La politique en textes !

La pensée de Descartes
28 novembre, 2013, 11:53
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La pensée d’Aristote s’étant imposée pendant près de deux millénaires, il a fallu Descartes pour remettre en question l’autorité, la tradition aristotéliciennes. En doutant de tout, le philosophe français se situe dans le courant du scepticisme de Pyrrhon.
« Le scepticisme, c’est la faculté d’opposer les apparences (ou phénomènes) et les concepts de toutes les manières possibles ; de là nous en arriverons à cause de la force égale des choses et des raisons opposées d’abord à la retenue du jugement, puis à l’ataraxie ». Descartes suspend donc son jugement (épochè) mais à la différence du scepticisme pour rechercher la certitude.
Husserl aura une démarche semblable.
De son doute méthodique, hyperbolique, il met entre parenthèses le monde sensible, notre entendement et tout ce qu’ont légué nos prédécesseurs. De façon toute platonicienne, il existe pour lui un monde intelligible dont la langue est celle des mathématiques comme l’avait postulé Galilée. Il donnera aussi une méthode pour accéder à la Vérité en faisant l’apologie de la Raison dont les deux vecteurs principaux seront l’intuition et la déduction. Cette raison mathématico-scientifique qui ramène la nature à une étendue géométrique inerte sera pour Heidegger un appauvrissement de l’Être.
« La métaphysique moderne entière, Nietzsche y compris, se maintiendra dorénavant à l’interprétation de l’étant et de la vérité initiée par Descartes. » (Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part)
Le discours de la méthode
Ce livre est le plus connu de toute l’œuvre de Descartes. Il a été écrit en français, alors que le latin était le langage des clercs. Le philosophe a fait ce choix pour qu’il soit accessible au plus grand nombre (même les femmes). Il commence par cette phrase devenue célébrissime : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils n’en ont. »
Si chacun possède le bon sens, tous les hommes doivent donc penser par eux-mêmes.
Descartes se soumet à l’évidence. Le philosophe prônera l’unité de sciences.
« Il faut bien se convaincre que toutes les sciences sont tellement liées ensemble qu’il est plus facile de les apprendre toutes à la fois que d’en isoler une des autres. Si quelqu’un veut chercher sérieusement la vérité, il ne doit donc pas choisir l’étude de quelque science particulière ... »
On a là une attaque contre la scolastique inspirée d’Aristote. Descartes énonce les préceptes pour connaître la Vérité :
« Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle ; … »
« Le second de diviser chacune des difficultés que j’examinerais en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu ‘il serait requis pour les mieux résoudre. »
« Le troisième de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu comme par degrés, jusqu ‘à la connaissance des plus composés ; …. »
« Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre. »
Si Descartes a écrit « larvatus prodeo » (j’avance masqué), phrase liée à un contexte de pensée réprimée par le pouvoir, son projet pratique sera de développer des « connaissances utiles à la vie » et nous rendre « comme maitres et possesseurs de la nature ».
Les méditations
Le titre du livre est quasiment religieux. Husserl reprendra ce terme pour écrire : « Méditations cartésiennes ».
Dans les méditations, le doute cartésien est porté au paroxysme. Descartes doute de tout pour arriver à la certitude. Le philosophe suppose qu’un être tout puissant chercherait à le tromper (le malin génie). « Il est de la prudence de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont une fois trompés. ».
Du doute, Descartes en déduit le cogito. « Je doute, je pense donc je suis » (Ego cogito, ergo sum).
« Mais il y a un je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé qui emploie toute son industrie à me tromper toujours. Il n’y a donc point de doute que je suis, s’il me trompe ; et qu’il me trompe tant qu’il voudra, il ne saurait faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelque chose. De sorte qu’après y avoir bien pensé, et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure et tenir pour constant cette proposition : je suis, j’existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je le prononce, ou que je la conçois en mon esprit. » (Méditations)
Le morceau de cire
Ce passage très célèbre de Descartes dans les méditations a donné cours à de nombreux commentaires parfois très critiques. L’étendue constitue l’essence de tout corps.
« Prenons pour exemple ce morceau de cire qui vient d’être tiré de la ruche : il n’a pas encore perdu la douceur du miel qu’il contenait ; il retient encore quelque chose de l’odeur des fleurs dont il a été recueilli ; sa couleur, sa figure, sa grandeur sont apparentes ; …. Mais voici que, cependant que je parle, on l’approche du feu : ce qui y restait de saveur s’exhale, l’odeur s’évanouit, sa couleur se change, sa figure se perd… La même cire demeure-t-elle après ce changement ? Il faut avouer qu’elle demeure, et personne ne peut le nier. »
Les qualités sensibles ont disparu pour ne laisser place qu’à l’étendue (idée intellectuelle).
Cette séparation entre nature spatiale et qualités sensibles sera différemment interprétée. L’entendement dépasserait l’imagination et les sensations. La phénoménologie critiquera fortement cette vision cartésienne.
Le langage
Pour Descartes, le langage est le propre de l’homme. L’homme possède le langage car il pense et raisonne. Cela le distingue donc des autres animaux.
« Ainsi toutes les choses qu’on fait faire aux chiens, aux chevaux et aux singes, ne sont que des mouvements de leur crainte, de leur espérance, ou de leur joie, en sorte qu’ils les peuvent faire sans aucune pensée. Or il est, ce me semble fort remarquable que la parole étant ainsi définie, ne convient qu’à l’homme seul. » (Descartes)
De plus, les mots ne ressemblent pas aux choses.
« Vous savez bien que les paroles, n’ayant aucune ressemblance avec les choses qu’elles signifient, ne laissent pas de nous les faire concevoir, et souvent même sans que nous prenions garde au son des mots, ni à leurs syllabes, en sorte qu’il peut arriver qu’après avoir oui un discours, dont nous aurons fort bien compris le sens, nous ne pourrions pas dire en quelle langue il aura été prononcé. »
La morale
Si Descartes remet tout en question sur la connaissance de la nature, il sera très prudent sur la morale à la différence d’un Spinoza ou encore plus d’un Nietzsche qui n’hésitera pas à écrire « Je suis une dynamite ». Le philosophe français ne cherchait pas à réformer la société. S’attaquer à la morale, donc à la religion, n’était pas sans risque. Il s’en tiendra donc à une morale « par provision » semblable à celle de Montaigne.
« Je me formai une morale par provision qui ne consistait qu’en trois ou quatre maximes dont je veux bien vous faire part.
La première était d’obéir aux lois et aux coutumes de mon pays, retenant constamment la religion en laquelle Dieu m’a fait la grâce d’être instruit dès mon enfance…
Ma seconde maxime était d’être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pouvais…
Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde... »
Il y a presque un fatalisme social chez Descartes. Sur le plan politique et social, Descartes accepte l’ordre établi.
Au delà du cartésianisme
« Descartes inutile et incertain » a écrit Pascal. Contre la raison à laquelle on associe le qualitatif desséchante, Pascal a réintroduit le cœur.
« Le cartésianisme a été dans l’histoire moderne le péché français. » (J. Maritain)
Il est vrai que la philosophie moderne a versé dans l’anti cartésianisme. La croyance en l’objectivité semble de nos jours bien naïve. Tout jugement est lié à un contexte, des attentes, des intérêts plus ou moins masqués. La psychologie, l’historicité sont indissociables à toute compréhension du monde. D’une Vérité Unique on est passé à des vérités multiples jusqu’à même une méfiance envers l’idée de Vérité, surtout lorsqu’elle se veut politique ou religieuse. L’adéquation entre clarté et vérité s’appelle de nos jours simplisme. La domination de la nature par l’homme sera critiquée par des philosophes aussi différents que Heidegger ou Feyerabend et par toute une pensée écologiste.
Patrice GROS-SUAUDEAU



