La politique en textes !

L’interprétation
25 mars, 2014, 14:15
Classé dans : plus ou moins philo

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer » (Marx). « Il n’y a pas de faits, il n’y a que des interprétations » (Nietzsche).
Ces deux citations montrent à quel point la philosophie est liée à l’interprétation. Quand Marx propose de transformer le monde, il se réfère à une interprétation du monde qu’il veut changer. On ne peut donc sortir de l’interprétation.
Pourtant, il existe des domaines où l’interprétation serait inexistante comme les mathématiques ou les sciences dites « exactes ». On comprend la démonstration d’un théorème en suivant les chaînes de raison. Il n’y a pas de place à l’interprétation.
La physique cherche à expliquer le monde par des lois ou des relations mathématiques établies par l’expérience. L’interprétation se trouve donc à mi-chemin entre l’opinion et la science. Feyerabend verra dans la Science aussi une interprétation du monde.
Les domaines du savoir humain où l’interprétation est omniprésente sont la littérature, les « sciences humaines » (économie, droit, sociologie, psychologie, histoire), la politique… L’interprétation devient même infinie.
Interpréter, c’est donner le sens puisque l’homme est un animal qui veut du sens. Le sens de l’Histoire peut être la lutte des classes, la lutte des nations, la raison se constituant comme l’expose Hegel ou le choc des civilisations… en psychanalyse, on interprète les rêves. L’interprétation des textes (sacrés ou non) s’appelle l’herméneutique.
L’herméneutique
L’herméneutique est donc l’étude des textes sacrés à l’origine. Elle a pris un sens plus large pour désigner toute interprétation d’un texte. Les juifs et les protestants pratiquent plus l’herméneutique des textes sacrés que les catholiques. Ils ont un rapport direct aux textes à la différence des catholiques qui se réfèrent à l’enseignement de l’Église. Les musulmans veulent aussi toujours revenir au Coran.
Pour Paul Feyerabend, aucun domaine n’échappe à l’interprétation, même la science soi-disant objective. Dilthey distinguera expliquer et interpréter. Pour lui, les sciences de la nature cherchent à expliquer. Les « sciences humaines » interprètent pour comprendre.
En sociologie, on retrouve la différence d’approche entre Durkheim et Max Weber. Pour Durkheim, la sociologie se trouve au même plan que les sciences de la nature avec des lois « objectives ». Les faits sociaux sont des choses à expliquer. Max Weber cherche à comprendre les faits sociaux à partir de la subjectivité des individus. On ne peut comprendre qu’en interprétant le sens que les individus donnent à leur action. « Nous appelons sociologie une science qui se propose de comprendre par interprétation l’action sociale et par là d’expliquer causalement son déroulement et ses effets ». (Max Weber)
Ricœur verra dans l’herméneutique une interaction entre l’auteur et le lecteur. Ce qu’a écrit l’auteur n’est pas figé et toute lecture est une interprétation liée aux attentes, aux croyances, au final à la subjectivité du lecteur. Le lecteur peut même dépasser ce que l’auteur a voulu dire. L’écrit a une portée ontologique à la différence de la parole qui est furtive et liée aux circonstances.
Un domaine où l’interprétation est sans limite est la poésie. Le poète pour Platon est un interprète des dieux. Il donne le sens ; il est aussi un interprète de la nature, du monde et des hommes.
L’œuvre d’art n’existe que par son interprétation. Elle est un moment du passé interprété dans notre moment présent.
L’interprétation des rêves
La psychologie fait sans cesse appel à l’interprétation et particulièrement la psychanalyse. Le rêve par exemple révèle l’inconscient. « Tout le psychique étouffé apparaît dans le rêve ». Avant le rêve relevait de l’ordre du délire insignifiant. Comme de donner une signification au lapsus, on interprète le rêve. Il est la réalisation d’un désir refoulé. Les « idées latentes du rêve » sont cachées par la censure qui existe aussi dans le sommeil. Les désirs sont masqués. Pour la psychanalyse, tout a une signification dans le rêve puisqu’il traduit l’inconscient.
Tout a aussi une symbolique. Le roi et la reine représentent les parents. Les enfants sont représentés par de petits animaux. L’organe sexuel de l’homme a une multiplicité de symboles : serpents, poissons, tiges, parapluies, … Cette symbolisation déguise le désir. Freud dans son livre « L’interprétation des rêves » donne plusieurs analyses de rêves qui n’ont pas tous une signification sexuelle. Une mère rêve que sa fille est morte (alors qu’elle l’aime). C’est pour Freud une réminiscence de son désir d’avorter avant la naissance de sa fille.
Nietzsche
Le sens qu’a donné Nietzsche est que le monde n’a pas de sens, ce qu’on peut appeler le nihilisme. Pourtant le philosophe n’a fait qu’interpréter le monde. Dans sa généalogie de la morale, les valeurs bien et mal sont liées à leur généalogie. La morale, celle des faibles s’imposant par leur nombre, est fondée sur le ressentiment, comme l’impuissant qui prône la chasteté.
Nietzsche interprète le monde de façon bipolaire entre les forts et les faibles. Il est dans ce domaine un psychologue et un sociologue hors pair.
L’homme veut du sens et selon le philosophe « un sens quelconque vaut mieux que pas de sens du tout ».
Il explique ainsi l’idéal ascétique comme si l’homme avait à racheter une faute. L’homme donc trouve un sens à sa souffrance.
Pour Nietzsche, l’homme se sauvera lorsqu’il acceptera l’absence de sens. Ce que l’on appelle le nihilisme actif qui le différencie du nihilisme passif : « Nihiliste est l’homme qui juge que le monde tel qu ‘il est ne devrait pas être et que le monde tel qu ‘il devrait être n ‘existe pas. De ce fait l’existence (agir, souffrir, vouloir, sentir) n’a aucun sens : de ce fait le pathos du « en vain » est le pathos nihiliste, et une inconséquence du nihiliste. ».
Pour Platon, les sens étaient les interprètes des phénomènes. Dans la philosophie médiévale, l’interprétation était l’exégèse de la Bible.
De cette vision antique ou religieuse on est passé à une interprétation des textes quelconques ou même plus généralement à celle de toute action sociale (ou individuelle comme le fera la psychologie). La psychanalyse interprétera même notre inconscient. L’interprétation est liée à l’essence de l’homme. L’homme veut donner un sens à tout objet, au monde qui l’entoure et à tout acte.
Patrice GROS-SUAUDEAU



La culture, ou qu’est ce qu’être cultivé ?
12 mars, 2014, 12:35
Classé dans : plus ou moins philo

