De F. Mitterrand à F. Mitterrand
Lorsque Cyril Collard, l’auteur du livre et du film « Les Nuits Fauves» était mort du SIDA, François Mitterrand avait écrit à ses parents : « votre fils est un exemple pour la jeunesse française ». Il n’y avait pourtant dans le livre de Cyril Collard que des descriptions de parties de sodomie avec des maghrébins. François Mitterrand n’avait quand même pas songé à en faire un ministre de la culture pour tous ses faits d’arme. Sarkozy l’a fait avec son neveu puisque le livre « La Mauvaise Vie » n’est qu’un réchauffé du livre de Cyril Collard où s’exprime tout le masochisme que peut parfois éprouver un homosexuel, ce qui rappelle aussi Michel Foucault qui allait dans des bordels américains pour assouvir toutes ses turpitudes masochistes que par pudeur nous ne décrirons pas.
Comme Sarkozy n’a dans le fond aucune vision politique ou culturelle pour la France, il s’était cru malin de faire un coup médiatique en accrochant à son blason le nom de Mitterrand. Il a sans doute pensé que cette affaire ne lui avait pas fait assez de tort et il a donc ajouté l’affaire de son fils.
Le Président parait-il ne boit pas d’alcool, mais il n’en a pas besoin car le pouvoir rend ivre. Il a pensé détenir le pouvoir absolu comme Caligula nomma son cheval consul. Son fils au dernier moment a fait marche arrière sur les recommandations de son père et surtout des sondages.
Sarkozy est-il de droite ? Rien que poser la question est déjà montrer que la réponse est problématique.
Il ne faut pas oublier que Sarkozy comme Balladur vient de l’Orient et n’a pas les mêmes codes que les politiciens français traditionnels. Thierry Desjardin, ancien rédacteur en chef du Figaro, trouvait que le Président avec ses Ray-Ban ressemblait à un proxénète levantin. La trahison et la fourberie font partie de leur culture politique. Toute la carrière politique de Sarko a été l’application de cette sourate du Coran : « baise la main que tu ne peux mordre ». Récompenser les traîtres devient monnaie courante sous le Sarkozisme. La fameuse division ami/ennemi chère à Carl Schmitt pour décrire la politique n’a plus guère de sens. L’exemple achevé du traître est Eric Besson. Après avoir trahi son camp et baisé la main de Sarkozy, il a abandonné sa femme pour une jeunette tunisienne de 22 ans. Pour se dédouaner et cacher sa honte, n’a-t-il pas déclaré que combattre le Front National l’avait toujours excité au plus haut point ! Cela n’empêche pas son ex femme dans son malheur de crier vengeance dans tous les médias et sur tous les plateaux de télé ou de radio. Il faut reconnaître que les ministres de l’ouverture savamment choisis par un génie de la politique font du bruit avec leur vie privée.
Au milieu de toutes ces affaires sordides, la seule constante économique importante est le chômage. La crise est finie, répètent les cyniques ou les imbéciles heureux. Tout va donc pour le mieux sauf si vous êtes au chômage, mais les chômeurs ont-ils de l’importance ? Mauriac disait « ce qui arrive aux autres est sans importance ».
La Rochefoucauld allait encore plus loin dans cette vision : « Les hommes ont assez de force pour supporter les maux des autres ». Voilà dans les faits comment est pensée la question du chômage.
En politique, la symbolique est parfois plus importante que la chose en elle-même comme dans l’affaire « Jean Sarkozy ».
Il faut aussi reparler de la nouba du Fouquet’s où le Président élu avait invité tous les « pétés de thune » de France ou d’ailleurs. Il faut souligner que lorsque François Mitterrand avait déposé une gerbe de fleurs sur la tombe de Jean Moulin une fois élu, cela avait infiniment plus de classe et d’allure sur le plan politique même pour ceux qui n’aimaient pas Mitterrand ou la symbolique du Panthéon, ce cimetière de francs-maçons.
Cette boum ou surprise partie au Fouquet’s n’annonçait rien de bon pour la France où de façon officielle on célébrait pour la première fois sans vergogne la religion du veau d’or.
Patrice GROS-SUAUDEAU
LE LIBÉRALISME : UN INTÉGRISME ÉCONOMIQUE ? (Le Glaive)
Depuis des années la pensée unique règne et elle est celle du libéralisme. Même l’ancien contestataire de Mai 68 Cohn Bendit l’a fait sien au fur et à mesure que son visage est devenu de plus en plus bouffi. Il n’y a pas d’autre façon, parait-il, de concevoir une société épanouie. Un grand patron allemand a même avancé que le libéralisme avait été démontré par la science !
La force du libéralisme est en fin de compte d’être à sa façon une pensée totalitaire. Comme le marxisme, il a réponse à tout. Avec un peu d’astuce dialectique on a démontré que tout fait historique est une preuve de la lutte des classes. De même lorsque quelque chose va mal, il suffit d’écouter la parole de Madelin pour savoir que la raison en est simple : « le libéralisme n’est pas suffisamment appliqué ». Pour ce courant de pensée, il ne peut y avoir de préférence nationale, puisque l’homme est sans enracinement, sans histoire, sans culture déterminante, sans classe, sans nation, sans lien religieux, ce n’est qu’un consommateur-producteur, donc un atome parfaitement interchangeable. C’est bien sûr un appauvrissement considérable de l’être humain.
L’homme n’est dans le libéralisme qu’un homo economicus. La divinité à adorer c’est le marché. Tout doit se diluer et se dissoudre en lui. Tout est jugé selon lui. Le rap, en dehors de toute considération esthétique, a donc de la valeur, car on peut en vendre des millions de disques ! Mais tout ce qui pense, tout ce qui est dérange le libéralisme. « Le penser et l’être sont le même » (Parménide). Pour le libéral, il ne sert à rien de penser, il faut avoir une confiance absolue dans le marché. « Le marché est grand et Madelin est son prophète ».
Mais la seule constatation incontournable et dérangeante, c’est le chômage ! Depuis qu’il est mis en application, le libéralisme mondialisé sous sa forme actuelle génère dans les pays occidentaux, et en France particulièrement, un chômage massif et dramatique.
