chose sont superflus et doivent être rejetés.
Dans la querelle des universaux, Ockham est nominaliste.
La pensée médiévale et sa perpétuelle réflexion sur la confrontation entre foi et savoir a abouti pendant la scolastique tardive à la mise en place de la pensée moderne. Pour Guillaume d’Ockham la science de Dieu et la science de la nature n’ont aucun rapport. Pour lui, sur le plan politique, le pouvoir temporel n’a rien en commun avec le pouvoir spirituel. Commence à se dessiner une pensée scientifique avec le principe du rasoir d’Ockham. Newton en fut le prolongement.
« Non sunt multiplicanda entia praeter necessitatem ».
La philosophie médiévale a aussi transmis la philosophie grecque jusqu’à nous, qui portait en elle l’explication du monde en dehors des mythes et de la religion.
Patrice GROS-SUAUDEAU



Les anti-Lumieres
4 septembre, 2013, 12:00
Classé dans : plus ou moins philo,politico-historique
Dans un ouvrage, le ministre de l’éducation nationale Vincent Peillon écrit « La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches-pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelle tables de lois ». Dans cette phrase caractéristique de l’esprit des Lumières on prône donc l’oubli total de ce qui précède, de dépouiller l’individu de son passé, de tout ce qu’a transmis la famille, pour créer un citoyen c’est à dire un homme nouveau conçu par l’État et conforme à l’idéologie républicaine.
Laurence Rossignol, sénatrice PS déclarait : « Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents, ils appartiennent à l’État ». Les anti-Lumières, sans être explicitement des défenseurs de la famille, s’opposent radicalement à cette nouvelle vision de l’homme, c’est à dire créer un homme abstrait coupé de tout aspect charnel et de toute tradition et historicité comme Platon créait un monde des idées en se coupant du monde sensible. Pour les anti-Lumières l’homme appartient charnellement à une communauté historique de la terre et des morts, du sang et du sol.
Ce débat feutré entre intellectuels et universitaires prend une tournure radicale sur le plan politique. L’Étude des anti-Lumières permet d’approfondir par symétrie les idées des Lumières. Pour les tenants actuels des Lumières, la France commence à la révolution, puisque selon leur idéologie on fait table rase du passé, et on ne l’appelle pratiquement plus que la République. La pensée des anti-Lumières a été essentiellement une pensée réactive dans un premier temps contre la révolution française pour ensuite fonder l’idée d’un nationalisme moderne.
Globalement les anti-Lumières s’opposeront à l’idée de raison, cette dernière n’ayant été jamais vraiment définie, si ce n’est l’opposer aux préjugés et à la tradition. L’histoire a montré qu’on a tué massivement au nom de la Raison surtout lorsqu’elle était synonyme de sens de l’Histoire. Les anti-Lumières défendront les préjugés, l’autorité, la tradition, la hiérarchie, l’historicité, le plus souvent la religion même si la plupart de ceux-ci n’étaient guère croyants si l’on excepte le pasteur Herder. Ils vomiront tous la démocratie et l’idée d’égalité entre les hommes. Nietzsche a été un cas à part par son combat contre la religion et a été sans doute le plus talentueux pour ridiculiser l’idée d’égalité. Il associait dans le même mépris christianisme et démocratie.
Edmund Burke
Ce philosophe et politique irlandais a considéré la Révolution française comme la plus grande catastrophe de son époque. Il a développé son analyse dans « réflexion sur la Révolution de la France ». Burke a fait aussi une apologie de l’Ancien Régime. On ne peut faire atteinte à un ordre établi par l’Histoire.
Burke n’a pas de mots assez durs contre cette révolution qui.veut « l’extirpation de la religion ». Il faut donc que les puissances chrétiennes abattent « le mauvais génie qui s’est saisi du corps de la France ». En 1789 la peste s’est installée en Europe. Le philosophe rejette l’idée du contrat social prôné par Rousseau. Pour ce grand conservateur, il faut impérativement préserver la hiérarchie sociale et la tradition. On ne fonde pas un système politique sur une raison abstraite et de plus mal définie. Il faut faire confiance aux constructions historiques de chaque peuple.
Herder
Ce pasteur Luthérien allemand n’a pas fait que geindre sur la révolution française et a fondé les bases du nationalisme. Son christianisme ne l’a pas empêché de défendre un germanisme virulent. En termes jungiens on peut dire qu’il a exprimé l’inconscient collectif allemand ou germanique où la supériorité du Germain ou des races nordiques semblait aller de soi. Il fait l’apologie de l’idée du peuple qui doit être préservé. Herder critique bien sur la raison desséchante face à la vitalité de l’instinct.
Sa pensée pro-allemande devient même très anti-française sur le plan politique et même vis à vis du classicisme français.
Le pasteur défend le préjugé qui vient de la tradition. L’ancien élève de Kant défend le sentiment religieux qui est devenu honteux pour les Lumières. Une nation doit conserver sa religion, sa langue, ses traditions… L’homme est le produit de ses ancêtres et non pas des institutions. La culture est première selon Herder. Toutes ces idées fonderont le nationalisme allemand et même français. Ces deux nationalismes se croiseront sans cesse au cours de l’Histoire. Maurras à la différence de Herder verra la supériorité de la culture gréco latine, mais le fond idéologique est semblable. L’Allemand a fondé l’historisme. Les ennemis de la pensée herderienne sont Voltaire, Rousseau et en Allemagne bien sur son ancien professeur Kant et ses valeurs universelles. Herder comme Burke dénonce l’universel au nom du particulier. Sa haine contre Voltaire vient aussi du fait que le Français était l’incarnation du rationalisme et de l’athéisme de plus anti-chrétien ce qui ne pouvait que révulser le pasteur. « Voltaire est le représentant typique de l’esprit philosophique de la modernité idéologique et de son corollaire, la décadence française ? La sénilité du XVIIIème siècle philosophique s’exprime dans la culture française de son temps, symbole en voie de dépérissement de tout un monde, un monde où « on raisonne », où on publie des dictionnaires et des encyclopédies, le monde d’un « esprit abstrait ! Philosophie à l’aide de deux idées, la chose la plus mécanique du monde ». Le tempérament français « n’est que faux-semblant et faiblesse ».
