La politique en textes !

L’Opinion
30 avril, 2013, 17:28
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L’opinion, la doxa en grec, s’oppose aux deux autres façons de penser à celle de la science (epistemé) et celle de la philosophie. Elle est considérée comme un savoir malpropre donc méprisée. Elle peut passer pour être l’expression d’une subjectivité alors qu’elle ne fait souvent que répéter ce que dit un groupe social, la collectivité….L’opinion a pourtant son mode de fonctionnement venant de la tradition, des mythes, de la religion, d’une mentalité collective.
Elle est sociologiquement celle de la masse ou du peuple par opposition à « ceux qui savent », les experts, les diplômés, ceux qui ont fait des études. Elle exprime un rapport social.
Les élites ont donc le plus grand mépris pour ceux qui ne savent pas et ne font que répéter l’opinion du peuple, c’est à dire celle du café du commerce.
Dans les sondages ont met souvent en exergue la catégorie des diplômés et celle des non diplômés.
L « opinion » des non diplômés étant présentée de façon plus ou moins sournoise comme celle de la bêtise, des incultes. On trouve souvent l’expression « plus les personnes sont diplômées, plus elles pensent ceci », ce qui sous-entend que la pensée contraire (ou différente) est celle des imbéciles. Bref l’opinion serait à l’opposé d’un savoir « vrai ».
La destruction de l’opinion par la philosophie
La philosophie s’est construite contre l’opinion. Dans la République Platon s’attaque à l’homme de l’opinion qui est un aveugle, un prisonnier, un malade. Toute l’histoire de la philosophie est liée à une dévalorisation de l’opinion. Si pour certains toutes les opinions se valent Platon rétorque que si toute opinion est vraie alors on a aussi l’opinion que l’opinion est fausse.
On retrouvera cette condamnation chez Bachelard dans la formation de l’esprit scientifique : « la science, dans son besoin d’achèvement comme dans son principe, s’oppose absolument à l’opinion. S’il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l’opinion, c’est pour d’autres raisons que celles qui fondent l’opinion ; de sorte que l’opinion a en droit, toujours tort. L’opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s’interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l’opinion : il faut d’abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter ». On a là de façon presque caricaturale le point de vue de la Science qui rejoint celui de la philosophie avec Descartes dans le discours de la méthode lorsqu’il énonce les quatre principes de la méthode : « le premier étant de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connaisse évidemment être telle… ». Ce principe s’oppose bien sur à l’opinion comme à la tradition et l’autorité.
Husserl où la doxa réhabilitée
Face à la science, la doxa était honteuse. La doxa n’était qu’une somme de lieux communs (qui dort dîne…) ou de préjugés. Avec Socrate et son questionnement et l’élève Platon, la raison s’est construite jusqu’au système cartésien. L’opinion était fondée sur le quotidien de l’existence. Husserl a vu dans la doxa le monde de la vie premier. La doxa est donc réhabilité comme ce qui nous donne les premières explications de notre vécu. Le monde de la quotidienneté n’a en général que faire de la version scientifique du monde. Quand j’ai chaud je n’ai pas besoin de connaître la thermodynamique.
La doxa pour Husserl a fondé les constructions postérieures de la Science. Mais la science n’a fait que désenchanter le monde premier de la quotidienneté. Elle a substitué des constructions logiques faites d’idéalités au monde de la vie. On peut dire que la phénoménologie à la différence de la Science a redonné sa place à la doxa.
Heidegger
Pour le philosophe I’ « être-jeté » est l’affectivité du Dasein (être-là). Le Dasein est dans la quotidienneté c’est à dire qu’il se trouve dans un contexte historico-social. L’être-là est un « être-avec » donc il comprend le monde selon l’opinion de tous ce que Heidegger appelle le « on » anonyme. « On » se scandalise comme tout le monde. L’opinion du Dasein ne fait que partager l’opinion commune.
Le philosophe parlera de dictature du « on ». L’existence est à l’origine inauthentique. L’être-là ne peut jamais se soustraire à cette interprétation quotidienne dans laquelle il a d’abord grandi. C’est en elle, à partir d’elle et contre elle que s’accomplit toute compréhension authentique. Heidegger comme Husserl réhabilite la doxa comme compréhension originaire.
L’authenticité consiste à sortir de l’opinion commune. Le monde du « on » est une pré-compréhension.
L’opinion chez Heidegger s’appelle aussi bavardage qui parle de tout. Le Dasein pour être authentique doit se détacher du « on ».
À partir de l’opinion on retrouve la problématique de la vérité et de sa construction, L’homme a souvent la fatuité de croire que « son » opinion vient de lui alors qu’elle n’est que le produit de son milieu social, de l’école, de la société, des médias, des faiseurs d’opinion…
Notre société est ambivalente car elle se veut technico-scientifique donc ne donnant de valeur qu’à la science et dans le même temps par ses sondages incessants elle donne une valeur immense à l’opinion publique où toutes les opinions se valent de l’imbécile ou « savant », ce terme maintenant comprenant par exemple des prix Nobel ou autres.
Si l’opinion en mathématiques n’a guère de sens elle refait son apparition même dans des domaines comme la Science, la physique où il existe différentes interprétations et la biologie.
L’opinion politique étant une conviction elle paraît donc hors du vrai ou du faux. Cette « opinion » politique se retrouve pourtant dans ce qu’on appelle les « sciences humaines ».
L’opinion comme toute connaissance â sa part de métaphysique.
PATRICE GROS-SUAUDEAU



DSK-Cahuzac-Sarkosy
30 avril, 2013, 12:58
Classé dans : économie et finance,politique politicienne

Les petites gens croient toujours que ceux qui ont des responsabilités importantes ont une vie privée culturelle intense en accord avec leur charge. Qu’ils passent leurs soirées à des concerts de musique classique ou à l’opéra. Au cours de dîners mondains ils abordent de façon passionnée toutes les grandes questions économiques, philosophiques et politiques se posant à l’humanité. On se demandait souvent pourquoi DSK n’avait pas de vie mondaine à Washington. Avec l’affaire du Carlton on a appris que DSK avait mieux à faire qu’aller faire le baise-main à de vieilles américaines aux lourds colliers de diamant.
Quand j’étais en terminale C (qui n’existe plus), mon professeur de mathématiques répondait quand un élève posait une question : « c’est une question de terminologie ». Pour qualifier Strauss-Kahn on a eu beaucoup de terminologie. Pour ceux de sa communauté c’était un séducteur. Pour les autres moins indulgents, c’était un vicelard ou un détraqué sexuel. Quand aux féministes elles ont surtout vu un salopard. Les mots comme toujours n’expriment qu’une subjectivité.
On a souvent reproché à Cahuzac d’avoir de mauvaises fréquentations politiques surtout celles qu’on qualifie « d’extrême droite ». Pourtant il n’y avait rien de plus social et tolérant chez cet homme qui relativisait l’idée de vérité en politique. Pourquoi avoir toujours la mentalité d’être en guerre civile avec des gens qui pensent différemment ? Plus sérieusement, l’argent transcende les clivages politiques. Pour paraphraser Shakespeare l’argent ouvre toutes les portes de droite comme de gauche. Ou avait-il compris intuitivement cette sentence de Nietzsche : « les convictions sont des prisons ».
Avec Cahuzac le mensonge ne sera plus ce qu’il était comme au temps de Chirac où il suffisait de passer à la télé et de dire « pschitt » ou « abracadabrantesque » pour faire taire la polémique et stopper toute enquête. L’époque en politique où l’on mentait « droit dans les yeux » n’est peut-être pas terminée, mais a pris un peu de plomb dans l’aile. Sarkosy avec les affaires Bettencourt, Karachi, le financement par la Lybie et le Quatar devra en dire plus que Chirac pour convaincre.
PATRICE GROS-SUAUDEAU