Beaucoup d’économistes reconnaissent que le libéralisme n’est pas le meilleur système et la pensée keynésienne démontrait que dans le meilleur des cas il ne pouvait y avoir qu’un équilibre de sous-emploi. Mais comme actuellement les classes dirigeantes dominantes. toutes sensibilités politiques confondues. se sont entichées de libéralisme, il s’impose. Ses victimes n’ont pas le droit à la parole, car elles ne représentent rien financièrement vis à vis du marché.
Pour le libéralisme, le marché étant tout, l’État n’est donc rien. Il doit être réduit à sa plus simple expression. Dans cette logique, il est normal que les hommes politiques actuels soient insignifiants à l’extrême. Ils seront les meilleurs garants de l’insignifiance de l’État .. Le très libéral Guy Sorman souhaitait que Chirac devint le « chef » du mouvement libéral. Il avait intuitivement compris que c’était « the right man in the right place ». Ainsi tous ces hommes politiques insignifiants se manifestent-ils constamment dans les médias pour promouvoir une Europe libérale qui sera à la fois le royaume de l’insignifiance des êtres et de l’importance du marché.
Certains de ces libéraux ont des scrupules de conscience comme Gilles de Robien et parlent de tempérer le libéralisme par le « libéralisme du coeur ». Ce qui consiste à envoyer des Lady Di médiatiques qui, entre un déjeuner chez Maxim’s et un dîner au Ritz, prennent le temps d’aller faire un tour à la soupe populaire pour montrer leur compassion. Mais y en a-t-il un seul qui ait recueilli chez lui un sans-logis ?
Le libéralisme par sa vision extraordinairement réductrice de l’ homme est sans doute l’extrémisme le plus absolu et un intégrisme parmi d’autres. Il possède en lui un formidable pouvoir de destruction de l’être humain, jusque dans ses recoins les plus secrets.
Mais l’homme n’est pas uniquement un agent économique. Il est attaché à son bout de terrain légué par l’Histoire, au clocher de son église qui n’a pas été construite par ses ancêtres pour les sans papiers. L’homme est un être qui souffre, qui aime son pays, veut vivre la plupart du temps sur la terre de ses parents et n’est pas un vagabond ou un nomade qui erre en fonction des besoins du marché. Il est par essence être enraciné et il ne peut que rejeter avec violence cette nouvelle pensée totalisatrice sans spiritualité qu’on cherche actuellement à lui inculquer et lui imposer. On peut dire que le libéralisme est la négation de l’être.
par Patrice GROS – SUAUDEAU Statisticien-économiste 1998
Heidegger : « l’introduction du nazisme dans la philosophie » d’Emmanuel Faye
Disons tout de suite le but de ce livre : casser définitivement Heidegger et ne voir en lui que quelqu’un qui a transpiré le nazisme par tous les pores de sa peau depuis sa naissance jusqu’à sa mort et même au-delà. Toute son œuvre, même celle que l’on dit philosophique, serait donc «nazie».
Heidegger selon Emmanuel Faye ne s’est pas contenté d’être un nazi de circonstance, c’était même un dur, un radical parmi les nazis. La radicalité ne serait-elle qu’une coquetterie d’intellectuel que l’on a trouvée aussi chez Sartre, bien sûr pas pour les mêmes raisons, et qui prenait des postures «viriles» qui compensaient sa petite taille lorsqu’il déclarait : « un anticommuniste est un chien ».
Selon Emmanuel Faye, le professeur de Fribourg a anéanti la philosophie. Que veut dire cette phrase «métaphysique». Selon Emmanuel Faye, la philosophie est au service de l’homme. Cette définition très subjective pose la question à laquelle aucune réponse n’est donnée. Qu’est ce que la philosophie ? L’amour de la sagesse. Cette définition encore «orientale» semble bien dépassée. On peut dire qu’au sens large tout homme qui se met à penser philosophe sans que cela soit forcément au service de quelque chose ou de quelqu’un. Quand Descartes doute, il ne se met pas au service de l’homme, il doute. La pensée peut prendre toutes les directions, ce qu’a démontré au moins Heidegger. En conclusion on peut dire qu’Emmanuel Faye a une définition personnelle de la philosophie. Et que celle de Heidegger n’y correspondant pas, il en conclut qu’Heidegger n’est pas philosophe.
Mais même si certains l’ont fait, la philosophie n’a jamais consisté à faire l’apologie perpétuelle des droits de l’homme, de l’antiracisme, de la démocratie ainsi que de l’universalisme. Philosopher, c’est spéculer.
Le livre d’Emmanuel Faye a l’intérêt peut-être non voulu de réfléchir sur le nazisme. On l’a réduit à Mein Kampf de Hitler et pour les spécialistes, on ajoute le mythe du XXème siècle d’Alfred Rosenberg. Ces livres peuvent sembler un peu rudimentaires pour certains intellectuels qui ont été réceptifs à ce courant. La réflexion sur le nazisme peut donc s’étendre et s’approfondir avec le débat intellectuel qui s’est opéré entre Spengler, Heidegger, Ernst Jünger et Carl Schmitt… Emmanuel Faye dans le fond juge Heidegger à l’aune du politiquement correct qui inonde la pensée de nos jours. Ce qu’on appelle le politiquement correct n’est que le produit d’un rapport de forces qui s’est établi après la guerre. Y a t-il une absoluité sur le plan philosophique ? Bien sûr que non. La radicalité ou l’extrémisme ne sont que des questions de perspective, chacun pouvant juger ses propres idées comme devant être la norme et celles des autres comme étant extrémistes, les idées politiques étant des possibles.
Allons droit au but et abordons l’idée de la race dans le nazisme.