« La philosophie de la langue française empêche donc la philosophie de la pensée ».
La pensée politique de Herder pourrait s’annoncer ainsi « Aucun humain, aucun pays, aucun peuple, aucune histoire nationale, aucun État n’est pareil à l’autre, par suite donc le vrai, le beau et le bien n’y sont pas pareils. Si l’on ne cherche pas cela, si l’on prend aveuglément une autre nation pour modèle, tout est étouffé ». On a là une définition du relativisme culturel.
Joseph de Maistre
Savoyard puisque la Savoie n’était pas encore française, cet écrivain défendit l’idée du préjugé « digue contre la raison ». Le préjugé vient d’une tradition et préserve un peuple. Il écrivit aussi cette phrase qui deviendra un lieu commun pour la pensée nationale ou nationaliste.
« J’ai vu, dans ma vie, des Français, des Italiens, des Russes et je sais même grâce à Montesquieu qu’on peut-être Persan mais quant à l’Homme, je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie ».
Il critique bien sur l’idée du contrat social de Rousseau. La société n’est pas une somme d’individus. L’individu seul n’est rien. Il faut une Autorité. La société est définit par ses traditions. La Religion par ses croyances communes soude une nation et crée la cohésion d’un peuple. Si les Lumières ont considéré le christianisme comme ennemi de la République, Maistre étant royaliste considère qu’il soutient le pouvoir monarchiste. Maistre est pour la hiérarchie et considère l’égalité comme une utopie néfaste. Il fut une référence pour les royalistes. Honoré de Balzac pour qui « les élections étaient un raz de marée de la médiocrité » fut influencé par le penseur savoyard. Finissons par un extrait écrit dans « Considérations sur la France de 1796 ».
« Il y a dans la Révolution française un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra. Il n’y a plus de prêtres, on les a chassés, égorgés, avilis, on les a dépouillés. Et ceux qui ont échappé à la guillotine, aux bûchers, aux poignards, aux fusillades, aux noyades, à la déportation, reçoivent aujourd’hui l’aumône qu’ils donnaient jadis. Les autels sont renversés, on a promené dans les rues des animaux immondes sous des vêtements de pontifes. Les coupes sacrées ont servi à d’abominables orgies. Et sur ces autels que la foi antique environne de chérubins éblouis, on a fait monter des prostituées nues ».
Ernest Renan
Ce Breton particulièrement brillant et doté d’une immense culture fut reçu premier à l’agrégation de philosophie. Pour lui « l’égalité est la plus grande cause d’affaiblissement politique et militaire qu’il y ait ». « Ne comprenant pas l’inégalité des races… la France est amenée à concevoir comme la perfection sociale une sorte de médiocrité universelle »
Citons encore Renan : « s’il a pu être nécessaire à l’existence de la société, l’esclavage a été légitime ; car alors les esclaves ont été les esclaves de l’humanité, esclaves de l’œuvre divine ».
« La nature a fait une race d’ouvriers, c’est la race chinoise… une race de travailleurs de la terre, c’est le nègre… une race de maitres et de soldats, c’est la race européenne ».
« Le Nègre est fait pour servir aux grandes choses voulues et conçues par le Blanc ».
Renan voit dans le christianisme « non la continuation du judaïsme mais bien une réaction contre l’esprit dominant du judaïsme opéré dans le sein du judaïsme lui-même ».
« L’Islam n’est pas tombé sur une terre aussi bonne (l’Europe) a été en somme plus nuisible qu’utile à l’espèce humaine ».
« L’inégalité est le secret du mouvement de l’humanité, le coup de fouet qui fait marcher le monde ». Pour le Breton qui a été professeur au Collège de France « un pays démocratique ne peut être bien gouverné, bien administré, bien commandé ».
De tout ceci on peut dire que Renan en écrivant ne subissait pas la pression du politiquement correct qui nous terrorise de nos jours. L’écrivain conciliait l’amour de la petite patrie, la Bretagne et de la grande, la France. Il finira par accepter la République plus par patriotisme que par conviction. En écrivant « la vie de Jésus », il se braqua contre l’Église catholique. Il étudia « scientifiquement » Jésus et la Bible. Les laïcards de la république érigèrent un monument en son honneur inauguré par le « bouffeur de curés », le petit père Combes. Les catholiques de l’époque considèrent l’événement comme une provocation.
Dans cette confrontation sur l’idée de l’homme, la philosophie des Lumières s’est imposée en France même si le pays a connu quelques soubresauts. Si les écrivains des anti-Lumières ne sont guère étudiés à l’école de la république il reste toujours la littérature dont vont se délecter tous ceux qui n’ont pas le comportement pavlovien de s’agenouiller lorsqu’ils entendent le mot « démocratie ». En France, les deux écrivains de cette mouvance les plus politiques du dernier siècle furent Barrés et Maurras. Lorsque le Lorrain Barrés écrit : « Aux sources les plus intimes du Moi, ce sont les grandes forces issues du passé que l’on se trouve contraint de reconnaître », son historicisme est à l’opposé de la tabula rasa de l’idéologie républicaine. Maurras quant à lui écrira : « La nation est la plus vaste des cercles communautaires qui soit (au temporel) solide et complet. Brisez-le et vous dénudez l’individu… ». Pour le Provençal, la nation n’est pas une somme d’individus mais les constitue. Cette pensée est dans la lignée des anti-Lumières. L’agnostique Maurras considérait que le catholicisme était nécessaire pour unifier la France.
Actuellement notre république est confrontée au multi-culturalisme et vouloir gommer les particularismes culturels et religieux des allogènes comme on l’a fait pour les nationaux semble bien aléatoire. L’école de la république semble bien fragile face par exemple à un Islam conquérant et sans compromis. La grande lessiveuse de l’école républicaine comme le voulait le ministre de l’éducation nationale ne fonctionne plus comme avant.
PATRICE GROS-SUAUDEAU