Le Chaos
16 avril, 2013, 16:01
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Le mot est grec à l’origine. Il signifie faille, béance. Le chaos précède l’origine du monde.
« Au commencement fut le chaos… ». Il était une matière sans forme avant la création de la Terre.
En politique, on l’associe au désordre. En mai 68, le général de Gaulle utilisait pour le mot chaos le terme chienlit. Kant dans sa vision de la morale définit le mal de façon universelle ainsi : « est mal ce qui crée le chaos si chacun agit de la même façon ».
De nos jours, on ne peut plus utiliser ce terme sans faire référence à la théorie du chaos.
•    La théorie du chaos
Née dans les années 70, elle a été une nouvelle composante de la physique après la relativité et la mécanique quantique.
À la fin du XIXème siècle, Poincaré avait déjà étudié ou plutôt abordé la question de la sensibilité aux conditions initiales avec son étude sur le problème à N corps (N> 3). Le problème à 3 corps consiste à l’étude du mouvement gravitationnel avec par exemple le système Soleil-Terre-Lune. Se pose alors la question de la stabilité. Un corps peut en percuter un autre ou une planète pourrait sortir du système solaire. On n’est plus dans la prévisibilité déterministe de Laplace. Le mouvement des planètes n’est plus réglé comme une horloge comme le laissait supposer la mécanique classique. On appelait Dieu le grand Horloger. Il fallait accepter l’idée d’indétermination. Trouver des lois de probabilités, c’est déjà mettre de l’ordre dans le désordre. Le chaos est sans lois de probabilités.
On introduit dans cette théorie du chaos le temps caractéristique : temps au bout duquel les écarts sont multipliés par dix dus à des modifications initiales.
Le mouvement des planètes de notre système suivant les calculs de Jacques Laskar est chaotique. La théorie du chaos enseigne aussi que la Terre sans la Lune pourrait même se trouver couchée sur sa trajectoire. Notre système est complet. Une autre planète le déstabiliserait.
•    La météorologie
La théorie du chaos avec comme application la météorologie a gagné en notoriété. Le nombre de facteurs intervenant est très grand. On relie toutes les variables par des équations connues et classiques comme les lois des gaz parfaits et les équations de Navier-Stokes (lois d’écoulement pour la mécanique des fluides). Edouard Lorenz a construit un modèle à douze variables. Il s’aperçut que les évolutions diffèrent avec des conditions initiales très proches. La météorologie est donc un système chaotique. Les conditions initiales variant parfois de façon infime donnent des évolutions très divergentes au bout d’un certain temps, ce qu’on a appelé plus communément l’effet papillon.
•    L’attracteur de Lorenz
C’est un système de trois variables soumises à trois équations différentielles. Le système est représenté par un point dans l’espace à trois dimensions. L’évolution du système en fonction des données initiales est déterminée par les équations de Lorenz.
La trajectoire s’enroule autour de deux anses, l’une puis l’autre de façon aléatoire sans que l’on puisse prévoir laquelle des deux anses.
Les trajectoires, quelles que soient les conditions initiales, vont vers une région limitée de l’espace.
Il y a donc à la fois hasard et nécessité.
•    Application de la théorie du chaos à un modèle de population
On utilise la notion de suite pour ceux qui connaissent un peu les mathématiques.
La population est donnée à un instant n en fonction de la population à l’instant n-1.
Un = 4a Un-1 (1- Un-1)
Pour des situations initiales très peu différentes, les évolutions divergent fortement. On a donc affaire à un système chaotique.
Pour des valeurs de a différentes, les courbes sont aussi très différentes.
La théorie du chaos, comme tout domaine de la physique, fait appel aux mathématiques. Elle s’est considérablement développée avec l’apparition des ordinateurs qui ont permis des simulations.
Elle rassemble une somme de résultats mathématiques.
En reprenant les modèles mathématiques de la physique établie, la théorie du chaos constate l’instabilité par rapport aux conditions initiales et l’existence d’attracteurs. On sort du pur déterminisme laplacien. Il y a de l’imprévisibilité. Ce déterminisme avait été appuyé par le théorème de Cauchy-Lipchitz qui énonçait une trajectoire bien établie une fois les conditions initiales données. Il existe de plus un temps T aux bornes de prévision. Au-delà de ce temps, on ne peut plus rien prévoir. Ce temps s’appelle temps caractéristique ou horizon de Lyapaunov. Cette théorie s’est développée grâce bien sûr à des modèles qu’on a pu faire tourner sur des ordinateurs de plus en plus puissants.
Le Chaos en dehors de la théorie du chaos
La théorie du chaos a imposé sa conception du chaos, mais nous allons voir chez Nietzsche une version du chaos hors de la physique.
« Il faut encore avoir du chaos en soi pour pouvoir enfanter une étoile qui danse » (FN).
Le chaos est propice à la création artistique. Le bouillonnement intérieur est la condition d’une gestation. C’est la genèse d’une œuvre. Le petit employé de bureau « bien ordonné » ne produira jamais rien.
« Le préjugé foncier est de croire que l’ordre, la clarté, la méthode doivent tenir à l’être vrai des choses, alors qu’au contraire, le désordre, le chaos, l’imprévu n’apparaissent que dans un monde faux ou insuffisamment connu, bref, sont une erreur ; c’est là un préjugé moral, qui vient de ce que l’homme sincère, digne de confiance, est un homme d’ordre, de principes et a coutume d’être somme toute, un être prévisible et pédantesque. Mais il est tout à fait impossible de démonter que « l’en soi » des choses se comporte selon cette définition du fonctionnaire modèle ».
Il est certain que parfois l’éducation des enfants est un étouffoir de l’imagination et de la créativité. Une réflexion souvent entendue de la part des parents et professeurs : « Il faut les cadrer ».
Ce n’est que la mise en place de l’ordre qui stérilise. Trop d’interdits non seulement créent des névroses, mais empêchent toute création.
Patrice GROS-SUAUDEAU