La pensée de la race n’était pas tabou du temps de Heidegger et ce depuis le XIXème siècle jusqu’au début du XXème siècle dans toute l’Europe. Développer ses propres points de vue sur son amélioration était quelque chose de commun et banal dans de nombreux milieux intellectuels. Cataloguer avec insistance Heidegger comme «raciste» comme le fait Emmanuel Faye est de nos jours une mise à mort. Dans l’idée de la race, il y a aussi l’acceptation et l’importance du corps qui est rejeté dans la tradition française. Heidegger trouvait par exemple qu’Hitler avait de belles mains ! Le professeur de Fribourg était pour l’amélioration de la race allemande. Emmanuel Faye aurait-il trouvé cela plus convenable s’il avait été pour sa «dégénérescence». Prôner le métissage comme on le fait aujourd’hui est tout aussi «métaphysique» que de prôner le respect des races existantes.
Certes la culture allemande est hiérarchique par tradition et non universaliste dans son ensemble. Faut-il reprocher à Heidegger d’avoir été allemand et d’avoir plus penché pour la particularisme que pour l’universalisme ?
Emmanuel Faye a quand même raison de souligner que le «racisme» de Heidegger n’était pas biologique. La race pour Heidegger est un être-là tout comme le peuple allemand et les œuvres qu’il a produites dans les domaines les plus élevés de l’esprit humain. De ce constat on peut être attaché à sa préservation sans s’appuyer sur un biologisme douteux.
Emmanuel Faye a l’air de s’effaroucher comme une jeune fille que les nazis aient prôné l’anéantissement de l’ennemi. C’est le principe de toute guerre et l’on peut même ajouter que la guerre est en fin ce compte un état permanent comme le soulignait Oriana Fallaci. Les formes peuvent changer, elles prennent actuellement celles du terrorisme. La capitulation sans conditions de l’Allemagne par les alliés était l’exigence de l’anéantissement de l’ennemi. Les révolutionnaires français, dont nous sommes les héritiers, ont cherché à anéantir les contre-révolutionnaires vendéens. AI Qaïda veut anéantir l’Occident et les Etats-Unis l’islamisme. L’anéantissement de l’ennemi prôné par Carl Schmitt est le principe même de tout combat authentique. La distinction ami-ennemi, fondement de la politique chez Carl Schmitt est tout à fait pertinente. C’est la désignation de l’ennemi qui est un acte métaphysique.
L’hostilité que pouvait avoir Heidegger vis-à-vis de Descartes est l’universalisme qu’il a représenté, tout autant que le rationalisme. Descartes est non seulement privé de monde avec la séparation sujet-objet mais aussi privé de communauté. La différence entre la pensée française et allemande vient en partie de ce que la communauté (Gemeinshaft) a un sens outre-Rhin ce qui n’est guère le cas en France.
La conclusion de tout ceci pour Emmanuel Faye est qu’il ne faut plus lire Heidegger. Cela évitera bien des migraines à certains. En tous cas, il aura permis à Emmanuel Faye de se faire connaître. On veut donc épurer Heidegger de la philosophie, le suivant sur la liste sera peut-être Nietzsche puis, après les irrationalistes, les sceptiques sur l’idée de la vérité, les «racistes» dont la liste pourrait être assez longue depuis Aristote jusqu’à Husserl qui a eu des écrits guère convenables sur les Papous et pour qui l’Européen représente un degré supérieur d’humanité. Le mot d’ordre d’Emmanuel Faye est « il ne faut plus lire Heidegger ». Mais qui donc a vraiment envie d’obéir à Emmanuel Faye et participer à son autodafé ?
Patrice GROS-SUAUDEAU
L’identité française
Il est souvent dit que s’interroger sur son identité, c’est déjà l’avoir perdue. Dans un contexte de mondialisation et de construction européenne, d’immigration massive que peut encore signifier le fait français ou être Français pour quelqu’un ?
Samuel Huntington, dans son livre « Le choc des civilisations » écrivait que les deux facteurs les plus importants qui déterminent un individu sont la religion et la race. Pour Marx, c’était la classe sociale donnée par sa position dans le système de production et pour le philosophe Burke, l’identité nationale.
On constate donc la multiplicité des identités que l’on peut donner à un individu. Dans notre société qui évolue de plus en plus vers un magma de classes moyennes hybrides, la classe sociale semble moins déterminante, d’autant plus qu’on assiste à un allongement de la durée de la scolarité pour tous. Savoir et classes sociales sont moins corrélés. Les autres facteurs (religion, race, identité nationale ou régionale, … ) se renforcent par contrecoup.
Cette vision de l’identité est historisante et a changé au cours des siècles et même des quarts de siècle. De Gaulle qui n’est quand même pas si éloigné avait une vision ethnique de son « cher et vieux pays ». Le dénouement de la guerre d’Algérie a en grande partie été lié à son refus de mélanger les Français de métropole et les Arabes d’Algérie.
L’article de Max Gallo pour définir l’identité nationale est effrayant de politiquement correct et de négation de l’identité française. Toute conception charnelle d’un peuple français millénaire est niée ainsi que toute historicité comme si cela était sale.
Il fait fi du jus sanginii qui existe pourtant dans le droit français pour considérer comme français ceux nés à l’étranger de parents français (de Giscard en Allemagne à Dominique de Villepin et le général Morillon au Maroc… ). L’idée d’une filiation par le sang semble heurter Max Gallo. La définition de l’identité française dans son article est une définition ad hoc faite pour incorporer tout nouvel immigré avec quand même cette «petite» peur d’un Islam radical en insistant sur l’égalité des femmes et la laïcité.
Définir un français par l’école comme le répétait à l’envie aussi François Mitterrand revient à dire que l’on devient français par réception d’un savoir aseptisé contrôlé idéologiquement par un Ministère d’Etat. C’est nier tout le savoir et la façon d’être transmis par la vie, la famille, le village ou la petite patrie provinciale. La laïcité n’est que la néantisation de toutes les croyances qui existent «naturellement» chez tout individu. La laïcité n’est pas une valeur, mais un vide créé de façon artificielle pour éviter momentanément des conflits dans un lieu donné. Il ne faut pas «sacraliser» la laïcité comme le font les laïcards. En définissant la laïcité comme un pilier de l’identité, on gomme aussi avec bonne conscience tous les antagonismes religieux qui de développent dans la société française et qui seront un jour source de conflits.