L’idéal de l’honnête homme du XVIIeme siècle (qui a remplacé celui du guerrier) a perduré au cours des siècles, même si maintenant, la télévision et internet ont considérablement réduit cette exigence en dépit d’un enseignement qui se veut pour tous. Le bourgeois cultivé du XIXeme siècle et du début du XXeme siècle qui citait en latin n’existe plus. L’école ne fait qu’empiler les années sans qu’il y ait une grande transmission des connaissances, à part quelques exceptions. D’ailleurs, de nos jours, à quoi sert-il d’être cultivé dans notre société libérale dite aussi celle du capitalisme financier ? Le seul critère est devenu la réussite financière. La culture, en dehors de son utilité ou non, fait-elle mieux comprendre les autres ? La culture réunit-elle les hommes ou au contraire les divise-t-elle puisqu’elle les différencie ? Il y aurait d’un côté les « cultivés » et les autres (les incultes) …
On oppose à la culture générale le savoir spécialisé ou technique qu’impose une société à un individu pour exister, avoir une profession, gagner sa vie. La société veut enfermer les individus dans un savoir spécifique alors que la culture générale est celle qui épanouit. Nietzsche écrivait qu’il faut faire de sa vie une œuvre d’art. La culture générale construit son « moi » et peut faire de l’individu une œuvre d’art en dépit de ce qu’exige la division du travail organisée par le système économique.
À la culture générale, on oppose aussi l’érudition, c’est-à-dire connaître un nombre incalculable de choses sans que cela fasse de quelqu’un un être cultivé, mais plutôt un singe savant.
« La culture, c’est ce qui reste lorsqu’on a tout oublié ». Cette formule qui se veut brillante est celle d’Edouard Herriot, agrégé de lettres, ancien Président du Conseil dans les années vingt. Elle est en fin de compte très dépréciative puisqu’elle traduit un non choix.
Ce qu’il reste vient du savoir de l’école qui n’a jamais été choisi. L’oubli n’est que le résultat d’une paresse intellectuelle et des circonstances de la vie. La culture ne serait que le résidu de deux non-choix.
Au XVIIeme et XVIIIeme siècles, on avait encore la prétention de pouvoir arriver à tout connaître. Ceci est exclu de nos jours, mais il existe des spécialistes des idées générales. On peut connaître les grandes idées de la Relativité, de la mécanique quantique, de l’économie, de la sociologie, sans être un spécialiste de ces domaines.
Dans le combat pour survivre et la reconnaissance qu’est la vie, être cultivé peut paraître un luxe. Est-ce pour séduire, plaire, dominer ou toute autre raison non avouable ? De façon plus élevée, la culture nous aide à nous approprier le monde et à le ressentir plus intensément.
Goethe écrivait : « Bien savoir et bien faire une seule chose procure un plus haut développement que d’en faire à demi une centaine ».
Être un spécialiste, c’est savoir de plus en plus de choses sur de moins en moins de choses. C’est peut-être desséchant mais la reconnaissance sociale s’obtient ainsi, c’est-à-dire aussi par une perte de son épanouissement personnel.
L’individu est écartelé entre un désir d’être très performant dans un domaine pour vivre, être reconnu, et une curiosité sur les domaines les plus divers.
La phrase de Goethe s’oppose frontalement à celle de Pascal : « Il vaut mieux connaître une chose sur tout que tout sur une chose ». Pascal, par cette citation, montre qu’il est plus attaché à l’intériorité de l’homme, son épanouissement qu’à son utilité et reconnaissance sociales.
La culture est aussi une démarche individualiste et égoïste qui ne se soucie guère de l’opinion des autres. Il y a une posture aristocratique dans le fait d’être cultivé, d’appartenir à un cercle restreint. Platon disait que pour penser, il faut avoir les mains libres et le ventre plein.
Les tâches les plus ingrates sont confiées à l’esclave. L’homme libre peut donc s’adonner aux activités de l’esprit. On est loin de la dialectique du maître et de l’esclave. Aristote méprisait au plus haut point le travail manuel. Il n’y avait de noble que l’activité intellectuelle.
Heidegger verra dans la technique une perte d’être.
La création artistique, comme le soulignera Nietzsche, s’est opérée grâce à de nombreux rentiers qui n’avaient rien d’autre à faire que créer.
Patrice GROS-SUAUDEAU