La Métaphysique
27 mars, 2013, 12:15
Classé dans : plus ou moins philo

Qu’est-ce que la métaphysique ? Le mot a été utilisé pour désigner une partie de l’œuvre d’Aristote. La métaphysique est la « science » de la réalité la plus haute de l’Être en tant qu’Être. On appelle aussi métaphysique toute connaissance au delà du sensible. « Il y a une science qui étudie l’Être en tant qu’Être et les attributs qui lui appartiennent essentiellement. Elle ne se confond avec aucune des sciences dites particulières » (Aristote, Métaphysique).
Tous les grands philosophes du passé de Platon à Spinoza ont voulu donner une explication métaphysique du monde. En général le monde sensible est mensonger et nous trompe. Pour Platon le vrai monde est celui des idées. Il existe des idées éternelles. Au XVIIIème siècle avec Kant, la métaphysique a pris une connotation négative. L’esprit anti-métaphysique s’est développé de pair avec les sciences expérimentales. Kant a pris acte de l’impuissance métaphysique. Nous avons des intuitions sensibles à partir des formes a priori de ma perception espace et temps. On ne peut connaître l’âme ou Dieu : concepts métaphysiques. Il n’existe que des phénomènes et non des noumènes. La métaphysique qui veut sortir de la sphère phénoménale est une illusion. « La colombe légère, qui dans son libre vol, fend l’air dont elle sent la résistance, pourrait s’imaginer qu’elle volerait bien mieux encore dans le vide. C’est ainsi que Platon, quittant le monde sensible, se hasarda sur les ailes des idées, dans les espaces vides de l’entendement pur. Il ne s’apercevait pas que, malgré tous ses efforts il ne faisait aucun chemin parce qu’il n’avait pas de point d’appui » (Kant, Critique de la raison pure). Malgré toutes les critiques et attaques contre la métaphysique depuis Kant jusqu’au positivisme de Comte, le néopositivisme de Wiener Kreis, la philosophie analytique et l’École de Francfort… cela n’a pas empêché de nombreux philosophes comme Hegel, Bergson, Sartre, Heidegger… d’avoir des écrits métaphysiques. Car l’homme est fondamentalement un animal métaphysique qui s’interroge sans cesse sur le sens de la vie, l’être (pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?), le bien, le mal, l’angoisse, qu’est-ce que connaître ? (il n’y a d’objet connu que pour un sujet connaissant)
Les éradicateurs de la métaphysique
Le positivisme scientifique de Comte énonce que seul l’analyse des faits vérifiés par l’expérience peut expliquer le monde.
Auguste Comte définit 3 états : l’état théologique, l’état métaphysique et celui scientifique. Il faut remplacer les croyances religieuses ou métaphysiques par la Science. Il faut renoncer au concept des causes premières. On ne cherche qu’à expliquer le comment par l’utilisation du langage mathématique. Auguste Comte était polytechnicien. Le positivisme correspond à une idéologie de la Science qui s’est considérablement développée au XIXème siècle. On n’est pas loin du « scientisme ».
Le cercle ce Vienne ou Wiener Kreis a été le prolongement du positivisme de Comte qu’on a appelé néopositivisme. Son chef de file Moritz Schlick fut assassiné par un étudiant. La seule explication du monde est la conception scientifique du monde.
    1.    On utilise les mathématiques et la logique comme langage.
    2.    La métaphysique est dépourvue de sens.
La Science vient soit de l’expérience (sensation) soit de la pensée mise sous une forme logique ou mathématique. Parmi les membres du Cercle de Vienne, Carnap est particulièrement virulent contre toute métaphysique. Il prend comme cible le livre « Was ist Metaphysik ? » de Heidegger. Il cherche à montrer que les énoncés de Heidegger sont des pseudo-énoncés et n’ont aucun sens.
Le tractatus loqico-philosophicus de Wittqenstein
D’après Ludwig Wittgenstein pour qu’une proposition ait du sens il faut qu’elle puisse être dite vraie ou fausse. Il faut qu’on puisse la comparer à un état de choses. Les propositions éthiques ou métaphysiques n’ont pas de sens (ni vraies ni fausses). L’éthique et la métaphysique donnent de la valeur aux choses. On n’a donc pas une description du monde. Wittgenstein arrive à sa sentence célèbre « ce dont on ne peut parler, il faut le taire ». Citons aussi « la méthode correcte en philosophie consisterait proprement en ceci : ne rien dire que ce qui se laisse dire, à savoir les propositions des sciences de la nature – quelque chose qui par conséquent n’a rien à voir avec la philosophie – puis quand quelqu’un voudrait dire quelque chose de métaphysique, lui démontrer toujours qu’il a omis de donner dans ses propositions, une signification à certains signes. Cette méthode serait insatisfaisante pour l’autre – qui n’aurait pas le sentiment que nous lui avons enseigné la philosophie – mais ce serait la seule strictement correcte » (Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, 6.53) Seule la « science » peut décrire le monde.
Schopenhauer
Ce philosophe considère que la métaphysique n’a plus de soubassement mais que tout repose sur une base métaphysique. Les concepts métaphysiques pour Schopenhauer sont : « l’essence, le fini, l’infini, l’être, la nécessité, la substance… »
Pour le philosophe, toute philosophie est métaphysique. Schopenhauer a une vision originale sur la métaphysique : il considère les concepts passés de la métaphysique comme vides ce qui ne l’empêchera pas de fonder une philosophie « métaphysique ». La métaphysique selon lui fait la différence entre l’homme et l’animal.
Nietzsche
De façon toute guerrière, Nietzche veut mettre à bas la métaphysique. Cette dernière s’oppose à la philosophie du penseur de Leipzig puisqu’elle nie le devenir et veut des vérités éternelles. La métaphysique refuse la jonction des contraires. Elle est aussi une recherche de la transcendance et non une explication généalogique. La métaphysique tue la vie. Nietzsche s’attaque au Platonisme. Nous n’avons aucune connaissance en dehors de ce que nous percevons. Ce que nous percevons change ; donc est du devenir. « Il n’y a pas plus de données éternelles qu’il n’y a de vérités absolues » (FN, humain trop humain).
S’il n’y a pas de vérité absolue, on peut que rejeter la métaphysique.
Le philosophe va encore plus loin dans sa critique de la métaphysique qui n’est selon lui qu’un dénigrement de notre monde donné par nos sens. « Dans ce cas, nous nous vengeons de la vie en lui opposant la fantasmagorie d’une vie « autre » et « meilleure » (FN).
Le monde de nos sens serait faux pour la métaphysique. La haine des sens qui va de Platon au christianisme fait imaginer un autre monde.
Heidegger
Pour Heidegger la métaphysique est histoire de l’être. Dans son livre « Was ist Metaphysik ? » le philosophe considère que la métaphysique tout en posant la question de l’être l’oublie aussitôt et se limite à l’étant. On a la reprise de la question « Pourquoi d’une manière générale, l’étant plutôt que le néant ? ».
Si la métaphysique est histoire de l’être, le livre de Heidegger Sein und Zeit (Être et Temps) ne fait qu’approfondir par l’analytique existentiale son Histoire. « En quelle manière, l’essence de l’homme appartient à la vérité de l’être ».
L’homme est le seul à posséder une conscience de l’être ». Le « Dasein » (être-là) est ouverture sur l’être.
Heidegger préférera le terme ontologie à métaphysique. Il rappellera la distinction entre la métaphysica generalis (portant sur l’être, qu’on appelle aussi ontologie) et la métaphysica specialis portant sur des états spécifiques : Dieu, l’âme, le monde…)
Habermas
On a une fois de plus une attaque contre la métaphysique dans Nachmetaphysisches Denken ; Habermas veut être le « nouveau » fossoyeur de la métaphysique. Elle est inapte à la pensée contemporaine. La métaphysique est une somme d’erreurs du passé. La compréhension de la totalité est une illusion. Habermas s’est surtout attaqué aux métaphysiques modernes (Descartes, Spinoza, Leibniz, Schelling, Hegel….)
Il faut passer à une pensée post-métaphysique. En tout cas on pourrait se poser la question de l’existence d’un reliquat métaphysique dans ses écrits sur l’éthique.
Il y aura toujours un « nouveau » philosophe pour annoncer la mort de la métaphysique. Ce qui prouve qu’elle n’a pas disparu. Freud n’y voyait qu’une illusion proche de la religion. Il croyait sa pensée « scientifique » alors que la psychanalyse n’est qu’une métaphysique de la sexualité, cette dernière étant une cause première de l’agir humain. La Science s’est toujours considérée comme discours anti-métaphysique alors que comme l’a vu le philosophe des sciences Ernst Mach, la physique elle-même souvent considérée comme un modèle pour la Science est infectée de concepts métaphysiques comme la masse, l’énergie, la force, le champ, l’espace, le temps…
Lorsque Galilée déclare : « la langue de la nature est celle des mathématiques » on a là une déclaration toute métaphysique. Il y a eu sur la relativité un désaccord entre Mach et Einstein. Pour ce dernier il existe une « réalité » qu’on peut exprimer en langage mathématique. Mach pour qui l’idée de réalité n’a aucun sens ne pouvait accepter cette vision. Il était un phénoménaliste pour qui toute connaissance provient de notre perception des phénomènes. Si même la « Science » est une métaphysique, quelle philosophie ne l’est pas ? Même le grand Kant en séparant le sujet et l’objet, le noumène (chose en soi) et le phénomène n’a-t-il fait que créer une nouvelle métaphysique ce qui fera dire à Nietzsche : « la chose en soi ne mérite qu’un rire homérique »
PATRICE GROS-SUAUDEAU