Le seul élément qui possède une historicité donné par Max Gallo est la langue. Tous les autres points pourraient être appliqués à tout le monde et à personne. Le Français est devenu un fantôme juridique.
Créer un arrière monde constitué d’abstractions est certes une maladie bien française. L’identité française est avant tout liée à son Histoire. La France a été la jonction du monde celte, gréco-latin et du monde germanique. Dans le christianisme, il y a aussi la Grèce et Rome. Toute notre culture a été façonnée et transmise de génération en génération et nous en sommes les porteurs, parfois malgré nous.
Le plus grand porteur de cette culture est bien sûr ce peuple français qui a traversé les siècles et les guerres. Il n’y a certes pas de «race» française. Même Maurras, ce penseur du nationalisme français en convenait dans son honnêteté et sa rigueur intellectuelles. « Ce pays n’est pas un terrain vague. Nous ne sommes pas des bohémiens nés par hasard au bord d’un chemin. Notre sol est approprié depuis vingt siècles par les races dont le sang coule dans nos veines ». Il écrit bien les races et non la race à la différence des nationalistes allemands qui se sont pensés comme une race.
Le professeur Dupâquier soutenait la thèse que la population française jusqu’au XXème siècle n’avait guère changé depuis le néolithique, les invasions celtiques et germaniques n’auraient été dans le fond qu’assez minimes (le type physique français serait donc plus Poulidor (ou Pompidou) qu’Anquetil !).
Barrès insistait aussi sur l’historicité d’une nation ou d’un peuple : « Aux sources les plus intimes du « moi », ce sont les grandes forces issues du passé que l’on se trouve contraint de reconnaître ».
En termes heideggériens, l’identité nationale est celle d’un être jeté dans une nation et dans le même temps la volonté affirmée d’un être-au-monde-ensemble. Il y a à la fois un déterminisme à la Barrès et/ou un volontarisme à la Renan. L’identité française ne se réduit pas à une définition juridique qui ne fait en fin de compte que la néantiser.
Patrice GROS-SUAUDEAU Statisticien – économiste
Le protectionnisme
C’est un sujet extrêmement délicat si l’on sort des dogmes des instances internationales.
Tout est en sous-entendu, hypocrisie, partie de poker-menteur. En période de crise, qu’on le souhaite ou le déplore, le protectionnisme va fatalement se développer dans chaque pays, même si les dirigeants, la main sur le cœur, proclament dans les réunions internationales qu’ils ne le pratiquent pas.
Dans un cadre de libre-échange mondialisé, il y a bien sûr des pays gagnants et des pays perdants. Ces derniers ont donc plus intérêt à pratiquer un certain protectionnisme. La problématique n’est pas un choix entre une absence totale de protectionnisme ou un protectionnisme total coupé de l’extérieur. Tout est dans le dosage, les secteurs que l’on protège ou non dans le but de garantir l’emploi, une industrie qui est la preuve d’un savoir-faire technologique, la nation étant encore une réalité économique et historique.
Le protectionnisme s’appelle aussi parfois patriotisme économique, tout étant une question de terminologie. Pour la gauche, le patriotisme n’est pas loin de nationalisme, donc suspect. « Protectionnisme égale Hitler » pour résumer une certaine pensée imbécile. Quant à la droite libérale, libre-échangiste, mondialiste, l’économie n’a pas de patrie, seuls comptent le profit et la finance.
Les hommes politiques successifs au pouvoir ont voté et appelé à voter tous les transferts de souveraineté et tous les gouvernements, de gauche comme de droite, ont signé les accords qui entérinaient la mondialisation et le libre-échange, ce qui par le fait même anéantissait l’idée de protectionnisme, qu’il soit français ou européen.
Tout ceci n’a pas empêché le protectionnisme de continuer à exister. Tout secteur considéré comme stratégique pour les Etats-Unis doit rester américain. L’Allemagne est très sourcilleuse sur le maintien de son industrie. Quant aux Italiens, ils ont tout fait pour que leurs banques restent nationales. Il y a donc les accords internationaux que l’on signe et ce que l’on fait en pratique.
Nous disons de façon pragmatique que la France a raison de sauvegarder ses grosses entreprises. Pourquoi ? Parce que la France a malheureusement peu de PME et PMI comparée aux autres pays.
Si on ne tenait compte que des mécanismes financiers et de la loi du profit, il n’y aurait plus d’usines en Europe. Si Renault délocalisait toutes ses usines en Inde ou en Roumanie, il multiplierait par deux ou trois ses profits.
Le protectionnisme le plus efficace et accepté par les organismes internationaux est bien sûr la dévaluation de sa monnaie. Les Européens de la zone euro ne peuvent pas le faire, ce qui a été un énorme handicap pour eux. L’Euro n’est pas adapté aux différentes compétitivités nationales. L’Euro dans les faits est un Mark qu’on a appelé Euro.
Certains économistes comme Maurice Allais considèrent que le commerce international doit se faire dans des zones économiques de développement comparable comme l’Europe (non compris les pays de l’Est). Pour lui, et non sans raison, si l’on regarde le bilan actuel, les politiques gouvernementales n’ont fait que sinistrer la France depuis vingt ans et même plus (la première désindustrialisation a eu lieu dans les années 78-85). Dans une période de crise où toutes les règles deviennent plus élastiques, il va de soi que les dirigeants qui veulent se faire réélire vont favoriser leurs concitoyens. D’autres économistes continuent à prôner le refus obstiné de tout protectionnisme. Il faut surtout y voir le refus des financiers de perdre des avantages acquis et la possible perte de rentabilité de leurs actifs financiers.
Dans la mondialisation, marxiste ou pas, il y a incontestablement une lutte des classes pour le partage des liquidités déversées sur la planète. Il fallait être culotté pour traiter de « pieds nickelés » les trois pontes de l’économie que sont Patrick Artus, Elie Cohen et Jean Pisani-Ferry comme l’a fait Emmanuel Todd. Il faut lui reconnaître de n’avoir pas été inhibé par l’argument d’autorité. Des économistes tout aussi éminents il est vrai avaient pris position pour un certain protectionnisme au niveau européen. On s’envoie donc à la figure des mots fleuris comme « pieds nickelés» ou « ligne Maginot », mots d’insultes qui ne font appel ni à la théorie économique, ni à ce qu’on observe et qui est pourtant inquiétant, la disparition de l’industrie en France et en Europe.