Les Présocratiques
25 février, 2014, 17:28
Classé dans : plus ou moins philo

Si la philosophie n’a sans doute pas commencé avec les grecs, les traces qui nous restent sont celles des présocratiques. Le berceau de la philosophie occidentale s’est trouvé en Asie mineure (Ionie) pour ensuite s’établir en Italie du sud.
Toutes les questions essentielles sont abordées comme l’origine du monde, la vérité, l’être, la morale ou l’éthique…. La philosophie grecque n’est donc pas née à Athènes avec Socrate, mais elle y convergera. La philosophie première a donc parlé grec bien avant que Heidegger ne dise qu’elle parle allemand.
Les philosophes comme Hegel, Nietzsche (avec Heraclite) et Heidegger (avec Parménide) se réfèreront aux présocratiques. Si les présocratiques ne se coupent pas complètement des mythes, il y a chez eux une recherche d’explication du monde qui veut sortir de la mythologie. Le discours se veut de plus en plus rationnel. S’il ne reste parfois que des fragments de textes, ils seront source d’inspiration pour les futures philosophes d’Athènes et même de tout l’Occident.
Les philosophes d’Ionie
Les philosophes d’Ionie sont les premiers à avoir pratiqué la philosophie naturelle, c’est-à-dire ce qu’on appelle maintenant la physique. Auparavant, les seuls qui donnaient sens étaient les poètes et les théologiens. Pour les philosophes milésiens (c’est-à-dire de Milet), il y a un principe originaire commun (arche) parmi la diversité des choses.
Thalès de Milet
Il est considéré comme le premier philosophe (Vlème siècle avant J.C.). Il fut de ceux qui étudièrent la nature en dehors du mystère des mythes. Thalès a donc un regard de physicien qu’on dirait de nos jours qualitatif.
L’arche (le principe originaire) est l’eau.
« Et l’eau est le principe de la nature humide, qui comprend en soi toutes les choses » (Simplicius).
Si Thalès a eu une explication rationnelle des choses, il reste croyant aux dieux.
« Thalès a pensé que toutes choses étaient remplies de dieux » (Aristote)
Le savoir n’étant pas divisé comme de nos jours, Thalès était aussi mathématicien et astronome (il avait prévu l’éclipsé de 585 avant J.C.).
Anaximandre
Il fut le disciple de Thalès. Ce présocratique a défini le principe originaire comme étant l’infini, l’illimité (a-peiron : le non limite).
« Illimité est le principe des choses qui sont. Ce dont la génération procède pour les choses qui sont, est aussi ce vers quoi elles retournent sous l’effet de la corruption, selon la nécessité ».
Le monde chez Anaximandre est organisé de façon harmonieuse. Il est le résultat de forces contraires.
Anaximène
L’arche pour ce philosophe est l’air. Il pénètre tout élément.
« Notre âme, parce qu’elle est de l’air, est en chacun de nous un principe d’union ; de même le souffle ou l’air contient le monde dans son ensemble ».
L’air est un principe infini. Anaximène reprend en cela Anaximandre.
Les Pythagoriciens
L’école a été fondée par Pythagore. Les membres vivent à Crotone en Italie du sud. L’essence de la réalité est contenue dans les nombres. « Tout est nombre ».
« Or, à cet égard, il apparaît que les pythagoriciens estiment que le nombre est principe, à la fois comme matière des êtres, et comme constituant leurs modifications et leurs états » (Aristote, La Métaphysique).
On a donc chez les pythagoriciens une interprétation mathématique du réel avant Galilée et Descartes.
Le pythagorisme a eu des ressemblances sur d’autres points avec l’orphisme. La mort délivre l’homme de l’état de prisonnier de son corps. La vie est faite pour expier nos fautes. Le corps est une déchéance de l’âme.
Les pythagoriciens seront aussi des stoïciens avant l’heure puisqu’ils prônent une vie ascétique et la maîtrise de soi.
Heraclite
Le philosophe inspira Hegel et Nietzsche. C’est le penseur du devenir et de l’écoulement ininterrompu du temps.
« Car on ne peut entrer deux fois dans le même fleuve » « Tout passe et rien ne demeure »
« Les choses froides se réchauffent, le chaud se refroidit, l’humide s’assèche et le desséché se mouille »
Tout a son contraire. Le conflit (la guerre) est père de toutes choses. Une réconciliation serait la fin du monde. Heraclite fut le premier dialecticien. D’une façon que reprendra Platon, Heraclite distingue entre ce qui est évident pour les sens et ce qui est accessible à la pensée.
« Nature aime à se cacher. La plupart n’ont pas conscience de ce que sont les choses qu’ils rencontrent. Ils ne comprennent pas, quand ils apprennent mais ils se figurent »
Les Eléates
Xénophane est considéré comme le premier penseur de l’École des Eléates, fondée à Elée (Italie du sud). Il a une attitude critique vis-à-vis des religions et superstitions. Il combat aussi la contradiction dans le raisonnement.
Xénophane est très sceptique sur la faculté de connaissance de l’homme. On ne connaît que ce qu’on est capable de percevoir, c’est-à-dire pas grand-chose.
« La connaissance claire, aucun homme ne l’a eue et il n’y aura personne qui la possédera au sujet des dieux et pour toutes choses dont je parle » (Xénophane).
Le philosophe dénonce l’anthropomorphisme que l’on trouve par exemple chez Homère et Hésiode qui attribuent aux dieux les caractères des hommes.
« Les bœufs et chevaux peindraient semblables à des bœufs et à des chevaux les figures des dieux et leur façonneraient des corps semblables à l’apparence que chaque espèce a pour soi… les Ethiopiens, Leurs dieux ont le nez camus et la peau noire »
Parménide (VI, Vème siècle avant J.C.)
Sa philosophie est contenue dans cette phrase :
« L’être est, le non-être n’est pas ». L’être est donc immobile. Les sens nous trompent qui nous donnent l’apparence du changement.
Parménide s’oppose radicalement à Heraclite le philosophe du changement. Il pose le principe de non-contradiction. On ne peut pas être et ne pas être. Parménide énoncera aussi : « C’est la même chose que penser et être ». Cette phrase peut être interprétée de différentes façons. Une chose n’existerait que s’il y a conscience pour la penser. On pourrait aussi ne penser que ce qui est est. Une autre interprétation serait de donner de l’être qu’à l’être pensant.
Le disciple de Parménide, Zenon d’Elée va inventer des paradoxes pour nier le mouvement (Paradoxes d’Achille et de la flèche). Le changement et le mouvement ne sont que des illusions.
Empédocle
Le philosophe veut faire une synthèse avec tous ses prédécesseurs. Le mouvement est régi par deux principes : la haine et l’amitié. Il existe quatre éléments qui constituent les choses : le feu, l’eau, la terre et l’air.
« Car c’est des éléments que sortent toutes choses, tout ce qui a été, qui est et qui sera… Ils sont les seuls à avoir l’être, et dans leur course, par échanges mutuels, ils deviennent ceci ou cela ». Comme les pythagoriciens, Empédocle pense que les hommes sont sur terre en exil, expier une faute commise au royaume des dieux. La vie est un purgatoire.
Anaxagore
Le principe du mouvement est une intelligence séparée, un « intellect » (nous). L’être, pour Empédocle était quadruple. Pour Anaxagore, il y a un nombre infini d’éléments premiers. Les choses sont déterminées par une combinaison de ces éléments. Ce ne sont pas des atomes, que nous verrons ensuite car les semences d’Anaxagore sont divisibles à l’infini à la différence des atomes insécables. Les matières sont mues par le nous (esprit) qui les ordonne.
Les Abdéritains (Vème siècle avant J.C.)
Leucippe est le fondateur de la théorie atomiste. Atome en grec veut dire insécable (a-tomos). Les atomes se déplacent par pression et choc mutuels. Cette explication mécanique du monde exclut Dieu.
« Nulle chose ne se produit fortuitement, mais toutes choses procèdent de la raison et de la nécessité ».
Démocrite, l’élève de Leucippe peut être considéré comme le fondateur du matérialisme. Il exclut tout élément mythique. L’atome est inengendré et éternel. Le vide est nécessaire pour le mouvement. « Les principes de tous les corps sont les atomes et le vide, et tout le reste n’est que croyance… Tout se produit par nécessité : le tourbillon est la cause de la genèse de tous les corps » (Laërce, doxographe)
Les Sophistes
Ils ont été les maîtres du discours et du relativisme, ce qui a séduit Nietzsche qui ne croyait guère à l’idée de Vérité. Les sophistes pouvaient soutenir n’importe quelle thèse. Pour les philosophes comme Socrate, Platon, Aristote à la recherche de la Vérité ceci était un véritable dévergondage de la pensée. De plus, les sophistes se faisaient payer ce qui ne pouvait que révulser les philosophes, esthètes de la pensée. Leur relativisme se trouve dans tous les domaines. Les valeurs morales ne sont que des conventions selon les époques et les lieux. La religion est une invention de l’homme. Pour Prodicos par exemple, les dieux ne sont que l’expression des sentiments humains.
Pour Protagoras : « Il y a sur tout sujet deux discours mutuellement opposés ». « L’homme est la mesure de toutes choses, pour celles qui sont, de leur existence, pour celles qui ne sont pas de leur non-existence ».
On a donc l’homo-mesura.
Gorgias prône un doute que l’on retrouvera chez Descartes, mais ce dernier s’en écartera pour fonder la certitude. Rien n’existe ; si quelque chose existe, on ne peut le connaître ; si on peut le connaître, on ne peut l’exprimer. L’homme est enfermé dans les opinions.
Platon trouvera les sophistes dangereux.
Les présocratiques présentent une très grande diversité. Mais au-delà de leur pluralisme d’écoles, il reste un discours qui se veut de plus en plus lié à la raison. Chez les philosophes de l’école de Milet comme pour les Abdéritains il y a la formation d’un discours scientifique qui se prolongera jusqu’à nos jours. Les pythagoriciens ont introduit les mathématiques comme outil de connaissance pour étudier la nature. Les grands thèmes métaphysiques furent abordés. S’il ne reste que des fragments écrits, cette pensée nous est parvenue grâce aux doxographes et aux philosophes postérieurs qui les ont commentés. Socrate et Platon ne partirent pas de rien pour constituer une nouvelle somme philosophique.
Patrice GROS-SUAUDEAU



L’hommage de Hollande aux musulmans
25 février, 2014, 14:44
Classé dans : politico-historique

Sans doute à court d’idées le gouvernement a voulu rendre hommage aux musulmans morts pour la France. Pourquoi ne pas rendre hommage aux protestants morts pour la France ! Dans sa stupidité électoraliste la gauche par ce geste met à part les musulmans de la communauté nationale comme s’ils n’étaient pas vraiment comme les autres. Pourquoi aussi ne pas rendre hommage aux Bretons et Corses morts pour la France (très nombreux) qui le mériteraient. On pourrait aussi rendre hommage aux corps de métiers comme les vignerons morts pour la France.
Cet hommage comprend-t-il les musulmans engagés dans la Waffen-SS et les nord-africains de la BNA(brigade nord-africaine)au service de la gestapo française ?
De toutes les façons les Africains musulmans enrôlés dans l’armée française se sont engagés parce qu’ils étaient nourris, habillés, logés, blanchis. Les valeurs de la république ou les droits de l’homme étaient rarement une motivation. À l’engagé on a dit : « Tire sur les boches »;
François Hollande a-t-il voulu mettre fin à ce cocuage planétaire dont on nous a rebattu les oreilles pendant des semaines ?
Patrice Gros-Suaudeau



La philosophie médiévale
13 février, 2014, 14:55
Classé dans : plus ou moins philo,politico-historique

À l’école de la République, l’enseignement de la philosophie passe directement d’Aristote à Descartes comme s’il n’y avait rien entre les deux. Les hommes ne se sont pourtant pas arrêtés de penser, mais la pensée occidentale a pris une orientation religieuse, et même chrétienne.
Religion et philosophie, ou plutôt foi et savoir, se sont imbriqués. Pour certains philosophes comme l’anglais Russel, la philosophie devant se séparer de la religion et de la foi, cela constitue une incompatibilité.
De plus, pendant le moyen-âge, l’Occident n’était pas dominant, la Chine et le monde musulman étant plus développés. Le moyen-âge n’est donc pas perçu comme une grande période pour les Occidentaux. La philosophie médiévale étant la rencontre du christianisme et de la philosophie, se trouve aussi être une construction du premier. La foi pourtant s’oppose à la philosophie. On obtient le salut par une ignorance et non par la sagesse ou la connaissance. Globalement, la philosophie médiévale sera la confrontation des Saintes Ecritures avec les textes des Pères de l’Eglise qui incorporeront la philosophie grecque (Platon, Aristote, Stoïciens,…)
Benoit XVI à l’université de Ratisbonne avait souligné l’alliance entre la foi et la raison dans le christianisme à la différence de l’islam où la foi est première et exclusive. Le christianisme est aussi lié à son Histoire après la révélation contrairement à l’islam où l’interprétation consiste à sans cesse revenir au Coran.
La Patristique
La doctrine chrétienne fut élaborée par les Pères de l’Église à l’aide de la philosophie de l’Antiquité.
Le plus important fut Saint Augustin qui fut essentiellement influencé par le néoplatonisme. Les Pères de l’Église ont possédé autant d’autorité que la Bible. Pour Clément d’Alexandrie (IIème siècle) l’usage de la philosophie est salutaire. Cette position s’oppose par exemple à celle de Tertullien pour qui « Jérusalem et Athènes n’ont rien à faire ensemble ». Mais la conception qui s’imposa fut « Fides quaerens intellectum » (la foi cherchant la compréhension). Mais la philosophie peut être aussi une réflexion sur la révélation.