La Conscience
12 mars, 2013, 16:07
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Ce mot en français a plusieurs significations. On parle en philosophie de la conscience du monde qui nous entoure, la conscience de son moi ce qui nous distingue des animaux. La conscience peut aussi avoir un sens spirituel, lorsque par exemple certains par des exercices de spiritualité veulent élever leur « conscience ». Il y a enfin la conscience morale qui est un troisième sens, mais celle-ci est reliée à la conscience tout court.
« L’homme est conscience de soi. Il est conscient de soi, conscient de sa réalité et de sa dignité humaines, et c’est en ceci qu’il diffère essentiellement de l’animal... » (A. Kojève).
La conscience de soi est le cogito cartésien, le socle sur lequel va s’appuyer la philosophie occidentale : « Cogito, ergo sum ». Parménide écrivait : « le penser et l’être sont le même ». Le « donc » cartésien peut sembler superfétatoire. La phénoménologie étudiera la constitution du monde par nos actes de conscience.
La conscience possède plusieurs propriétés. Elle doit être transparente. Elle permet la certitude. En psychologie, l’accès à ma conscience s’appelle l’introspection comme le préconisait l’allemand Wundt. La conscience doit être aussi immédiate. Il y a primauté du présent sur le passé. La vérité est celle du présent. Les affections de l’homme sont multiples. La conscience unifie ces affections. « Posséder le je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les êtres vivants sur la Terre. Par là, il y a une personne ; et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui survenir, il est une seule et même personne, c’est à dire une être entièrement différent, par le rang et la dignité, de choses comme le sont les animaux sans raison, dont on peut disposer à sa guise » (Kant).
La phénoménologie
Pour Husserl, la conscience est toujours conscience de quelque chose. C’est ce qu’on appelle l’intentionnalité de la conscience. La conscience vise donc le monde extérieur. Heidegger parlera d’« être dans le monde ».
« La conscience et le monde sont donnés d’un même coup : extérieur par essence à la conscience, le monde est par essence relatif à elle : connaître ; c’est « s’éclater vers » » (Sartre).
Si la conscience est intentionnalité, alors il n’y a pas de pure vie intérieure. « Nous voilà débarrassés de Proust. Délivrés en même temps de la « vie intérieure » : en vain chercherions-nous comme Amiel, comme une enfant qui s’embrasse l’épaule, les caresses, les dorlotements de notre intimité, puisque finalement tout est dehors, tout jusqu’à nous-mêmes… » (Sartre)
« C’est l’intentionnalité qui caractérise la conscience au sens fort et qui autorise en même temps de traiter tout le flux du vécu comme un flux de conscience et comme l’unité d’une conscience » (Husserl)
Lien entre la conscience et le corps
La pensée moderne après Descartes identifie la pensée et le corps. « Mon corps n’est plus l’autre de l’esprit, mais bien intimement le même, le dénominateur commun de tout ce qui à un titre quelconque, intervient dans un domaine vital » (G. Gusdorf)
La conscience morale
En anglais et en allemand on différencie la conscience disons psychologique et la conscience morale : conscioussness et conscience en anglais, Bewusstsein et Gewissen en allemand. La conscience morale n’existe pas bien sûr sans la conscience psychologique. Il reste philosophiquement la question du fondement de la conscience morale. Schopenhauer écrivait qu’il est plus facile de prêcher la morale que de la fonder.
L’inconscient
On ne peut parler de la conscience sans aborder aussi l’inconscient. Leibniz aborde le premier l’existence de pensées inconscientes. Freud a repris ces analyses en distinguant dans notre appareil psychique : le ça, le moi et le surmoi.
Le « ça » constitue les forces profondes : pulsions de l’agressivité, désirs sexuels, faim…
Le « moi » constitue la conscience mais une partie du moi est inconsciente sous l’emprise des pulsions.
Le « surmoi » est l’ensemble des contraintes institutionnelles et morales, de tous les interdits.
Le « moi » se trouve entre le « ça », les pulsions et le surmoi. Trop de « surmoi » peut créer des névroses. L’inconscient se manifeste dans les actes manques et les rêves. Le rêve exprime un désir. Pour Freud, le rêve est la voie royale de l’inconscient. L’inconscient est un problème pour de nombreux philosophes comme Sartre qui le nie. Il substitue « la mauvaise foi ». On élude les problèmes.
Si la conscience est toujours dirigée vers l’extérieur « être une conscience c’est s’éclater vers le monde » (Sartre), la conscience nous sépare des autres êtres vivants.
« Ce qui élève l’homme par rapport à l’animal c’est la conscience qu’il a d’être un animal…du fait qu’il sait qu’il est un animal, il cesse de l’être » (Hegel)
PATRICE GROS-SUAUDEAU



La séduction
27 février, 2013, 16:41
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La séduction est quelque chose de trouble dans le rapport de domination qui s’opère entre le séducteur et la personne qui doit être séduite. Le séducteur voulant dominer sa « victime » ne fait-il en fin de compte que la « carpette » pour plaire ? En tout cas, la séduction utilise tous les subterfuges. Il y a dans le fait de séduire une lutte des consciences qui prend une forme moins brutale.
On croit plaire sur sa valeur, mais on ne séduit que si l’autre a déjà une réceptivité, c’est-à-dire qu’il se trouve sur le même plan intellectuel, culturel et même social.
On séduit souvent pour mettre une femme dans son lit ou tout simplement par narcissisme pour le sentiment jouissif et nécessaire pour certains de se rassurer.
Comme Casanova estimait sa valeur en nombre de femmes pudiquement dites « séduites », certains (hommes ou femmes) ne se sentent exister que par la séduction qu’ils pensent dégager. À part dans quelques cercles restreints, la séduction le plus souvent n’a rien d’intellectuel. Elle s’exerce par des vêtements, la façon de mettre son corps en valeur, le comportement, les signes d’appartenance sociale qui font que des individus de la même classe s’attirent. L’entre-soi est un moteur puissant de la séduction. Celle par encanaillement est rare et de courte durée.
Dans « La dentelière » de Pascal Laine, la relation amoureuse finit mal. Si la différence peut parfois attirer dans un premier temps, la ressemblance fait durer.
La séduction n’a pas les mêmes armes pour les hommes et les femmes. Les femmes cherchent la sécurité. Les hommes vont mettre en avant leur statut social et leur puissance financière. La femme séduit par ses atouts physiques. Ce schéma, certes très peu féministe, est encore le plus classique de nos jours.
Ce qu’on appelle le dialogue amoureux de la séduction est souvent très pauvre et fondé sur quelques artifices les plus stéréotypés dans le but que la personne à séduire reste dans le jeu et ne soit pas déconcertée. Il ne s’agit donc pas « d’étaler » sa science mais de rester dans des sentiers bien battus. Chacun a ses petits procédés de séduction qui ont fait leur preuve.
La séduction a bien sûr une connotation sexuelle. Les hommes comme les femmes émettent des phéromones qui attirent le sexe opposé si l’on reste dans un schéma traditionnel et hétérosexuel. Ceci démontre la part « d’animalité » qu’il y a dans la séduction. Certains possèdent ce qu’on nomme le magnétisme animal, c’est-à-dire des attributs physiques spécifiques.
Patrice GROS-SUAUDEAU