Les Lumières
11 septembre, 2012, 13:00
Classé dans : plus ou moins philo,politico-historique

Le terme est volontairement provocateur car il sous-tend que tout auparavant était « ténèbres ». De nos jours, un homme politique comme Jean-Luc Mélenchon se réclame des Lumières ce qui chez certains peut créer un soupçon.
Kant dans « Qu’est-ce-que les Lumières ? » (Was ist Aufklärung ?) en donne une définition apologétique. : « La sortie de l’homme de sa Minorité ». « Sapere aude. Aie le courage de te servir de ton propre entendement ».
Si Kant insiste sur le Raison, terme d’ailleurs toujours en construction ou déconstruction dans l’Histoire de la philosophie occidentale, la philosophie des Lumières s’est voulue aussi un combat contre l’Ordre ancien, le pouvoir absolu, la superstition, les préjugés, la religion (le christianisme en particulier chez Voltaire), le fanatisme. Elle voulut aussi se définir comme une lutte pour la tolérance, la laïcité, l’égalité entre les hommes, le progrès, la libération de l’homme …
Un marxiste verrait dans les Lumières l’idéologie de la bourgeoisie du XVIIIeme siècle en Occident, qui est devenue celle de notre république bourgeoise et en même temps celle de la franc-maçonnerie pour qui la pensée politique s’est arrêtée au XVIIIeme siècle.
Il a aussi existé en réaction ce qu’on a appelé les anti-lumières représentés par des philosophes ou politiques comme Nietzsche, Burke, Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Maurras, … qui ont défendu la tradition, l’autorité, la religion (excepté Nietzsche) comme ciment social et même justifié les préjugés. De façon plus profonde, des penseurs comme Heidegger, Feyerabend … ont déconstruit l’idée de Raison ce qui sapait les fondements métaphysiques de la philosophie des Lumières.
Voltaire
L’écrivain philosophe est le plus emblématique de la grande bourgeoisie parisienne à la différence d’un Diderot provincial et moins fortuné ou de Rousseau.
On connaît surtout Voltaire pour son combat contre le fanatisme et l’intolérance. Il a été profondément antireligieux. Sa critique a pris a pris parfois une forme ordurière. Il présente le christianisme comme « la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanglante religion qui ait jamais infecté le monde ».
Il a dans un premier temps critiqué l’Islam pour ensuite le présenter sous une forme plus avantageuse, sans doute par antichristianisme. Ce dernier représentait trop le pouvoir de l’époque. Voltaire était quand même déiste à la différence de Diderot.
Sur le plan politique, il considérait les hommes naturellement libres et égaux, même s’il méprisait sans se cacher le peuple de son époque.
Ce grand bourgeois richissime a été un parfait représentant de la philosophie des Lumières.
Diderot
Ce fut avant tout l’homme de l’Encyclopédie à laquelle il consacra plus de vingt ans. Cette entreprise avait deux objectifs principaux. On reliait le savoir à l’élévation de l’homme et il s’agissait aussi de le diffuser au plus grand nombre dans l’esprit des Lumières. On considérait à l’époque qu’un honnête homme pouvait tout connaître.
Diderot était athée et a eu des écrits antireligieux. Sur l’Islam dans une lettre à Madame de Volland, il écrit : « L’Islam est l’ennemi de la raison ». Sa préoccupation a été la morale chez l’homme en l’absence d’une croyance religieuse.
Si Diderot n’a pas été vraiment un philosophe, il a été un humaniste, c’est-à-dire croire en l’Homme. Sa vision du monde a été celle du matérialisme : le monde est divers et en perpétuel changement. Ceci s’oppose à l’ordre du monde de Descartes.
« Tout change, tout passe, il n’y a que le tout qui reste. Le monde commence et finit sans cesse ; il est à chaque instant à son commencement et à sa fin. » (Le rêve de d’Alembert).
Rousseau
Des philosophes les plus connus, Rousseau est sans doute celui qui représente le peuple. Il a été à plusieurs reprises domestique. Sa sensibilité à fleur de peau chez cet hypersensible a fait qu’il a célébré la solitude ne supportant sans doute pas les autres, ce que lui a reproché Diderot.
Il est atypique chez les Lumières puisqu’il refuse l’idée de progrès. La civilisation pour lui a corrompu les mœurs. Rousseau a toujours éprouvé un mal-être social.
Il se rattache aux Lumières par sa vision égalitaire des hommes. Sa vision politique se trouve dans le Contrat Social. L’homme laisse sa liberté originaire pour une liberté politique. La loi crée la liberté : « Il n’y a donc point de liberté sans loi, ni où quelqu’un est au-dessus des lois ».
Le pacte social est décrit dans le livre « Du contrat social » « Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale, et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout. »
Sa critique de la propriété en fait un prérévolutionnaire qui a influencé la Révolution.
John Locke
La philosophie des Lumières a été européenne et John Locke a eu un rôle déterminant. C’est un empiriste, c’est-à-dire que l’expérience est la seule source du savoir et non un rationaliste comme Descartes.
Sur le plan politique, Locke est un adversaire de l’absolutisme royal. Les hommes ont besoin de la liberté et de la propriété. Us sont libres et égaux.
Son idée d’association des hommes pour fonder une société par libre consentement influencera Rousseau.
« Chacun des membres s’est dépouillé de son pouvoir naturel, et l’a remis entre les mains de la société afin qu’elle en dispose dans toutes sortes de causes, qui n’empêchent point d’appeler toujours aux lois établies par elle. »
Les anti-Lumières
Aux Lumières ont répondu les anti-Lumières dont la liste est longue et ne peut être exhaustive. On peut situer dans ce courant : Nietzsche, Burke, Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Herder, Maurras, Barrès, le Comte de Gobineau, Heidegger, Alexis Carrel,…
Il existe différents termes pour qualifier cette pensée : réactionnaire, contre-révolutionnaire, différentialiste, certains diront raciste ou racialiste. Il existe aussi les déconstructeurs de l’idée de Raison.
Pour eux, les hommes sont inégaux. Le Comte de Gobineau écrira un livre sans équivoque sur l’inégalité des races humaines. Il n’existe pas d’Homme universel, déraciné mais un homme appartenant à une Culture, une terre, un pays, une langue, une religion, une Histoire, une race … Joseph de Maistre a écrit qu’il n’a jamais rencontré d’Homme, mais des Français, des Anglais, des Russes …
Toute cette pensée a eu sa cohérence car chaque écrivain de cette mouvance connaissait bien ses classiques dans ce domaine.
L’individu n’existe que dans une communauté (Gemeinschaft). L’Encyclopédie qui a véhiculé les idées des Lumières définit la nation ainsi : « une quantité considérable du peuple qui habite une certaine étendue du pays, renfermée dans certaines limites et qui obéit au même gouvernement ».
Il n’y a pas un mot sur l’historicité. C’est la tabula rasa. Tous ces auteurs défendront aussi la tradition, l’autorité et dans l’ensemble la religion qui soude une communauté, transmet la tradition et est garante de l’ordre social.
Joseph de Maistre verra même dans les préjugés ce qui unit un peuple et le définit.
À l’Universel qui détruit les identités, on préfère les particularismes. L’ethnologue Lévi-Strauss a lui-même eu des écrits semblables à cette pensée différentialiste, étant pour la préservation des cultures. L’Universalisme ne peut être que destructeur.
Conclusion
Dans le débat sur l’identité nationale qui a eu lieu en 2009-2010, la ligne de fracture sans toujours en être conscient s’est faite entre une vision de la France devenue la République qui est celle des Lumières, et les partisans d’une France charnelle, historique qui est celle des anti-Lumières. L’idéologie des Lumières s’est imposée puisque l’école de la République l’enseigne aux enfants dès le plus jeune âge. Pendant ce débat, les préfets et sous-préfets aux ordres ont récité le catéchisme républicain : laïcité, droit du sol, liberté, égalité, fraternité, universalisme, droits de l’homme … Est Français ou plutôt citoyen de la République celui qui possède la carte plastique avec le tampon République Française. Dans la pratique, cela donne droit aux allocations et de toucher aux caisses sociales. À la France charnelle, la France des cathédrales, s’est substitué la République, émanation de la philosophie des Lumières.
À travers ce débat se trouve posée la question : qu’est ce que l’homme ? Ce questionnement de John Locke a eu des réponses diverses. La République définit l’homme comme néant. L’homme sans historicité n’est que sujet de droit. Nos particularismes régionaux ou autres deviennent des saletés qu’il faut taire, encore moins en tirer fierté. La construction européenne s’est faite selon la philosophie des Lumières et n’a peut-être créé qu’un univers gris.
Patrice GROS-SUAUDEAU