ARISTOTE
24 octobre, 2013, 16:13
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Aristote fut le premier génie universel. Il a écrit sur tout, c’est à dire tous les domaines du savoir de son époque : la physique, la biologie, la psychologie, la métaphysique, la logique, la politique, la morale… Élève de Platon, il s’est opposé à lui sur deux points essentiels : le rejet du monde des idées de Platon, c’est à dire la séparation du monde sensible et du monde intelligible, et le rejet du dualisme de l’âme et du corps. S’il s’est attaqué à la logique, les mathématiques ont eu moins d’importance que pour son ancien maître Platon et la physique d’Aristote a été qualitative, ce qu’on a appelé le paradigme aristotélicien qui a précédé le paradigme galiléo-newtonien et, pour finir, le paradigme einsteinien qui jouxte actuellement celui de la mécanique quantique. Son influence fut, comme Platon considérable, jusqu’au 17e siècle. Il a eu de nombreux commentateurs célèbres comme Avérroes ou le père de l’église St Thomas d’Aquin qui l’a incorporé dans la pensée du christianisme. De façon plus dogmatique, il a été le philosophe de toute la période scolastique à laquelle s’est opposé Descartes.
La logique
Aristote a écrit un traité appelé l’Organon (l’instrument) puisque le terme « logique » est apparu après. Le philosophe définit les règles du raisonnement. Ce discours adéquat sera appelé communément discours scientifique à la différence de la dialectique de Platon. Dans une démarche que l’on retrouvera pour la philosophie analytique, Aristote étudie le langage qui est l’outil de la connaissance et de la pensée. Si le traité s’appelle l’Organon (instrument), c’est que la logique n’est que l’outil des sciences, c’est à dire établir l’élaboration du raisonnement avec des principes comme, par exemple, la non-contradiction.
Aristote a créé de nouveaux concepts comme les Catégories qui ne sont que la façon de dire l’Être. Le philosophe dénombre dix modes d’attribution : la substance (l’essence d’une chose), la quantité, la qualité, la relation, le lieu, la position, la possession, l’action, la passion, le temps.
Ce questionnement sur l’Être se prolongera jusqu’à Heidegger « l’Être se prend en plusieurs acceptations, c’est toujours relativement un terme unique, à une seule nature déterminée ».
Aristote distingue la méthode déductive, enchaînement de propositions ou démonstration. Cette méthode va de l’universel au particulier à la différence de l’induction : « Quant à l’induction, elle procède à partir des cas individuels pour accéder aux énoncés universels, par exemple, s’il est vrai que le meilleur pilote est celui qui s’y connaît, et qu’il en va de même du meilleur cocher, alors, d’une façon générale, le meilleur en tous domaines est celui qui s’y connaît. »
Le syllogisme est un raisonnement déductif.
« Tous les hommes sont mortels » (premier prémisse/majeur)
« Or Socrate est un homme » (second prémisse/ mineur)
« Donc Socrate est mortel » (conclusion)
Ce raisonnement maintenant est une application de la théorie des ensembles.
A inclus dans B      si X appartient à A, alors X appartient à B
Aristote a fondé les bases de la logique jusqu’au 18e siècle qui va se renouveler avec Leibniz, Boole, Frege, et surtout Gödel. Le philosophe grec a posé le principe de non contradiction, fondement des mathématiques classiques. « Il est impossible que le même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps, au même sujet et sous le même rapport ».
La connaissance
Aristote rejette la théorie des Idées de Platon. « Les idées ne sont plus d’aucun secours pour la science des autres êtres pour expliquer leur existence, car elles ne sont, du moins, pas immanentes aux choses participantes. »
Aristote définit la substance, (ousia en grec) qui est l’essence des choses. Si le philosophe rejette le dualisme platonicien entre l’idée et la chose, il considère la substance comme un composé de la matière et de la forme. L’être est donc composé de sensible qui correspond à la matière et l’intelligible lié à la forme.
La physique est l’étude du mouvement ou de « l’être capable de se mouvoir » « les choses de la nature sont soumises au mouvement ».
Puissance et acte :
L’être est entre la puissance et l’acte. La puissance est la potentialité de réalisation, l’acte est l’accomplissement. Aristote donne l’exemple de la statue : le bloc de marbre possède en puissance autant de statues que le sculpteur peut créer. L’acte sera la réalisation.
Tout homme est en puissance (ou en potentialité). Un être peut posséder un langage, mais l’enfant sauvage a montré qu’il ne s’agit que d’une potentialité. L’être parlant en acte est celui qui a appris une langue dans sa communauté.
Les êtres, selon Aristote, sont constitués par quatre causes : la cause matérielle puisqu’il faut une matière pour exister, la cause formelle qui définit la forme de l’objet, la cause finale qui est la finalité de l’objet comme une maison pour habiter, la cause motrice : le travail de l’artiste.
La philosophie morale
La morale chez Aristote est une morale de l’action. Il ne sert à rien de réfléchir sur ce qu’est le courage ou la vertu. « En effet ce n’est pas savoir ce qu’est le courage que nous désirons, mais être courageux, ni ce qu’est la justice mais être juste. »
Aristote sort donc du questionnement socratique le « qu’est-ce-que ? ».
La philosophie morale du philosophe se trouve dans l’Ethique à Nicomaque.
Le but de l’homme est le bonheur que l’on appelle l’eudémonisme. Si l’intellect est le summum de la faculté humaine, il existe aussi des facultés inférieures.
L’action doit être conforme à la raison. Les vertus chez Aristote sont celles du juste milieu comme la prudence « le meilleur entre l’excès et le défaut par rapport à nous ». Le courage se situe entre la lâcheté et la témérité. La générosité se trouve entre l’avarice et la prodigalité. La modération entre la débauche et l’apathie.
Une vertu importante est la justice qui a aussi une connotation politique puisqu’elle nous relie aux autres. L’amitié relie aussi l’homme à la communauté. La morale aristotélicienne est plus concrète que celle de Platon qui absolutisait le Vrai, le Bien, le Beau. « La nature humaine ne suffit pas pleinement à elle-même pour l’exercice de la contemplation. Le sage aura aussi besoin de la prospérité extérieure puisqu’il est homme. »
La philosophie politique
Aristote s’oppose, là encore, au communisme de Platon. Pour lui l’inégalité des biens est nécessaire et il défend la propriété : « car il y a dans l’homme deux mobiles prédominants de sollicitude et d’amour : le sentiment de la propriété et l’affection exclusive ». Il existe chez lui un certain sexisme lié sans doute à l’époque. Chez l’homme, le courage est une vertu de commandement et chez la femme une vertu de subordination. « À une femme le silence est un facteur de beauté. » La recherche illimitée de la richesse est, pour lui, un vice. On retrouve l’idée de la mesure du juste milieu de sa philosophie morale. Pour Aristote, l’homme a un corps. « On ne serait être parfaitement heureux si on est disgracié par la nature ».
Sa pensée que l’on pourrait qualifier de conservatrice admet une hiérarchie entre les hommes. Pour lui, certains hommes diffèrent à peine des animaux et sont tout juste capables d’obéir. L’esclavage peut être justifié par l’infériorité naturelle de certains hommes. Pourtant, il nuance son propos. « La nature tend assurément aussi à faire les corps d’esclaves différents de ceux des hommes libres… pourtant le contraire arrive fréquemment : des esclaves ont des corps d’hommes libres et des hommes libres des âmes d’esclaves ».
Aristote n’a donc pas les valeurs de l’égalité comme Platon pour les biens. Les individus étant inégaux, la véritable égalité consiste à donner davantage à celui qui mérite davantage.
Sa philosophie politique est en correspondance avec une humanité d’une nature immuable selon lui.
Pascal écrivait : « Il vaut mieux savoir une chose sur tout que tout sur une chose ». Aristote savait tout sur tout à son époque. Doté d’une culture encyclopédique, il a représenté un idéal d’homme jusqu’à la Renaissance. Ses réflexions qui semblent obsolètes sur la science ont laissé une empreinte sur la division des savoirs. Il a fallu attendre plus de 2000 ans pour, à nouveau, développer nos connaissances en logique. Sa philosophie morale du bonheur persiste à notre époque. Quant à sa philosophie politique, elle correspond toujours à un courant qui a perduré à travers les siècles : le courant conservateur.
Sur le plan philosophique, il faudra attendre Descartes pour remettre en question le système Aristotélicien.
Patrice Gros-Suaudeau