« Le pays qui dispose relativement de plus de capital (ou de travail) aura intérêt à produire et exporter le bien qui utilise davantage de capital (ou de travail) ». Ce résultat semble bien obsolète, puisque le capital et le travail sont maintenant très mobiles. On voit donc à quel point toute la théorie sur laquelle se fonde le libre-échange est faible. Les économistes comme les scientifiques ont tendance à « objectiver » la théorie économique, c’est-à-dire croire que la « réalité » découle de la théorie.
Pour les partisans du protectionnisme « raisonnable » il existe aussi des résultats théoriques comme le théorème de Stolper-Samuelson et celui du tarif optimal qui globalement énoncent que les pays ont intérêt à se regrouper en zones assez importantes pour peser sur le marché mondial et à conserver une « certaine » protection douanière que l’on pourrait qualifier d’optimale.
Voilà pour ceux qui veulent absolument des justifications théoriques à leurs idées ou opinions. De tout ceci, on peut quand même dire que les partisans du libre-échange ont gagné la partie. Pour eux, le commerce bénéficie non par ses exportations (ce qui revient à travailler pour les autres) mais par les importations. Pour les libre-échangistes, consommons donc à tout-va les importations. Cela sert l’intérêt général.
On savait déjà que les multinationales faisaient peu de cas des intérêts nationaux mais maintenant, c’est aussi vrai pour les PME qui ont de plus en plus souvent intérêts à délocaliser. Jusqu’à quel point un pays (ou l’Europe) peut-il laisser son industrie (et ses services) disparaître ?
Les « pieds nickelés » ont dit : « pas de protectionnisme pour l’Europe », mais il existe pour les autres. La politique de change que pratiquent les États-Unis et la Chine est sans doute la forme de protectionnisme la plus efficace avec un dollar et un yuan faibles. L’État chinois aide massivement ses entreprises ce qui n’empêche nullement Bruxelles de commercer avec et Bruxelles ne distribue pas d’amendes à la Chine à la différence des pays européens. Avec l’Euro fort qui profite surtout aux retraités, l’Europe s’est tiré une balle dans le pied.
En conclusion, nous dirons que la France pour le maintien de son industrie et de ses emplois à intérêt à une forme de protectionnisme raisonné en attendant que les pays émergents se développent de façon autocentrée comme notre pays pendant les trente glorieuses. Il faut réaliser un protectionnisme gradué, c’est-à-dire pratiquer le libre-échange avec les pays au développement économique comparable, ce qui évitera toute rétorsion et faire au coup par coup avec des pays comme la Chine. Il faut aussi profiter de la crise pour mettre de côté les directives mortifères de Bruxelles qui semble dépassée par les événements.
Ce mode d’emploi sera sans doute celui de la plupart des pays.
Patrice GROS-SUAUDEAU STATISTICIEN-ECONOMISTE février 2009
NATION – SOUVERAINETE – IMMIGRATION (Le Glaive)
Dominique Venner dans un article faisait la distinction, certes non inexacte, entre nation et souveraineté. Pour lui la Nation étant synonyme de peuple, elle peut donc continuer à exister avec une perte de souveraineté.
Même en acceptant cette conception on ne peut s’empêcher de penser que perdre sa souveraineté, c’est fatalement moins d’être pour l’expression d’un peuple.
La France à l’époque où elle s’appelait la Gaule a déjà connu une période de non souveraineté du temps de l’Empire romain. Les Gaulois y ont perdu leur langue et une grande partie de la culture celte. Le peuple néanmoins est resté le même, car les Romains ont très peu envoyé de population de peuplement en Gaule, à part quelques marchands. Mais on ne peut guère dire que les Gaulois pendant cette période ont été les maîtres de leur destin.
Dominique Venner donne aussi l’exemple du peuple québécois qui existe sans être souverain. La comparaison entre un pays neuf et un vieux pays comme la France avec tout son passé n’est pas très heureuse. La situation est d’autant plus différente que la France connaît en plus d’une perte de souveraineté une menace très forte sur le contenu même de sa population.
Il faut donc aussi parler de l’immigration en même temps qu’on aborde la question de la souveraineté. Douste-Blazy déclarait : « les immigrés payeront les Caisses de retraite pour plus tard ». Cette phrase répétée comme un perroquet par l’ancien Ministre de la Culture non seulement contient beaucoup de lâcheté et de renoncement (car dire : les immigrés payeront les caisses de retraite signifie qu’ils seront les futurs habitants de la France) mais de plus cette phrase est totalement fausse sur le plan économique car non seulement l’immigration est une charge économique supplémentaire actuellement (logements à construire, allocations familiales, soins, éducation, allocations de chômage, RMI pour beaucoup, délinquance … ) Mais l’immigration va encore avoir un coût supplémentaire dans l’avenir vu la proportion importante d’immigrés au chômage, sans aucune qualification, appelés à devenir des chômeurs à vie. Il faut avoir le courage de le dire comme de dire que l’immigration a en grande partie détruit l’école à part quelques endroits privilégiés. On paie les professeurs à faire de mauvais matons d’une école devenue une mauvaise garderie. Ils ne sont en rien responsables si ce n’est l’aveuglement idéologique entretenu par les syndicats. Le mythe républicain sert de cache-sexe d’une situation devenue complètement explosive.
Les fils d’immigrés de façon peut-être non planifiée ont compris que détruire l’école revient à détruire la France, d’où leur comportement d’hostilité systématique vis à vis de la Police, la Gendarmerie, les Pompiers, les Transports et maintenant les Professeurs qui sont les dépositaires, parfois malgré eux, de l’entité et de la culture françaises.