La société – La Sociologie
23 avril, 2012, 19:34
Classé dans : plus ou moins philo,politico-historique

La Société
L’homme n’existe que dans une société. L’enfant sauvage n’a jamais pu être socialisé et apprendre un langage évolué car il a connu trop tard la société. Il n’est jamais devenu « homme ». L’homme est intrinsèquement un animal social, Aristote disait un animal politique. Le solitaire vit en société, la seule chose qui le distingue est de mettre une distance plus forte avec les autres.
Le fait de vivre en société avec d’autres n’est pas propre à l’homme puisque de nombreux animaux vivent en groupes. À la différence des animaux, les sociétés humaines évoluent sans cesse ; elles sont dans un processus historique.
L’homme est fondamentalement un être-avec (Mit-sein) et même un être-au-monde-ensemble. L’action politique ne consiste qu’à vouloir transformer ou conserver la société. Les hommes éprouvent un besoin de changement ou de non-changement lié à leur position sociale.
La société est organisée par des institutions qui régissent les habitudes sociales ou des lois.
« Aussi l’homme est-il un animal civique, plus social que les abeilles et autres animaux qui vivent ensemble » (Aristote, Politique)
« L’homme est, au sens le plus littéral du terme, un animal politique ; il est non seulement un animal social, mais un animal qui ne peut s’individualiser que dans la société » (Marx)
La culture
On oppose la culture à la nature, c’est-à-dire ce qui est inné ou biologique. La culture est transmise par la société. Elle comporte tous les éléments de la vie humaine : langue, religion, art, coutumes, science et technique.
L’état de nature est une chimère ou une abstraction rousseauiste. On l’oppose à l’état de société qui lui existe. L’état de nature a une fonction méthodologique pour ceux qui étudient les sociétés. Société et culture sont liées. Ce qui sépare l’état de nature et l’état de société est l’existence de règles.
« Partout où la règle se manifeste, nous savons avec certitude être à l’état de la culture » (Lévi-Strauss)
Le passage de la nature à la culture ou à la société est la prohibition de l’inceste. Ce n’est pas toujours le même parent.
La société individualise les membres d’une même culture. Chaque « pays » peut donc créer des types d’individus au-delà des différences des personnalités.
« Ainsi, chaque culture refoule, inhibe, favorise, surdétermine l’actualisation de telle ou telle aptitude, de tel trait psychoaffectif, fait subir des pressions multiformes sur l’ensemble du fonctionnement cérébral, exerce même des effets endoctriniens propres et ainsi intervient pour coorganiser et contrôler l’ensemble de la personnalité » (Edgar Morin)
La sociologie
On a affaire à une discipline relativement jeune même si des philosophes avaient déjà analysé la société de leur temps, d’Aristote à Montesquieu. Le mot « sociologie » a été repris par Auguste Comte car il existait déjà.
Sur le plan universitaire, il n’existe pas d’agrégation de sociologie et la plupart des sociologues connus comme Durkheim, Boudon ou Bourdieu ont passé l’agrégation de philosophie, d’histoire pour Alain Touraine.
La sociologie est très connotée politiquement. Elle est fatalement remplie de présupposés politiques ou idéologiques. En France particulièrement, la sociologie est marquée à gauche si l’on excepte Raymond Boudon (et quelques autres peu nombreux) que l’on pourrait situer du courant libéral. Soit l’on donne la primauté à l’individu, soit l’on donne de l’importance à tous les facteurs sociaux (classes sociales, pressions sociales diverses, institutions,…)
La société primerait sur l’individu. En tout cas, pour un sociologue, tout groupe humain ne se réduit pas à la juxtaposition de ses individus.
Il y avait déjà chez Descartes et Pascal une vision de la société. Descartes écrivait : « Larvatus prodeo » (j’avance masqué). Au-delà de sa doctrine philosophique, il y a le désir d’émancipation vis-à-vis de la tradition et donc de la société au nom de la raison. Dans la tradition, il y a les institutions.
Pascal, adversaire de Descartes (ce n’est pas pour rien qu’Heidegger avait son portrait dans son bureau) respecte les institutions. Sa vision pourrait se définir comme conservatrice. Mais pour Pascal, les vrais devoirs sont au-delà du monde. Il faut obéir aux devoirs terrestres tout en les méprisant. Pascal prône une émancipation envers la société et la raison. On pourrait dire de Pascal qu’il a été déjà un déconstructeur de la raison.
Les visions de Descartes et Pascal s’opposent à la vision de Leibniz « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Il y a pour ce dernier une rationalité dans la société.
On peut dire que la sociologie s’appuie toujours sur une pensée philosophique, même si cela se voit moins dans les analyses parcellaires et quantitatives particulièrement en vogue dans la sociologie américaine. Il a existé de nombreux sociologues qui ont laissé une trace dans les principaux pays (Allemagne, France, Angleterre, États-Unis, …). En langue espagnole et italienne existe aussi toute une littérature sociologique propre ; nous allons étudier les principaux sociologues allemands et français.
Le savoir sociologique a été remis en question par certains scientifiques et philosophes. Pour Dilthey, la sociologie n’est qu’une gigantesque chimère.
Tônnies
L’Allemand Ferdinand Tônnies a fait la distinction pertinente entre Gemeinschaft et Gesellschaft (communauté et société). Le sociologue distingue aussi deux sortes de volonté Wesenwille et Kürwille : la première est la volonté profondément enfouie, basée sur l’instinct, la seconde est la volonté libre qui vient de la réflexion.
La wesenwille est à la source de la Gemeinschaft (communauté) liée à un cadre rural. La volonté libre s’exerce dans un cadre urbain. On devine l’utilisation politique de ces concepts. La différence entre la patrie charnelle et une société fondée sur le contrat traverse encore le débat politique actuel. Rappelons que le livre de Tônnies, Gemeinschaft et Gesellschaft date de 1887.
Max Weber
Max Weber peut être considéré comme le plus grand sociologue allemand. Dans « Economie et Société », nous avons une définition de la sociologie : « Nous appelons sociologie une science qui se propose de comprendre par interprétation l’activité sociale et par là d’expliquer causalement son déroulement et ses effets ».
Les grandes idées de Max Weber sont :
    ⁃    il ne croit pas à l’existence de lois universelles pour le comportement humain, comme il en existe pour la physique ;
    ⁃    nous pouvons maîtriser toute chose par la prévision. La rationalisation du monde est intrinsèque à la civilisation occidentale. Cette rationalité aboutit aussi à un désenchantement du monde ;
    ⁃    son analyse la plus célèbre fut celle sut l’éthique protestante très propice au développement du capitalisme (importance de l’individu, goût de l’effort ou du travail poussé jusqu’à l’ascétisme).
Max Weber a fait des analyses sur les modes de domination et d’autorité qui sont restées en particulier sur le charisme et la bureaucratie.
Émile Durkheim
Pour le sociologue, « Un fait sociologique, c’est toute forme plus ou moins définie de l’action qui possède la faculté d’exercer une contrainte extérieure sur l’individu ». Le fait social est supérieur à l’individu.
« La supériorité de la société n’est pas seulement physique mais également morale et spirituelle ».
Un des livres les plus connus de Durkheim fut « Le Suicide ». Le suicide est un fait social. Les données statistiques montrent une tendance au suicide dont « chaque société est collectivement affligée ».
La grande explication de Durkheim sur le suicide est : « Le suicide varie en fonction inverse du degré d’intégration des groupes sociaux dont fait partie l’individu … ». En France par exemple, les ouvriers agricoles sont le plus sujets au suicide.
Raymond Boudon    
Le sociologue français donne la primauté à l’individu, ce qui le différencie de Durkheim et Bourdieu, et même de la plupart des sociologues français. Sa démarche s’appelle l’individualisme méthodologique. Il y a une rationalité des comportements. Lorsqu’un individu agit, il a pour Boudon des raisons de le faire.
Bourdieu et Touraine n’ont selon lui qu’une vision hyper socialisée de l’homme. Chez Bourdieu, l’homme n’est que l’expression de son milieu social. Quant à Touraine, l’homme est soumis aux mouvements sociaux qui créent la dynamique de la société.
On peut dire que Boudon a été à contre-courant des pensées dominantes en France et est relativement peu connu dans notre pays à la différence de Bourdieu.
Pierre Bourdieu
Il a été un sociologue consacré puisqu’il a obtenu la chaire prestigieuse du Collège de France. De formation philosophique, le sociologue se revendiquait comme marxiste.
Il a particulièrement étudié la reproduction sociale. Pour Bourdieu, les « dons » ne sont que le reflet de l’appartenance à une classe sociale privilégiée. On hérite la culture de son milieu. Le terme « héritage culturel » vient du livre « Les Héritiers ».
Les concepts devenus traditionnels de Bourdieu sont :
    ⁃    l’habitus : façon d’être, disposition d’esprit chez un individu. Bourdieu parlera d’habitus de classe. Il y a chez lui un fort déterminisme social, puisque globalement les classes sociales se reproduisent par l’école qui légitime les hiérarchies sociales ;
    ⁃    en plus du capital économique, Bourdieu analysera le capital culturel reçu par les « héritiers ». Ce capital culturel est officialisé par un diplôme scolaire qui justifie la domination sociale.
Le livre le plus connu du sociologue fut : « La Distinction ».
Conclusion
La sociologie est un projet scientifique et a même une prétention scientifique. Le terme « science » est pourtant sujet à caution dans les sciences de la nature puisque même un scientifique comme Henri Poincaré ne voyait dans la physique qu’un ensemble de conventions. De plus le sociologue est complètement immergé dans son objet d’étude. Comme en Histoire, les travaux du sociologue sont complètement déterminés par ses propres valeurs. Les contours de la discipline sont aussi très flous puisque l’objet d’étude est quasiment infini. En Sociologie plus qu’ailleurs, les présupposés moraux, religieux, politiques et idéologiques sont omniprésents.
Patrice GROS-SUAUDEAU