Platon
8 octobre, 2013, 15:56
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Même s’il a existé les présocratiques, Platon est le premier grand philosophe de la pensée occidentale. Cela s’estime déjà dans une œuvre consistante qui est parvenue jusqu’à nous (entre 25 et 35 dialogues) et les thèmes fondamentaux de la pensée abordés. Il a eu une influence sur tous les philosophes postérieurs qui se sont en fin de compte toujours situés par rapport à lui comme les empiristes pour qui la connaissance vient de nos sensations (nihil est in intellectu quid non prius fuit in sensu) ou Nietzsche qui a fait de l’anti-platonisme.
À travers Saint Augustin, il a participé à l’édification du christianisme. Le doute cartésien du monde perçu est un prolongement du platonisme. Quant à Husserl, il a fait le chemin inverse de revenir au monde premier : le monde perçu, puisque la physique galiléenne a voulu construire un monde intelligible à partir des mathématiques dans une démarche semblable à celle de Platon.
Les grands thèmes platoniciens que nous allons étudier sont la connaissance ou qu’est ce que connaître ?, la dialectique, la philosophie morale et la philosophie politique qui restent les thèmes majeurs de la philosophie occidentale.
L’œuvre de Platon est faite de dialogues en correspondance avec une époque de civilisation orale. Socrate ne savait ni lire ni écrire et il restera toujours la question sans vraiment de réponse définitive, de connaître l’influence de la pensée de son maître Socrate dans les écrits de Platon. La forme du dialogue a été peu reprise par les « philosophes » postérieurs si l’on excepte « Le neveu de Rameau » de Diderot qui a eu la reconnaissance de Hegel qui y a vu une démarche intellectuelle purement dialectique et parfois dans l’œuvre de Kierkegaard. Le philosophe danois a voulu revenir à la subjectivité en niant à l’inverse de Platon l’idée d’objectivité (« l’absoluité de ma subjectivité »).
La philosophie occidentale n’aura été qu’un dialogue avec Platon.
La théorie de la connaissance
Chez les présocratiques, la différence entre l’être et le paraître n’existait pas. Avec Platon, nous allons instaurer cette fracture qui va se prolonger dans toute la philosophie occidentale jusqu’à de nouveau la contester comme par exemple dans la phénoménologie.
Pour Platon existe le monde visible, c’est-à-dire le monde sensible et le monde intelligible.
Les objets du monde sensible ne sont que des copies.
On ne peut accéder au « vrai » monde ou monde intelligible que par la dialectique, terme que nous expliciterons (l’homme est un animal qui parle).
Il y a plusieurs états de connaissance. Cette idée de progression de la « vérité » ou « connaissance » sera reprise par exemple chez Hegel dans la phénoménologie de l’esprit pour aller vers le savoir absolu.
Pour Platon, le degré le plus bas de la connaissance est l’état de « simulation ». Les prisonniers de la caverne ne voient que les ombres des objets. Le degré suivant de la connaissance est l’état de « créance ». Les prisonniers de la caverne ne voient plus les ombres mais les objets.
Ensuite viennent les deux étapes suivantes de la connaissance, tout d’abord l’activité discursive. Ce niveau de connaissance existe chez les mathématiciens et les raisonneurs.
La dernière étape est celle de l’intellection, celle où on contemple l’être.
Platon créera son fameux monde des idées qui est immuable et est le vrai monde selon lui. Il y a une essence du bien, de la justice ou du courage. Les idées sont les seules vraies réalités. Platon, en cherchant la vérité postule son existence à la différence des sophistes qui ne sont que des rhéteurs prêts à défendre n’importe quelle cause. Il existe une connaissance objective des choses.
La dialectique
Socrate avait ridiculisé les sophistes. Platon veut aller plus loin avec la dialectique, c’est-à-dire compléter le dialogue socratique avec un raisonnement déductif.
Le dialogue socratique était aporétique, c’est-à-dire qu’il consistait essentiellement à des réfutations.
La dialectique veut établir des vérités.
Elle part du sensible pour atteindre les idées. Elle est la science des intelligibles.
La réminiscence
La connaissance n’est qu’un ressouvenir, une réminiscence du monde des idées. L’homme a déjà connu les réalités intelligibles, le monde des Idées, dans une vie antérieure. Ceci présuppose ou implique l’immortalité de l’âme. Chez Platon, il y a dualité entre le corps et l’âme. L’âme a existé avant d’être sur terre et existera après la mort. Elle est enfermée dans le corps « semblable à une maladie ».
On retrouvera l’idée de la réminiscence dans l’innéisme des Descartes.
«… Ils (ceux qui sont savants dans les choses divines) disent que l’âme de l’homme est immortelle et que tantôt elle aboutit à un terme (c’est précisément ce que l’on appelle mourir), et tantôt recommence à naître, mais que jamais elle n’est anéantie… Ainsi, en tant que l’âme est immortelle et qu’elle a plusieurs naissances, en tant qu’elle a vu toutes choses, aussi bien celles d’ici-bas que celles de chez Hadès (le dieu des Enfers), il n’est pas possible qu’il y ait quelque réalité qu’elle n’ait point apprise. Par conséquent, ce n’est pas du tout merveille que, concernant la vertu comme le reste, elle soit capable de se ressouvenir de ce dont même elle avait certes, auparavant, la connaissance. » (Ménon)
La philosophie politique
Le thème politique est omniprésent chez Platon. Il se trouve dans les deux livres : « La République » et « Les Lois » (œuvre tardive).
Il décrit dans « La République » la Cité idéale. Il critique tout d’abord quatre régimes différents : la timocratie fondée sur l’honneur, l’oligarchie où ceux qui gouvernent s’enrichissent, la démocratie, régime aux mains des citoyens, et la tyrannie dirigée par un seul. La démocratie selon lui engendre la tyrannie. Après la mort de Socrate condamné par la démocratie, Platon voit dans celle-ci un régime contre l’ordre raisonnable. Elle nie la compétence.
La Cité idéale est divisée en trois classes : ceux occupés aux tâches économiques, les producteurs, les gens d’armes chargés de la défense de la Cité (les guerriers) et au sommet les philosophes-gouvernants.
Platon est pour l’égalité des fortunes et a prôné la communauté des biens, des femmes et des enfants.
Le communisme est présenté comme un idéal. La base de l’organisation sociale sera une famille monogamique
contrôlée par l’État. Cet État est en fin de compte totalitaire et aristocratique, c’est-à-dire le gouvernement des meilleurs.
Platon donnait aussi une grande importance à l’éducation.
La philosophie morale
Platon s’oppose au relativisme des sophistes qui ont émis l’idée que les normes morales varient d’une communauté à l’autre. Le philosophe veut donc objectiver la morale.
Le point central de sa philosophie est l’idée du Bien qu’il relie au Vrai et au Beau. Le Bien est donc aussi beauté. L’homme n’accède à la connaissance de l’Être qu’à la lumière du Bien.
« Ce qui communique la vérité aux objets connaissables et à l’esprit la faculté de connaître, tiens-toi pour assuré que c’est l’idée du bien… Les objets de la connaissance ne contiennent pas seulement la faculté de devenir connaissables, mais encore l’existence et l’essence du Bien qui n’est lui-même pas une chose existante mais qui dépasse celui-ci en élévation et en force. »
Le Bien dans la République est comparé au Soleil ; il organise et fait connaître les idées.
Après avoir séparé le corps et l’âme (dualisme), Platon décompose l’âme en trois parties : la raison qui est de l’ordre du divin, le courage (la partie noble) et les appétits (partie inférieure). Platon donne l’allégorie de l’attelage : la raison correspond au conducteur du char, le courage au cheval obéissant et les appétits au cheval rétif.
La sagesse est la vertu de la raison. Le courage doit obéir à la raison. La vertu des appétits est la modération.
Platon ajoute à ces trois vertus la justice. Ces quatre vertus sont appelées les vertus cardinales.
« L’homme est animal qui parle ». Avec Platon l’homme est devenu un animal qui pense. Son enseignement au cours des siècles n’a jamais cessé. La philosophie est toujours conditionnée par le platonisme même et surtout chez ceux comme Nietzsche qui auront la hardiesse de l’attaquer. Avec mépris il appellera le monde des idées arrière-monde. Les chrétiens verront en lui un précurseur anticipant la révélation. Popper verra un précurseur du totalitarisme.
La recherche de l’insaisissable vérité sera une constante de la philosophie occidentale.
La dévalorisation du sensible en a fait le premier grand métaphysicien. La trilogie platonicienne peut-être mythique Bien-Vrai-Beau perdurera dans notre civilisation philosophico-scientifique.
Patrice GROS-SUAUDEAU



L’HABITUDE
24 septembre, 2013, 13:28
Classé dans : plus ou moins philo

L’habitude a été le thème pour certains philosophes comme Aristote, Descartes, Leibniz, Malebranche jusqu’à Ravaisson dont le sujet a été sa thèse de philosophie. Cette réflexion n’est plus au programme de philosophie. Ce qui était pourtant le cas pendant la deuxième guerre mondiale et même après.
« Est dû à l’habitude ce qu’on fait parce qu’on l’a fait souvent » (Aristote, Rhétorique). Pour Paul Valéry c’est « la transformation de l’événement en propriété ». L’habitude a aussi un effet psychologique de tranquilliser les âmes, de rassurer, de tuer l’angoisse quand elle devient liturgie. Au niveau d’une société, l’habitude s’appelle coutume et elle fait force de loi comme l’avait vu Montaigne.
« C’est à la vérité une violente et traîtresse maitresse d’école que la coutume. Elle établit en nous, peu à peu, à la dérobée le pied de son autorité… Mais avec l’aide du temps elle nous découvre tantôt un furieux et tyrannique visage » (Montaigne, Essais).
La fonction de l’habitude
L’acquisition de l’habitude vient toujours d’un événement premier : l’habitude d’aller à l’école vient pour l’enfant de sa premier rentrée scolaire. Pour un adulte aller à son travail tous les jours est la continuité de la première journée de travail dans une société. L’habitude est « un art d’agir sans y penser et même mieux qu’en y pensant » (Alain).
Les sportifs répètent des milliers de fois le même exercice pour arriver à l’excellence. L’habitude permet une progression
« c’est parce qu’on ne se borne pas à reproduire qu’on apprend, qu’on progresse, qu’on s’adapte. Les gestes efficaces de la fin de l’apprentissage, avec leur économie d’effort et de mouvements inutiles, ne répètent pas les tâtonnements gauches et maladroits du début » (P. Guillaume).
Pour Leibniz, l’habitude commence dès le premier acte à la différence d’Aristote pour qui elle naissait dans la répétition.
Comme effet, l’habitude peut faire diminuer certaines de nos facultés comme la sensibilité, par exemple pour un médecin ou une infirmière à la vue du sang ou de la souffrance des autres. Ceci permettra d’ailleurs au médecin ou à l’infirmière de pouvoir mieux faire leur travail.
En revanche, elle peut faire augmenter d’autres facultés comme la sensibilité musicale pour un musicien. L’habitude adapte donc un individu à son milieu ou son activité comme elle peut rendre l’homme automate. « Une âme morte est une âme complètement habituée » (Péguy).
Curieusement, Kant dont la journée était réglée comme une horloge a écrit : « Plus l’homme a d’habitudes, moins il est libre et indépendant ».
Une des propriétés de l’habitude est d’économiser la volonté, l’énergie, l’effort comme par exemple se lever tous les matins pour aller au travail. Elle permet un prodigieux pouvoir d’adaptation.
L’habitude peut aussi être celle d’actes intellectuels comme la lecture, la programmation pour un informaticien, le calcul, la pensée. On peut aussi avoir des habitudes intellectuelles comme lire le journal tous les matins dont Hegel disait qu’elle était une prière du matin réaliste. L’habitude n’empêche donc pas fatalement la pensée. Elle permet même de se débarrasser de contraintes d’attention inutiles. L’habitude peut aussi devenir plaisir, ce dernier venant de la répétition comme de prendre certaines liqueurs à des moments de la journée.
L’essence de l’habitude
« Dans l’habitude, le corps se trouve pénétré par l’âme, il devient son instrument… se laissant pénétrer à la façon d’un fluide » (Hegel, Philosophie de l’esprit).
Lorsque l’habitude est là, le corps n’est plus un obstacle, comme pour une danseuse à force de répétitions
L’habitude selon Descartes est inertie à la différence d’Aristote pour qui elle est activité. Elle est un phénomène d’adaptation face à la nouveauté s’imposant.
L’habitude est une illustration de cette citation de Leibniz « Le présent est chargé du passé et gros de l’avenir ». La principale critique de l’habitude est qu’elle peut être porteuse d’aliénation.
« Là où il y a médiation, l’aliénation guette » (Mounier). Elle peut créer chez l’homme une certaine torpeur. L’habitude peut nous faire plus rien découvrir ce qu’a décrit Sully-Prudhomme dans un poème, le rôle de la poésie étant d’illuminer ce que nous ne voyons plus par habitude.