Saint Augustin (Vème siècle)
Son œuvre majeure fut « Les Confessions ». Il raconte sa vie avant sa conversion. Il y développe des réflexions sur le temps qui deviendront célèbres et serviront dans les analyses de Descartes et Husserl sur le même thème. Pour connaître, l’homme doit croire, et réciproquement. « Crede ut intelligas, intellege ut credas » (Crois pour connaître, connais pour croire). Saint Augustin avait anticipé Descartes. Si je doute ou me trompe, j’existe : « Si enim fallor, sum » (Si en effet je me trompe, je suis). Dieu est en nous. Saint Augustin parle de notre intériorité. « Noli foras ire, in te ipsum redi, in interiore homine habitat véritas » (Rentre en toi-même, ne t’en vas pas au dehors, c’est au cœur de l’homme qu’habite la vérité).
Saint Augustin fut aussi le théologien du péché originel et de la grâce. L’homme ne peut être sauvé que par la grâce. « C’est par la grâce, en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n’y êtes pour rien, c’est le don de Dieu. » (Saint Paul)
On a aussi chez Saint Augustin une philosophie de l’Histoire. Il y a lutte entre le royaume de Dieu et le royaume terrestre : « Deux amours ont donc bâti deux cités, l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu, la cité de la terre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, la cité de Dieu. L’une se glorifie en soi et l’autre dans le Seigneur. » (La Cité de Dieu).
La première scolastique
Plusieurs théologiens, en général appartenant à la prêtrise, ont émergé. Nous allons étudier les plus importants.
Pour Jean Scot Erigène (IXeme siècle), la raison doit expliquer la révélation. Il ne doit pas y avoir de contradiction entre foi et raison. On doit faire confiance à l’autorité des Pères de l’Église.
Saint Anselme de Canterbury est connu pour sa fameuse preuve ontologique. Dieu existe de par son essence. L’existence appartient à son essence. Cette preuve ontologique de l’existence de Dieu sera critiquée par Kant.
Ce théologien, père de la Scolastique, distinguera trois niveaux de vérité : les vérités éternelles en Dieu, la vérité concordance avec la vérité divine et la vérité de l’énoncé en concordance avec les choses.
Au-delà de la théologie a eu lieu à cette époque la querelle des Universaux qui est un prolongement des idées de Platon.
Les Universaux sont des concepts universels opposés aux choses singulières. Les nominalistes refusaient l’existence réelle aux universaux. Pour les réalistes, les universaux ont une existence réelle comme les idées de Platon. Pour Jean Roscelin (XIeme siècle), les universaux ne sont que des mots.
La philosophie arabe
Sur cette question, il existe une controverse avec des arrière-pensées idéologiques. Pour certains historiens, l’Europe devait ses savoirs à l’islam qui avait récupéré l’héritage grec. De plus, on mélange tous les termes « arabes », « musulmans », « musulmans non arabes ». L’historien Sylvain Gouguenheim a écrit un livre « Aristote au Mont Saint Michel, les racines grecques de l’Europe Chrétienne » où il contredit cette thèse. Pour lui, les liens avec Byzance subsistaient. La culture chrétienne n’avait pas coupé avec les grecs. Les Évangiles furent rédigés en grec. Les Pères de l’Église connaissaient Platon. Dans l’islam, la raison a toujours été seconde par rapport à la révélation. Ce livre en tout cas s’oppose à la phrase de Jacques Chirac qui avait voulu briller en répétant ce que lui avait dit un « intellectuel » : « Les racines de l’Europe sont musulmanes ». Sylvain Gouguenheim rappelle l’existence de Jacques de Venise (XIIeme siècle) qui traduisit au Mont Saint Michel les œuvres d’Aristote en latin.
Citons les philosophes de l’islam comme Al Fârâbî qui fit une synthèse entre Aristote et le néoplatonisme. Avicenne fut aussi un néoplatonicien, proche de Plotin. Averroès a été le commentateur d’Aristote. Il a voulu réunir la philosophie et la religion islamique.
La haute scolastique
L’apogée de la scolastique se fera avec Saint Thomas d’Aquin, mais de nombreux philosophes ou théologiens comme Roger Bacon, Saint Bonaventure, Raymond Lulle (XIIIeme siècle) ont donné leur point de vue.
Roger Bacon veut convertir la terre entière au catholicisme. Il a voulu remédier aux quatre causes fondamentales de l’ignorance : l’autorité, la coutume, le préjugé et la présomption. Le savoir est fondé sur l’expérience.
Saint Bonaventure se tournera vers Saint Augustin et le néoplatonisme. Quant à Raymond Lulle, il fut un propagandiste de la catholicité. Son « Ars magna » auquel se réfère Descartes est apologétique. C’est un art de découvrir la vérité. C’est la première machine à penser de l’Histoire.
Saint Thomas d’Aquin
Il a été plusieurs années l’élève d’Albert le Grand. Il a relié l’aristotélisme à la pensée chrétienne héritée de Saint Augustin. Foi et raison ne peuvent se contredire, émanant de Dieu.
La philosophie part des choses pour atteindre Dieu, alors que la théologie part de Dieu.
Saint Thomas reprend la distinction entre acte et puissance. Il donne cinq preuves (quinque viae) de l’existence de Dieu :
1.    Du mouvement dans les choses, il faut remonter à une cause première du mouvement : Dieu.
2.    Tout effet a une cause. Mais comme rien ne peut être la cause de soi-même, il doit y avoir une cause première incausée : Dieu.
3.    Nous trouvons des choses qui pourraient être ou ne pas être. Elles ne sont pas nécessaires. Il y a un être nécessaire d’où elles tirent leur existence.
4.    Il y a en toutes choses un plus et un moins. Cela ne peut se dire que s’il y a un étalon de mesure qui possède la détermination de la perfection : Dieu.
5.    Les corps naturels tendent vers une fin. Cela n’est possible que pour un être intelligent à l’origine de la finalité dans les choses : Dieu
Saint Thomas a voulu faire une somme qui rend compatibles les Écritures Saintes, les écrits d’Aristote et ceux des Pères de l’Eglise.
Maître Eckhart (XIIIème-XIVème siècles)
C’est le représentant de l’association de la mystique avec la théologie. D’inspiration néoplatonicienne, il écrivit des traités théologiques en latin, des sermons en allemand. On trouve Dieu dans le Rien. On a une véritable spiritualité du vide et du rien : « Les nonnes mystiques, les recluses, les solitaires, tous ceux qui avaient soif d’anéantissement devant le divin ne pouvaient manquer de trouver leur joie dans un tel détachement. Ils rejoignaient Dieu dans le dépouillement extrême qui était à leurs yeux et selon la logique la plus stricte la vérité suprême de l’absolu ». (Alain Michel)
Le pauvre renonce à lui-même en s’abandonnant à Dieu.
La scolastique tardive
Guillaume d’Ockham (XIIIème-XIVème siècles) fut un initiateur de la pensée moderne.
On trouve deux principes dans sa pensée :
Le principe d’omnipotence. Dieu aurait pu créer les choses autrement. Le monde créé apparaît pour l’homme comme un enchainement de faits. Mais aucun être n’implique l’existence nécessaire d’un autre.
Le principe d’économie (le rasoir d’Ockham) n’est pas un principe religieux : « On ne doit jamais multiplier les êtres sans nécessité » (pluritas numquam est ponenda sine necessitate).
Tous les principes qui ne sont pas nécessaires à l’explication d’une chose sont superflus et doivent être rejetés.
Dans la querelle des universaux, Ockham est nominaliste.
La pensée médiévale et sa perpétuelle réflexion sur la confrontation entre foi et savoir a abouti pendant la scolastique tardive à la mise en place de la pensée moderne. Pour Guillaume d’Ockham la science de Dieu et la science de la nature n’ont aucun rapport. Pour lui, sur le plan politique, le pouvoir temporel n’a rien en commun avec le pouvoir spirituel. Commence à se dessiner une pensée scientifique avec le principe du rasoir d’Ockham. Newton en fut le prolongement.
« Non sunt multiplicanda entia praeter necessitatem ».
La philosophie médiévale a aussi transmis la philosophie grecque jusqu’à nous, qui portait en elle l’explication du monde en dehors des mythes et de la religion.
Patrice GROS-SUAUDEAU



