La politique en textes !

La psychologie
10 décembre, 2012, 12:40
Classé dans : plus ou moins philo

La psychologie au sens premier est la connaissance de l’âme ; on dit maintenant la science du psychisme. La psychologie fait peur car les hommes ont peur d’être dévoilés aussi bien aux autres qu’à eux-mêmes.
Le « Connais-toi toi-même » grec est difficile à assumer. Le mystère est plus rassurant. Les hommes plus que les femmes affichent une hostilité ou un mépris face à ce « savoir ». Les femmes ont-elles plus la fibre psychologique ?
Il suffit d’observer les amphithéâtres où l’on enseigne cette matière pour découvrir un public essentiellement féminin, la population masculine étant quasi-inexistante. Kant déjà donnait une importance mineure à cette matière car elle n’était pas mathématisable. Le doute sur la scientificité de la psychologie subsiste encore de nos jours pour certains. On fait encore la distinction entre sciences dures et sciences molles. Même si ces critiques sont essentiellement masculines, les fondateurs de la « science » psychologique ont été des hommes.

Wundt et l’introspection
L’introspection est l’analyse par soi-même de ce qui se passe en nous-mêmes. Kant la critiquait car pour lui on ne peut s’observer soi-même.
On ne peut à la fois être celui qui analyse et celui qui est analysé. Pourtant elle a été développée par le psychologue allemand Wundt. L’intérêt au-delà des critiques est la description par exemple des conflits intérieurs.
Le fait de se connaître permet aussi de mieux connaître autrui. L’introspection pour un freudien ne peut accéder à l’inconscient. L’intériorité est aussi difficile à exprimer par le langage.
L’analyse de notre introspection est liée à notre intelligence, intuition, perspicacité et culture donc très subjective ainsi que de nos jugements moraux et sociaux.
Pour la phénoménologie de Husserl « Toute conscience est conscience de quelque chose » donc tournée vers le monde extérieur et non vers soi-même.
L’introspection a donc ses limites pour la connaissance de soi-même. On peut par exemple aussi se découvrir par nos actes.

Le behaviorisme
C’est la psychologie du comportement ou de la réaction liée à l’environnement. On l’associe à John Watson qu’on résume ainsi à « stimulus-réponse ». Certains l’appliquèrent pour l’apprentissage comme Thorndike.
Le psychologue ne tient pas compte de la conscience.
Les psychologues de la réaction les plus connus furent Bechterew et Pavlov. Le behavioriste ne tient pas compte des états mentaux.
L’étude du « réflexe conditionné » de Pavlov est bien connue (le chien de Pavlov).
La philosophie du behaviorisme est de ne se tenir qu’à l’observable et au mesurable. On étudie la réponse à des stimuli :
S ——-► R             ou                   S——-►              1——- ► R
              S : Stimuli        I : Individu       R : Réponse

Le cognitivisme
Le cognitivisme va se déterminer en opposition au behaviorisme. Cette remise en cause a commencé avec un article de George Miller. La capacité humaine ne pouvait estimer ou mémoriser des stimuli au-delà de sept.
On se mit à étudier la structure interne de l’esprit. Von Neumann fera un parallèle entre l’ordinateur et le cerveau.
Le cognitivisme, né au milieu du XXeme, siècle devient un processus de traitement de l’information.

Piaget
Après une formation de biologiste le savant suisse s’intéressera aux processus cognitifs de l’enfance.
Pour le psychologue, les catégories fondamentales de la connaissance (espace, temps, …) ne sont pas données mais construites ce qui le différencie de Kant. Piaget est aussi un structuraliste. Il a, à partir de l’observation de ses enfants, beaucoup étudié le développement intellectuel et cognitif de l’enfance. Il définira l’assimilation (les éléments du monde entrent dans la structure cognitive de l’enfance) et l’accommodation (on modifie sa structure cognitive). On arrive ainsi à « l’équilibration ».
Piaget distinguera plusieurs stades de l’intelligence :
l’intelligence senso-motrice jusqu’à un an et demi,
l’intelligence opératoire jusqu’à 11/12, et ensuite le stade des opérations formelles (adolescence).
Avec Piaget, la psychologie de l’enfance s’est très développée.

John Bowlby
Le psychologue anglais a étudié les souffrances enfantines. La « carence des soins maternels » peut aboutir à de graves conséquences.
Bowlby étudiera l’attachement d’un enfant à sa mère et l’angoisse de la séparation.
Plus que la sexualité, Bowlby mettre l’accent sur l’affectif: « la propension des êtres humains à établir des liens affectifs puissants avec des personnes particulières ».

Jung et la psychologie analytique
La psychologie analytique se distingue de la psychanalyse freudienne puisque Jung s’est séparé de son maître. Elle s’appuie sur des concepts jungiens dont les plus caractéristiques sont :
- l’archétype « forme instinctive de représentation mentale » présente chez tout individu. Ces archétypes conditionnent les comportements ;
- l’inconscient collectif. Jung se différencie de Freud qui n’analysait que l’inconscient personnel ;
- l’introversion et l’extraversion ;   
- la synchronicité, ….

La psychologie sociale
L’individu agit dans une société et on ne peut séparer les deux. Serge Moscovici (père du ministre de l’Economie) définit la psychologie sociale comme la science du conflit entre l’individu et la société. Il donne plusieurs exemples comme la résistance aux pressions conformistes, le conflit entre un leader et son groupe …
Les domaines d’étude de la psychologie sociale sont vastes comme la conformité et l’obéissance, le suivisme, la conversion …
En tout cas, on retrouve dans cette discipline la vieille opposition entre l’individu et le collectif. Il y a interconnexion entre la psychologie et la sociologie, ne serait-ce que l’homme ne se comporte pas de la même façon en groupe.

Conclusion
À côté de la psychologie « savante », chacun a une fibre psychologique propre qui lui permet de juger et reconnaître certains traits de caractère à partir de son propre vécu. On se fie souvent plus à son jugement qu’à celui d’un professionnel qui est un avis parmi d’autres. Il faut aussi parler de la psychologie clinique dont le but est de soigner les souffrances psychiques. Il existe une concurrence entre les psychologues et les psychiatres, ces derniers ayant l’avantage d’avoir leur consultation remboursée par la sécu, tout au moins en France, ce qui pour le public est un gage de véracité ! Le soin psychologique peut aussi être pharmaceutique. La psychologie nous apprend que l’homme n’est pas uniquement un être rationnel. Elle permet aussi de différencier les individus qui nous entourent et nous protège en les identifiant par exemple les pervers narcissiques ou les psychopathes.
Patrice GROS-SUAUDEAU



Requiem pour l’Amérique
20 novembre, 2012, 15:48
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Si l’on additionne les Latinos, les Afro-américains, les homosexuels, les pauvres, les assistés, les avorteuses, les intellectuels tordus, les pourrisseurs, les idiots blancs utiles… on peut se demander pourquoi le score d’Obama n’a pas été plus élevé.
L’Amérique de notre enfance est morte : celle des cow boys, des westerns, des rodéos, de John Wayne, de la conquête de l’ouest. Ce pays qui fascinait et énervait à la fois a été construit par les Européens (Anglais, Irlandais, Allemands, Scandinaves, italiens…).
Romney qui avait quand même un physique de coq boy (bonne taille, bonnes épaules) a été battu par le vote communautariste.
Certes présenter un mormon et non un WASP faisait un peu tristounet ( ne pas boire ni fumer, ni prendre de café ou de thé)! .
Des imbéciles ont vu dans l’élection d’Obama la victoire de la démocratie, alors que nous avons eu affaire au triomphe du communautarisme. jamais le vote n’a été aussi racial.
Le président sortant lui même a sans cesse appelé à la mobilisation des minorités raciales. la première fois on pouvait encore penser que le corps électoral donnait sa chance à un métis pour se réconcilier avec la minorité noire. Cette fois-ci sa réélection a été fondée sur la démographie raciale du pays. On a assassiné une deuxième fois le cow boy Malboro.
Les vieux mâles blancs grognons vont disparaître, il ne restera plus qu’un grouillement d’habitants de toutes les races venus profiter d’un pays où l’on pourra être assisté comme en Europe.
Obama n’est pas devenu le président des États-Unis d’Amérique, il est devenu le président d’un pays qui n’est plus les États-Unis d’Amérique.
En plus pour être politiquement correct et ne pas être inquiété, il faudra sans cesse dire qu’Obama est brillant et que sa femme est la plus belle.
Comme le disait Roland Barthes, le fascisme, ce n(est pas d’empêcher de dire mais d’obliger à dire.
Patrice gros-Suaudeau