La Solitude
14 février, 2013, 17:32
Classé dans : plus ou moins philo

Elle est à la fois la plus belle et la pire des choses. La société n’aime pas les solitaires suspectés d’être des subversifs ou même dangereux comme ceux qu’on appelle les loups solitaires prêts à passer à l’acte pour les pires choses. Elle n’a pas de contrôle sur eux. Plus prosaïquement il existe des termes méprisants pour les qualifier : « vieux gars », « vieille fille », « ours »…La solitude est associée à la misère affective, sexuelle, sociale, à quelqu’un en souffrance, à un mal-être…Elle peut conduire à la dépression et même au suicide. Le solitaire serait aussi s’il choisit sa solitude un misanthrope qui ne cherche pas à plaire et quelqu’un d’insensible aux autres, bref un a-social. La société de façon totalitaire n’aime pas ceux qui se mettent en marge d’elle même. Elle organise sans cesse des spectacles où il faut être là et vibrer avec les autres comme au téléthon, à toutes les soirées « charité » ou ailleurs. Les hommes et les femmes veulent donc sans cesse parader avec d’autres pour montrer leur force dans la société et sentir qu’ils existent. Être esseulé signifie qu’on est incapable de plaire et qu’on n’existe pas dans la société. Le gouvernement a décrété la lutte contre la solitude comme une maladie à guérir. De façon différente elle a été chantée par Barbara et Léo Ferré.
Schopenhauer (Aphorismes sur la sagesse dans la vie)
Avec ce philosophe nous avons le plus bel hymne à la solitude écrit par un misanthrope et misogyne. Il a écrit sur les femmes des pages célèbres qui font encore frémir les féministes et même les non-féministes. Schopenhauer a certes décrit les femmes comme il les a vues à son époque et sans faire de la psychologie au rabais, sa relation avec sa mère a été conflictuelle. Il était quand même attiré physiquement par les femmes car il n’était en rien un homosexuel. Les créateurs, les hommes supérieurs ont besoin de solitude car de toute façon l’intelligence isole comme elle a isolé Nietzsche et d’autres. Plus on a de l’être plus on est bien dans la solitude. Inversement ceux qui ne sont rien ont perpétuellement besoin d’être entourés. Le plus beau compliment qu’un homme de valeur puisse dire à une femme est qu’il se trouve aussi bien avec elle que s’il était seul. Bref la solitude développe son intériorité et crée son moi.
« La solitude offre à l’homme intellectuellement haut placé un double avantage : le premier est d’être avec soi-même et le second de n’être pas avec les autres. On appréciera hautement ce dernier si l’on réfléchit à tout ce que le commerce du monde apporte avec soi de contrainte, de peine et même de danger « Tout notre mal vient de ne pouvoir être seul » a dit La Bruyère. La sociabilité appartient aux penchants dangereux et pernicieux, car elle nous met en contact avec des êtres qui en grande majorité sont moralement mauvais et intellectuellement bornés ou détraqués. L’homme insociable est celui qui n’a pas besoin de tous ces gens là. Avoir suffisamment en soi pour pouvoir se passer de la société est déjà un grand bonheur, par là même que presque tous nos maux dérivent de la société, et que la tranquillité d’esprit, qui après la santé forme l’élément le plus essentiel de notre bonheur, y est mise en péril et ne peut exister sans de longs moments de solitude... » (Schopenhauer, Aphorismes sur la sagesse dans la vie)
« La sociabilité de chacun est à peu près en raison inverse de sa valeur intellectuelle ; dire de quelqu’un « il est très insociable » signifie à peu de choses près : c’est un homme doué de hautes facultés. »
« En outre, plus l’homme a en soi, moins les autres peuvent lui apporter », « La solitude est le lot de tous les esprits supérieurs ; ils leur arrivera parfois de s’en attrister mais il la choisiront toujours comme le moindre des maux... » A.S
Nietzsche
« Fuis mon ami, refugie-toi dans la solitude ». Le philosophe a été profondément solitaire, ce qui a été une condition sine qua non de son œuvre. Dans Ainsi parlait Zarathoustra, le « héros » est séparé par un abîme du reste des hommes.
Zarathoustra méprise la foule au plus haut point. La solitude est liée à la supériorité ou tout au moins son sentiment. Il existe le mépris du solitaire vis à vis du reste de l’humanité. La solitude mène à la pensée ; elle accouche de l’être. Chez Nietzsche elle est la voie vers le surhomme. « Ô solitude, solitude ma patrie !… »
« Car chez nous la solitude est une vertu en tant qu’inclination et penchant à la propreté, qui devine l’inévitable malpropreté nécessairement attaché à tout contact des êtres humains – « en société » ».
Rousseau
Chez Schopenhauer et Nietzsche la solitude est intrinsèquement liée à la supériorité de certains hommes, de ceux qui ont la force de la supporter et même plus y goûter. Cette supériorité s’accroit même dans la solitude.
Rousseau hypersensible proche de la paranoïa ne peut supporter les autres et leur méchanceté. « J’aime mieux fuir les hommes que les haïr ». Et puis haïr est fatiguant et la haine relie aux autres.
La solitude permet de rêver, de penser, de communier avec la nature quand la solitude se trouve à la campagne. Le bonheur se trouve en nous et non chez les autres.
« Mes heures de solitude et de méditation sont les seules où je sois pleinement moi et à moi ». La solitude permet de découvrir son moi. Être seul à la campagne est propice à la contemplation, nous met en osmose avec la nature. On ne retrouve pas dans Les rêveries d’un promeneur solitaire le mépris schopenhauerien ou nietzschéen vis à vis des hommes même si Rousseau avait du mal à les supporter. Il y a chez lui un romantisme de la solitude.
On est passé d’une vision misérabiliste de la solitude pour l’homme du commun à un pathos de la supériorité. Elle permet une élévation intellectuelle ; elle nous libère du regard des autres et de leur mesquinerie. Elle élève spirituellement et moralement. Elle est un dépassement de soi. Elle construit un homme nouveau ce que Nietzsche nommait « surhomme ». La solitude rend immenses les hommes qui la méritent.
PATRICE GROS-SUAUDEAU