La gauche nauséabonde
4 février, 2014, 14:50
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La dernière querelle sur la théorie du genre montre l’utilisation perverse des mots de la part des socialistes.
Vincent Peillon a passé son temps de façon hypocrite à dire que la théorie du genre n’était pas enseignée à l’école mais était enseignée l’égalité.
il a bien sûr ajouté (on ne peut pas y échapper) que c’étaient les valeurs de la république, pour la gauche, il ne reste plus qu’à s’agenouiller les mains jointes.
Mais dans la nouvelle idéologie socialiste, égalité et théorie du genre sont plus que proches, l’égalité pouvant se comprendre – par exemple comme le fait que l’on dise aux petits garçons d s’assoir aux toilettes comme les petites filles (comme cela a été élaboré en Suède) !
L’égalité n’est en fin de compte qu’un fourre-tout dans lequel peut tout mettre (y compris la théorie du genre). Vincent Peillon n’a pas rassuré grand monde.
Toute cette affaire s’ajoute à toutes les propositions de Terra-Nova qui ne sont que l’ADN de la gauche française. Il ne s’agit plus de détruire la France, mais de remplacer son peuple, son histoire.
C’est certes la conception d’intellectuels tordus, adeptes de la haine de soi, mais ce sont eux qui élaborent le programme socialiste en sous-main, qui doit s’appliquer de façon plus ou moins sournoise.
Les électeurs socialistes qui votent PS croient encore que la gauche défend les pauvres comme au temps de Jaurès.
Le feuilleton sentimental sur Hollande et sa dernière maîtresse a voulu être récupéré par la gauche qui nous présente maintenant Julie Gayet comme un sainte du cinéma, milieu pourtant où il n’y en existe pas beaucoup.
Avoir été choisie comme favorite par le président nous est raconté comme la récompense d’une femme de gauche n’ayant fait que le bien autour d’elle. C’est sans doute la nouvelle conception de la méritocratie socialiste.
En tout cas, Julie Gayet a décidé d’être la discrète maîtresse de « notre » président comme le fut Éva Braun.
Patrice Gros-Suaudeau