Psychiatrie et antipsychiatrie
8 novembre, 2012, 23:31
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À travers la psychiatrie se trouve posée la question de la folie. Ce mot a une connotation historique puisqu’au cours des siècles, il était pratiquement le seul utilisé jusqu’à nos jours où maintenant les « spécialistes » ont créé une nomenclature « savante ». La notion de folie n’est pas seulement historique, elle est aussi philosophique et sociologique. Qu’est ce que la norme ? Et par rapport à quelle société ? Pourquoi certains hommes qui s’autoproclament comme normaux déclarent certains « fous » ou de façon plus technique « schizophrène » ou autre et s’autorisent à décider de les enfermer ?
Le mouvement de l’antipsychiatrie des années soixante et soixante-dix a posé toutes ces questions avec acuité, mais ce courant semble être tombé en désuétude.
La psychiatrie nous concerne tous car dans notre entourage (travail ou autre) nous avons souvent observé des comportements disons « hors normes » ou inhabituels. Notre vieillissement peut aussi un jour nous mettre dans la position de ceux que certains décideront d’enfermer.
Le livre de Michel Foucault « Folie et déraison, histoire de la folie à l’âge classique » a eu un impact considérable sur l’antipsychiatrie. Il raconte l’Histoire de l’enfermement des fous et montre que la folie et la psychiatrie (cette dernière étant assez récente) ne se comprennent que dans une perspective historique et en démontre toute la relativité. La raison se constituant a voulu éliminer la folie.
La psychiatrie, loin d’être une « science » c’est-à-dire un savoir absolu et bien établi, n’est qu’un savoir empirique historicisant, tant sur sa compréhension que sur son traitement.
La folie dans l’antiquité
Les Grecs ont abordé la question de la folie, appelée aussi maladie de l’âme. Dans d’autres sociétés, le questionnement sur la folie a aussi existé comme en Égypte ou à Babylone. Les explications étaient religieuses. Les guérisseurs étaient des prêtres. Les « malades » étaient sous l’emprise des démons.
Pour les Hébreux, la folie était une punition de Dieu. Ce fut en Grèce, avec Hippocrate, que l’on a étudié la « folie » en dehors de toute interprétation magique ou religieuse. Il a-même existé-une -nomenclature sur les différentes sortes de folie (épilepsie, hystérie, mélancolie, …).
L’âme peut souffrir comme le corps.
Hippocrate écrivait déjà : « Je regarde ceux qui ont consacré l’épilepsie à la divinité, comme des gens de la même espèce que les prétendus sorciers, les enchanteurs, les charlatans, les bigots, qui veulent faire accroire qu ‘ils commercent avec les dieux, et qu ‘ils en savent plus que le reste des humains. Ils ont couvert leur insuffisance du manteau de la divinité. »
« Le cerveau est à l’origine de cette affection comme de toutes les autres grandes maladies », « C’est encore par là que nous sommes fous, que nous délirons ».
En tout cas, il a existé une thérapie pour les fous de la part des Grecs et des Latins.
La folie au moyen-âge et à la renaissance
Au moyen-âge, on retourne à une interprétation religieuse sous l’influence du christianisme. On fait appel à la superstition et à la démonologie. La pratique de l’exorcisme est courante. La folie est faute ou péché. Mais on n’enferme pas au moyen-âge. Seulement les dangereux sont enchaînés.
Des penseurs chrétiens comme Saint Augustin ou Saint Thomas donneront une explication plus rationnelle à la folie. Mais dans l’ensemble, la médecine est dominée par la théologie.
Le moyen-âge dans les trois derniers siècles sera moins tolérant qu’au début. Le fou est assimilé au péché, à la sorcellerie, au démon. La folie est une manifestation du diable.
Histoire de la folie de Michel Foucault
Ce livre a eu un impact considérable sur l’antipsychiatrie des années soixante et soixante-dix. Les critiques de psychiatres anti-antipsychiatrie furent aussi très fortes contre cet ouvrage.
L’histoire de la folie est celle de son enfermement. Foucault donne la date de 1657 où Louis XIV décide d’enfermer les « fous » ou plutôt les pauvres, marginaux et déviants de toutes sortes … Au nom de la Raison, le pouvoir avait décidé d’enfermer la folie ou la déraison.
L’Hôpital Général (lieu d’enfermement) est pour Foucault une instance de l’ordre monarchique et bourgeois. Le terme « fou » pour ceux qu’on enfermait était très vague : « débauché », « imbécile », « infirme », « esprit dérangé », « libertin ».
« L’étonnement qu’on ait enfermé des malades, qu’on ait confondu des fous et des criminels naitra plus tard. Nous sommes pour l’instant en présence d’un fait uniforme » (Michel Foucault).
L’homosexualité était de l’ordre de la folie selon l’auteur.
L’antipsychiatrie
Ce courant a été très critiqué par les psychiatres « officiels ». Il semble actuellement très faible, même s’il a posé des questions essentielles sur la différence arbitraire normal/anormal ou l’aspect sociologique de la maladie mentale, puisque certains diront que parfois il vaudrait mieux enfermer la famille du malade que le malade.
On remet en question l’idée de la folie. Elle ne serait que ce qui dérange la société normalisée ou unidimensionnelle pour reprendre un terme de Marcuse.
Crozier, sociologue certes étiqueté à droite a écrit : « La logique de gauche qui dominait cette période était une logique folle, c’est-à-dire sans limites, ni contraintes … »
Inversement, Szasz, un antipsychiatre américain d’origine hongroise a eu ce commentaire qu’on est passé de l’âge de la Foi à l’âge de la Raison qui veut imposer son ordre moral et politique : « Si le fascisme et le communisme n ont pas réussi à imposer une idéologie collectiviste à la société américaine, il se pourrait bien que la morale de la santé mentale y parvienne ».
La psychiatrie ne serait qu’une prétention scientiste, « un désir forcené des psychiatres de faire savoir à tous qu’ils ne sont pas moins scientifiques que les autres médecins et que le contrôle de la folie, grâce à eux, est enfin possible… ».
La psychiatrie aujourd’hui
On soigne beaucoup par des médicaments psychotropes depuis les années quatre-vingt. Cela peut sembler bizarre de soigner ainsi les maladies mentales : « un cachet, matin, midi et soir avant les repas ». Les « maladies » mentales peuvent parfois être liées à des mal-être existentiels.
Certains psychiatres sont opposés à l’utilisation des médicaments. En France, il y a 12 000 praticiens pour la psychiatrie. En Italie, tous les hôpitaux ont été fermés. Le courant antipsychiatrique y a été le plus fort.
Depuis l’antiquité, la classification des maladies a prodigieusement évolué (DSM ou CIM). Parfois on en dénombre des centaines. Paul Guiraud écrivait : « La nosographie est presque aussi inconsistante que la mode… une fois on décrit des centaines de maladies, quelques années après il n’y en a plus qu une qui s’appelle dégénérescence ou schizophrénie ». On peut observer que le traitement psychiatrique dépend totalement du pays où se trouve le « malade ». On constate ainsi que les Français sont de gros consommateurs de médicaments psychotropes.
Conclusion
La raison s’est construite en Occident par la destruction de son double : la folie.
Mais elle subsiste encore à l’intérieur de la raison quand par exemple Erasme en fait l’éloge.
Si comme le soutient Foucault, raison et folie sont devenues inconciliables, il a fallu que l’un détruise l’autre au cours de l’Histoire. À travers l’enfermement institutionnel des fous, la raison a enfermé la folie.
De nos jours, interne-t-on celui qui est fou ou définit-on comme fou celui qui est interné ?
En psychiatrie, un acteur essentiel est le psychiatre à qui la société croyant en son savoir donne le pouvoir de soigner, juger et enfermer. Qui est-il ? En est-il venu à s’intéresser à ce domaine car était-il lui-même fragile sur ce point ? (les « normaux » ne s’intéressent guère à ce sujet).
Michel Foucault, homosexuel masochiste, avait des pratiques sexuelles bizarres ou sans vouloir être normatif des pratiques qui n’étaient pas celles de tout un chacun.
Les psychiatres allemands ou américains ont en général une formation philosophique, ce qui n’est guère le cas en France, où l’approche est plus pharmaceutique. Les questions posées par l’antipsychiatrie referont-elles surface un jour ? Quant au traitement psychiatrique, dépendant de la géographie, il reste toujours marqué de l’empreinte de l’empirisme.
Patrice Gros-Suaudeau