« L’habitude est une étrangère
Qui supplante en nous la raison :
C’est une ancienne ménagère
Qui s’installe dans la maison.
Elle est discrète, humble, fidèle,
Familière avec tous les coins ;
On ne s’occupe jamais d’elle,
Car elle a d’invisibles soins :
Elle conduit les pieds de l’homme,
Sait le chemin qu’il eût choisi,
Connaît son but sans qu’il le nomme,
Et lui dit tout bas : « Par ici. »
Travaillant pour nous en silence,
D’un geste sûr, toujours pareil,
Elle a l’œil de la vigilance,
Les lèvres douces du sommeil.
Mais imprudent qui s’abandonne
A son joug une fois porté !
Cette vieille au pas monotone
Endort la jeune liberté ;
Et tous ceux que sa force obscure
A gagnés insensiblement
Sont des hommes par la figure,
Des choses par le mouvement. »


PATRICE GROS-SUAUDEAU



Les anti-Lumieres
4 septembre, 2013, 12:00
Classé dans : plus ou moins philo,politico-historique
Dans un ouvrage, le ministre de l’éducation nationale Vincent Peillon écrit « La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches-pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelle tables de lois ». Dans cette phrase caractéristique de l’esprit des Lumières on prône donc l’oubli total de ce qui précède, de dépouiller l’individu de son passé, de tout ce qu’a transmis la famille, pour créer un citoyen c’est à dire un homme nouveau conçu par l’État et conforme à l’idéologie républicaine.
Laurence Rossignol, sénatrice PS déclarait : « Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents, ils appartiennent à l’État ». Les anti-Lumières, sans être explicitement des défenseurs de la famille, s’opposent radicalement à cette nouvelle vision de l’homme, c’est à dire créer un homme abstrait coupé de tout aspect charnel et de toute tradition et historicité comme Platon créait un monde des idées en se coupant du monde sensible. Pour les anti-Lumières l’homme appartient charnellement à une communauté historique de la terre et des morts, du sang et du sol.
Ce débat feutré entre intellectuels et universitaires prend une tournure radicale sur le plan politique. L’Étude des anti-Lumières permet d’approfondir par symétrie les idées des Lumières. Pour les tenants actuels des Lumières, la France commence à la révolution, puisque selon leur idéologie on fait table rase du passé, et on ne l’appelle pratiquement plus que la République. La pensée des anti-Lumières a été essentiellement une pensée réactive dans un premier temps contre la révolution française pour ensuite fonder l’idée d’un nationalisme moderne.
Globalement les anti-Lumières s’opposeront à l’idée de raison, cette dernière n’ayant été jamais vraiment définie, si ce n’est l’opposer aux préjugés et à la tradition. L’histoire a montré qu’on a tué massivement au nom de la Raison surtout lorsqu’elle était synonyme de sens de l’Histoire. Les anti-Lumières défendront les préjugés, l’autorité, la tradition, la hiérarchie, l’historicité, le plus souvent la religion même si la plupart de ceux-ci n’étaient guère croyants si l’on excepte le pasteur Herder. Ils vomiront tous la démocratie et l’idée d’égalité entre les hommes. Nietzsche a été un cas à part par son combat contre la religion et a été sans doute le plus talentueux pour ridiculiser l’idée d’égalité. Il associait dans le même mépris christianisme et démocratie.
Edmund Burke
Ce philosophe et politique irlandais a considéré la Révolution française comme la plus grande catastrophe de son époque. Il a développé son analyse dans « réflexion sur la Révolution de la France ». Burke a fait aussi une apologie de l’Ancien Régime. On ne peut faire atteinte à un ordre établi par l’Histoire.
Burke n’a pas de mots assez durs contre cette révolution qui.veut « l’extirpation de la religion ». Il faut donc que les puissances chrétiennes abattent « le mauvais génie qui s’est saisi du corps de la France ». En 1789 la peste s’est installée en Europe. Le philosophe rejette l’idée du contrat social prôné par Rousseau. Pour ce grand conservateur, il faut impérativement préserver la hiérarchie sociale et la tradition. On ne fonde pas un système politique sur une raison abstraite et de plus mal définie. Il faut faire confiance aux constructions historiques de chaque peuple.
Herder
Ce pasteur Luthérien allemand n’a pas fait que geindre sur la révolution française et a fondé les bases du nationalisme. Son christianisme ne l’a pas empêché de défendre un germanisme virulent. En termes jungiens on peut dire qu’il a exprimé l’inconscient collectif allemand ou germanique où la supériorité du Germain ou des races nordiques semblait aller de soi. Il fait l’apologie de l’idée du peuple qui doit être préservé. Herder critique bien sur la raison desséchante face à la vitalité de l’instinct.
Sa pensée pro-allemande devient même très anti-française sur le plan politique et même vis à vis du classicisme français.
Le pasteur défend le préjugé qui vient de la tradition. L’ancien élève de Kant défend le sentiment religieux qui est devenu honteux pour les Lumières. Une nation doit conserver sa religion, sa langue, ses traditions… L’homme est le produit de ses ancêtres et non pas des institutions. La culture est première selon Herder. Toutes ces idées fonderont le nationalisme allemand et même français. Ces deux nationalismes se croiseront sans cesse au cours de l’Histoire. Maurras à la différence de Herder verra la supériorité de la culture gréco latine, mais le fond idéologique est semblable. L’Allemand a fondé l’historisme. Les ennemis de la pensée herderienne sont Voltaire, Rousseau et en Allemagne bien sur son ancien professeur Kant et ses valeurs universelles. Herder comme Burke dénonce l’universel au nom du particulier. Sa haine contre Voltaire vient aussi du fait que le Français était l’incarnation du rationalisme et de l’athéisme de plus anti-chrétien ce qui ne pouvait que révulser le pasteur. « Voltaire est le représentant typique de l’esprit philosophique de la modernité idéologique et de son corollaire, la décadence française ? La sénilité du XVIIIème siècle philosophique s’exprime dans la culture française de son temps, symbole en voie de dépérissement de tout un monde, un monde où « on raisonne », où on publie des dictionnaires et des encyclopédies, le monde d’un « esprit abstrait ! Philosophie à l’aide de deux idées, la chose la plus mécanique du monde ». Le tempérament français « n’est que faux-semblant et faiblesse ».
« La philosophie de la langue française empêche donc la philosophie de la pensée ».
La pensée politique de Herder pourrait s’annoncer ainsi « Aucun humain, aucun pays, aucun peuple, aucune histoire nationale, aucun État n’est pareil à l’autre, par suite donc le vrai, le beau et le bien n’y sont pas pareils. Si l’on ne cherche pas cela, si l’on prend aveuglément une autre nation pour modèle, tout est étouffé ». On a là une définition du relativisme culturel.
Joseph de Maistre
Savoyard puisque la Savoie n’était pas encore française, cet écrivain défendit l’idée du préjugé « digue contre la raison ». Le préjugé vient d’une tradition et préserve un peuple. Il écrivit aussi cette phrase qui deviendra un lieu commun pour la pensée nationale ou nationaliste.
« J’ai vu, dans ma vie, des Français, des Italiens, des Russes et je sais même grâce à Montesquieu qu’on peut-être Persan mais quant à l’Homme, je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie ».
Il critique bien sur l’idée du contrat social de Rousseau. La société n’est pas une somme d’individus. L’individu seul n’est rien. Il faut une Autorité. La société est définit par ses traditions. La Religion par ses croyances communes soude une nation et crée la cohésion d’un peuple. Si les Lumières ont considéré le christianisme comme ennemi de la République, Maistre étant royaliste considère qu’il soutient le pouvoir monarchiste. Maistre est pour la hiérarchie et considère l’égalité comme une utopie néfaste. Il fut une référence pour les royalistes. Honoré de Balzac pour qui « les élections étaient un raz de marée de la médiocrité » fut influencé par le penseur savoyard. Finissons par un extrait écrit dans « Considérations sur la France de 1796 ».
« Il y a dans la Révolution française un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra. Il n’y a plus de prêtres, on les a chassés, égorgés, avilis, on les a dépouillés. Et ceux qui ont échappé à la guillotine, aux bûchers, aux poignards, aux fusillades, aux noyades, à la déportation, reçoivent aujourd’hui l’aumône qu’ils donnaient jadis. Les autels sont renversés, on a promené dans les rues des animaux immondes sous des vêtements de pontifes. Les coupes sacrées ont servi à d’abominables orgies. Et sur ces autels que la foi antique environne de chérubins éblouis, on a fait monter des prostituées nues ».
Ernest Renan
Ce Breton particulièrement brillant et doté d’une immense culture fut reçu premier à l’agrégation de philosophie. Pour lui « l’égalité est la plus grande cause d’affaiblissement politique et militaire qu’il y ait ». « Ne comprenant pas l’inégalité des races… la France est amenée à concevoir comme la perfection sociale une sorte de médiocrité universelle »
Citons encore Renan : « s’il a pu être nécessaire à l’existence de la société, l’esclavage a été légitime ; car alors les esclaves ont été les esclaves de l’humanité, esclaves de l’œuvre divine ».
« La nature a fait une race d’ouvriers, c’est la race chinoise… une race de travailleurs de la terre, c’est le nègre… une race de maitres et de soldats, c’est la race européenne ».
« Le Nègre est fait pour servir aux grandes choses voulues et conçues par le Blanc ».
Renan voit dans le christianisme « non la continuation du judaïsme mais bien une réaction contre l’esprit dominant du judaïsme opéré dans le sein du judaïsme lui-même ».
« L’Islam n’est pas tombé sur une terre aussi bonne (l’Europe) a été en somme plus nuisible qu’utile à l’espèce humaine ».
« L’inégalité est le secret du mouvement de l’humanité, le coup de fouet qui fait marcher le monde ». Pour le Breton qui a été professeur au Collège de France « un pays démocratique ne peut être bien gouverné, bien administré, bien commandé ».
De tout ceci on peut dire que Renan en écrivant ne subissait pas la pression du politiquement correct qui nous terrorise de nos jours. L’écrivain conciliait l’amour de la petite patrie, la Bretagne et de la grande, la France. Il finira par accepter la République plus par patriotisme que par conviction. En écrivant « la vie de Jésus », il se braqua contre l’Église catholique. Il étudia « scientifiquement » Jésus et la Bible. Les laïcards de la république érigèrent un monument en son honneur inauguré par le « bouffeur de curés », le petit père Combes. Les catholiques de l’époque considèrent l’événement comme une provocation.
Dans cette confrontation sur l’idée de l’homme, la philosophie des Lumières s’est imposée en France même si le pays a connu quelques soubresauts. Si les écrivains des anti-Lumières ne sont guère étudiés à l’école de la république il reste toujours la littérature dont vont se délecter tous ceux qui n’ont pas le comportement pavlovien de s’agenouiller lorsqu’ils entendent le mot « démocratie ». En France, les deux écrivains de cette mouvance les plus politiques du dernier siècle furent Barrés et Maurras. Lorsque le Lorrain Barrés écrit : « Aux sources les plus intimes du Moi, ce sont les grandes forces issues du passé que l’on se trouve contraint de reconnaître », son historicisme est à l’opposé de la tabula rasa de l’idéologie républicaine. Maurras quant à lui écrira : « La nation est la plus vaste des cercles communautaires qui soit (au temporel) solide et complet. Brisez-le et vous dénudez l’individu… ». Pour le Provençal, la nation n’est pas une somme d’individus mais les constitue. Cette pensée est dans la lignée des anti-Lumières. L’agnostique Maurras considérait que le catholicisme était nécessaire pour unifier la France.
Actuellement notre république est confrontée au multi-culturalisme et vouloir gommer les particularismes culturels et religieux des allogènes comme on l’a fait pour les nationaux semble bien aléatoire. L’école de la république semble bien fragile face par exemple à un Islam conquérant et sans compromis. La grande lessiveuse de l’école républicaine comme le voulait le ministre de l’éducation nationale ne fonctionne plus comme avant.
PATRICE GROS-SUAUDEAU