Jean-Luc Mélenchon : un révolté en peau de lapin
23 avril, 2012, 16:34
Classé dans : politico-historique,politique politicienne

On peut quand même se demander en quoi Jean-Luc Mélenchon a-t-il des raisons de se révolter. Il fait partie de ces politiques qui dans la société civile n’auraient pas été grand-chose vu leur bagage scolaire. La politique a été un prodigieux moyen de promotion sociale et économique. Titulaire d’une licence de philosophie il n’aurait pas pu être professeur en classe terminale puisqu’il faut le CAPES ou l’agrégation. Une licence permet tout juste d’être pion ou comme le dirait le directeur d’école à Gérard Jugnot dans les Choristes : « pion-pion-pion-pion-pion… ».
Ce petit vernis culturel a quand même permis à Jean-Luc Mélenchon d’avoir un baume de culture légèrement supérieur à une classe politique en général inculte, ce qu’on retrouve chez les journalistes. En tout cas, il a eu grâce à la politique des salaires très conséquents : ministre, deux fois sénateur pendant dix huit ans, député européen, maire, conseiller général… Il touchera donc une retraite généreuse. Certains estiment qu’il a gagné 37 000 € mensuel pendant des années. Bref, l’extrême gauche caviar.
En dépit de son statut de privilégié, il a gardé des comportements des années soviétiques lorsqu’il insulte Marine Le Pen de semi-démente. En URSS on accusait ainsi de dérangement mental les opposants au régime, d’où leur psychiatrisation. Son accusation envers Marine Le Pen est non seulement infâme sur le plan personnel mais aussi politique. Lorsqu’il propose de mettre la famille Le Pen au goulag, personne n’a réagi alors que l’expérience montre que lorsqu’on met une personne dans un goulag, des dizaines de milliers d’autres suivent.
Mélenchon a le droit lui, de tout dire. Il est vrai que beaucoup le prennent pour un clown de la politique.
Sur le fond, dans son discours il n’y a rien d’original. Il ne fait que ressusciter les vieilles lunes gauchistes, tiers-mondistes, de haine de soi, le métissage étant un moyen de détruire la société. Toutes ces idées reçues sont elles des années soixante et soixante dix, celles de l’adolescence de Mélenchon. Il est vrai que ce dernier est resté un ado (comme les khmers rouges qui ont assassiné la moitié des Cambodgiens). Le socialiste Gérard Collomb, Maire de Lyon déclarait que le programme de Mélenchon avait échoué au Cambodge. Physiquement, on remarque que Mélenchon ne fait pas vieux. Dormir au Sénat pendant dix-huit ans n’a jamais usé personne.
Il veut faire sortir la France de l’Occident, rattacher la France au Maghreb, construire des mosquées encore et encore, prôner l’universel qui n’est que l’écrasement des êtres. Tous ses délires dignes d’Ubu ne font même pas rire son auditoire qui l’applaudit. En tout cas, le plus triste est que le contribuable et la société paient des mandats électoraux pour nourrir grassement des bouffons politiques.
Patrice GROS-SUAUDEAU



Le Droit – La Justice
28 février, 2012, 16:39
Classé dans : plus ou moins philo,politico-historique