Le mal
26 octobre, 2012, 16:36
Classé dans : plus ou moins philo

Le mal est difficile à définir de façon universelle tant il dépend à priori des cultures, des religions, des idéologies et de l’Histoire. Il est donc à la fois historique et géographique même si l’on constate quelques invariants. Kant a voulu l’universaliser ou l’objectiver avec son impératif catégorique : est mal ce qui crée le chaos si chacun agit de la même façon.
Inversement, certains comme Nietzsche n’ont vu dans l’idée du mal qu’une subjectivité liée à sa position dans la société, divisée certes de façon manichéenne entre les forts et les faibles ou médiocres.
L’obsession du mal peut conduire au pessimisme : ne voir que le mal, qu’il soit métaphysique (monde imparfait) ou moral. On peut aussi éprouver la culpabilité de ses actes passés. La conscience culpabilisée peut-être aussi celle des actes de ses ancêtres quand un groupe social cherche à en affaiblir un autre par ce moyen. Il en résulte une guerre des mémoires.
Cette attitude dénote une politisation de la notion du mal. On cherche à s’approprier l’Histoire, la mémoire, pour culpabiliser et dominer l’autre. Les États-Unis ont toujours décrété l’ennemi comme le représentant du mal que cela soit le nazisme, le communisme et maintenant l’islamisme, défini comme l’axe du mal. Quand Pierre Mauroy déclarait : « Le Front National est le mal absolu », au-delà de la « finesse » et la « subtilité » de cette réflexion liée à son auteur, on déshumanise l’autre qui ne mérite que l’éradication, c’est-à-dire la mort, l’emprisonnement ou la négation de son être. Le propre d’une idéologie est de se définir comme le bien, que ce soit la pureté de la race, l’antiracisme, l’ordre ou l’édification d’un monde nouveau ; tout ce qui s’y oppose ne pouvant que représenter le mal.
L’antiquité
Pour les Sophistes, le mal est relatif : « Ce qui est bien pour le bœuf ne l’est pas pour le cheval ».
Socrate, à la différence des Sophistes affirme l’existence absolue du bien : « Le bien est pour chaque chose de répondre aux fins qui sont inscrites dans sa nature essentielle ... ».
Pour l’homme, si le bien consiste à réaliser son essence, il faut encore se connaître : « Connais-toi toi-même ».
En tout cas pour Socrate, on ne fait pas le mal volontairement, mais par ignorance.
Platon reprendra Socrate sur ce point et reliera le bien et la connaissance. Il faut donc connaître le bien pour avoir envie de le faire.
Quant à Aristote, le bien est naturel, la mal est antinaturel. La vie doit être conforme à la raison. Les vertus cardinales sont : la prudence, la justice, la force et la tempérance.
Le mal et la religion
Épicure disait déjà : « Ou bien Dieu veut supprimer les maux et il ne le peut, ou il le veut et le peut ; s’il le veut et ne le peut, c’est qu’il est sans force, ce qui répugne à Dieu ; s’il le peut et ne le veut, c’est qu’il nous hait, ce qui n ‘est pas moins contraire à Dieu ; s’il ne le peut ni le veut, il n’a ni force ni amour, il n’est donc point Dieu ; s’il le veut et le peut, et c’est la seule solution qui lui convienne, d’où viennent tous les maux et pourquoi ne les supprime-t-il pas ? ». (Cicéron, De natura Deorum).
Bergson voyait le mal absolu dans la mort. La religion sert à neutraliser la question de la mort dans une croyance à Dieu (ou des dieux) et à l’au-delà.
Pour Saint Augustin, père de l’Église, le péché originaire est lié à la concupiscence de la chair. Ceci peut s’interpréter comme la part d’animalité originaire à l’homme. « Le péché est une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite, il est un manquement à l’amour véritable, envers Dieu et envers le prochain … ».
En plus du péché originel, le catholicisme distinguera les péchés mortels et les péchés véniels.
Dans le bouddhisme, on retrouve une idée de la pensée de Platon pour qui l’origine du mal se trouve dans l’ignorance.
Le désir, l’avidité, l’attachement, la haine et l’aversion sont aussi à l’origine du mal.
Spinoza – Nietzsche
Ces deux philosophes sur la question du mal ont de nombreux points communs. Pour Spinoza, il n’y a pas de mal en soi, il n’y a que le bon et le mauvais, termes qui seront repris par Nietzsche. Un « mal » peut être considéré comme le bien selon les circonstances : « Il n’a jamais tué une mouche dit le défenseur. Les mouches qu ‘il n’a pas tuées sont allées porter la peste dans une province entière dit l’accusateur ». (Jean Guitton).
Le mal est une interprétation de l’homme. On retrouve à nouveau Nietzsche : « Il n’y a pas de phénomènes moraux, mais une interprétation morale des phénomènes ».
La vision spinoziste est non immorale mais amorale.
Pour Nietzsche, le mal est une invention des « faibles » ou « médiocres » qui ont besoin de trouver un coupable à leur situation misérable. En reprenant les termes spinozistes, il écrit : « Est bien tout ce qui accroît la puissance. Est mauvais tout ce qui la diminue ».
La vision nietzschéenne est par delà bien et mal.
Leibniz
Traditionnellement on distingue le mal physique, le mal moral et le mal métaphysique (monde imparfait).
Leibniz niera le mal métaphysique raillé sur ce point par Voltaire dans Candide selon la formule : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».
Le mal chez Leibniz est nécessaire pour constater le bien.
Cette pensée négatrice du mal métaphysique n’est pas nouvelle puisque chez les Grecs « matérialistes » le mal n’existe que dans la conscience humaine, la matière (aveugle) ne connaissant pas le mal.
En tout cas, la vision optimiste de Leibniz était sans doute celle d’un homme à qui tout réussissait.
Conclusion
Tant individuellement que culturellement, on ne peut que constater la relativité du mal. L’hypersensible souffrira du moindre mal avec intensité. Les notions de bien et de mal, quand il ne reste plus que le doute, sont définies par la loi.
Le droit n’est que l’expression d’une culture. La prostitution et la drogue doivent-elles être considérées comme le mal ? Les interdire donne plus de clarté morale pour certains, même s’ils sont conscients que ces fléaux existeront toujours.
Pour la psychanalyse ou la psychiatrie, il n’y a pas de mal, mais des malades. Faut-il relier le mal à une maladie ? On a là une déresponsabilisation de l’homme.
Se pose, puisque le mal existe, même simplement défini par la loi, la question de la sanction, ou guérir un mal par le mal.
« Le mal le plus grand c’est pour l’homme qui commet l’injustice de ne pas en payer la peine ». (Platon)
Patrice Gros-Suaudeau



La philosophie des mathématiques
9 octobre, 2012, 15:58
Classé dans : éducation et enseignement,plus ou moins philo