Dans ce contexte, voter la fin de la souveraineté française est une lâcheté supplémentaire. Construire une Europe virtuelle est une échappatoire, une course en avant pour faire oublier aux Français que leur pays est condamné. L’idéal européen est devenu le rideau de fumée de la réalité sociale. Bernard Stasi, Français d’origine italienne, s’était fortement projeté en écrivant : « l’immigration, une chance pour la France ».
A l ‘heure du bilan : chômage aggravé, délinquance, banlieues où ne règne que la peur, écoles détruites …, Ia France qui a construit l’idéologie des Droits de l’Homme en découvre en même temps les limites en refusant les déterminismes culturels et ethniques. Elle a creusé sa propre tombe. Le pouvoir gaulliste est en partie responsable puisque Pompidou déclarait déjà en 1963 à l’Assemblée : « L’immigration est un moyen de créer une certaine détente sur le marché du travail et de résister à la pression sociale ». Cette phrase cynique est symbolique de la priorité des intérêts économiques d’une classe sociale sur les intérêts de la France.
De Gaulle disait qu’il ne servait à rien de dire « Europe, Europe en sautant comme un cabri ». Maintenant cette phrase ou ces mots résonnent sinistrement comme étant la fin de notre pays, de notre peuple et même la fin de l’Europe européenne.
par Patrice GROS – SUAUDEAU mars – avril 1999
LE LIVRE NOIR DU LIBÉRALISME (Le Glaive)
Depuis la parution du livre de Stéphane Courtois sur les crimes du Communisme, les esprits « bien pensants » nous expliquent qu’on ne peut mettre sur le même plan les crimes du communisme commis par amour et ceux du nazisme commis au nom de la haine. Cela démontre une fois de plus que l’amour et la haine sont tellement proches qu’un esprit « mal pensant » pourrait même déceler dans le nazisme une certaine forme d’amour de soi, de son peuple … Enfin passons !
Dans tout cela, le seul qui semble triompher est le libéralisme, et pourtant…
Le libéralisme, actuellement débridé, n’a jamais autant créé de pauvres, de miséreux n’ayant droit qu’à une vie végétative et vivant à l’état de zombie. Le seul horizon de millions d’individus est une vie misérable dans des banlieues totalement sordides enlaidies sur tous les plans par l’immigration, au milieu d’une population pluri-ethnique vivant dans l’angoisse, la peur et la violence, car ce même libéralisme excelle à détruire les peuples, les races, les nations et l’harmonie de nos cités qui structuraient la personnalité de notre peuple. Des millions d’hommes et de femmes dans notre société dite libérale, de gauche ou de droite, ne connaissent que le chômage, le RMI, la honte de soi, la perte de dignité économique et la perte de dignité tout court, tout ce que décrit Viviane Forrester dans son livre «L’Horreur économique» qui aurait pu s’appeler l’horreur libérale. Ce livre est d’ailleurs un fatras de considérations psycho-intellectuelles et aura permis à l’auteur de s’enrichir grassement sur la pauvreté puisqu’il a déjà dépassé les 300.000 exemplaires. Il ne va jamais à l’essentiel et ne sort jamais de ce qu’il est permis de dire par l’Établissement actuel. Se sentir inutile, sans position sociale, sans voir le moindre respect dans le regard des autres, ne connaître que le mal être psychologique, physique et économique et aller aux «restos du cœur» avec la bénédiction de l’Abbé Pierre, voilà la perspective humiliante offerte par la société à des millions de Français.
S’il ne tue pas directement, comme l’ont fait le communisme ou le nazisme, le libéralisme actuel sous sa forme mondialisée détruit anonymement par millions les êtres, assassine les âmes sur l’autel du profit. Le sort d’un SDF mourant de froid dans la nuit glacée de l’hiver est-il plus enviable que le sort de tous ceux qui se trouvaient dans les camps de concentration ou le Goulag ?
Malgré ce bilan effroyable, certains, comme François Léotard, déclarent sinistrement : « Le libéralisme est un humanisme ». Celle phrase dite sur le ton de la méthode Coué cherche surtout à convaincre celui qui la prononce.
Le libéralisme démocratique est fondé sur une hypocrisie foncière. Il déclare les hommes égaux alors que pour lui l’homme est défini économiquement. Il peut donc même être hiérarchisé quantitativement par le biais monétaire et de cette inégalité économique découlent toutes les autres. Le « fort » économique écrase le « faible » économique. Tel que l’avait vu Hégel, lorsqu’il décrivait la société civile, le bourgeois, archétype de l’homme-produit du libéralisme s’identifie totalement à ce qu’il possède. Toute vision de l’homme enraciné dans son histoire, son pays, sa race est exclu. L’homme n’est qu’un sujet de droit. Quant à ceux qui n’ont rien ou presque, notre société libérale actuelle de gauche (ou de droite) les appelle avec infiniment de mépris les «petits blancs», terme dépréciatif jamais donné aux immigrés. Ces « minables » n’ont bien sûr pas le droit à la parole, qui serait celle d’une complainte liée à leur situation en porte à faux vis à vis de l’idéologie actuelle.
De tout ceci que faut-il en conclure ? Devons-nous rejeter le capitalisme qui a été un moteur surpuissant pour le développement économique ? La réponse est simple : il faut prôner un capitalisme régulé par un État au service de la Nation et de son peuple.
par Patrice GROS – SUAUDEAU Statisticien – Économiste janv. – fevr. 1998
Pourquoi les délocalisations sont-elles immorales ?
Pour justifier les délocalisations, les dirigeants des grandes entreprises disent souvent qu’elles ont servi au développement des pays pauvres. Evidemment, ils n’en ont absolument rien à faire, la seule motivation étant les salaires mirobolants des dirigeants et les versements aux actionnaires. Les bénéficiaires de la mondialisation (1 % de la population) s’assoient donc sur les perdants et sur tous ceux mis au chômage.
Les soi-disant baisses de prix sur les produits sont une chimère étant donné la plupart du temps la multitude d’intermédiaires se « sucrant » à chaque transaction. Nous allons voir pourquoi elles sont immorales économiquement et socialement même hélas si la plupart du temps économie et morale sont disjointes. Disons plutôt que l’économie est a-morale.
Sur l’aspect micro-économique d’une entreprise.