L’intelligence
29 janvier, 2013, 14:30
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L’Intelligence étant la valeur suprême pour la société, tout le monde voudrait être intelligent ou à défaut le paraître. On la relie à la réussite scolaire et sociale. On lui a donné une multitude de définitions comme la faculté d’adaptation. Mais des poètes comme Rimbaud ou Baudelaire ou le génie mathématique Evariste Galois étaient-ils adaptés à leur société ? Les définitions de l’intelligence sont donc toujours insatisfaisantes ou incomplètes. Faut-il la différencier de l’imagination ou de la créativité ?
Politiquement, idéologiquement son analyse n’est pas neutre car elle peut servir à légitimer des positions sociales. On a même fait des études sur le quotient intellectuel en fonction des groupes raciaux. Il y a toujours sur cette question la controverse entre l’inné et l’acquis. Quels sont les parts de chacun ? Les chiffres que l’on donne (50-50) ou (80-20) ont-ils une réelle signification ? Au niveau d’un pays est-elle liée à son système éducatif ? La question de l’intelligence n’est pas innocente et bien sur ses interprétations sociales ou biologiques.
Le cerveau
Le cerveau est extrêmement complexe et relier l’intelligence à certaines parties ou gènes est risqué. Le fonctionnement est encore mal connu. On sait qu’il y a deux hémisphères, un gauche qui est celui de la logique et de la rationalité et un droit celui de l’intuition, du sensible, de l’émotion… Nous avons cent milliards de neurones qui peuvent être reliés par des connexions (10 000 possibles par neurone). Le nombre de connexions est lié à l’intelligence. Si le cerveau représente 2% du corps il dépense 20% de l’énergie corporelle. Il faut donc le nourrir, d’où l’importance d’une nourriture variée pour son développement et son fonctionnement. Ceci est un problème pour certaines régions de la planète.
Analyse de l’intelligence
Beaucoup d’auteurs ont cherché à analyser l’intelligence. Nous allons en étudier deux, Gardner et Piaget.
Gardner – Plutôt de  considérer l’intélligence comme un tout que quelqu’un posséderait à différents degrés, Gardner a donné différentes catégories d’intelligence.
L’intelligence   loqico-mathématique. C’est la plus valorisée dans notre société  technico-scientifique. C’est souvent celle que l’on mesure dans les tests Q.I.
L’intelligence spatiale. Elle est utilisée pour les géographes, peintres, dessinateurs, architectes, pilotes…
L’intelligence interpersonnelle : la façon dont on comprend les autres et d’agir de façon adaptée.
Elle regroupe ce qu’on pourrait appeler l’intelligence psychologique. Elle est très utile pour les commerciaux, les politiques, les enseignants…
L’intelligence corporelle :  elle a été dévalorisée pendant longtemps en  Occident avec la survalorisation du « clerc » ou de l’intellectuel. Le corps servait à porter la tête. L’intelligence corporelle est développée et nécessaire pour les danseurs, sportifs, artisans, chirurgiens…
L’intelligence verbale et linguistique. À l’école elle est le complément de l’intelligence logico- mathématique. C’est bien sur celle des écrivains, des politiques, avocats…
L’intelligence intra personnelle. Elle permet de bien se connaître. On agit en fonction de ses atouts et faiblesses. On retrouve le « connais-toi – toi même » de Socrate. C’est donc aussi savoir faire une bonne introspection.
L’intelligence musicale. Elle va de celle capable de reconnaître les mélodies jusqu’à être capable de créer et innover parfois jusqu’au génie comme les grands musiciens.
L’intelligence existentielle ou philosophique. C’est l’aptitude à perpétuellement questionner, bref, l’ouverture d’esprit à toutes les questions « intellectuelles ».
On donne aussi l’intelligence naturaliste comme celle que peut posséder quelqu’un à l’aise dans la nature.
Ajoutons la créativité qui est une conséquence puisqu’être intelligent uniquement pour l’être n’a pas de sens.
Piaget – Le psychologue suisse a étudié l’intelligence dans sa temporalité ou son développement. Il a donné sa définition de l’intelligence.  « Définir l’intelligence par la réversibilité progressive des structures mobiles qu’elle construit, c’est donc redire, sous une nouvelle forme, que  l’intelligence  constitue  l’état  d’équilibre   vers  lequel  tendent  toutes  les  adaptations successives d’ordre sensorimoteur et cognitif, ainsi que tous les échanges assimilateurs entre l’organisme et le milieu ».
Pour l’enfant Piaget distingue plusieurs stades avant l’adulte.
Stade de l’intelligence sensori-motrice – 0-2 ans
Stade de l’intelligence préparatoire – 2-6/7 ans
Stade de l’intelligence opératoire – 6/7-11/12 ans
Stade de l’intelligence formelle – 12- adulte.
Les tests de quotient intellectuel
Au XIXème siècle on a beaucoup mesuré les capacités crâniennes pour faire des moyennes entre les différents groupes « raciaux ». De nos jours les tests Q.l remplacent ces anciennes pratiques, ce qui n’empêche pas de faire les deux. Ces fameux tests déchainent les passions. Soit on cherche à les mettre en bouillie car ils dérangent, soit ont leur donne une valeur absolue et même héréditaire. Il existe toute une littérature qui différencie les races par leur Q.l et capacité crânienne.
Les racialistes (certains disent racistes) peuvent se délecter de cette littérature. Les environnementalistes prônent que l’intelligence est essentiellement due à l’environnement socioculturel à la différence des innéistes.
De façon intuitive, l’environnement joue un rôle certain. Pourquoi les innéistes cherchent les meilleures écoles pour leurs enfants ? Nous exposons un tableau que l’on trouve fréquemment dans cette littérature. Il ne sert à rien de le dissimuler.

Q.I. moyen

Capacité crânienne moyenne

Asiatiques de l’Est

106

1416

Caucasien européen

100

1369

Asiatiques du Sud-Est

87

1332

Pacifique

85

1315

Nord-africains et moyen-orientaux

84

1293

Africains subsahariens

67

1282

Aborigène d’Australie

62

1282

Si on a divisé les Asiatiques de l’Est et du Sud-Est, il est curieux qu’on ne l’ait pas fait pour les Européens. Les Européens des pays du Nord ont un Q.l moyen égal à 107 comme pour l’Allemagne et les Pays-Bas, 106 pour la Pologne contre 94 pour la France. On ne voulait sans doute pas mettre des « blancs » en haut de l’échelle.

Hans Eysenck fut un de ceux qui ont le plus étudié l’intelligence. Il a déchainé les passions. Il fut physiquement agressé. Ceci dénote la haine que peut susciter l’idée de l’intelligence non également distribuée aux hommes. Lorsqu’il a étudié la corrélation entre la race et le Q.l il a touché à un tabou. Rappelons qu’Eysenck était d’origine juive allemande et viscéralement antinazi.
L’étude de l’intelligence n’est pas innocente. Tous les hommes la revendiquent avec la dernière énergie et pourtant ils sont parfois attirés par son opposé : la bêtise reposante, la médiocrité rassurante, les plaisanteries bien grasses…
L’intelligence fait peur et elle fatigue. L’homme souvent préfère avoir des activités disons les plus simples et répétitives. Les jeux télévisés par exemple sont de plus en plus débiles. On peut gagner des millions en tournant la roue. Les chansons et musiques participent pleinement à cette débilité ambiante. Les salaires de certains sportifs au Q.l souvent très limité atteignent des sommes astronomiques (même s’il faut leur reconnaître une intelligence corporelle). Si l’intelligence a des atouts certains» la « connerie » et la médiocrité sont encore des valeurs sures.
PATRICE GROS-SUAUDEAU