L’alliance entre la philosophie et les mathématiques est ancienne. Depuis Pythagore et Platon, la liste des mathématiciens-philosophes s’écrit avec Descartes, Pascal, Leibnitz, Poincaré jusqu’à Husserl à la fois Docteur en mathématiques et en philosophie. Kant définissait les mathématiques (et la physique) comme un modèle pour la connaissance.
Pourtant elles ne disent rien sur le monde physique, la société, notre existence et notre intériorité.
Pascal a même fini par rompre sa carrière de mathématicien-physicien pour s’intéresser à l’intériorité de l’homme en redécouvrant le cœur, ce qu’il semblait avoir perdu. Wittgenstein considérait que les mathématiques n’apportaient rien à la philosophie. Pour le profane, elles suscitent à la fois admiration et rejet. Elles semblent coupées du « monde » de la quotidienneté comme des questions métaphysiques sur l’existence. Le mathématicien s’il suscite le respect sera souvent perçu comme un malade autiste asocial à qui il manque beaucoup de dimensions si ce n’est l’essentiel même si ce jugement comporte une part de ressentiment. Le prix à payer de son génie semble très lourd puisqu’il doit s’immerger dans un univers propre qui le coupe du restant de la population jusqu’à la schizophrénie. La compensation est le sentiment d’appartenir à une caste à part des humains et osons le mot d’éprouver une certaine « supériorité ».
Les différentes philosophies des mathématiques
Les mathématiciens adhèrent à des courants philosophiques liés à leur discipline.
1/ Le Platonisme ou le réalisme
Pour ce courant, les objets mathématiques sont aussi réels que les objets inanimés ou vivants.
Le tertium non datur (le tiers exclu) est un principe de sa logique bivalente. La notion d’ensemble est essentielle. Cette vision est partagée par les mathématiciens comme Hermite ou Lautman.
« … les nombres entiers me semblent exister en dehors de nous et en s’imposant avec la même nécessité, la même fatalité que le sodium, le potassium… » (Charles Hermite)
2/ Le formalisme a été conçu par David Hilbert.
Les mathématiques sont une construction de l’esprit qui reposent sur leur cohérence interne. Il ne doit pas y avoir de contradiction.
Le formalisme a été repris par Bourbaki et l’a poussé à l’extrême, c’est-à-dire une abstraction totale. N’existe en mathématiques que ce qui est écrit, ce qui s’oppose au platonisme.
Sous l’influence de Bourbaki, dans les années soixante et soixante dix, dans l’enseignement des mathématiques on a refusé l’usage des figures.
Gôdel a mis en évidence l’échec du formalisme de Hilbert. Toute théorie contient des résultats vrais mais non démontrables.
3/ Le constructivisme
Les objets mathématiques n’existent que dans la pensée du mathématicien à la différence du platonisme. Le texte écrit n’a de sens que par un lecteur mathématicien qui l’interprète. Le raisonnement par l’absurde est non admis. Cette position est assez minoritaire.
4/ L’intuitionnisme
L’intuitionnisme est assez proche du constructivisme. Il n’accepte pas aussi le raisonnement par l’absurde. Cette école a été développée par Brouwer et Heyting.
Chez Brouwer, on a des énoncés mathématiques qui ne sont pas valides en logique classique. La logique intuitionniste a formalisé des principes logiques. Pour Jean Dieudonné, ce courant ne représente pas 1% des mathématiciens.
5/ Le logicisme (Frege, Russel…)
Pour Frege, les mathématiques sont réductibles à la logique. Russel a trouvé des paradoxes dans la théorie des ensembles. L’anglais poursuivra avec Whitehead les travaux sur la logique. Le second théorème de Gôdel « tuera » le logicisme. Citons Frege « Tout bon mathématicien est au-moins à moitié un philosophe, et tout bon philosophe est au-moins à moitié mathématicien ».
Les mathématiques : langage de la science ?
Avec la sacralisation des mathématiques par les scientifiques, introduire des équations mathématiques dans un domaine d’étude donne du sérieux à la matière comme cela se passe par exemple pour les « sciences » économiques ;
René Thom considérait qu’à part la physique, l’utilisation des mathématiques est assez pauvre et élémentaire.
En chimie, on utilise beaucoup la règle de trois dans l’enseignement secondaire et même au-delà. Lorsque les mathématiques deviennent plus complexes cela ne décrit guère ce qui se passe ou alors de façon assez grossière. La biologie utilise aussi très peu les mathématiques. Ce langage étant devenu le langage de la science ou tout au-moins de la physique, toute quantification d’un savoir sera considérée comme une plus-value car plus opératoire. Les partisans de l’utilisation des mathématiques diront que de toute façon il existait déjà une distorsion entre le langage ordinaire et le monde physique ou celui de tout domaine d’étude.
Les mathématiques dans la physique
Les mathématiques et la physique sont intrinsèquement liées en dépit du purisme de certains mathématiciens. Il a existé du temps d’Aristote une physique qualitative. On peut même énoncer certains principes physiques sans recouvrir aux mathématiques comme le principe d’Archimède : « Tout corps plongé dans un liquide subit une poussée dirigée de bas en haut égale au poids du volume du liquide déplacé ».
La physique moderne a quasiment totalement exclu le langage naturel.
« … le langage ordinaire est trop pauvre, il est d’ailleurs trop vague, pour exprimer des rapports si délicats, si riches et si précis... ». (Henri Poincaré).
Heisenberg ne voyait dans les formules mathématiques non la vérité du monde mais la connaissance que nous en possédons ; nous pourrions dire un modèle.
En tout cas, l’utilisation des mathématiques dynamise la physique. En mécanique quantique, l’intuition faisant défaut, le physicien se « contente » de ses formules mathématiques. Pour des physiciens orthodoxes, la physique se trouve dans les équations. C’était la position d’Einstein qui voyait dans les mathématiques la compréhension possible du monde.
« Nous avons le droit d’être convaincus que la nature est la réalisation de ce qu’on peut imaginer de plus simple mathématiquement ». Il y avait chez lui un acte de foi venant tout droit de la pensée grecque pour qui le monde est explicable en dehors des mythes et des religions.
Conclusion
Les mathématiques sont elles faites uniquement pour elles-mêmes comme le soutiennent les membres de Bourbaki ? Jean Dieudonné a écrit un livre sur ce thème : « Pour l’honneur de l’esprit humain ». Ce point de vue flatte l’égo des mathématiciens. Savoir si elles existent seulement une fois démontrées comme le soutiennent les anti-platoniciens ou hors de nous semble de peu de conséquence sur la pratique des mathématiques. Leur utilisation dans les différents domaines du savoir n’est pas neutre. Elles « objectivent » et donnent une vision mécanique des phénomènes et dessèchent le monde de la vie ou le monde premier.
La critique phénoménologique de la mathématisation du monde et de la perte de sens pour l’homme occidental a été extrêmement forte au XXème siècle. Husserl a voulu revenir au monde de la vie, le monde premier débarrassé de sa gangue mathématique et analyser la constitution de l’objet par nos actes de conscience.
Dans la Krisis, Husserl écrit que Galilée a été à la fois découvrant et recouvrant. La crise de la raison qu’avaient aperçu Husserl et d’autres n’est elle pas que le contrecoup d’une « Science » objectivante qui ne donne pas sens au monde et n’aboutissant qu’au nihilisme.
Patrice Gros-Suaudeau