Une entreprise juridiquement appartient à ceux qui ont mis les fonds nécessaires. Moralement, elle appartient à tous ceux qui ont travaillé et parfois mis leur vie au service de son développement. Considérer le personnel comme corvéable et jetable à merci est plus que choquant.
Sur l’aspect macro-économique, toute entreprise délocalisée fait perdre au pays une part du PIB. Avec tous les effets externes et le multiplicateur keynésien, ce pourcentage est même plus important qu’un calcul strict. Un pays comme la France peut même y perdre un savoir-faire technique ou industriel. Ces délocalisations expliquent en partie les taux de croissance misérables qu’a connus la France ces dernières années.
Les délocalisations ne se font qu’au bénéfice d’une infime minorité au détriment d’une immense majorité.
Les délocalisations ne sont pas légitimes historiquement. Pendant les trente glorieuses le développement de la France ne s’est pas fait au détriment d’autres pays. La France n’a pas « volé » des emplois à des pays plus avancés qu’elle à ce moment là. Un développement doit avant tout être auto centré, ce qui n’est pas le cas de la Chine.
Sur le plan écologique, les délocalisations bénéficient de pays qui ne se préoccupent pas de normes environnementales. Elles contribuent donc à la dégradation de la planète. De plus elles favorisent le développement des transports ce qui va fatalement polluer encore plus, réchauffer la planète et gaspiller l’énergie. L’idée de faire payer par les Occidentaux le respect de normes écologiques imposées aux pays qui profitent des délocalisations est un comble pour tous les contribuables qui ne profitent absolument pas de la mondialisation. Le protectionnisme, qui fait si peur à la finance, al’ avantage d’être favorable à l’écologie puisqu’illimité les transports.
Sur le plan politique, les dirigeants des entreprises profitent de régimes dictatoriaux où les salariés n’ont le choix qu’entre crever de faim et un salaire misérable sans aucun droit social, toute contestation étant réprimée par la force (le rêve des capitalistes).
Les délocalisations sont aussi immorales sur le plan social, en termes de politique intérieure pour les pays occidentaux. Elle crée bien sûr du chômage pour des millions de travailleurs, ce qui explique la crise liée à une baisse de la demande (insolvabilité des chômeurs). Elles compriment les salaires des salariés qui sont en situation de stress, d’angoisse et de précarité permanente. Cela exacerbe les inégalités dans les pays occidentaux. La part des salariés dans les profits n’a fait que baisser depuis la mise en place du capitalisme financier dont la principale caractéristique fut les délocalisations massives.
La crise a créé un précédent puisque l’Etat a renfloué les banques et les multinationales qui ont joué à fond et sans cesse le jeu de la mondialisation. Cela veut dire que l’argent des contribuables ou de la nation (lorsqu’il y a création monétaire) est utilisé pour favoriser la poursuite mortifère de notre déclin économique et industriel puisque les dirigeants et les banques n’ont en rien changé leur pratique. L’exemple le plus caractéristique fut celui de Renault.
Les délocalisations étant surtout réalisées sous la pression des actionnaires (un R. 0 .E. ou retour sur investissement à 15 % ou plus), il faut donc changer le cadre institutionnel et pratiquer sans honte un protectionnisme de raison.
L’Etat doit favoriser (entre autres fiscalement) par tous les moyens le maintien de notre industrie et de nos entreprises.
Nous conclurons en rappelant de nouveau cette déclaration brillantissime de Guillaume Sarkozy, président des Textiles de France : « Je suis fier d’être un patron qui délocalise ».
Patrice GROS-SUAUDEAU Statisticien-économiste
La dette de la France …
Ce thème devient actuellement une obsession, mais on ne parle jamais des causes de la dette des pays occidentaux.
Pourquoi les pays occidentaux sont-ils fatalement obligés de fonctionner avec un endettement de plus en plus grand ? Cela provient fondamentalement de la désindustrialisation de l’Occident qui profite essentiellement à certaines catégories sociales. Faudrait-il faire une analyse en termes de lutte des classes. Chaque entreprise qui s’en va, c’est autant de recettes en moins pour l’Etat en taxes d’entreprises et en impôts pour les salariés. L’augmentation du chômage qui en résulte est aussi une charge supplémentaire pour la collectivité. Les charges traditionnelles de l’Etat quant à elles ne baissent pas (éducation, armée, santé, … ), d’où cette distorsion. Tous les pays occidentaux s’endettent. Les états sont dans la même situation que les ménages américains qui s’endettaient pour ne pas faire baisser leur niveau de vie malgré la compression de leurs revenus.
Cet endettement peut se résoudre de plusieurs façons :
- par l’inflation qui profite toujours aux débiteurs au détriment des créanciers,
- par la croissance, ce qui semble mal parti vu la faible croissance observée depuis des années, par les impôts mais cela fera baisser la demande intérieure d’où une nouvelle augmentation du chômage,
- par la création monétaire, mais la France n’est plus maîtresse de sa monnaie avec l’Euro et elle ne peut plus créer la monnaie ex nihilo comme avant.
Actuellement, la réponse semble être une fuite en avant. L’emprunt sur les marchés internationaux au profit des états crée un effet d’éviction au détriment des entreprises désireuses d’emprunter.
On claironne que la crise est finie, comme pour s’en persuader (la méthode Coué peut parfois fonctionner en économie). Ce que l’on constate, c’est que l’économie se reproduit sur elle-même ou quasiment avec à chaque fois un chômage plus important. Le système fonctionne avec de plus en plus d’individus laissés sur le bord de la route. Les entreprises qui sont parties hors de France ne reviendront jamais. Le chômage implique aussi que des banques ne seront pas remboursées de leurs crédits. Les sociétés occidentales doivent selon certains économistes s’adapter à une ère postindustrielle, comme si cela était une fatalité que la France n’ait plus d’industries. Or la désindustrialisation n’est due qu’au cadre institutionnel créé par le capitalisme financier qui n’est que l’expression du capitalisme actionnarial. La dictature des actionnaires fait des entreprises des instruments qui doivent servir à entretenir le niveau de vie des actionnaires. Le taux du R.O.E (return on equity ou retour sur investissement) de 15 à 20 % est la plus grosse pression aux délocalisations. A cela s’ajoute un Euro fort qui exerce une pression supplémentaire.