L’ARGENT
16 janvier, 2013, 20:09
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Introduction
« Le véritable ennemi, j’allais dire le seul, parce que tout passe par chez lui, le véritable ennemi si l’on est sur le terrain de la rupture initiale, des structures économiques c’est celui qui tient les clefs… c’est celui qu’il faut déloger… c’est le monopole! terme extensif… pour désigner toutes les puissances de l’argent, l’argent qui corrompt, l’argent qui achète, l’argent qui écrase, l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes ! » Cette envolée lyrique et romantique de François Mitterrand prête à sourire de nos jours puisqu’on a vu s’installer la société-fric sous son règne et que la gauche actuelle était prête à élire Strauss-Kahn à la fonction suprême. L’argent est un sujet passionnel où règnent le mensonge et l’hypocrisie. « Je hais les riches » (François Hollande). Beaucoup de ceux qui prônent un détachement de l’argent s’oublient parfois pour aller s’agenouiller devant « l’homme aux écus ». Aux enfants de bonnes familles on apprenait à ne pas mettre de prix sur les choses et ne jamais poser la question qui tue : « combien ça coûte ? ». L’argent pulvérise, ridiculise l’idée d’égalité entre les hommes puisqu’il établit les hiérarchies. Wiliam Sakespeare, auteur qui a mis la philosophie en théâtre écrivait : « lorsque l’argent précède, toutes les portes s’ouvrent ». Le silence de l’imbécile qui n’a rien à dire devient intelligent. L’homme laid paraît beau aux plus belles femmes. Bill Gates, l’homme le plus riche du monde lorsqu’il voyage est reçu comme un chef d’État. Pour l’argent, on va jusqu’à renier son pays, sa nationalité puisque plus rien n’est sacré, n’a d’importance face à l’ultime valeur. Pour trente deniers Judas trahit Jésus. Le patriotisme devient une valeur de « pauvres ». « Les pauvres, les sans-propriété n’ont que leur patrie » (Jean Jaurès).
Lorsque Depardieu pour des raisons fiscales envisage d’être Belge, puis Européen, puis citoyen du monde pour finir Russe, il ridiculise en fin de compte toutes ces identités.

Aristote
Aristote a écrit sur tout et bien sur sur l’économie et l’argent. Il nomme chrematistique la gestion de l’argent, la façon de l’accumuler. Il dénonce la spéculation « cette façon de gagner de l’argent est de toutes, la plus contraire à la nature » (Le Politique).
La Chrematistique selon lui peut-être bonne ou mauvaise. Elle est justifiée si elle consiste à acquérir des biens. Elle est non justifiable si elle consiste à accumuler de la richesse comme seule finalité.
Cette vision aristotélicienne sera reprise par Saint Thomas d’Aquin dans sa « Somme théologique ». « Or Aristote distingue deux sortes d’échange. L’une est comme naturelle et nécessaire et consiste à échanger… non plus pour subvenir aux nécessités de la vie, mais pour le gain. Voilà pourquoi le négoce, envisagé en lui-même, a quelque chose de honteux, car il ne se rapporte pas, de soi à une fin honnête et nécessaire ».

Marx
Pour Hegel le bourgeois s’identifie à ce qu’il possède. Reprenant des passages de Shakespeare et Goethe sur l’argent Marx dans les Manuscrits de 1844 aura des commentaires très puissants : Il reliera dans une économie monétarisée l’individu et sa puissance financière. « Ce que je peux m’approprier grâce à l’argent, ce que je peux payer, autrement dit ce que l’argent peut acheter, je le suis moi-même, moi le possesseur de l’argent. Les qualités de l’argent sont mes qualités et mes forces essentielles en tant que possesseur d’argent. Ce que je suis et ce que je puis ce n’est nullement mon individualité qui en décide ». Par l’argent il y a donc une transformation de l’être. Marx la décrit en reprenant Shakespeare. « Je suis laid, mais je puis m’acheter la femme la plus belle. Je ne suis pas laid, car l’effet de la laideur, sa force repoussante est annulée par l’argent... ». « Je suis méchant, malhonnête, dépourvu de scrupules, sans esprit, mais l’argent est vénéré, aussi le suis-je de même, moi, son possesseur. L’argent est bien suprême, donc son possesseur est bon… » « Je n’ai pas d’esprit, mais l’argent étant l’esprit réel de toute chose, comment son possesseur manquerait-il d’esprit ? ».

L’argent dans la littérature
Les auteurs qui ont introduit l’argent au cœur des mobiles humains sont peu nombreux. Celui qui l’a mis comme huile, moteur de la société fut Balzac. La société est fondée sur la puissance financière des individus. L’auteur de la Comédie humaine donne même le détail de la richesse de chacun. Il y avait bien sur le personnage de l’avare comme Harpagon chez Molière. Il a un rapport sensuel, charnel avec sa fortune lorsqu’il met les deux mains dans son coffre. L’argent donne la sécurité et tous les possibles. Y toucher amoindrit sa potentialité. L’avare ne veut donc pas y toucher. Chez Balzac le père Grandet, bourgeois de Saumur joue ce rôle.
Dans les contes de Maupassant, l’argent aussi a parfois un rôle central comme dans la « Rempailleuse » ou « Garçon un Bock ». Un enfant découvre la laideur du monde à travers l’argent et ne s’en remettra jamais. Dans Bel-ami l’argent est omniprésent. Le « héros » se marie avec une femme riche, ce qu’on appelle réussir par les femmes. La réussite sociale est totalement liée à la possession de l’argent et tous les moyens sont bons pour y arriver. Inversement dans le livre « Le Grand Meaulnes » d’Alain fournier, l’argent est inexistant.

L’argent et la religion
Il n’y a que les catholiques pour être torturés par l’argent puisqu’il crée chez eux l’hypocrisie, la mauvaise conscience ou au mieux la « pudeur de l’argent ». Cette mentalité catholique vis à vis de l’argent s’est prolongée politiquement jusqu’à la gauche française. La déclaration de François Mitterrand au congrès d’Epinay était dans le fond très catholique. L’argent est intrinsèquement sale. Il représente la fin du monde de l’innocence.
Les protestants et les juifs ne connaissent pas ce déchirement. Dans le protestantisme la richesse personnelle signifie que Dieu récompense sur terre. Elle est donc le signe que l’on est prédestiné pour le paradis. Quant aux juifs, l’Église ayant interdit l’usure, ils se sont réfugiés dans les métiers d’argent.
Pour les musulmans même s’il faut être bon et généreux, lorsqu’on a de l’argent, on le montre sans pudeur. En France on constate que les protestants ont en général une réussite économique supérieure aux catholiques liée à leur « idéologie » comme le soutenait Max Weber dans sa thèse sur l’Ethique du protestantisme.

La fonction économique de l’argent
Toute l’analyse précédente ne doit pas faire oublier que l’argent est un simple intermédiaire pour faciliter les échanges. Il est plus efficace que le troc. On a assisté au cours de l’Histoire à une dématérialisation de l’argent.
D’une vache ou un animal on est passé à l’or et à l’argent puis les billets et maintenant la monnaie électronique. Pour Keynes l’or n’était qu’une relique barbare. Sur le plan international Nixon décréta l’inconvertibilité du dollar en or (15 Août 1971).

Avant on avait M-A-M’
On a avec le capitalisme A – M – A’ ( avec A’ > A)
M : marchandises M’ : autre marchandise A’, A : argent

Keynes critiquera l’amour de l’argent qui est antiéconomique et n’aura de cesse de vouloir « tuer » le rentier qui ne consomme pas assez et crée le chômage. « L’amour de l’argent comme objet de possession… distinct de l’amour de l’argent comme moyen de goûter aux plaisirs et aux réalités de la vie… sera reconnu pour ce qu’il est, une passion morbide plutôt répugnante, une de ces inclinations à moitié criminelles, à moitié pathologiques, dont on confie le soin en frissonnant aux spécialistes des maladies mentales ».