Nature et culture
1 octobre, 2012, 15:43
Classé dans : plus ou moins philo

Ces deux mots accolés l’un à l’autre ne sont pas utilisés au sens usuel.
Nature ne signifie pas le monde végétal. Il désigne plutôt inné, biologique par opposition à ce qui est acquis.
Le mot culture n’est pas pris au sens humaniste, c’est-à-dire un homme qui possède un grand savoir dans de vastes domaines. La culture signifie ici l’ensemble de tous les domaines qu’a produits la société : religion, langue, art, coutumes, science, technique, …
Toute société fabrique sa propre culture comme la culture française ou allemande.
« Une culture, c’est l’ensemble des formes acquises de comportement d’un groupe d’individus unis par une tradition commune, transmise par l’éducation » (Margaret Mead).
Cette différence entre nature et culture est bien soulignée par le biologiste Jean Rostand.
« La biologie ignore le culturel. De tout ce que l’homme a appris, éprouvé, ressenti au long des siècles, rien ne s’est déposé dans son organisme. Chaque génération doit refaire tout l’apprentissage. La civilisation de l’homme est dans les bibliothèques, dans les musées et dans les codes ...»
Cette différence entre nature et culture n’est pas toujours aussi nette. Lorsque Lacan énonce : « la femme n ‘existe pas », il veut dire que « la femme » est une construction culturelle et n’a quasiment rien d’inné dans ses comportements. Le livre « Le deuxième sexe » de Simone de Beauvoir soutient cette thèse de façon très virulente et a été le livre référence de toutes les féministes. Démêler l’inné et l’acquis est parfois impossible tant ils s’entremêlent.
L’État de nature
Cet état n’a jamais existé, mais pour Rousseau comme pour les juristes (droit naturel), il sert d’instrument pour distinguer ce qui relève de la biologie ou de la culture. John Locke fonda sa philosophie politique sur la loi de la nature.
Cet état de nature correspond à ce qui est commun à tous les hommes, en dehors de leurs acquis culturels.
Lévi-Strauss reprendra cette distinction. Pour lui, la règle fait la différence entre nature et culture : « Partout où la règle se manifeste, nous savons avec certitude être à l’étage de la culture. Symétriquement, il est aisé de reconnaître dans l’universel le critérium de la nature. »
Lévi-Strauss fera de la prohibition de l’inceste la règle essentielle même si elle varie avec les sociétés. Le parent interdit n’est pas toujours le même. « Elle constitue une règle, mais une règle qui, seule entre toutes les règles sociales, possède en même temps un caractère d’universalité » (Lévi-Strauss).
La culture
Pour Leroi-Gourhan, l’homme est sorti de son animalité par la station debout qui en libérant deux membres lui a fait découvrir l’utilisation de l’outil : « La liberté de la main permet une activité technique différente de celle des singes ... ».
Par le travail, lié à l’outil, l’homme s’est éloigné de son animalité. En plus de l’outil, l’homme bénéficie d’un patrimoine accumulé.
« Des institutions aussi conventionnelles que nos bibliothèques et nos musées ou des forces aussi extrinsèques à nos corps que l’éducation ne sont pas si loin qu’on pourrait le croire de constituer à l’humanité une mémoire et une hérédité ».
Mais ce qui distingue le plus l’homme de l’animal sont le langage et la pensée (homo sapiens : homme qui pense).
Influence de la culture sur la personnalité
Au sortir de la deuxième guerre mondiale, les forces alliées ont considéré que la culture allemande avait fabriqué un type de personnalité venant d’une éducation « trop » autoritaire et qu’il fallait changer l’éducation allemande donc la culture allemande.
On n’était donc plus dans le cas d’une guerre classique selon Carl Schmitt où l’on respecte l’ennemi une fois vaincu, mais l’ennemi étant désigné comme le mal, il fallait donc le tuer ou changer son être.
En tout cas, ceci ramène à la relation entre culture et personnalité bien analysée par un sociologue comme Edgard Morin.
« Ainsi chaque culture … refoule, inhibe, favorise, surdétermine l’actualisation de telle ou telle aptitude, de tel trait psychoaffectif, fait subir ses pressions multiformes sur l’ensemble du fonctionnement cérébral, exerce même des effets endocriniens propres et, ainsi, intervient pour coorganiser et contrôler l’ensemble de la personnalité. » (Edgard Morin).
Conclusion
On ne peut que constater l’immense diversité des cultures sur la planète qui créent autant de types de personnalité à l’intérieur de leur domaine d’influence.
L’ethnocentrisme est fréquent chez l’homme qui a souvent hiérarchisé les cultures. Dans « Race et Histoire », Lévi-Strauss le souligne : « Il semble que la diversité des cultures soit rarement apparue aux hommes pour ce qu’elle est : un phénomène naturel, résultant des rapports directs ou indirects entre les sociétés ... ».
Samuel Huntington dans « Le choc des civilisations » montre l’incompréhension, la compétition, la rivalité qui peuvent exister. On assiste aussi à une homogénéisation des techniques, des modes de vie qui ont fatalement une influence sur les différents cultures ou civilisations. Il peut en résulter un rejet, un refus qui peuvent se transformer en radicalisation.
Patrice GROS-SUAUDEAU



Les Lumières
11 septembre, 2012, 13:00
Classé dans : plus ou moins philo,politico-historique