On peut définir le droit comme l’ensemble des règles au sein d’une société donnée. Ces règles permettent aux hommes de vivre entre eux.
Les fondements du droit
Il y a eu au cours de l’histoire plusieurs fondements.
Le droit divin : Dans la religion juive, la loi a été conçue comme un contrat entre le peuple et Dieu (exemple : les dix commandements). Le Coran définit la loi pour les musulmans. On peut dire que les droits de l’homme sont d’inspiration judéo-chrétienne.
Le droit du plus fort : Dans un dialogue de Platon, le Gorgias, Calliclès soutient que la force est la loi. « La marque du juste, c’est la domination du puissant sur le faible et sa supériorité admise. » (Platon, Gorgias). Hobbes reprendra cette idée. Pour faire cesser les conflits, on s’unit autour du plus fort. On perd une part de ses libertés pour un pouvoir suprême garantissant la paix. Le souverain fait régner l’ordre de la loi. La force fonde donc le droit.
Rousseau dans le Contrat Social contestera cette vision. « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir … Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c’est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ? (Le Contrat Social).
Le droit naturel
Il existe une grande confusion pour ce terme.
Chez Hobbes et Spinoza, il s’agit du « droit de nature ». « Par droit naturel, j’entends le droit de chaque homme de faire ou de posséder tout ce qui lui plait. » (Hobbes)
« Le droit de nature s’étend aussi loin que s’étend la puissance … Les grands mangent les petits, en vertu d’un droit naturel souverain. »
L’institution sociale limitera ce « droit naturel ».
Le droit naturel classique : Le droit naturel classique est celui d’Aristote que l’on retrouvera chez Saint Thomas. Pour Aristote, l’homme est un animal social et politique. La société est donc naturelle. La fin du droit est le juste. L’époux » est fait pour commander à lafemme, le père auxr enfants, le^chefxie famille aux-animaux et aux esclaves. Pour Cicéron il y a une loi qui vient de Dieu. On retrouvera dans le thomisme l’idée que le droit des hommes vient de la raison divine.
Le droit naturel moderne : Le droit naturel moderne se construira avec des juristes comme Grotius et Pufendorf. Ils réfutent l’idée d’Aristote d’une société naturelle. En reprenant Hobbes, dans l’état de nature l’individu est libre et peut faire ce qui lui plait. L’homme est quand même un être qui possède « le désir de la société ». Le « droit naturel est une « règle suggérée par la droite raison, selon laquelle nous jugeons qu’une action est morale ou injuste d’après sa conformité à la nature raisonnable ».
Dans la philosophie classique, le droit pouvait être changeant puisque dépendant de la société.
Pour la conception moderne, le droit se fonde sur la nature de l’homme et surtout de sa raison. Le droit devient un ensemble de règles immuables, universelles, d’où par exemple l’apologie des droits de l’homme et du citoyen.
Le droit historique ou le droit coutumier : Le droit vient de l’histoire des sociétés. Le droit est issu de « l’esprit d’un peuple ».
On l’appelle historique ou droit coutumier. Il est évident que le droit coutumier n’est pas le même en Occident qu’en Inde où par exemple les paysans ne peuvent utiliser la bouse de vache comme fumier. Le droit dans certains pays musulmans est défini par la Charia.
Droit positif – Droit rationnel : Le droit positif est dicté par le législateur. Il peut différer du droit coutumier. Il peut chercher une rationalité liée à une époque donnée. Le droit rationnel est donc l’objectif du droit positif. Ce droit rationnel est lié à des idéaux.
Le droit naturel au sens moderne du terme (de Grotius) se réfère à la raison.
La vision marxiste du droit
Marx postule toujours une lutte des classes. L’Etat n’étant que le moyen d’expression et de domination de la classe dominante, le droit n’est que la codification de ce rapport de forces.
L’Etat au temps de l’Antiquité était celui des propriétaires d’esclaves. L’Etat féodal codifiait les privilèges des nobles et l’Etat actuel est celui de la bourgeoisie. Le droit légitime l’ordre actuel. Les droits de l’homme pour un marxiste ne sont que l’armature idéologique du libéralisme.
« Nous savons aujourd’hui que ce règne de la raison n’était rien d’autre que le règne idéalisé de la bourgeoisie ; que la justice éternelle trouva sa réalisation dans la justice bourgeoise ; que l’égalité aboutit à l’égalité bourgeoise devant la loi ; que l’on proclame comme l’un des droits essentiels de l’homme … la propriété bourgeoise, et que l’Etat rationnel, le contrat social de Rousseau, ne vint au monde et ne pouvait venir au monde que sous la forme d’une république démocratique bourgeoise. » (Engels)
Relativité du droit
La pensée actuelle est celle du relativisme.
On relativise donc le droit et les idéaux aux réalités historico-culturelles. On a donc une relativité de la morale aux sociétés selon Durkheim et Lévy-Bruhl.
Les pulsions subconscientes définissent nos idéaux selon Freud. Pour Marx, nos idées morales et philosophiques sont déterminées par des appartenances de classes.
Ce relativisme vient de la théorie de la sociologie de la connaissance, branche de la sociologie.
De façon pragmatique, il suffit de voyager pour constater une géographie du droit.
Droit et morale
Les deux domaines ne se recoupent pas complètement.
Le mensonge dans le cadre privé est hors du droit. Mais mentir au fisc ou au tribunal est un délit.
Pour Kant comme pour Sénèque, la morale est hors de la contrainte.
Il y a quand même un recoupement entre droit et morale pour des affaires de mœurs, de vol ou de crimes, la morale comme le droit ayant des fondements rationnels.
La justice
On distingue traditionnellement trois formes de justice. Cette distinction reprend Aristote et les scolastiques. Serons-nous malgré Descartes imprégnés encore de scolastique ?
1 – La justice commutative : elle concerne les contrats et les échanges. Elle requiert le principe d’égalité que l’on retrouvera dans le prindgede justice.
2 – La justice distributive : elle consiste à répartir les fonctions et les honneurs ainsi que les redistributions et récompenses.
3 – La justice répressive : celle qui sanctionne.
On a toujours l’égalité comme principe. « La justice, c’est l’égalité. » (Alain)
Pour Platon, la justice était dans l’ordre et l’harmonie. La cité idéale est décrite dans la République. L’avènement du christianisme renforcera cette idée d’égalité entre les personnes. L’égalité devant Dieu se transformera en égalité en droit. Dans les faits, cette égalité ne pourra être que virtuelle, mais la société fait « comme si ».
Chez Kant, la justice consiste au respect de la personne. Etre juste, c’est traiter chaque personne comme une valeur absolue. La justice n’est pas la charité. « Nous n’avons pas besoin de votre charité, nous voulons la justice. » (Proudhon)
Certains veulent en plus d’une justice (celle qui sanctionne le droit) une «justice » économique. On touche là tout le problème de la redistribution. Un penseur libéral comme Rawls acceptera une répartition « morale » des richesses en fonction de la valeur et de l’utilité des individus. Marx ne verra bien sûr dans la justice qu’une justice de classes.
Conclusion
L’application trop stricte de la loi peut parfois être injuste. « Summum jus, summa injuria ».
Le droit écrit ne s’applique pas à toute la complexité sociale. Il peut aussi sur le plan intellectuel exister un décalage entre la pensée philosophique, la science et le droit. Une pensée philosophique, historique ou scientifique ne devient pas vraie parce qu’elle a été codifiée juridiquement. Il existe le délit d’opinion en Histoire, avec par exemple le négationnisme et le révisionnisme. Ce délit d’opinion existe aussi en politique. On ne peut pourtant postuler la « vérité » par une loi. Ou alors, celle-ci ne traduit que le rapport de forces des opinions.
Les droits de l’homme déclarent que les hommes sont égaux « en droit ». Beaucoup ont conclu qu’ils étaient rnétaphysiquement égaux. Si nous nous accommodons de l’Etat de droit, notre pensée est hors du droit, même si l’Etat de droit pèse sur notre façon de penser et d’être.
Patrice GROS-SUAUDEAU