La philosophie anglo-saxonne
28 janvier, 2014, 13:36
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On distingue habituellement la philosophie continentale (essentiellement allemande ou française) et la philosophie anglo-saxonne. Cette dernière aborde quelques thèmes récurrents : la connaissance, thème certes traditionnel mais vue sous l’angle de l’empirisme et non celui du rationalisme ou de l’idéalisme. La philosophie morale et politique est essentiellement celle de l’utilitarisme (le bonheur du plus grand nombre).
Ces thèmes furent ceux des philosophes anglais du XVIIIème siècle mais la philosophie politique anglo-saxonne s’est prolongée avec des contemporains comme Charles Peirce, John Rawls, Nozick,…
La philosophie analytique qui est une étude du langage et de la logique, même si elle fut à ses débuts initiée dans le cadre de la culture allemande (Frege, Wittgenstein, …), devint anglo-saxonne. Les autres thèmes de cette dernière furent le pragmatisme, la philosophie des sciences et la philosophie de l’esprit.
Si la « continentale » est plus métaphysique ou ontologique, avec une tendance totalitaire pour certains, ces deux courants ont établi des passerelles et l’opposition devient moins tranchée. Le langage est aussi un thème d’étude dans la philosophie continentale. Si au sens le plus large la philosophie consiste à penser, clarifier ses idées selon Wittgenstein, la philosophie anglo-saxonne est une bonne propédeutique.
L’empirisme anglais
L’empirisme consiste à fonder la connaissance sur l’expérience. Les trois philosophes anglais qui illustrent ce courant sont Locke, Berkeley et Hume. Hobbes est encore imprégné du cartésianisme, c’est-à-dire de rationalisme.
John Locke
Sa philosophie politique en fait un représentant des Lumières puisque ce courant fut européen, même si la France en fut le centre. Mais il fut aussi un philosophe de la connaissance. Les idées proviennent de l’expérience. Il n’y a donc pas d’innéisme comme chez Descartes. On a donc une « white paper» (tabula rasa). L’expérience a deux voies distinctes : la sensation et la réflexion. « D’où l’âme tire-t-elle tous ces matériaux qui sont comme le fond de tous ses raisonnements et de toutes ses connaissances ? A cela je réponds en un mot, de l’Expérience : c’est le fondement de toutes nos connaissances, et c’est de là qu’elles tirent leur première origine. »
La connaissance première se trouverait donc en dehors de toute métaphysique.
Berkeley
L’évêque irlandais, féru de philosophie, a fondé sa doctrine qui est à la fois un idéalisme, un immatérialisme et basée sur la certitude sensible, ce qui l’oppose frontalement à Platon. Le philosophe défend aussi le nominalisme.
La thèse fondamentale est quand même celle de relier l’être à la perception : « esse est percipi aut percipere » (Être, c’est être perçu). Le monde est la pensée de Dieu selon l’évêque.
« Tout ce que nous voyons, sentons, entendons … demeure aussi assuré que jamais et aussi réel que jamais. Il y a une rerum natura. »
« Il y a folie des hommes à mépriser les sens. Sans eux, l’esprit ne pourrait ne connaître, ni penser. »
Berkeley démystifie l’utilisation des mathématiques prônée par Galilée. Elles ne sont qu’outil commode et n’expliquant pas le monde. En tout cas, nos sens nous permettent de retrouver le Livre de Dieu.
Hume
Le philosophe écossais est aussi un empiriste. La connaissance vient donc de l’expérience par les perceptions qui se divisent en deux catégories : les « impressions » et les « idées ».
« Les impressions sont toutes nos plus vives perceptions quand nous entendons, voyons, touchons, aimons, haïssons, désirons ou voulons ». Les idées sont des « copies » d’impression.
Hume contestera le fameux principe de causalité qui sous-tend la Science. Il n’y verra qu’une habitude de pensée.
« L’expérience est un principe qui m’instruit sur les diverses conjonctions des objets dans le passé. L’habitude est un autre principe qui me détermine à attendre le même dans l’avenir ; les deux s’unissent pour agir sur l’imagination et ils me font former certaines idées d’une manière plus intense et plus vive que d’autres ».
La philosophie politique
La philosophie politique anglo-saxonne se différencie de la continentale, surtout allemande, par la méfiance envers la métaphysique et la spéculation théorique. Mais il ne faut pas trop simplifier car il y a toujours des soubassements métaphysiques à toute pensée. De plus, si la philosophie politique anglo-saxonne est surtout empirique et utilitariste, il existe des penseurs comme Hobbes chez qui subsiste un certain rationalisme. Certains comme Hume et Burke valorisent la tradition et l’Histoire, ce qui rappelle bien sûr la philosophie de l’Histoire allemande.
Mais la philosophie politique de ce courant la plus influente est la philosophie contemporaine avec des auteurs comme John Rawls et Ronald Dworkin qui composeront en partie de ce qu’on appellera le politiquement correct et fonderont un néolibéralisme social.
Thomas Hobbes
Comme nous l’avons dit, Hobbes est proche du rationalisme sur le plan de la théorie de la connaissance.
« La philosophie est la connaissance acquise par un raisonnement correct (per rectam ratiocinationem) des effets ou phénomènes d’après les causes ou les générations que l’on conçoit et, inversement de leurs générations possibles d’après les effets connus ».
Sur le plan politique, Hobbes a une conception pessimiste de la nature humaine « Homo, homini lupus » (l’homme est un loup pour l’homme). L’état de nature est un état de guerre.
On est loin de Rousseau. En revanche, on retrouve chez le philosophe l’idée de contrat fondé sur la volonté de préservation. L’homme quittant la nature devient le citoyen d’un état. Le droit de nature est confié à un souverain. L’État est donc une construction. Hobbes s’oppose donc à Aristote. L’homme n’est pas un animal social par nature.
John Locke
Le philosophe anglais peut être considéré comme appartenant aux Lumières. À la différence de Hobbes, les hommes dans leur état naturel sont libres, égaux et indépendants. Les passions peuvent créer un état de conflit. Les hommes doivent donc quitter l’état de nature pour vivre en société.
Toutes les idées de Locke influenceront les régimes politiques anglais, américains, et français, entre autres la séparation du pouvoir législatif et l’exécutif.
« C’est pourquoi la plus grande et la principale fin que se proposent les hommes lorsqu’ils s’unissent en communauté et se soumettent à un gouvernement, c’est de conserver leurs propriétés, pour la conservation desquelles bien des choses manquent dans l’état de nature »
Les propriétés chez Locke sont la préservation des vies, libertés et biens.
Hume
Le philosophe écossais, pur empiriste, sera sur le plan politique opposé à Locke. Il récuse la notion de contrat primitif. Sa critique du principe de causalité est devenue célèbre. Il fut aussi très critique vis-à-vis de la religion. L’origine de la religion réside selon lui dans la crainte et l’espoir.
L’homme voit dans la nature des puissances supérieures et les divinise. C’est le fondement du polythéisme. On retrouve dans toutes ses critiques Feuerbach, certes postérieur. Le passage au monothéisme s’explique par la valorisation d’une divinité particulière. Le monothéisme s’accompagne d’intolérance.
Hume se démarque des Lumières puisqu’il refuse l’universalisme synonyme d’abstraction et d’irréalisme. Chaque peuple a sa physionomie. Cette vision le rattache à la philosophie allemande. Chaque nation a un caractère propre.
Burke
La philosophie anglaise a sa diversité puisque Edmond Burke peut se rattacher aux Anti-Lumières. Il critique l’idée du contrat social de Rousseau. Il défend de façon très allemande l’idée de communauté : « (le contrat) forme une association non seulement entre les vivants, mais entre les vivants et les morts et tous ceux qui vont naître ».
Le contrat social moderne n’est qu’une construction mécanique privée d’âme.
Burke s’attaquera au rationalisme de la révolution française en défendant la tradition, la hiérarchie, l’Histoire, l’idée du peuple… Il critiquera bien sûr les droits de l’homme qui ne sont que la construction d’un homme abstrait, sans historicité, sans lien charnel. Les droits de l’homme ne sont que la consécration de l’individu-atome. Burke verra dans la révolution française la pire catastrophe de son époque puisqu’elle détruit l’Ancien Régime établi par l’Histoire. De plus, la révolution s’attaquant à la hiérarchie et à la religion, cela ne pouvait que révulser ce grand conservateur.
L’utilitarisme
L’idée d’utilité est un concept économique que l’on retrouvera dans la théorie néoclassique de façon même très mathématisée. Mais cela a été avant tout un critère de la vie morale et sociale. Bentham définira la doctrine de l’utilitarisme comme celle qui permet « le plus grand bonheur au plus grand nombre ».
Le principe d’utilité consiste à calculer ce qui procure le plus grand plaisir.
« La nature a placé l’homme sous le gouvernement de deux souverains maîtres, le plaisir et la douleur. Le principe d’utilité reconnaît cette sujétion et la suppose comme fondement du système qui a pour objet d’ériger, avec le secours de la raison et de la loi, l’édifice de la félicité ».
Bentham critiquera donc sévèrement les doctrines ascétiques, qu’elles viennent des philosophies stoïciennes ou des religions.
La philosophie politique américaine contemporaine
Il y a eu un foisonnement de la philosophie politique anglo-saxonne mais certains penseurs ont eu une influence très importante comme John Rawls qui a introduit la notion de justice dans le libéralisme qui se souciait surtout de la liberté.
Le philosophe américain est pour un libéralisme redistributif, ce qui l’oppose par exemple à Nozick, défenseur d’un libéralisme « dur ».
Rawls se préoccupe des plus désavantagés. Il peut être considéré comme le fondateur d’un libéralisme de gauche qui veut concilier justice et liberté. Il est un des maîtres-penseurs de ce qu’on appellera parfois avec mépris le politiquement correct. Une de ses idées est le « voile d’ignorance ». Le législateur doit établir des règles les moins défavorables aux plus désavantagés en faisant fi lui-même de sa position sociale. Le philosophe défendra l’égalité des chances. L’égalité des chances est nécessaire à une société juste. De plus, les inégalités sont justifiées si elles permettent d’améliorer la situation des plus désavantagés. On peut dire de Rawls qu’il a voulu construire un libéralisme humaniste. Philosophiquement il se distingue de l’utilitarisme « brut » et de la main invisible d’Adam Smith. La mondialisation et son cynisme effroyable ne s’inspirent guère de ses idées.
Conclusion
Nous n’avons pas pu passer en revue tous les thèmes abordés par la philosophie anglo-saxonne comme le pragmatisme dont William James disait : « Un nouveau nom pour d’anciennes manières de penser », la philosophie de l’esprit ou l’intelligence artificielle. La philosophie anglo-saxonne aborde des thèmes plus précis à la différence de l’allemande plus grandiose avec son idée de système. Elle est donc plus modeste, ayant une méfiance pour la métaphysique et la théorisation, mais sa philosophie politique influe sur la conception de la démocratie actuelle. En France existent des spécialistes de cette philosophie qui dépasse largement le monde anglophone.
Patrice GROS-SUAUDEAU



Journal politique (Dieudonné – Hollande)
17 janvier, 2014, 16:25
Classé dans : politique politicienne