Le terme est volontairement provocateur car il sous-tend que tout auparavant était « ténèbres ». De nos jours, un homme politique comme Jean-Luc Mélenchon se réclame des Lumières ce qui chez certains peut créer un soupçon.
Kant dans « Qu’est-ce-que les Lumières ? » (Was ist Aufklärung ?) en donne une définition apologétique. : « La sortie de l’homme de sa Minorité ». « Sapere aude. Aie le courage de te servir de ton propre entendement ».
Si Kant insiste sur le Raison, terme d’ailleurs toujours en construction ou déconstruction dans l’Histoire de la philosophie occidentale, la philosophie des Lumières s’est voulue aussi un combat contre l’Ordre ancien, le pouvoir absolu, la superstition, les préjugés, la religion (le christianisme en particulier chez Voltaire), le fanatisme. Elle voulut aussi se définir comme une lutte pour la tolérance, la laïcité, l’égalité entre les hommes, le progrès, la libération de l’homme …
Un marxiste verrait dans les Lumières l’idéologie de la bourgeoisie du XVIIIeme siècle en Occident, qui est devenue celle de notre république bourgeoise et en même temps celle de la franc-maçonnerie pour qui la pensée politique s’est arrêtée au XVIIIeme siècle.
Il a aussi existé en réaction ce qu’on a appelé les anti-lumières représentés par des philosophes ou politiques comme Nietzsche, Burke, Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Maurras, … qui ont défendu la tradition, l’autorité, la religion (excepté Nietzsche) comme ciment social et même justifié les préjugés. De façon plus profonde, des penseurs comme Heidegger, Feyerabend … ont déconstruit l’idée de Raison ce qui sapait les fondements métaphysiques de la philosophie des Lumières.
Voltaire
L’écrivain philosophe est le plus emblématique de la grande bourgeoisie parisienne à la différence d’un Diderot provincial et moins fortuné ou de Rousseau.
On connaît surtout Voltaire pour son combat contre le fanatisme et l’intolérance. Il a été profondément antireligieux. Sa critique a pris a pris parfois une forme ordurière. Il présente le christianisme comme « la plus ridicule, la plus absurde et la plus sanglante religion qui ait jamais infecté le monde ».
Il a dans un premier temps critiqué l’Islam pour ensuite le présenter sous une forme plus avantageuse, sans doute par antichristianisme. Ce dernier représentait trop le pouvoir de l’époque. Voltaire était quand même déiste à la différence de Diderot.
Sur le plan politique, il considérait les hommes naturellement libres et égaux, même s’il méprisait sans se cacher le peuple de son époque.
Ce grand bourgeois richissime a été un parfait représentant de la philosophie des Lumières.
Diderot
Ce fut avant tout l’homme de l’Encyclopédie à laquelle il consacra plus de vingt ans. Cette entreprise avait deux objectifs principaux. On reliait le savoir à l’élévation de l’homme et il s’agissait aussi de le diffuser au plus grand nombre dans l’esprit des Lumières. On considérait à l’époque qu’un honnête homme pouvait tout connaître.
Diderot était athée et a eu des écrits antireligieux. Sur l’Islam dans une lettre à Madame de Volland, il écrit : « L’Islam est l’ennemi de la raison ». Sa préoccupation a été la morale chez l’homme en l’absence d’une croyance religieuse.
Si Diderot n’a pas été vraiment un philosophe, il a été un humaniste, c’est-à-dire croire en l’Homme. Sa vision du monde a été celle du matérialisme : le monde est divers et en perpétuel changement. Ceci s’oppose à l’ordre du monde de Descartes.
« Tout change, tout passe, il n’y a que le tout qui reste. Le monde commence et finit sans cesse ; il est à chaque instant à son commencement et à sa fin. » (Le rêve de d’Alembert).
Rousseau
Des philosophes les plus connus, Rousseau est sans doute celui qui représente le peuple. Il a été à plusieurs reprises domestique. Sa sensibilité à fleur de peau chez cet hypersensible a fait qu’il a célébré la solitude ne supportant sans doute pas les autres, ce que lui a reproché Diderot.
Il est atypique chez les Lumières puisqu’il refuse l’idée de progrès. La civilisation pour lui a corrompu les mœurs. Rousseau a toujours éprouvé un mal-être social.
Il se rattache aux Lumières par sa vision égalitaire des hommes. Sa vision politique se trouve dans le Contrat Social. L’homme laisse sa liberté originaire pour une liberté politique. La loi crée la liberté : « Il n’y a donc point de liberté sans loi, ni où quelqu’un est au-dessus des lois ».
Le pacte social est décrit dans le livre « Du contrat social » « Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale, et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout. »
Sa critique de la propriété en fait un prérévolutionnaire qui a influencé la Révolution.
John Locke
La philosophie des Lumières a été européenne et John Locke a eu un rôle déterminant. C’est un empiriste, c’est-à-dire que l’expérience est la seule source du savoir et non un rationaliste comme Descartes.
Sur le plan politique, Locke est un adversaire de l’absolutisme royal. Les hommes ont besoin de la liberté et de la propriété. Us sont libres et égaux.
Son idée d’association des hommes pour fonder une société par libre consentement influencera Rousseau.
« Chacun des membres s’est dépouillé de son pouvoir naturel, et l’a remis entre les mains de la société afin qu’elle en dispose dans toutes sortes de causes, qui n’empêchent point d’appeler toujours aux lois établies par elle. »
Les anti-Lumières
Aux Lumières ont répondu les anti-Lumières dont la liste est longue et ne peut être exhaustive. On peut situer dans ce courant : Nietzsche, Burke, Joseph de Maistre, Louis de Bonald, Herder, Maurras, Barrès, le Comte de Gobineau, Heidegger, Alexis Carrel,…
Il existe différents termes pour qualifier cette pensée : réactionnaire, contre-révolutionnaire, différentialiste, certains diront raciste ou racialiste. Il existe aussi les déconstructeurs de l’idée de Raison.
Pour eux, les hommes sont inégaux. Le Comte de Gobineau écrira un livre sans équivoque sur l’inégalité des races humaines. Il n’existe pas d’Homme universel, déraciné mais un homme appartenant à une Culture, une terre, un pays, une langue, une religion, une Histoire, une race … Joseph de Maistre a écrit qu’il n’a jamais rencontré d’Homme, mais des Français, des Anglais, des Russes …
Toute cette pensée a eu sa cohérence car chaque écrivain de cette mouvance connaissait bien ses classiques dans ce domaine.
L’individu n’existe que dans une communauté (Gemeinschaft). L’Encyclopédie qui a véhiculé les idées des Lumières définit la nation ainsi : « une quantité considérable du peuple qui habite une certaine étendue du pays, renfermée dans certaines limites et qui obéit au même gouvernement ».
Il n’y a pas un mot sur l’historicité. C’est la tabula rasa. Tous ces auteurs défendront aussi la tradition, l’autorité et dans l’ensemble la religion qui soude une communauté, transmet la tradition et est garante de l’ordre social.
Joseph de Maistre verra même dans les préjugés ce qui unit un peuple et le définit.
À l’Universel qui détruit les identités, on préfère les particularismes. L’ethnologue Lévi-Strauss a lui-même eu des écrits semblables à cette pensée différentialiste, étant pour la préservation des cultures. L’Universalisme ne peut être que destructeur.
Conclusion
Dans le débat sur l’identité nationale qui a eu lieu en 2009-2010, la ligne de fracture sans toujours en être conscient s’est faite entre une vision de la France devenue la République qui est celle des Lumières, et les partisans d’une France charnelle, historique qui est celle des anti-Lumières. L’idéologie des Lumières s’est imposée puisque l’école de la République l’enseigne aux enfants dès le plus jeune âge. Pendant ce débat, les préfets et sous-préfets aux ordres ont récité le catéchisme républicain : laïcité, droit du sol, liberté, égalité, fraternité, universalisme, droits de l’homme … Est Français ou plutôt citoyen de la République celui qui possède la carte plastique avec le tampon République Française. Dans la pratique, cela donne droit aux allocations et de toucher aux caisses sociales. À la France charnelle, la France des cathédrales, s’est substitué la République, émanation de la philosophie des Lumières.
À travers ce débat se trouve posée la question : qu’est ce que l’homme ? Ce questionnement de John Locke a eu des réponses diverses. La République définit l’homme comme néant. L’homme sans historicité n’est que sujet de droit. Nos particularismes régionaux ou autres deviennent des saletés qu’il faut taire, encore moins en tirer fierté. La construction européenne s’est faite selon la philosophie des Lumières et n’a peut-être créé qu’un univers gris.
Patrice GROS-SUAUDEAU