Sarkozy s’agite pour donner l’impression qu’il va pérenniser un système qu’il ne contrôle en rien. L’affaire des bonus qui n’est qu’un symbole ayant un rôle marginal dans le capitalisme financier, revient à mettre du plâtre sur une jambe de bois vermoulue.
Le G20 ne sera qu’un rafistolage du néolibéralisme. Le capitalisme financier qui se croit exister pour l’éternité et être le summum du capitalisme, une fin de l’Histoire économique selon l’expression de Fukuyama ne crée que des taux de croissance minables dans les pays occidentaux et surtout dans la zone Euro. Il va mettre l’Occident à moyen terme en situation d’infériorité. Dans une part du gâteau qui ne croît guère, cela n’empêche pas les inégalités d’exploser.
A propos de Sarkozy, on peut dire que la quintessence de la France ne se trouve plus à l’Elysée. En dehors de ses origines étrangères et de son épouse, le président n’a rien de cultuellement français. Il ne connaît rien au vin, sans doute parce qu’il ne tient pas l’alcool. Jamais un chef d’état français n’a été aussi américanisé et fait aussi peu français. Toutes ses références culturelles sont américaines. Même si la bourgeoisie française le trouve vulgaire, elle a voté massivement pour lui car il a été le nœud d’une multiplicité d’intérêts et par-dessus tout la finance a voté Sarkozy.
Patrice GROS-SUAUDEAU STATISTICIEN-ÉCONOMISTE
LE COÛT DE LA CONSTRUCTION EUROPEENNE (Le Glaive)
La construction européenne a vraiment pris un nouveau tournant en 1974 lorsque Giscard est arrivé au pouvoir, l’occupant de l’Elysée étant un européiste convaincu. L’Europe s’est révélé être une idéologie ayant ses fanatiques et ses gardiens de la foi. Il est donc temps après 25 ans de marches forcées vers le grand soir européen (qui s’est substitué à l’autre) de faire un bilan.
Il faut pour cela comparer la situation économique et sociale avec celle des pays au développement semblable au nôtre, comme les Etats-Unis, le Japon, et la Grande Bretagne, qui n’ont pas eu à s’imposer de façon masochiste tout un carcan technico-juridique.
Les 300 pages du traité de Maastricht que les Français ont voté (parfois dans l’allégresse) sont autant de difficultés économiques supplémentaires que notre pays s’est imposées.
Les pays comme les Etats Unis, le Japon, la Grande Bretagne et la France avaient avant 1974 un taux de chômage comparable, c’est-à-dire très faible ou inexistant. Maintenant la France a un chômage qui est le double ou le triple de ces trois pays, et même plus en tenant compte du traitement social du chômage. On ne peut accuser comme cela a été fait, le prix du pétrole ou l’effondrement inéluctable du capitalisme comme le prédisaient les théoriciens marxistes. Les théologiens libéraux, eux, nous expliquent le chômage par une insuffisance de politique libérale, le vrai libéralisme dans toute sa pureté tendant, comme ils ne le disent pas, vers la loi de la jungle.
Au delà de ces querelles dogmatiques, dans les dernières années, la politique du franc fort suivie pour rester accroché au marc (dont la seule finalité était l’obsession européiste) nous a fait diminuer notre compétitivité et cela nous a fait perdre des points de croissance, ce qui a considérablement aggravé un chômage déjà bien élevé (il faut se rappeler les 20 000 chômeurs supplémentaires tous les mois sous le gouvernement Juppé).
Pendant la seconde guerre mondiale, des généraux allemands ou soviétiques acceptaient de sacrifier sans état d’âme des divisions entières. De la même façon des millions de Français ont été sacrifiés économiquement par des décideurs (qui par définition appartiennent aux nantis) sur l’autel de l’idéologie post nationale et libérale. Une étude faite par le professeur d’économie Jean-Pierre Vesperini a calculé que la mise en place de l’EURO (un des éléments de la construction européenne a coûté à la France un million de chômeurs supplémentaires entre 1992 et 1998 (estimation économétrique).
Certains futurs chômeurs ont dit oui à Maastricht, convaincus que s’ils disaient « non » l’Allemagne allait de nouveau attaquer la France !
On doit parler de l’immigration qui dans le contexte d’euro-mondialisation a eu un rôle très important sur le plan des coûts salariaux, l’immigration étant le moyen d’installer le tiers-monde en France et dans les pays européens sans les coûts de transport. Elle a comme rôle de créer une pression énorme à la baisse sur les salaires et de servir ainsi les multinationales et les puissances financières. Elle sert aussi l’idéologie post-nationale dans le but de destruction des vieilles nations européennes au prix d’un chômage supplémentaire pour les autochtones.
La France en acceptant de se soumettre politiquement et économiquement aux décisions de Bruxelles a adopté la politique mondialiste libre-échangiste poursuivie par la Commission. La communauté économique européenne faite au départ pour favoriser les échanges entre pays européens n’a donc servi qu’à accélérer la mondialisation ! La France est le pays qui a payé le plus cher cette construction européenne. Les dirigeants politiques (qui n’ont en général pas à subir les effets du chômage et peuvent même en profiter financièrement) l’ont accepté en considérant que la France qui était le moteur de l’Europe devait en payer le prix.
Alors que les pays capitalistes en pointe (Japon, USA) ont toujours pratiqué un certain protectionnisme, la France aux ordres de Bruxelles, ayant perdu sa souveraineté économique, n’a pu que subir les effets effrayants de la mondialisation comme l’a montré Maurice Allais dans ses nombreux articles dans le Figaro.
On peut conclure à l’heure du bilan que le coût de la construction européenne (perte de la souveraineté économique, poursuite d’une politique mondialiste libre-échangiste, franc fort, et mise en place de l’Euro) a été aux plans économique, social et humain très dommageable pour notre pays.
par Patrice GROS-SUAUDEAU 2000