L’ESCROQUERIE BAYROU
31 janvier, 2012, 13:07
Classé dans : économie et finance,politico-historique,politique politicienne

Bayrou a fait partie pendant des décennies de l’établissement qui a toujours défendu l’Europe de Maastricht, d’Amsterdam ou de Lisbonne qui n’a fait qu’entériner le néolibéralisme, la mondialisation, le libre-échange et le pouvoir de la finance.
Sur ces points fondamentaux, il n’est en rien différent de Sarkozy ou Hollande. Ceci a eu comme conséquence la désindustrialisation dramatique de notre pays et son cortège de chômage. Cela semble presque surréaliste et même totalement hypocrite lorsqu’il en appelle au nationalisme économique : « produisons, achetons français », ce qui semble dérisoire lorsque l’industrie représente 12 % du PIB et que pratiquement il est devenu très difficile d’acheter des biens fabriqués en France. Il a même été de ceux qui ont le plus poussé à la roue européiste et donc néolibérale.
François Bayrou fait aussi partie de ces politiques qui pensent qu’en accusant les autres d’extrémisme, cela le place dans le camp de la modération et de la raison. Il n’a pourtant été lui-même qu’un extrémiste, un fanatique de son européisme (cf. sur le Web : la dictature de l’extrême-centre).
Il ne propose en fin de compte que de garder le système actuel et le diktat de Bruxelles avec toutes ses conséquences. Les traités de Maastricht et d’Amsterdam ont complètement ligoté la France dans le néolibéralisme qui ne peut plus agir pour sauver son industrie et ses secteurs stratégiques comme cela s’est passé avec Arcelor-Mittal. La France est toujours à la merci des oukases et amendes de Bruxelles. François Bayrou semble trouver cela très bien que Bruxelles ait très souvent fait le choix de désindustrialiser la France. Appeler à acheter français comme il le fait maintenant est d’une malhonnêteté totale.
Si la France recouvre sa souveraineté elle pourra défendre tous les secteurs qu’elle juge stratégique comme le font les États-Unis. Sortir de l’euro permettra à la France d’avoir une monnaie au service de ses intérêts comme la Suède qui a enregistré en 2010 une croissance de 5,5 % avec un taux de change favorable avec sa monnaie nationale.
La cote momentanée de François Bayrou vient probablement de sa personnalité médiocre, banale, genre brave type ou M. tout le Monde qui change des fanfaronnades sarkozistes (bref, la séduction de la médiocrité qui existe parfois en politique). Pour être président, il en faut quand même un peu plus.
Sa vision européiste foncière ne pourra rien changer à la désindustrialisation de la France. Ses schémas mentaux sont devenus inopérants face aux défis qui se posent à la France : emploi, ré-industrialisation, croissance, perte d’identité,…)
Bayrou ne changera rien à la situation actuelle si ce n’est changer de personne, peut-être moins bling-bling, mais ceci n’a aucun intérêt pour la France.
Le misérabilisme n’a jamais été une politique.
Patrice GROS-SUAUDEAU Statisticien-économiste



LA LIBERTÉ
24 décembre, 2011, 14:22
Classé dans : plus ou moins philo,politico-historique

« Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » disait Saint-Just, ce qui amena la terreur. Les américains firent de nombreuses guerres comme au Vietnam au nom de la liberté. Beaucoup d’hommes sont morts pour la Liberté et beaucoup en ont fait périr d’autres au nom de la Liberté. Le mot est indéfinissable, la seule chose que peuvent dire les philosophes est qu’on l’éprouve. Mais l’éprouver n’est peut-être qu’une illusion. On peut se croire libre par orgueil ou vanité alors qu’on ne fait que « se coucher ». Nietzsche disait que l’homme « vit constamment dans une dépendance multiforme et s’estime libre quand il cesse de sentir la pression de ses chaînes du fait d’une longue accoutumance ». L’habitude finit-elle par faussement donner un sentiment de liberté ? Lorsqu’il nous arrive de sortir de nos habitudes nous en sommes même perturbés.

« L’homme libre est guerrier » disait aussi le philosophe. La liberté ne serait alors qu’un combat pour imposer son être. L’esclave est méprisé car il n’a pas été assez guerrier et a préféré perdre sa « liberté » pour garder la vie. Mais son être propre est mort. Un homme libre meurt une fois, les lâches meurent mille fois. « L’homme libre est celui qui ne craint pas la mort » (Hegel).

Schopenhauer pensait que l’on ne peut être libre que dans la solitude. À ce moment-là il ne faut pas éprouver le désir de l’autre. Il pensait aussi que la seule liberté qui existe est la liberté de penser qui peut même exister sous la torture. Mais notre pensée n’est-elle pas aussi que le produit de notre famille, notre entourage, du bourrage de crâne de l’école et des médias ? Pour ceux qui croient quand même en une liberté, il faut qu’il y ait un « Moi » construit et que l’on responsabilise, la liberté n’étant qu’un reliquat de tous les interdits, les déterminismes et de tout ce qui s’est dérobé même s’il est plus facile de renoncer quand tout se dérobe.

Les limites de la liberté

En plus des interdits, les limites de la liberté sont ce qu’on appelle le fatalisme et le déterminisme. Si le fatalisme n’est qu’une superstition ou une trace religieuse le déterminisme est bien présent. Un certain biologisme considère que nous sommes déterminés par notre patrimoine génétique. Nous serions conditionnés par la tyrannie du gène. Il existe aussi un déterminisme lié à toutes les pesanteurs sociologiques : culture, famille, milieu social, environnement. Lorsque nous croyons choisir un conjoint, il n’est la plupart du temps que d’un milieu social équivalent. Ce qui vaut aussi de la plupart de nos « choix ». Nous sommes aussi esclaves de notre corps, de notre santé, de notre vieillissement ainsi que de nôtre-puissance financière ou-économique.