L’Existentialisme
28 août, 2012, 10:39
Classé dans : plus ou moins philo

En France ce courant philosophique a été quasiment totalement lié à la personne de Sartre, même si ce dernier s’est inspiré de différents penseurs comme Kierkegaard, Hegel, Husserl, Heidegger… Le livre référence fut l’Être et le Néant mais Sartre développa aussi sa pensée dans la Critique de la raison dialectique. L’Existentialisme connut tous les excès puisque pour certaines femmes il suffisait de s’habiller en bohémienne et fréquenter certains cafés de Saint-Germain des Prés pour se définir comme existentialistes. Ce courant de pensée fut donc aussi une mode d’après guerre.’Qui dit mode dit aussi moment passager et il est vrai que maintenant la philosophie dite « sérieuse » se situe plutôt entre ce qu’on appelle la « continentale » (phénoménologie) et l’analytique. En plus du questionnement sur l’éthique existe aussi une philosophie des sciences.
Le questionnement sur l’existence, l’intériorité de l’homme a eu ses précédents avec des écrivains-philosophes comme Montaigne et Pascal avant Kierkegaard. La grande question de l’homme est l’existence et non un savoir académique dit objectif, le savoir des professeurs. Sartre postulera : « l’existence précède l’essence ». Cette formule est à l’opposé de tous les déterminismes religieux comme la prédestination, biologiques puisque pour certains biologistes nous sommes nos gènes, ou sociaux. Un sociologue comme Bourdieu considéra qu’on ne peut sortir de nos classes sociales originaires. Il n’existerait que de la reproduction sociale. La thèse de Sartre est donc quasiment un acte de foi même si ce dernier n’aimait sans doute guère cette expression. Il a aussi existé un existentialisme religieux comme celui de Gabriel Marcel à côté de celui de Sartre.
Sartre :
Il est difficile de parler de Sartre même des années après sa mort tant il a suscité les passions donc aussi les haines, ceci étant lié à son dévergondage politique. Il reste un grand écrivain au style très classique des romanciers XIXème siècle comme on peut le découvrir dans les chemins de la liberté. Il fut aussi un Narcisse de sa laideur physique qu’il portait comme un étendard. Son aura et sa légitimité intellectuelle, qui a tout’ écrasé sous lui du temps de son vivant, étaient fondées sur les milliers et milliers de pages qu’il a noircies sous l’effet des dopants. Il n’y a pas que les sportifs qui se dopent.
II a été considéré comme le pape de l’existentialisme avec quelques phrases-choc qui sont passées chez le public cultivé et même au delà « nous sommes condamnés à la liberté ». Sartre postulait la liberté comme il a beaucoup affirmé, ses affirmations passant pour « la » vérité de l’époque. Beaucoup de lecteurs se sont familiarisés avec la notion de l’en-soi et du pour-soi notions toutes hégéliennes qu’il a transformées, l’en-soi étant du domaine du réalisme, le pour-soi de l’idéalisme.
Une des grandes idées de Sartre est que nos actes nous fondent. Nous sommes nos actes. De là résulte notre responsabilité liée d’ailleurs à la liberté inhérente à notre existence selon lui. Sartre a voulu relier l’existentialisme au marxisme.
Dans la Critique de la raison dialectique il essaie de faire cette synthèse a priori contradictoire puisque notre existence et notre subjectivité sont en dehors de toute théorisation et de toute pensée englobante. Sartre est entré en marxisme comme d’autres en religion. « Le marxisme est l’horizon indispensable de notre temps ». Il justifiera même la violence pour se libérer de notre servitude.
Au delà des provocations et outrances, nous avons en affaires à un esprit brillant dans la lignée de Voltaire comme le système éducatif français de l’époque, très élitiste en fabriquait à Normale Sup rue d’Ulm à la différence d’Outre Rhin où l’on privilégie la profondeur.
Kierkegaard
Le philosophe danois est avant tout un penseur religieux.
Sa problématique est donc la foi, mais il fut avant tout un précurseur de l’existentialisme.
Au delà de l’aspect religieux de nombreuses réflexions sur l’existence ont amené plusieurs catégories nouvelles.
L’ennemi de Kierkegaard au départ est Hegel et son système de l’Histoire. Le philosophe réintroduit le subjectif, le seul qui a de la valeur face à la soi-disant objectivité du savoir abstrait ou théorique. L’analyse de l’angoisse sera reprise par Heidegger. L’angoisse vient du péché au départ pour Kierkegaard. Cette angoisse de l’existence ne peut être analysée dans aucune « Science ».
L’angoisse nous construit, elle fait saisir tous les possibles. Elle donne le vertige de la liberté. Le savoir abstrait, théorique du professeur a fait oublier à l’homme ce que veut dire exister. Semblable à Pascal qui redécouvre le cœur chez l’homme, le philosophe analyse l’intériorité. Kierkegaard valorisera la passion, sentiment de l’être qui existe. Le penseur doit être passionné, pour que tout devienne plus intense. Kierkegaard apposera l’Unique à l’universel de Hegel.
La foule ne peut être que négative face à la grandeur du solitaire : « l’homme spirituel se sépare de nous autres hommes parce qu’il peut supporter l’isolement ».
On retrouve les accents du livre de Schopenhauer « Aphorismes sur la sagesse dans la vie » où la solitude est célébrée. Le bavardage perd les humains. La déchéance dans le bavardage sera un thème heideggérien.
Heidegger
Le philosophe de Fribourg a repris la phénoménologie là où Husserl s’est arrêté. Après les critiques de l’objectivité et de la Science faites par son prédécesseur Heidegger construit son analyse existentiale.
II ne se revendiquait pas comme existentialiste. Il a inspiré Sartre et a lui-même repris des thèmes de Kierkegaard. Ce fut un créateur de philosophie.
Ses néologismes font partie maintenant de la philosophie.
Les modes d’être de l’homme sont appelés « existentiaux ». L’homme est être-au-monde. Le Dasein heideggérien signifie être là ou existence en allemand.
Les choses du monde sont en rapport avec nous comme instruments.
Heidegger réintroduit la situation affective de l’être-jeté ce qui le différencie de la vision scientifique du monde. Cela le distingue aussi de la raison kantienne.
On retrouve la subjectivité kierkegaardienne.
Le monde apparaît selon notre disposition : la-joie, la peur, la tristesse, l’ennui… Il n’y a de sujet pur néo-kantien, mais un être-là possédant une historicité.
L’être-jeté connaît aussi la déchéance dans le bavardage, la dictature du « on ». il est donc inauthentique.
L’inauthenticité est originaire à notre existence.
L’être là devient authentique lorsqu’il s’approprie soi-même. Heidegger fera aussi des analyses très fines dans « Sein und Zeit » sur le souci, l’angoisse, la mort qui nous sortent de la quotidienneté et font jaillir l’authenticité et tous nos possibles.
Conclusion
L’existentialisme est un courant de pensée lié à Sartre même si l’on peut considérer Kierkegaard comme un précurseur.
L’homme se construit par ses actes. Il est donc responsable de son essence et donc de tout devant tous.
« Si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de ce qu’il est » (Sartre).
Philosophie et politique ne font plus qu’un.
Cet existentialisme athée a sa cohérence puisqu’il faut rejeter selon lui un être supérieur appelé Dieu qui aurait déjà défini notre essence.
En fin de compte Sartre a crée sa théologie en négativité en inversant Luther.
PATRICE GROS-SUAUDEAU



La Violence
14 août, 2012, 13:07
Classé dans : plus ou moins philo

Les formes de violence ne manquent pas. Il y a bien sûr la violence physique ou des armes qui semble la plus évidente à observer. Tout homme l’a connu à l’école, dans la rue, un lieu public ou en privé.
Il y a aussi la violence psychologique qui peut détruire tout autant. Une forme usuelle est la violence verbale qui jaillit de certaines paroles. Entre les deux guerres, la violence de l’écrit existait dans une certaine presse et même dans la littérature si l’on songe par exemple aux pamphlets de Céline et d’autres …
Selon Freud, chez l’homme il existe des pulsions de mort, comme il existe des pulsions de vie. Cette violence peut même se retourner contre soi-même comme dans le cas du suicide.
La société essaiera toujours de contenir, canaliser, refouler cette violence qui est inhérente à l’homme. La guerre est une forme de violence organisée avec ses codes et ses lois, pas toujours respectés.
La violence pour la morale est associée à la négation de la raison. Cela peut être à la fois momentanément la facilité et le plus court chemin pour arriver à ses fins sans tenir compte d’autrui, ce qui s’apparente à du cynisme. L’Histoire montre que la violence engendre la violence et son utilisation n’est pas sans risque aussi pour celui qui décide de l’employer.
Si la violence a été condamnée moralement, elle a été célébrée et justifiée par certains courants politiques et philosophiques.
Déjà le Grec Heraclite écrivait : « Le combat est le père de toutes choses ; des uns il a fait des dieux ; des autres il a fait des hommes. Il a rendu les uns libres, les autres esclaves. »
On compare souvent Heraclite, le philosophe du mouvement à Parménide, le philosophe de l’être. Le conflit accouche de l’être. Le combat est lié à l’Histoire des hommes.

Les explications de la violence    

La plus évidente et première est l’explication biologique. L’homme a une part d’animalité. Il n’a pu survivre au cours des millénaires que grâce à une agressivité nécessaire et commune au monde animal. On l’attribue à la testostérone que les hommes possèdent plus que les femmes. Toute la culture consistera à refouler, détourner cette violence.
Plus philosophiquement, Hegel y verra une lutte des consciences. Cette lutte a pour but la reconnaissance ou la domination.
« Une lutte, puisque chacun voudra soumettre l’autre, tous les autres, par une action négative,
destructrice … »
(Kojève, introduction à la lecture de Hegel).
Pour Hobbes dans le Léviathan, l’être humain est naturellement violent pour survivre ou par orgueil. « Homo, homini lupus ».
À la différence de Rousseau, les hommes ne sont pas naturellement bons, mais asociaux ; c’est la « guerre de tous contre tous ». Il faut donc un État fort pour que les hommes puissent cohabiter entre eux. Freud globalement reprendra l’analyse de Hobbes.
« L’homme n’est pas cet être débonnaire, au cœur assoiffé d’amour, mais au contraire qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne dose d’agressivité » (Freud, malaise dans la civilisation).
Sartre quant à lui verra la rareté comme une explication à la violence.
Si la violence a été condamnée par les moralistes, elle a parfois été valorisée, chantée par les poètes depuis L’Iliade et l’Odyssée. Il existe toujours le mythe du « guerrier » qui sait se battre, se défendre, et protéger. On distinguera aussi la violence nécessaire et celle gratuite où l’imbécile peut tuer un être intelligent ou sans défense.
Avant d’aborder l’idéologie de la guerre qui est celle d’un courant politique conservateur ou même nationaliste, la violence a aussi été légitimée par les révolutionnaires qui la trouvaient nécessaire pour accéder à une société nouvelle.