La Pensée de Heidegger
6 août, 2013, 16:28
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Après Platon, Aristote, Descartes, Kant, Hegel et Husserl, Heidegger est le septième géant de la philosophie. Il fut un créateur de la philosophie. Ses néologismes font partie maintenant de la culture philosophique. Il fut avant tout un philosophe de l’être. Sa distinction essentielle fut celle de la différence entre « être » et « étant » (l’ontologique et l’ontique). Le contexte philosophique et historique qui a vu naître Heidegger était celui du néo-kantisme et de la phénoménologie de Husserl. Le néo-kantisme considérait la physique et les mathématiques comme modèle pour la connaissance. Husserl dans sa déconstruction de la Science fondée sur les mathématiques verra dans l’intuition des essences l’acte cognitif en revenant aux choses mêmes et au monde de la vie. Heidegger reprendra la phénoménologie de Husserl. Il est comme le dira Jean Greisch entré en phénoménologie. Les deux autres philosophes qui influencèrent l’auteur de « Être et Temps » (Sein und Zeit) furent aussi Dilthey et Kierkegaard. Dilthey fut l’initiateur du concept d’historicité. Quant à Kierkegaard il a « explicitement saisi et approfondi de manière pénétrante le problème de l’existence comme problème existentiel ». Le contexte de l’époque de Heidegger fut aussi celui du nihilisme, de l’irrationalisme et de la publication du livre de Spengler : « Le déclin de l’Occident ». Il ne faut pas bien sûr oublier le traumatisme et l’humiliation pour l’Allemagne de la défaite de la première guerre mondiale et la montée du nazisme qui a suivi.
Être et Temps (Sein und Zeit)
Ce livre fut le grand livre du philosophe et l’a fait connaître. Heidegger analyse ce qu’est l’être de l’homme. « L’essence de l’homme est l’existence ». Le philosophe dans l’analytique existentiale décrit les « existentiaux ». L’être de l’homme s’appelle Dasein (être-là).
Les « existentiaux » sont les modes d’existence du dasein. Cette analyse selon Heidegger permettra de connaître l’être puisque seul l’homme peut penser à ce que signifie l’être. « Le penser et l’être sont le même » (Parménide)
Être – au – monde (in – der – welt – sein)
Le monde fait partie de l’être du Dasein. Le Dasein n’est donc pas isolé comme dans l’ego cartésien. L’être à… est l’expression existentiale formelle que désigne l’être du Dasein en tant que celui-ci possède pour constitution essentielle l’être-au-monde ». L’être du Dasein est préoccupé. « C’est parce que l’être-au-monde appartient essentiellement au Dasein que son être vis à vis du monde est essentiellement préoccupation ». Cette vision s’oppose à la vision scientifique du monde et sa soi-disante neutralité. Les choses du monde sont instrumentalisées pour le Dasein. Elles ont une signification pour nous. On a là une critique de l’objectivité. Les choses se manifestent à travers le langage et les signes. « Le signe est ontiquement un instrument qui en tant qu’outil déterminé, fonctionne en même temps comme quelque chose qui manifeste la structure ontologique de l’instrumentalité (Zuhandenheit) de la totalité des renvois et de la mondanéité ».
L’être-jeté
Le dasein se trouve toujours dans une « situation affective ». L’être-dans-le-monde n’est pas corne pour Descartes ou le kantisme un sujet pur. Le monde apparaît avec une certaine disposition : joie, peur, ennui…Il n’y a donc pas de sujet transcendantal. « Ce caractère d’être de l’être-là, caché dans sa provenance et sa destination mais d’autant plus radicalement ouvert en tant que tel, ce « qu’il est » nous l’appelons être-jeté (Geworfenheit) de cet étant dans son là… L’expression être-jeté doit exprimer la facticité de l’être-assigné ». À la différence de Kant et son sujet pur le Dasein est historiquement situé.
L’être – avec – autrui (Mit – sein)
Le Dasein est avec d’autres dasein (Mit-Dasein). Les autres font partie de l’être-là. « Le monde auquel je suis est toujours un monde que je partage avec d’autres, parce que l’être-au-monde est un être-au-monde-avec… Le monde du Dasein est un monde commun. Le Dasein est un être avec autrui. L’être-en-soi intramondain d’autrui est être-avec », « être seul est un mode déficient de l’être-avec ».
Cet être-avec peut se perdre dans la dictature du « on ». Le Dasein n’a plus d’identité propre. Il devient personne. « « On » est un mode d’être de la dépendance et de l’inauthenticité ». Avant de devenir authentique le Dasein est inauthentique immergé dans « on ». « De prime abord, je ne suis pas moi au sens de l’ipséité authentique mais je suis les autres sur le mode du « on ». De prime abord le dasein est On, et le plus souvent il demeure tel… ».
Sentiment de la situation (Befindlichkeit)
La « befindlichkeit » est un existential. La peur en est un par exemple comme la joie. Le Dasein est toujours dans un état affectif.
Un autre existential est le « Verstehen », le comprendre. Le Dasein peut se comprendre. « Le comprendre en tant qu’existential, ce n’est pas « quelque chose », c’est l’être même comme exister ». Le « sens » est aussi un existential. Il fait le discours. « Le discours est existentialement co-originaire avec et le sentiment de situation et le comprendre ».
La déchéance du Dasein
Le Dasein chute dans le bavardage et la curiosité. Il tombe aussi dans l’inauthenticité, l’équivoque et l’ambiguïté : »On » ne fait que répéter ce que tout le monde dit. « Le dasein qui s’en tient au bavardage est en tant qu’être-au-monde coupé de ses rapports ontologiques fondamentaux originels et authentiques avec le monde… ». La «curiosité» n’est pas le comprendre. La déchéance n’a pas une connotation morale puisque c’est un existential.
Heidegger fait des analyses très fines sur le souci et l’angoisse, thèmes kierkegaardiens. « Le souci est l’être du Dasein ».
« La perfection de l’homme, c’est à dire sa capacité de devenir ce qu’il peut être en raison de sa liberté pour ses possibilités inaliénables (de son projet) est l’œuvre du souci ». Le souci constitue donc l’être du Dasein. Quant à l’angoisse elle révèle au Dasein sa solitude. « L’angoisse isole et révèle le Dasein comme solus ipse ».
La Vérité
La conception classique de la vérité est l’adéquation de la proposition et de la chose. Mais cela suppose que l’on connaisse déjà « qu’est » la chose. Cette définition n’est donc pas satisfaisante. Heidegger définit la vérité comme étant un dévoilement. Ce qui implique que le philosophe donne un sens à l’idée de vérité liée à l’être et qu’il ne le définit pas comme une construction. Pour Nietzsche il n’y avait pas de vérité mais une volonté de vérité. Heidegger en reliant être et vérité présuppose un être originaire. S’ouvrir à la chose pour le philosophe est un acte libre. La liberté dispose de l’homme et non pas l’inverse. « L’homme ne possède pas la liberté comme une propriété, c’est plutôt l’inverse qui est vrai : la liberté, l’être-là ek-sistant et dévoilant possède l’homme, et cela si originairement qu’elle seule permet à une humanité d’entrer en rapport avec un étant comme tel dans sa totalité, rapport qui fonde et dessine toute histoire ».
L’être – pour – la – mort
La mort est insurmontable. Elle est « la possibilité de la pure et simple impossibilité de l’être-là ». La mort construit le dasein. Dans notre quotidienneté c’est-à-dire dans la médiocrité et l’inauthenticité, elle nous rend authentique. L’anticipation de la mort fait sortir le dasein du On et fait exister authentiquement l’être-là.
L’être – en – faute
Il y a là une vision de la philosophie morale. La conscience et la culpabilité sont des existentiaux qui fondent l’authenticité et la liberté. L’éthique et la morale présupposent la culpabilité. La culpabilité semble première vis à vis de la morale. Pour Heidegger l’homme est tout d’abord existentialement un être-en-faute et renverse donc la vision de la culpabilité première. « Tout ceci revient à dire : l’être-en-faute ne résulte pas d’une faute commise, c’est au contraire celle-ci qui ne devient possible que sur la base d’un être-en-faute originaire ». Une faute commise fait prendre conscience au dasein de son être-en-faute.
L’art
Heidegger a écrit sur l’art dans la conférence sur l’Origine de l’œuvre d’art. Après avoir critiqué la vision esthétique de l’art, il voit dans l’œuvre d’art la mise en œuvre de la vérité. Un peuple accède à l’histoire par l’art « en tant qu’instauration, l’art est essentiellement historial. Ceci ne signifie pas seulement qu’il a une histoire au sens purement extérieur où, puisqu’il se manifeste au cours des âges à côté de maints autres phénomènes. Il se voit lui aussi sujet à des transformations pour finalement disparaître, offrant ainsi à la science historique des aspects changeants. L’art est histoire en ce sens essentiel qu’il fonde l’histoire ». L’œuvre d’art fait advenir la vérité. L’art fait éclore l’être. La vision heideggérienne sur l’art est proche de celle de Hegel : « Art, religion et philosophie ont ceci de commun que l’esprit fini s’exerce sur un objet absolu, qui est la vérité absolue » (Esthétique, Hegel). À la différence de Platon, Heidegger mettra la poésie au même niveau que la philosophie. Le poète est touché par la grâce de l’être. La poésie fonde l’être par la parole. La poésie est même « le langage primitif d’un peuple historial ». Heidegger sera « embarrassé » par l’art moderne qui n’est plus l’expression d’un peuple. La poésie est le langage par excellence « le langage est la maison de l’être ».
Le temps
Pour Heidegger la vision du temps n’a pas varié depuis Aristote. Quant au temps physique depuis Galilée, il n’a guère changé et sert à mesurer. Pour le philosophe, il y a « coappartenance intime de l’être et du temps ». L’être n’est pas dans le temps mais conçu à partir du temps. « Ma question du temps a été déterminée à partir de la question de l’être ». Heidegger veut aller plus lion que Husserl qui voit dans le temps quelque chose d’intérieur au sujet. Il faut pour Heidegger penser le « sujet » comme temps. La grande nouveauté du philosophe sera non de poser la question : qu’est ce le temps ? mais qui est le temps ? Nous sommes le temps. Le Dasein est le temps. L’être humain n’est pas dans le temps, il est temps. Le temps des physiciens ou objectif est appelé vulgaire. Comme chez Husserl, il y a une unité ekstatique : par le présentifier qui retient et est tendu-vers.
L’Histoire
Pour Heidegger, le fondement de l’histoire c’est la vision existentiale du dasein (être-là) qui possède un sort et un destin. Le Dasein appartient à une communauté (Gemeinschaft). Pourquoi les hommes s’intéressent au passé ? Heidegger utilise le concept d’historialité. Le Dasein est un être-dans-un-monde qui lui donne son historialité. Pour fonder l’historialité, Heidegger utilise trois termes : « héritage », « sort », et « destin ». Il y a « héritage » puisque l’homme est un être-jeté et la compréhension du passé permet la compréhension de nous-mêmes. Le « sort » est la conscience de nos possibilités limitées. Par exemple, le « aléa jacta est » (le sort en est jeté) de Jules César traversant le Rubicon. C’est la résolution des hommes au milieu de leurs possibilités qui les rend capables d’avoir un sort. L’engagement politique d’un individu le relie plus fortement à sa communauté. Le « destin » est lié aux peuples et aux nations. Le destin est le sort d’une nation. L’homme est un être avec d’autres et un être-au-monde-ensemble. Le Dasein se choisit aussi son héros (Held). Il n’existe pas de sujet isolé ou de fait isolé. Il faut un arrière-plan de signification qu’on appelle « monde ». Un fait est historique lorsqu’il a une signification pour l’existence humaine. L’histoire n’existe qu’en ayant une portée existentiale. On ne peut passer sous silence l’engagement politique de Heidegger qui prend un sens dans sa vision de l’histoire. Il y a un pathos de l’historialité qui existe chez tous les philosophes de la tradition conservatrice. Heidegger s’opposait à tous les universaux (humanité, internationale, catholicité…).
Nietzsche
Heidegger fut obsédé par l’œuvre de Nietzsche. Cette obsession est liée au nihilisme. Pour les auteurs traditionnels, le nihilisme venait de la perte des idéaux de la raison, la foi, la moralité. Pour Nietzsche ces valeurs étaient intrinsèquement nihilistes dès leur départ. Heidegger vu en Nietzsche le dernier grand métaphysicien qui a renversé le platonisme. La « réalité sensible », la « vie » et I’ «illusion esthétique » remplacent le monde des idées ou l’arrière-monde chrétien. Nietzsche ne distingue donc pas l’être de l’étant. Le dernier nom de l’histoire de la métaphysique n’est pas Kant ou Hegel mais Nietzsche. Il faut souligner que la confrontation intellectuelle du philosophe avec Nietzsche s’est faite essentiellement en pleine période nazie. L’interprétation heideggérienne de l’auteur de « Ainsi parlait Zarathoustra » a influencé Bataille, Foucault, Derrida…
L’œuvre de Heidegger appartient totalement à la philosophie occidentale. Toute personne ayant la fibre philosophique ne peut ignorer les points de vue heideggériens sur les principaux thèmes de la philosophie. Avoir voulu le censurer en raison de son engagement politique nazi (passager ou non) est un non-sens prôné par quelques obscurs de la pensée vis à vis de celui qui était avant tout un grand technicien de la philosophie. Il a eu une influence considérable sur des auteurs comme Sartre, Lacan, Derrida, Levinas, Foucault…
Ses néologismes appartiennent de nos jours au vocabulaire philosophique. Il aura été plus loin que Husserl dans la déconstruction de la Science, ce dernier ayant encore été prisonnier du projet cartésien et du néo-kantisme.
PATRICE GROS-SUAUDEAU