Conclusion
L’argent crée admiration et ressentiment. Il suscite les passions les plus troubles et tous les vertiges. Chacun en fonction de son histoire, sa culture, sa religion, sa personnalité a un rapport avec l’argent qui lui est propre. Face à la toute puissance de l’argent y-a-t-il des contrepoids comme la beauté physique, un corps athlétique, la santé, l’intelligence pure, la culture, la sensibilité artistique ou la sensibilité tout court, la poésie, le cœur, le courage, la spiritualité, le romantisme… Une femme très belle fait infiniment plus tourner les têtes qu’un laidron richissime même si « l’homme aux écus » cherche à acheter la beauté. La pauvreté a t-elle aussi ses richesses ou les pauvres sont-ils condamnés à être affreux, sales et méchants ? Le fascisme prônait le mépris de l’argent ce qui était indécent et mal-séant pour la bourgeoisie libérale. Malgré son omnipuissance l’argent ne peut aussi rien contre l’échéance ultime même si l’on peut devenir l’homme le plus riche du cimetière. Pour finir la devise de l’écrivain étant : « nulla dies sine linea » nous la transposerons ici en « nulla dies sine pecunia ».
PATRICE GROS-SUAUDEAU



L’ANTHROPOLOGIE
18 décembre, 2012, 14:39
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Cette discipline veut répondre à la question de Locke « Qu’est-ce que l’homme ? » ; c’est à dire l’étude de l’homme au sens le plus large.
L’homme peut-il être sujet de science pour l’homme ?  Il y a deux façons d’aborder cette matière : l’anthropologie biologique et l’anthropologie culturelle.
L’anthropologie biologique et anatomique comprend la paléontologie, science de l’évolution physique de l’homme ce qu’on appelle l’hominisation. La théorie de Darwin est une donnée de cette discipline. Cette « science » est très conjecturale et les spécialistes n’ont pas les certitudes simplistes qui sont enseignées dans les manuels scolaires où l’on cherche à formater les élèves sur l’unicité du genre humain.
L’anthropologie actuelle est surtout sociale ou culturelle surtout depuis l’influence des travaux de Claude Lévi-Strauss. L’anthropologie est comme toutes les « sciences » humaines remplie de présupposés politiques et idéologiques où la question sous-jacente est l’unité du genre humain et/ou sa diversité, qu’elle soit raciale ou culturelle. La métaphysique y est donc omniprésente entre autres le refus de l’idée de supériorité.
« Partout où nous rencontrons les termes d’anthropologie sociale ou culturelle, ils sont liés à une seconde et dernière étape de la synthèse, prenant pour base les conclusions de l’ethnographie et de l’ethnologie. Dans les pays anglo-saxons, l’anthropologie vise à une connaissance globale de l’homme, embrassant son sujet dans toute son extension historique et géographique…et tendant à des conclusions, positives ou négatives, mais valables pour toutes les sociétés humaines, depuis la grande ville moderne jusqu’à la plus petite tribu mélanésienne » (Claude Lévi-Strauss).

Ethnocentrisme et universalisme
Ces deux termes ne s’opposent pas car l’universalisme se fonde la plupart du temps sur un ethnocentrisme.
Une culture ou civilisation cherche à universaliser ses valeurs. L’ethnocentrisme plus classique ne se soucie que du particulier. On retrouve ces deux tendances dans l’Histoire de France.
L’ethnocentrisme a été critiqué par les philosophes des Lumières. Rousseau pourrait être considéré comme un anthropologue avant la lettre lorsqu’il écrit : « Je tiens pour maxime incontestable que quiconque n’a vu qu’un peuple, au lieu de connaître les hommes ne connaît que les gens avec lesquels il a vécu » (Emile, V).

Lévi-Strauss
Cet auteur est incontournable de nos jours et a eu une position très iconoclaste sur certains points.
Lévi-Strauss reproche à l’humanisme chrétien d’avoir ignoré les autres cultures hors de l’Europe. Il va même plus loin en reprochant la séparation entre l’homme et la nature. Descartes disait que l’homme devait être « maître et possesseur de la nature ». L’anthropologue avec des accents très heideggeriens s’oppose à cette conception.
L’humanisme occidental a été la jonction du Christianisme qui a postulé l’unité du genre humain et du cartésianisme qui a voulu soumettre la nature.
Lévi-Strauss rejette cet humanisme occidental et va s’opposer au croisement des cultures. L’homogénéisation qui en résulte est mortelle pour l’humanité. On peut citer aussi Heidegger dans la lettre sur l’Humanisme. Le philosophe allemand soutenait que le désenchantement du Monde,  l’asservissement par la technique, l’assujettissement de l’humanitas à la rationalité marchande ne sont que l’aboutissement de l’humanisme. La technique et la science destructrices ne sont que le triomphe des Lumières.

Diversité – Race et Histoire – Race et Culture
Lévi-Strauss a écrit deux textes qui font date. Il ne s’agit pas de dire ici Lévi-Strauss l’a dit donc c’est vrai, mais le premier texte a été fait sur commande par l’Unesco  qui voulait entendre après la période nazie que les hommes faisaient l’un, que les races étaient arbitraires à défaut de ne pas exister et que les hommes étaient « égaux ». L’anthropologue avec sa notoriété s’exécuta dans son discours Race et Histoire.
Ce discours (1952) était en adéquation avec l’idéologie de l’Unesco. En 1971 Lévi-Strauss prononça un autre discours Race et Culture. On peut observer que le mot race est utilisé sans tabou par l’auteur même peu de temps après le nazisme. Le deuxième discours est différent du premier puisque Lévi-Strauss affirme le droit de chaque culture à préserver farouchement son identité, ce qui s’opposait à la vision de l’Unesco. Pour l’anthropologue les échanges culturels détruisent la diversité culturelle. Inutile de souligner que ce deuxième discours fut moins bien accueilli étant suspecté d’être proche de la pensée d’extrême droite.

Conclusion
Au départ, conçue avec un sentiment de supériorité de la part des Occidentaux qui étudiaient les « peuplades » d’autres continents, l’anthropologie actuelle exprime la culpabilité de l’Occident d’avoir détruit d’autres cultures.
Cette tendance s’est accentuée avec Lévi-Strauss et ses deux ouvrages principaux : Tristes Tropiques et la Pensée Sauvage. Le premier ouvrage est une leçon de relativisme, idée qui existait déjà chez Montaigne sur la vertu. Pour lui « Chaque nation s’en forme une idée différente ». On peut même avoir une lecture tiers-mondiste de Tristes Tropiques puisque l’auteur remet en cause la supériorité de l’Occident. Cette pensée construira en partie le « politiquement correct » ultérieur. La « Pensée sauvage » a voulu réhabiliter cette pensée pas si « sauvage » puisque pour l’anthropologue elle est capable d’analyser et d’ordonner. À la différence de Lévy-Bruhl, Lévi-Strauss reconnaît une certaine logique dans la pensée sauvage. Toutes ces idées sont presque devenues des lieux communs jusqu’à refuser toute idée de supériorité sur tout et à prôner une tolérance plus issue du bouddhisme que du Christianisme ou de l’Islam selon Lévi-Strauss. Tout ceci ne doit pas faire oublier le second moment de Lévi-Strauss qui aura une pensée que l’on pourrait qualifier de différentialiste.
PATRICE GROS-SUAUDEAU


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