L’« humoriste » demi-camerounais joue en fin de compte sur l’overdose de Shoah qu’a subie la société française pendant des années. Il est caractéristique que cela soit un demi-noir pour assurer ce rôle. Un blanc dès le début aurait été accusé de nazisme. Dans l’imaginaire traditionnel de l’extrême droite, les juifs et les noirs sont « frères de race ». Céline dans « Bagatelles pour un massacre » insiste : « le juif est un nègre ». Dans l’exposition Berlitz de 1941, les juifs sont caricaturés avec des traits négroïdes (grosses lèvres). Dieudonné M’Bala M’Bala fait donc bouger les schémas politiques traditionnels. On peut quand même se demander si remplacer le bourrage de crâne sur la Shoah par celui de la traite des noirs sera une grande avancée libératoire pour la France. On observe aussi que Dieudonné M’Bala M’Bala est un pur produit du métissage dont on nous vante les vertus à longueur de temps. Le rire est toujours dirigé contre quelqu’un ou un groupe défini de façon politique, religieuse, raciale, nationale ou sexuelle. Lorsque Guy Bedos traitait Nadine Morano de « salope », c’était en fonction de son appartenance politique et en tant que femme. Toutes les plaisanteries sur les Belges n’ont jamais fait interdire un spectacle. Lorsqu’un comique d’origine arménienne traite les électeurs du Front National de « fils de putes », on n’a pas saisi le Conseil d’Etat en urgence. Les Français ont donc l’impression que certains sont donc plus protégés que d’autres. Tout cela aura permis à Valls de jouer au « caïd » à bon compte en faisant appel aux valeurs de la République en veux-tu, en voilà. Cela fait poser la question : le dernier tabou à abattre par le rire sera-t-il celui de la République ?
La « nouvelle maîtresse » de François Hollande a déclaré qu’il était gentil et à l’écoute. Comme tous les hommes au physique limité, François fait donc le gentil et se met à l’écoute des états d’âme féminins qui en général n’intéressent guère les hommes. Muni de son casque et de son petit scooter, toujours prêt à rugir, François ressemble à un Strauss-Kahn sournois. Il est vrai qu’il ne peut guère faire ses escapades entouré des chevaux de la Garde Républicaine. S’il fait le gentil avec les nouvelles, cela ne l’empêche pas d’être un bourreau des cœurs puisqu’après avoir martyrisé Ségolène, il martyrise maintenant Valérie. On voit là aussi toute l’hypocrisie des paroles sur la vie privée du Président puisque la première Dame de France (statut bien bancal) voit le tapis (rouge) se dérober sous ses pieds.
Dans les faits, la première Dame de France devient la dernière favorite. Certains politiques ont eu la cruauté de le rappeler et même d’insister. Cela n’est pas sans importance puisque la première Dame de France représente notre pays physiquement et bien souvent mieux que le Président. D’ailleurs, si un jour on élit un homosexuel, la première Dame de France sera un homme. Enfin toutes ces clowneries ridicules et grotesques ne font guère « Président » et ne rehaussent pas l’image d’un Président rabaissé au niveau de « Monsieur tout le monde » comme au temps de Sarkozy.
Patrice GROS-SUAUDEAU



La pensée de Hegel
16 décembre, 2013, 11:44
Classé dans : Non classé

On a souvent comparé Hegel à Aristote, car le philosophe allemand avait lui-même conscience d’avoir pensé à tout et avoir tout englobé dans son « système ». À la différence d’Aristote, Hegel a quand même été celui qui a opéré une coupure entre la science et la philosophie. Certains thèmes hégéliens font partie de la culture philosophique et même de la culture tout court comme la ruse de la raison, la dialectique du maître et de l’esclave, l’esprit d’un peuple, l’État gestionnaire des contradictions de la société civile, la conscience malheureuse, le savoir absolu, la fin de l’Histoire, …
Lorsqu’on a étudié Hegel, il est même parfois difficile d’en sortir, tant sa vision du monde et de la société imprègne la nôtre ensuite. Son influence apparaît parfois de façon inattendue lorsque par exemple Sarkozy lisant le discours d’un conseiller déclarait que l’homme africain n’était pas entré dans l’Histoire. C’était là une vision typiquement hégélienne pour laquelle l’Afrique était restée en dehors de l’Histoire Universelle, l’homme n’étant pas sorti de son état naturel.
L’Histoire
Hegel est avant tout le philosophe qui a pensé l’Histoire. Ceci s’oppose à la philosophie traditionnelle qui a toujours recherché et conçu la Vérité comme atemporelle.
Dans un schéma dialectique, le savoir se construit historiquement dans la pensée hégélienne à la différence de Husserl qui répondant à Heidegger déclarait : « Ach, Ich habe die Geschichte ganz vergessen » (Ah, j’ai complètement oublié l’Histoire). Dans la tradition philosophique, la connaissance de l’objet est hors de l’Histoire.
La raison est la loi du monde. Les individus sont mus par l’ambition, l’orgueil, l’intérêt, la gloire mais cela n’est que « ruse de la raison » qui permet la marche rationnelle du monde.
Pour Hegel, l’universel concret est le peuple. On peut parfois éprouver un malaise dans le contexte actuel où toutes les institutions internationales organisent la destruction des peuples. Pour le philosophe il existe l’esprit d’un peuple (Volksgeist). L’art en est une représentation puisqu’étant celui d’un peuple ainsi que la religion.
Chez les Grecs anciens, il y avait une adéquation entre la religion vécue par les habitants de la Cité et le peuple. Dans le christianisme, il y a un déchirement entre le monde de l’au-delà et le temporel, d’où la conscience malheureuse du chrétien. La famille pour Hegel anticipe l’esprit d’un peuple. « La religion est une des choses les plus importantes dans la vie humaine, elle encadre la vie d’un peuple ». Hegel distingue religion privée (celle du christianisme) et religion d’un peuple (celle des Grecs anciens).
En tout cas, un peuple à la différence du libéralisme n’est pas constitué d’individus-atomes mais est une organisation. La volonté générale l’emporte sur les volontés individuelles. Le philosophe aura aussi des écrits que l’on peut situer dans l’idéologie de la guerre. La guerre est une nécessité pour la survie des peuples : « Les peuples se constituent ainsi comme individuels et en tant qu’individuels ils affrontent d’autres peuples individuels ». La guerre devient la grande épreuve dans la vie d’un peuple.
On est donc loin de Kant et de sa volonté d’une paix perpétuelle. Pour Hegel, une paix qui dure trop longtemps peut même perdre une nation.
La guerre peut aussi aboutir à des empires, ce qui fait perdre aux peuples leur identité. Une fédération d’États a le même effet. On retrouve là l’influence de Herder.
L’État
L’État pour Hegel est la raison sur la terre. Il a pour rôle de réconcilier l’individu et la volonté générale. L’État est donc à la fois tyrannique et permet la liberté individuelle. Hegel distingue la société civile constituée par l’ensemble des individus et l’État : « L’État est le rationnel en soi et pour soi…, une fin propre immuable et absolue ». (Philosophie du droit)
Hegel critique le contrat social de Rousseau car l’État n’est pas basé sur une somme de volontés individuelles. « Dans la mesure où c ‘est l’État qui est l’esprit objectif, l’individu proprement dit n’a d’objectivité, de vérité, une Sittlichkeit (moralité) que pour autant qu’il est membre de l’État ». L’État est en lui-même une individualité. L’Esprit s’incarne dans l’Esprit de l’État. Il concilie la personne et l’universel.
L’Art
Hegel a écrit une œuvre monumentale sur l’Art : l’Esthétique. L’art est la manifestation sensible de l’Idée. En Grèce par exemple, les œuvres d’art exprimaient une représentation religieuse. L’art maintenant s’est désacralisé pour devenir l’objet de divertissement. L’art se coupe de son essence. Il y a donc une fin de l’art pour Hegel.
Hegel rejette à la différence d’Aristote le principe d’imitation de la nature : « L’art doit se proposer une autre fin que l’imitation purement formelle de la nature ; dans tous les cas, l’imitation ne peut produire que des chefs d’œuvre de la technique, jamais des œuvres d’art ». (Esthétique)
Dans l’art, il faut l’unité de la forme sensible et de l’idée universelle.
La religion
La religion exprime le génie et l’esprit d’un peuple. Hegel distingue religion subjective et religion objective. La religion subjective est celle du cœur et elle agit sur l’homme. La religion objective prend la forme d’un système.
Pour Hegel, le christianisme est une religion privée et non une religion d’un peuple ou de la cité. Cette religion privée conduit à l’individualisme. Le philosophe critique le sentiment du péché. « La vie n’exige pas de s’occuper de soi-même et de ses péchés, mais de l’universel et des tâches qu’il réclame ». (Histoire de la philosophie)
Le péché originel n’est que le stade de l’animalité que l’homme doit dépasser. Hegel a quand même une haute idée du christianisme : « Le contenu de la religion chrétienne en tant que le plus haut stade de développement de la religion en général coïncide parfaitement avec le contenu de la vraie philosophie ».
La religion et la philosophie ont le même objet : l’absolu. Si la religion se sert d’une forme sensible, la philosophie conceptualise.
La phénoménologie de l’esprit
Cette œuvre publiée en 1807 décrit dans un processus historique les différentes étapes de la conscience depuis la conscience sensible jusqu’au savoir absolu. Hegel a commencé à créer un système philosophique qui a l’ambition de couvrir toute la connaissance. En plus d’un processus historique, la dialectique servira à penser les contradictions. On sort donc de la logique classique et de son principe de non-contradiction.
La conscience se trouve entre la certitude sensible et les catégories qui donnent sens au monde.
Hegel part de la conscience de soi et de la conscience de l’autre. Dans la conscience de l’autre s’opère une lutte à mort pour la reconnaissance. On a dans ce livre la fameuse dialectique du maître et de l’esclave.
Une des étapes dans le processus de la connaissance est la religion qui n’est pas un stade suprême. La dernière étape sera le savoir absolu. On arrive à la réconciliation de l’être-en-soi et de l’être-pour-soi.
Le prolongement politique de l’hégélianisme
Il y a une interprétation politique de Hegel qui a eu toute une réflexion sur l’Histoire, le droit, la société …
Il a existé ce qu’on a appelé les hégéliens de droite et de gauche. L’hégélien de gauche le plus célèbre fut Karl Marx qui a repris la dialectique hégélienne pour expliquer l’Histoire, l’économie et les contradictions de la société capitaliste.
Pour Hegel, l’Histoire s’est faite de l’Orient à l’Occident en passant par les Grecs, les Romains et les peuples de l’Europe occidentale. Marx a surtout analysé les modes de production : le mode de production asiatique, puis antique, féodal, capitaliste, communiste… la fin de l’Histoire chez Marx correspondant à l’effondrement du capitalisme.
Les hégéliens de droite appartiennent surtout à la droite conservatrice même s’il peut aussi exister une lecture fasciste de Hegel. À l’époque de Marx et Engels, Hegel passait pour réactionnaire. « Hegel lui-même, malgré les éclats de colère révolutionnaire assez fréquents dans son œuvre, paraissait somme toute pencher davantage du côté conservateur ». « Système de Hegel élevé en quelque sorte au rang de philosophie officielle de la royauté prussienne » (Ludwig Feuerbach, Engels).
Il existe tous les possibles politiques à partir d’une lecture de Hegel.
Patrice GROS-SUAUDEAU