La philosophie orientale
4 juillet, 2013, 19:03
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Le terme pour certains philosophes occidentaux est une usurpation. Pour Hegel elle n’a représenté que les balbutiements de la philosophie qui ne s’est pleinement épanouie qu’en Occident. Chez Husserl la philosophie n’était qu’européenne, certes non au sens géographique du terme. Quant à Heidegger, pour lui la philosophie orientale n’existe pas. Cela n’a pas empêché certains philosophes comme Schelling (pour l’hindouisme) ou Schopenhauer (pour le bouddhisme) de s’en inspirer.
Cette critique de la philosophie orientale vient essentiellement de son syncrétisme de mythologie, de religiosité et de sagesses… La philosophie occidentale a voulu se couper des mythes et de la religion. Quant aux réflexions sur la sagesse mis à part les Stoïciens et les Épicuriens, ces thèmes seront quasiment absents ou considérés comme « légers » dans la plupart des œuvres philosophiques occidentales postérieures.
L’Orient pour Herder correspondait à la petite enfance, idée que reprendra Hegel.
De par sa diversité et son immensité la philosophie orientale est un gouffre dans lequel les occidentaux peuvent se dissoudre. Elle suscite tous les fantasmes de ceux qui sont en mal d’identité et qui vont s’y noyer comme les jeunes d’Occident dans les années soixante faisant le pèlerinage de Katmandou en confondant la spiritualité indienne et la fumette.
Plus sérieusement il existe des spécialistes de cette pensée comme François Jullien, Roger Pol Droit, Michel Hulin, Augustin Berque…
Le bouddhisme
Cette religion n’est pas la plus ancienne en Asie mais elle est née en Inde pour se répandre dans toute l’Asie avec des variantes. Le bouddhisme a même fait une percée en Occident au XXème siècle. Le bouddhisme est la quatrième religion du monde. Dans cette religion-philosophie le concept de Dieu (ou dieu) n’existe pas. Il n’y a pas non plus de révélation. Le nirvana est un état de sérénité. Il faut anéantir le désir source de souffrance. Le Moi est nié ; il n’est qu’une agrégation de phénomènes conditionnés. La notion de personne n’existe pas. Le bouddhisme enseigne l’impermanence. Tout change, il n’y a rien de permanent. On retrouve chez les Grecs la pensée d’Heraclite. Citons les quatre Nobles Vérités du Bouddhisme :
1- Toute vie est douleur
2- Cette douleur est le produit d’un désir insatisfait
3- Il est possible de mettre fin à la douleur et atteindre le nirvana
4- Il faut suivre la « noble Vérité de l’Octuple Sentier » qui comprend huit chemins. Celui de la pensée juste, du parler juste, de l’action juste, de la compréhension juste, des moyens d’existence justes, de la concentration juste, de l’effort juste, de l’attention juste.
Le bouddhisme est donc aussi une morale.
Lhindouisme
L’indouisme, plus vieille religion du monde, se vit par ses règles. Nous n’allons pas décrire tous les rituels avec notre vision occidentale. L’hindouisme comporte 330 millions de dieux. Les trois divinités principales sont Brahma, le créateur, Shiva le destructeur et Vishnou le conservateur. Une caractéristique de cette religion est la croyance en la réincarnation (la métempsychose).
La «philosophie-religion» hindoue est imprégnée par la tradition et la hiérarchie ; Cette dernière sociologiquement s’exprime par l’existence de castes : les brahmanes, les prêtres, les ksatriyas, les guerriers, les vaisya, les artisans ou commerçants, castes considérées comme pures. Après nous avons les shuda (impurs), les serviteurs. Les intouchables sont hors castes tant ils sont impurs.
La « philosophie » hindoue se trouve dans les Upanishad textes en prose ou en vers (Vllème siècle avant J.C) Les Upanishad dépassent le rite pour une connaissance. Pour un Occidental ces textes ressemblent à de la poésie et/ou une suite d’aphorismes :

« Qui fait confiance au Non-savoir
entre dans la ténèbre aveugle
et dans la ténèbre épaisse
celui-là qui fait confiance au savoir »

Confucius
Mao haïssait Confucius sans doute trop conservateur et parfait représentant de l’ordre ancien. Le confucianisme prône le recours à la tradition pour établir l’harmonie.
Il faut donc le respect du fils à son père, du sujet envers le maître, bref respecter l’ordre établi.
Dans le confucianisme existe une morale traditionnelle « l’honnête homme est exigeant envers soi, l’homme vulgaire est exigeant envers autrui ».
Le corps social dans le confucianisme est hiérarchisé. Il faut avoir une obéissance absolue aux devoirs familiaux quitte à violer la loi générale. Dans le Confucianisme, la réussite sociale exprime la récompense d’une conduite vertueuse. Comme dans le protestantisme le confucianisme ne s’oppose pas au capitalisme.
Mao avait donc de bonnes raisons de le haïr. « L’homme est la mesure de l’homme » selon Confucius. On retrouve Protagoras : « L’homme est la mesure de toute chose »
L’idéal chez le philosophe chinois du juste milieu rejoint celui d’Aristote. Les anciens Grecs sont bien sur postérieurs à Confucius.
Qu’est ce qu’un occidental peut retirer dans la philosophie orientale une fois dépassé l’attrait de l’exotisme ? La lire comme de la poésie emprunte de religiosité. La philosophie orientale est peu spéculative et peu conceptuelle comparée à la philosophie occidentale. Le respect de la parole du maître est omniprésent. C’est l’acceptation de l’ordre existant jusqu’au fatalisme qu’il soit celui de la nature ou de la société. Les sagesses de la Grèce antique comme celles de Stoïciens ou Épicuriens semblables à celles de l’Orient ne sont pas un summum de la philosophie occidentale. Elles peuvent toujours être étudiées par des érudits pour qui c’est le métier de valoriser leur sujet d’étude.
La pensée orientale, donc très liée aux religions, a été un rempart puissant mais pas totalement hermétique aux religions venues d’ailleurs comme le christianisme et surtout l’Islam qui s’est implanté en Inde et même en Chine (Les Ouïgours). L’Occident s’est surtout exporté avec son commerce, sa science, sa technique et même ses philosophes a-religieux (Nietzsche a eu du succès en Chine). Les Occidentaux en mal de spiritualité ne font que chercher des réponses dans un Orient fantasmé et construit par eux.
PATRICE GROS-SUAUDEAU