Proudhon disait que l’homme le plus libre est celui qui entretient le plus de relations avec ses semblables. Pour Sartre « l’enfer c’est les autres ». Pour garder des relations, il faut aussi plaire ce qui est une contrainte et une servitude. Les autres nous ligotent dans notre liberté tout en nous conditionnant.

Une des critiques de la liberté ou du libre arbitre la plus connue fut celle de Spinoza. Quand nous décidons ce n’est pas le résultat de notre volonté mais parce que le rapport de forces entre nos désirs a changé et qu’un de nos désirs s’impose.

« Les hommes se trompent en ce qu’ils se pensent libres, opinion qui consiste seulement en ceci, qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorant des causes qui les déterminent. Donc cette idée qu’ils ont de leur liberté vient de ce qu’ils ne connaissent aucune cause à leurs actions. Car ce qu’ils disent que les actions humaines dépendent de leur volonté, ce sont des mots dont ils n’ont aucune idée »

Nietzsche

« Liberté signifie que les instincts virils, les instincts joyeux de guerre et de victoire, prédominent sur tous les autres instincts par exemple sur ceux du « bonheur ». L’homme devenu libre, combien plus encore l’esprit devenu libre, foule aux pieds cette sorte de bien-être méprisable dont rêvent les épiciers, les chrétiens, les vaches, les femmes, les Anglais et d’autres démocrates. « L’homme libre est guerrier » (Crépuscule des idoles)

Le libre arbitre a été développé par Saint Augustin au IIIème siècle. Dieu a créé l’homme libre de choisir entre le bien et le mal. On est donc responsable de ses péchés.

Saint Thomas d’Aquin (XIlIème siècle) reprendra le libre arbitre. Luther refusera cette idée : « le libre arbitre n’appartient qu’à Dieu ». Chez les protestants, l’homme à sa naissance est déjà choisi par Dieu pour le salut éternel ou la damnation. C’est ce qu’on appelle la prédestination.

Nietzsche écrira :
« Le libre arbitre est un tour de passe-passe théologique pour rendre l’humanité « responsable » ».

« Partout où l’on cherche à établir les responsabilités c’est généralement l’instinct de punir et de juger qui est à l’œuvre ». « Les hommes ont été considérés comme « libres » pour pouvoir être jugés et punis, pour pouvoir être coupables ».
(Crépuscule des idoles)

Descartes et Kant

Pour Descartes l’homme dispose d’une liberté infinie à « l’image et à la ressemblance de Dieu ». Descartes relie liberté et raison puisqu’on ne peut qu’adhérer à la raison lorsqu’on « connaît ».

Il ne peut qu’avoir adhésion à l’évidence.

Pour Kant, semblable à Descartes, la liberté ne peut qu’obéir aussi à la raison qui est celle de la loi morale rationnelle et universelle. Pour le philosophe il y a autonomie de la volonté « la liberté est une propriété de la volonté de tous les êtres raisonnables » (Fondements de la métaphysique des mœurs).

La liberté politique

L’homme étant un animal politique, certains philosophes ont distingué la liberté naturelle et la liberté politique. Pour La Boétie, pour avoir la liberté, il suffit de la désirer. Pourquoi alors selon lui certains acceptent la servitude volontaire ? Parfois les hommes choisissent de ne pas être libres.

L’homme nait libre chez Rousseau. Il doit refuser l’esclavage et l’oppression. Par le contrat social, il échange sa liberté naturelle contre une liberté politique ou civile.

Pour Hegel, il faut une conscience de soi pour que la liberté ait un sens. C’est aussi le pouvoir de dire « non ». La liberté se définit aussi par sa négativité. La liberté se réalise par opposition à une autre conscience car il faut qu’elle soit reconnue. Le rôle de l’État est d’établir la liberté politique pour les individus.

Le libéralisme politique anglais s’est opposé à l’absolutisme et à l’autorité religieuse. Pour Locke les organisations politiques doivent offrir aux individus la liberté de penser, croire, circuler… la liberté d’expression étant sur le plan politique celle qui doit être la plus défendue.

La pensée anarchiste voudra éradiquer l’État, l’armée, l’Église pour que n’existe que l’individu. Alors que Bakounine accepte une solidarité entre les hommes, Max Stirner prônera un individualisme absolu. L’individu est unique. Il n’y a que son Moi. Cela rejoindrait le « culte du Moi » chez Barrès, écrivain pourtant à l’opposé sur le plan politique.

L’existentialisme

On ne peut aborder la notion de liberté sans faire référence à Sartre qui a métaphysiquement donné une valeur absolue à la liberté. On expérimente la liberté dans l’angoisse, où coexistent tous les possibles. Kierkegaard parlait du vertige des possibles. La conscience peut se mentir à elle-même ce que Sartre appelle la mauvaise foi. L’homme fuit les possibles. La liberté responsabilise totalement l’individu selon Sartre. Nous sommes responsables de nos actes. « L’existence précède l’essence ». Il n’y a pas une essence préexistante de nous-mêmes qui nous dédouanerait de nos actes. Nous sommes ce que nous avons fait.

Comme Nietzsche disait que la responsabilisation des hommes permettait de les punir et les juger, Sartre traitera de salauds ceux qui ont eu un engagement politique différent du sien. « Nous sommes condamnés à être libres » puisqu’on peut même choisir de ne pas choisir.

Sartre s’est inspiré de Kierkegaard et de Heidegger. Pour ce dernier « être dans le monde n’est rien d’autre qu’être libre ».

« La perfection de l’homme, c’est-à-dire sa capacité de devenir ce qu’il peut être en raison de sa liberté pour ses possibilités inaliénables (de son projet) est l’œuvre du souci ».

Le souci est un « a-priori ontologique » qui constitue l’être du Dasein (être là).

Conclusion

On a vu l’extrême difficulté à définir la liberté. Elle est postulée par certains philosophes comme Descartes, Kant ou Sartre. C’est la condition sine qua non de la responsabilisation de l’individu. La société peut à défaut faire « comme si » pour juger et punir. La liberté ne serait que le fondement sans fondement de notre responsabilité. Le philosophe Berlin faisait la distinction entre la liberté négative qui consiste à ne pas être entravé dans ce que nous voulons faire et la liberté positive qui consiste en un pouvoir d’action politique. La liberté est aussi subjective puisque les possibles diffèrent chez les individus. Si la liberté peut donner un sentiment de légèreté parmi les possibles au-delà de l’angoisse ou du souci, sa conséquence, notre responsabilité, devient un fardeau à porter.
Patrice GROS-SUAUDEAU


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