Kant :
3 décembre, 2013, 14:08
Classé dans : plus ou moins philo

S’il existe des philosophes faussement faciles, Kant peut être catalogué comme faussement difficile. La seule difficulté puisqu’il y en a une quand même vient du vocabulaire à assimiler pour aborder son œuvre. Kant est le représentant par excellence de l’idéalisme allemand avec sa révolution copernicienne. Le sujet ne tourne plus autour de l’objet qu’il cherche à connaître, mais l’inverse. Il se situe donc en dehors du réalisme. Le philosophe de Königsberg a établi avec une extrême rigueur les conditions de la connaissance dans la critique de la raison pure.
Il a abordé toutes les grandes questions philosophiques. Dans la critique de la raison pratique, il cherche à résoudre la question morale. Son influence perdure encore dans le droit international inspiré de la morale kantienne. Les institutions internationales ont été fondées avec un arrière-plan philosophique kantien. Même si Eichmann à son procès a cité Kant, pour justifier son obéissance, cela n’empêche pas que la morale « objectivée » de nos jours est essentiellement celle de la morale kantienne. Kant reste un monument incontournable de la pensée moderne.
Que puis-je savoir ?
C’est dans la Critique de la raison Pure que Kant établit les conditions de possibilités de la connaissance. Le philosophe fait tourner l’objet autour du sujet. Cela veut dire que toute connaissance vient de la structure du cerveau de l’homme. Kant a appelé cela la révolution copernicienne.
Le transcendantal
« J’appelle transcendantal, toute connaissance qui s’occupe en général non pas tant d’objets que de notre mode de connaissance des objets en tant qu’il est possible en général ». (Critique de la raison pure).
Le transcendantal est l’ensemble des conditions a priori. L’a priori s’oppose à l’empirique. Kant distingue deux sortes de connaissance a priori : celles qui sont pures et celles qui ont un lien avec l’expérience.
Le philosophe s’intéresse à la connaissance a priori pure. L’a priori pur pour un biologiste sera lié à notre cerveau. Les formes a priori de la sensibilité sont l’espace et le temps. Une catégorie de l’entendement a priori sera la causalité parmi douze autres.
À la différence de Hume, pour Kant le concept de causalité ne vient pas de l’habitude.
Dans l’appareil transcendantal, Kant distingue la sensibilité (les objets nous sont donnés ainsi) et l’entendement (les objets sont pensés). On a une synthèse de l’empirisme et du rationalisme.
« Sans la sensibilité, nul objet ne nous serait donné ; sans l’entendement, nul ne serait pensé. Des pensées sans contenu sont vides ; des intuitions sans concepts sont aveugles. » (Critique de la raison pure)
Kant distingue aussi les jugements analytiques qui ne nous apprennent rien corne « tous les corps sont étendus » et les jugements synthétiques qui nous apprennent quelque chose de nouveau comme « tous les corps sont pesants ». Ces jugements synthétiques viennent de l’expérience.
En plus de la fracture sujet-objet, Kant distingue le noumène (chose en soi) du phénomène. La connaissance du noumène est impossible. L’homme ne connaît que des phénomènes (ou des apparitions). Pour certains postkantiens, le concept de noumène n’apporte rien.
La morale
La morale kantienne imprègne notre époque. Dans le dernier débat sur la prostitution la morale kantienne donne des réponses sans équivoque. La prostitution est foncièrement immorale puisqu’il ne faut pas utiliser l’autre comme un moyen. L’être de raison doit être considéré comme une fin en soi. « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen. »
Pourquoi respecter l’autre ? Les personnes sont des êtres de raison, ce qui fait leur dignité.
Le principe de la moralité se trouve dans la volonté du sujet. La volonté est fondée sur la liberté que Kant postule chez l’homme comme un noumène et donc hors de la connaissance. La volonté est autonome et au fondement de la loi pratique. La moralité devient donc un « Je dois » qui peut se définir comme l’impératif catégorique : « Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature ».
Kant distingue l’impératif catégorique de l’impératif hypothétique qui tient compte d’éléments empiriques. L’impératif catégorique est inconditionnel, l’impératif hypothétique contient du relatif.
La liberté est un postulat de la raison pratique. Elle est le fondement du devoir et de la morale. Obéir au devoir est la liberté elle-même.
Kant définit aussi la personne dans la Critique de la raison pratique.
« La personnalité, c’est-à-dire la liberté et l’indépendance à l’égard du mécanisme de la nature entière, considérée cependant en même temps comme le pouvoir d’un être qui est soumis à des lois spéciales, c’est-à-dire aux lois pures pratiques données par sa propre raison, de sorte que la personne, comme appartenant au monde sensible, est soumise à sa propre personnalité, en tant qu’elle appartient en même temps, au monde intelligible. »
Pour fonder son système moral, Kant donne trois postulats. Le premier est l’existence de Dieu. Le deuxième est l’immortalité de l’âme. On retrouve Platon. Le troisième postulat est celui de la liberté qui sera repris par Sartre.
Ces trois postulats fondent la doctrine de la raison pratique.
Kant, de la même façon que Husserl qui se définissait ainsi, fut un fonctionnaire de l’humanité.
Représentant des Lumières, il a écrit : « Sapere Aude », c’est-à-dire ose te servir de ton entendement, de ta raison. La raison est certes un concept ô combien chargé d’Histoire. Il a écrit aussi sur une Histoire finalisée selon lui, sans cesse en progrès avec une humanité s’améliorant de génération en génération.
Sa caractéristique essentielle par rapport à ses antécédents fut de mettre le sujet au centre de la connaissance, idée qui existait en partie chez Protagoras mais non construite de façon aussi précise et développée : « L’homme est la mesure de toute chose ». Celui qui aura la prétention de le dépasser sera Hegel.
Patrice GROS-SUAUDEAU


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