La Théorie du Genre
18 juin, 2013, 16:14
Classé dans : éducation et enseignement,plus ou moins philo

« On ne naît pas femme on le devient ». Cette sentence de Simone de Beauvoir possède sans qu’elle s’en soit aperçue un fond machiste puisque l’arrière plan, la référence consistaient dans le fait d’être un homme. Elle n’a pas écrit : « on ne naît pas homme on le devient ». Cette phrase fut pourtant le résumé d’une pensée féministe, rebattue jusqu’à l’excès et dont tout le monde (homme inclus) a plus ou moins assimilé les idées essentielles. Le féminisme en dépit de Simone de Beauvoir était essentialiste. La femme était « femme ». Le combat se situait pour « l’égalité » avec les hommes.
Toute pensée ne contrôle pas ses prolongements. La théorie du genre en est un, qui parfois se coupe complètement du féminisme. Elle a été théorisée par une ultra-minorité qui doute de son genre (masculin-féminin) et veut imposer ce doute à l’ensemble de la société. La théorie du genre n’est pas une défense de l’homosexualité et va infiniment plus loin même si le fait d’être homosexuel est inclus dans cette théorie. Le cœur de cette théorie consiste tout simplement à casser le monde binaire (homme-femme) dans lequel nous avons toujours vécu et qui est défendu par les religions monothéistes dont bien sur le christianisme.
Si l’on étudie la théorie du genre dans un manuel du principal syndicat d’enseignants, on lit avec un style très lourd propre parfois au monde enseignant : « une possibilité de repenser les identités en dehors des cadres normatifs d’une société envisageant la sexuation comme constitutive d’un clivage binaire entre les humains, ce clivage étant basé sur l’idée de la complémentarité dans la différence et censé s’actualiser principalement par le couple hétérosexuel… ».
Il y a quelques termes clés dans cette phrase choc, comme détruire la norme. Dans une société il y a toujours des normes et l’on ne fait qu’en remplacer certaines par d’autres. Une minorité voudrait imposer ses nouvelles normes à la majorité. La pensée à abattre se trouve dans la représentation binaire homme-femme.
Il y a certes des hommes ayant moins de testostérone que la moyenne et des femmes en ayant plus, mais cela n’empêche pas l’immense majorité à éprouver un sentiment d’appartenance à l’un des deux sexes. On pourrait penser qu’une société à intérêt à favoriser l’hétérosexualité pour sa reproduction. Ce schéma semble méprisable pour la théorie du genre qui veut le classer comme un possible parmi d’autres.
Le mariage pour tous doit donc être pensé comme une avancée pour cette théorie du genre. On passe ainsi pas à pas du PACS, au mariage pour tous et ainsi de suite déconstruire toutes nos représentations mentales sur lesquelles s’est construite la société. Chaque nouvelle « avancée » qui ne semble qu’un élément participe ainsi à une construction plus vaste.
La droite au pouvoir comme à son habitude ne fera comme pour le PACS qu’entériner ce qu’a voté la gauche, la droite étant devenue dans les faits une moindre gauche sur le plan sociétal. Si l’on continue la rhétorique de la théorie du genre on lit : « Le genre n’est pas seulement un rapport de domination des hommes sur les femmes. Il est aussi un ordre normatif qui sanctionne les transgressions (par exemple les hommes dits « efféminés » les femmes dites « masculines », les personnes transgenres)... ».
La théorie du genre voit bien sur une domination des uns sur les autres aussi bien dans la vie civile que dans les rapports sexuels. Il faudrait de plus combattre la valorisation de la virilité comme on le voit par exemple dans les westerns (cow-boy barraqué, mal rasé, visage dur…) ou de la féminité où les actrices de cinéma paraissent très femme et même très « femelle ». Ce programme semble donc immense puisqu’il faudrait faire un autodafé d’une grande partie des œuvres cinématographiques, mettre Brigitte Bardot aux oubliettes.
Cette théorie fut développée dans les années 50 aux États-Unis par certains sociologues. La French theory avec Foucault et Derrida a voulu construire un homme hors de la pression sociétale et comme s’il n’existait aucun déterminisme lié au sexe biologique.
Les hommes pourtant sont en moyenne plus grands, plus lourds et possèdent plus de testostérone qui provoque l’agressivité, développe la musculature…
Tout cela joue sur le cerveau. Pour la théorie du genre nous ne serions que culture. Nous somme en pleine métaphysique.
L’Occident pré-chrétien
Nous n’allons pas détailler les pratiques homosexuelles qui ont existé dans l’Antiquité chez les Grecs avec nos schémas mentaux. Maurice Sartre dans le livre « La Grèce ancienne » en a fait une bonne description. Globalement il y avait plus qu’une tolérance pour l’homosexualité dans certains milieux. Mais existait le plus grand mépris pour l’homosexualité passive ce qu’on retrouvera à Rome. On disait de Jules César qu’il était un mari pour toutes les femmes et une femme pour tous les maris. On a donc un cas célèbre de bisexualité.
L’homosexualité passive n’était pas digne d’un Romain qui devait être un dominant. Un maître qui possédait des esclaves avait un droit sexuel sur eux, hommes ou femmes. Chez les Gaulois, l’homosexualité n’était pas un tabou. Les catégories mentales sur la sexualité n’étaient donc pas les mêmes avant l’arrivée du christianisme.
La vision chrétienne de la théorie du genre
Dans la théorie du genre il y a le refus de l’inné, c’est à dire une négation du corps. Le christianisme accepte le donné du corps et voit entre les deux sexes « biologiques » une complémentarité. Il y a aussi une influence culturelle qui ne peut être niée. Souvent elle ne fait qu’accentuer plutôt que contrer. Selon Benoît XVI « il y a un langage du corps que l’homme et la femme n’ont pas créé, un éros enraciné dans leur nature, qui les invite à se recevoir mutuellement par le créateur, pour pouvoir se donner ». Cette vision de l’homme et de la femme dépasse même largement le christianisme en Occident, si l’on relit par exemple les contes celtiques où l’amour entre un homme et une femme est célébré au plus haut point sans références religieuses.
Quant à l’homosexualité il faut reconnaître que la Bible l’a condamnée sans équivoque. « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme, c’est une abomination » (Lévitique, ch 18-22). « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort ; leur sang retombera sur eux » (Lévitique, ch 20-13).
Le judéo-christianisme a donc imprégné la loi réprimant l’homosexualité pendant des siècles. Cela est incontestable. Une société pour se reproduire a intérêt à favoriser l’hétérosexualité. L’idée de complémentarité entre l’homme et la femme se retrouve dans le christianisme, idée que combattra la nouvelle vision du genre.
La théorie du genre est agressive car elle touche à l’intime c’est à dire notre orientation sexuelle. Elle veut bousculer notre civilisation et même la transformer, certains diront la détruire. Elle veut agir sur les individus, ceci étant décidé par une minorité aux pratiques sexuelles qui ne sont pas celles de la majorité comme Michel Foucault qui allait se faire s… par des noirs dans des bordels américains. Elle est d’autant plus agressive qu’elle veut être enseignée à l’école pour être perçue comme un savoir de vérité. Le slogan « les enfants appartiennent à la famille et non à l’état » est tout aussi stupide car les enfants vivent en société et il existe toujours une interaction entre la famille, l’état et la société. La théorie du genre touchant à l’intime, sa place n’est donc pas à l’école des mineurs. Il n’y a pas de vérité officielle sur la sexualité, une vérité d’État. La famille constitue encore un pilier de notre civilisation même si sa forme parfois change. Le cri de Gide dans les nourritures terrestres « Familles, je vous hais, foyers clos, portes refermées, possessions jalouses du bonheur » était celui d’un homosexuel. Cette orientation sexuelle (acceptée de nos jours par la loi) représente 5% des individus. La famille reste le premier lieu de la socialisation.
PATRICE GROS-SUAUDEAU



LA LOI DU 3 JANVIER 1973
4 juin, 2013, 10:57
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À travers cette loi on peut analyser ce qu’est la création monétaire. Globalement il y avait deux sortes de création monétaire : celle de la banque centrale, c’est à dire la Banque de France et celle des banques privées. Le prix Nobel d’économie Maurice Allais considérait que créer de la monnaie par les banques privées était du même ordre que celle des faux-monnayeurs ; la différence étant dans les bénéficiaires. L’État pouvait lorsqu’il le désirait emprunter directement à la banque centrale à taux 0% ou même bénéficier d’une création monétaire ex nihilo. Pendant les trente glorieuses grosso-modo cela s’est passé ainsi. Les budgets n’étaient pas déficitaires puisqu’il y avait toujours la possibilité du financement par la banque centrale. Cette création monétaire bénéficiait à l’ensemble de la collectivité, c’est à dire ni aux faux-monnayeurs, ni aux banques privées. Pendant une période de forte croissance on ne peut même pas dire que cette monnaie supplémentaire ait été inflationniste. Elle n’était que de l’huile supplémentaire pour faire fonctionner l’économie.
La loi du 3 janvier 1973 dite loi Pompidou-Giscard, ou plus sournoisement appelée loi Rothschild pour faire rappeler que Pompidou avait été directeur de la banque Rothschild et servait les intérêts des banques privées (ses anciens maîtres), a mis fin à tout ceci.
Elle a obligé l’État à emprunter auprès des banques privées et marchés financiers et non directement à la banque de France.
Ce qui avec des taux d’intérêt intéressants était avantageux pour les créanciers mais beaucoup moins pour l’État français. On a donc ainsi amorcé une dette qui n’en finira pas de gonfler.
Cette loi a bien sur considérablement rabaissé les prérogatives de l’État français et donc de la France qui s’est construite historiquement autour d’un État. Pour certains politiques et économistes, cette loi en plus d’un cadeau aux banques privées traduisait un esprit libéral, anti-national, pro-européen plus ou moins masqué. L’État n’avait plus ce rôle de réconciliateur des classes sociales au sens hégélien du terme, gestionnaire des contradictions de la société civile. Il avait l’outil surpuissant de la monnaie gratuite qui avait un rôle redistributif. La loi du « janvier 1973 a été retranscrite à l’article 104 du traité de Maastricht 1992.
Le traité de Lisbonne voté par le parlement et non par le peuple français écrit article 123 « Il est interdit à la banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées « banques centrales nationales » d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe auprès d’eux par la banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite ».
La France a déjà payé plus de 1400 milliards d’Euros d’intérêts qui auraient pu servir à d’autres choses. La dette de la France est devenue le tonneau des Danaïdes créé au départ par une loi imbécile. Pour certains comme Emmanuel Todd, la dette n’est pas légitime et doit être supprimée tout comme la loi du 3 janvier 1973 mais comme elle est inscrite au traité de Maastricht (article 104) puis au traité de Lisbonne (article 123) cela oblige à sortir de l’EURO.
PATRICE GROS-SUAUDEAU – Statisticien économiste



Le plaisir
14 mai, 2013, 10:46
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Ce mot pour certains est encore difficile à assumer après plus de deux mille ans de judéo-christianisme. Il est encore associé au péché. Des expressions populaires sont mêmes restées : « femme honnête n’a pas de plaisir ».
En dehors même du plaisir sexuel on éprouve une certaine pudeur a montrer trop de « contentement » en public que ce soit pour un plaisir dégustatif ou autre. La société, l’éducation nous ont appris la retenue. La chanson de Michel Sardou dans les années 70′ : « Mourir de plaisir » a choqué une France encore conservatrice sur le plan des mœurs ce qui était le but recherché. L’évolution dans ce domaine a été fulgurante si l’on s’en tient par exemple aux magazines féminins où le droit au plaisir est quasiment devenu un devoir. La pression sociale a changé. Une vie sexuelle « épanouie » est devenue une obligation. Le plaisir ne se limite pas bien sur à celui de la chair. Si l’on en donne une définition générale : le plaisir est une sensation agréable qu’un individu éprouve. On l’associe à son opposé la douleur. Si le désir présuppose la possession de quelque chose (aliment, bien, service, partenaire sexuel…) lorsque la douleur arrive, on cherche à s’en débarrasser (en dehors du cas de masochisme). Le plaisir peut être créé de façon artificielle par l’usage de drogues ou médicaments (morphine…).

Les Grecs
L’hédonisme est la philosophie pour laquelle la vie doit être orientée vers tous les plaisirs sans exclusion. Cela peut aller bien sur jusqu’à l’excès. Le plaisir peut être celui d’une conversation, plaisir de la chère ou de la chair, de boire ainsi que le plaisir plus raffiné de goûter des œuvres d’art. L’hédonisme peut donc aller jusqu’à l’enivrement ou l’oubli de soi dans une vie de plaisir. Il consiste aussi à éviter toute douleur physique ou morale, comme ne pas être rabaissé ou humilié, fuir les importuns. La recherche du plaisir s’accompagne donc d’une fuite de la douleur. Cette philosophie imprègne de nombreux Occidentaux actuellement.
L’épicurisme peut être envisagé comme une sorte d’hédonisme modéré. L’excès de plaisir pouvant être nuisible pour le corps il faut donc éviter une débauche de plaisir. Si une vie de plaisir doit durer il faut donc compter et mesurer ses plaisirs.
« Nous disons que le plaisir est le principe et la fin de la vie bienheureuse. Car c’est lui que nous avons reconnu comme le bien premier et connaturel, c’est en lui que nous trouvons le principe de tout choix et de tout refus, et c’est à lui que nous aboutissons en jugeant tout bien d’après l’affection comme critère… » (Epicure).
« Quand donc nous disons que le plaisir est la fin, nous ne parlons pas des plaisirs des gens dissolus et de ceux qui résident dans la jouissance, comme le croient certains qui ignorent la doctrine, ou ne lui donnent pas leur accord ou l’interprètent mal, mais de fait pour le corps, de ne pas souffrir, pour l’âme, de n’être pas troublée ».
-    Pour les stoïciens le plaisir n’est pas un bien « il y a des plaisirs honteux, et rien de ce qui est honteux n’est un bien ». Le seul bien
est d’avoir une vie morale.

Schopenhauer- le Bouddhisme
L’homme évolue entre la souffrance et l’ennui. Le plaisir est négatif car il fait simplement cesser une souffrance, celle liée au désir. Le plaisir libère d’une tension. Il y a chez le philosophe une vision pessimiste de la vie et une influence bouddhique. Dans le bouddhisme ce qui peut paraître agréable à nous peut-être la souffrance d’autrui. Un plaisir peut être lié à l’appauvrissement des autres ; On éprouve aussi l’angoisse de perdre un plaisir ; Les plaisirs sont souvent aussi accompagnés de désagréments. Quant aux plaisirs du corps, pour le bouddhisme ils sont vulgaires et dans l’instant. Cette philosophie-religion prône donc l’ascèse : refus des désirs, pauvreté, célibat, non violence, compassion, pitié…Il y a aussi dans le bouddhisme un mépris du corps et des sens. En plus d’enseigner de n’être rien, le bouddhisme n’enseigne donc pas la joie.

Le plaisir dans le christianisme
Le plaisir est péché. Saint Thomas d’Aquin dit explicitement que la sexualité n’est pas péché mais le devient si l’on éprouve du plaisir.
Cette pensée perdurera longtemps dans les pays christianisés. Nous en supportons quoi qu’on en dise encore le poids.
Néanmoins on ne trouve ni dans la Bible, ni dans l’Évangile une condamnation du plaisir. Cela vient des pères de l’Église en l’occurrence et tout d’abord Saint Augustin qui avait connu les plaisirs de la chair. Les relations sexuelles doivent exister uniquement dans le but de la procréation. Son inspiration plus que dans la bible et l’Évangile se trouvera chez les Stoïciens « ce qu’on refuse aux joies de la chair est autant de gagné pour les joies de l’esprit ». Chez Saint Augustin les femmes doivent être soumises aux hommes. L’on retrouve la peur et le mépris de la femme source de faute depuis Eve. Ceci a considérablement influencé la morale sexuelle de l’Église catholique devenue aussi la morale « bourgeoise ». On retrouve cette morale puritaine chez les protestants.

Sade
Chez le divin marquis, dans la recherche du plaisir il y a absence totale de tabous et de morale. Les limites du désir et du plaisir sont imposées par la société dont fait fi Sade. Dans ses livres, la bienséance, la morale, l’altruisme, et le respect de l’autre sont totalement absents. La philosophie de Sade peut se résumer ainsi : La vertu est triste et sans imagination, le vice est imaginatif et donne des jouissances infinies. Napoléon verra dans le livre « Justine » : « le livre le plus abominable qu’ait engendré l’imagination la plus dépravée ». Sade ira à Charenton chez les fous. Avec Sade, on a appris que le plaisir sexuel n’est pas fait que de bonté. Il y a aussi l’humiliation de l’autre, le sadisme, la destruction, le supplice, parfois même la mort. Eros et Thanatos parfois ne font qu’un.

Freud – Reich – Marcuse
Pour la psychanalyse la recherche du plaisir est le but de notre vie. On retrouve l’hédonisme. On a ici le principe de plaisir. Mais ce principe est contrarié par le principe de réalité. De la même façon il y a lutte entre le ça, c’est à dire les pulsions qui recherchent le plaisir à tout prix et le surmoi dans lequel l’homme a intériorisé tous les interdits qu’ils soient moraux ou institutionnels. L’éducation cherche à surmonter le principe de plaisir pour installer le principe de réalité. Ce qui caractérise Freud est la non politisation de son discours sur la sexualité même si fatalement son analyse a des prolongements politiques.
Reich et Marcuse politiseront la psychanalyse pour fonder ce qu’on a appelé le freudo-marxisme. Reich reliera les interdits de la morale sexuelle à la répression du système économique, capitaliste en particulier. Le patriarcat et la monogamie engendrent la répression sexuelle selon l’auteur. Pour Freud la répression des instincts, donc du plaisir était nécessaire pour aboutir à la civilisation. Marcuse veut sortir de la société répressive. Le principe de réalité ne doit plus étouffer le principe de plaisir. Si Reich analysait la répression, Marcuse veut établir une société non répressive. L’utilisation de la psychanalyse doit être faite dans une finalité libératoire. Cette libération est celle d’un mouvement collectif. Cette pensée se résume par le slogan certes réducteur : « Jouir sans entraves ».

Nietzsche
Le philosophe a analysé la jouissance ou le plaisir que procure la souffrance d’autrui. Plus l’homme est d’une extraction sociale basse, plus il jouit à faire souffrir car il s’octroie ainsi le droit des maîtres. La souffrance des autres dans l’Histoire a souvent été organisée comme une fête. L’Empire romain l’a illustrée. On peut penser que c’était la caractéristique de l’humanité d’avant mais pour Nietzsche la cruauté est essentielle à la vie. L’éducation nous a appris à avoir honte de ce sentiment, mais en période de guerre toutes nos soupapes morales peuvent sauter.
L’analyse du plaisir avec tous ses prolongements n’est pas sans risques. Quand on observe tous nos instincts les plus obscurs (selon la morale) cela peut faire frémir. Si Nietzsche n’a fait que des analyses de philosophe, Sade au cours de sa vie a laissé libre cours à ses pulsions. Le plaisir présenté comme un but à atteindre par un psychanalyste comme Reich ou un philosophe comme Marcuse peut avoir une toute autre signification.
Doit-il y avoir une norme dans le plaisir ? Notre société permissive accepte de plus en plus les déviances. La morale chrétienne ou la morale kantienne semblent mises à mal. Faire souffrir même avec consentement doit-il être prohibé ? En tous cas la libération totale
de nos pulsions restera un mythe. En temps de paix, le principe de réalité s’impose encore.
PATRICE GROS-SUAUDEAU


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