L’idéologie de la guerre (Kriegsideologie)

Les philosophes qui ont légitimé la violence et la guerre ont été nombreux depuis Heraclite jusqu’à Nietzsche, Clausewitz, Spengler, Carl Schmitt, Heidegger …
Pour Cari Von Clausewitz : « la guerre est une simple continuation de la politique par d’autres moyens ».
Cette phrase a eu beaucoup d’interprétations et a même été renversée par certains auteurs. Il n’y a pas de guerre sans finalité politique. On peut aussi interpréter la guerre comme un moyen de la politique.
Pour Clausewitz, la guerre absolue est la guerre populaire, c’est-à-dire celle où le peuple y prend totalement part. Ce n’est plus une armée qui se bat mais une nation. On a là l’explication du massacre de la première guerre mondiale (14-18) qui a été la jonction de l’utilisation d’armes puissantes et massives, produits de la révolution industrielle et de la conscription (le service militaire et donc la guerre pour tous).

Les philosophes allemands du XXème siècle

Après Kant qui avait un projet de paix perpétuelle, ce qui est devenu bien après la philosophie de l’O.N.U., la paix n’a jamais été considérée comme un but à atteindre. Thomas Mann écrit : « La vérité est que l’homme ne ressent pas la paix comme « un idéal inconditionné ». En lui vit sans doute, et est immortel, un élément héroïco-primitif, une profonde exigence d’expériences terribles. »
Spengler quant à lui célèbre aussi la guerre : « La paix est un désir, la guerre est un fait. La vie est un combat. Que des peuples entiers deviennent pacifistes, c’est là un symptôme de faiblesse sénile : il ne s’agit plus de races jeunes et fortes. »
Spengler ajoute : « C’est un fait dangereux, que seuls parlent aujourd’hui de paix mondiale les peuples blancs et non les peuples de couleur, bien plus puissants en nombre. »
Pour Carl Schmitt, l’essence de la politique est le conflit et il fait donc de la distinction ami/ennemi le principe du politique.
L’écrivain Jünger verra dans la guerre le défi ultime pour l’homme. Elle permet de se dépasser dans des conditions extrêmes : « La guerre est notre mère à tous. »
Quant à Heidegger, il verra dans la violence un impératif ontologique. La caste appelée à diriger représente les guerriers du « combat primordial ». Ils doivent employer la violence pour briser les conventions et la quotidienneté. Heidegger prônera la dureté.
On retrouve des thèmes nietzschéens et héraclitiens. La violence est accoucheuse de l’Être. Celui qui exerce la violence ne doit pas connaître la bonté et la conciliation.

Conclusion

On ne peut que souligner l’ambiguïté de la violence. Dans la société en temps de paix, la violence légitime est aux mains de l’État. Max Weber définissait l’État comme ayant le monopole de la violence physique légitime (Gewaltmonopol).
Cette vision rejoint celle de Hobbes dans le Léviathan. La violence organisée qu’a été la guerre a été perçue par de nombreux penseurs comme moteur de l’Histoire et source de création, de dépassement de soi, d’un peuple.
La violence pure et gratuite comme dans Orange mécanique n’est jouissive que pour un individu. La violence collective et politique a créé, agrandi des nations et a été nécessaire à tout changement social.
Patrice GROS-SUAUDEAU



La Personne en Occident
31 juillet, 2012, 16:32
Classé dans : éducation et enseignement,plus ou moins philo

Lorsque l’on observe le nombre de penseurs, scientifiques, inventeurs, musiciens, artistes de toutes sortes, poètes, écrivains… qui ont existé en Occident, la quasi-totalité étant constituée de mâles blancs qu’on cherche maintenant à mettre plus bas que terre, on peut se poser la question pourquoi ici et moins ailleurs ?
La culture occidentale a-t-elle favorisé l’épanouissement de l’individu pour qu’une part non négligeable d’individus ait été aussi créative ?
Il y a eu certes une période arabe qui après avoir repris l’apport grec a produit ce qu’on a appelé les « savants » arabes sur le modèle des « savants » grecs. Mais cette période n’existe plus comme par exemple la science qui ne s’est pas durablement installée dans les pays musulmans.
L’Occident a construit la notion de personne, sujet de droit. Cette notion juridique vient du droit romain. Sur le plan culturel, il y a eu le modèle du chevalier, idéal guerrier au départ auquel s’est ajouté par la suite un idéal courtois et d’homme cultivé.
L’Humanisme de la renaissance a renoué avec l’antiquité gréco-latine. L’homme (qui compte) doit détenir une culture encyclopédique comme le préconisait Rabelais. L’Humanisme de la Renaissance n’a rien à voir avec l’humanisme actuel qui a sombré dans le misérabilisme et qui peut se résumer ainsi : « tous égaux, tous pareils ». Cet Humanisme misérabiliste a dégoûté un penseur comme Nietzsche qui faisait la différence entre les hommes supérieurs et les médiocres.
Au XVIIème siècle, l’idéal de l’honnête homme est celui d’un homme (très) cultivé. L’idéal du « clerc » l’emporte sur celui du guerrier. L’honnête homme doit avoir une culture générale suivant en cela Montaigne : « mieux vaut une tête bien faite que bien pleine »
« Il vaut mieux connaître une chose sur tout que tout sur une chose ». (Pascal)
Au-delà des régimes politiques, les notions de personne et de l’individu ont toujours existé en Occident. La démocratie actuelle fait voter des lois liberticides et mémorielles qui ont comme but de contraindre la pensée et la liberté d’expression pourtant essentielles pour le développement de l’individu. Il ne faut pas oublier qu’à Athènes c’est la démocratie qui a condamné à mort Socrate.
On fera ici la distinction usuelle entre personne (concept social et juridique) et l’individu – personnalité – Moi (concept privé). Les deux notions peuvent se recouper partiellement. La personne en droit romain c’est le citoyen qui jouit de ses droits et est responsable de ses actes.
Le Christianisme
La notion de personne qui existait déjà chez les grecs (entre autres les Stoïciens) reste très présente dans le Christianisme. Chez les grecs, la personne était du devoir-être donc relevait du droit. Ceci s’oppose à d’autres religions comme par exemple l’Islam où le fidèle appartient avant tout à l’Oumma (la communauté). Dans le bouddhisme, le moi est nié ce qui a influencé la pensée asiatique. Pour le christianisme, Dieu a créé l’homme à son image. En revanche musulman signifie « esclave de Dieu ». L’Islam est par essence collectiviste et ne favorise donc pas l’épanouissement de l’individu. Selon le poète libanais Adonis l’Islam s’oppose à la notion de personne. De plus toute la Vérité se trouvant dans le Coran toute autre pensée sera considérée comme iconoclaste.
Kant
Le philosophe a défini la personne comme une valeur absolue. La personne doit être une fin en soi et non un moyen. L’être humain possède une dignité mais aussi une responsabilité. Toute personne mérite le respect.
« Le respect s’applique toujours uniquement aux personnes, jamais aux choses ». (Kant, Critique de la raison pratique)
La notion de personne est un fondement de la morale kantienne. Elle est responsable et mérite le respect. Avec Kant culmine la notion de personne et la morale qui en découle imprègne le droit actuel aussi bien civil qu’international.
L’impératif catégorique contient deux fois le mot « personne » « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen ».
Le personnalisme d’Emmanuel Mounier
Le personnalisme peut se définir comme « toute doctrine, toute civilisation affirmant le primat de la personne humaine sur les nécessités matérielles et sur les appareils collectifs qui soutiennent son développement ».
Le personnalisme est donc dans la tradition grecque, chrétienne et kantienne. Sur le plan politique le personnalisme s’oppose aux totalitarismes. Il s’opposera aussi au libéralisme. Emmanuel Mounier, catholique, agrégé de philosophie a profondément influencé certains hommes politiques d’après-guerre.
En Pologne, le mouvement Solidarité s’est inspiré du personnalisme.
Analyse du moi
Le moi a été analysé par de nombreux philosophes et psychologues. Il y a à la fois unicité et multiplicité du moi.
Son unité semble évidente à priori par l’unité du corps. Il y a bien sur le visage qui est le plus identifiant et qui est l’expression de l’être. Ce corps et ce visage peuvent changer sous l’effet du vieillissement et d’accidents au cours de la vie. Mais il existe au-delà de ces contingences une permanence du corps et du visage.
Notre mémoire créé aussi une unité du moi au cours de la vie même si parfois elle fait défaut. Le mot « je » qui est une illusion pour certains, donne le sentiment de la permanence du moi. En anglais le mot « I » désigne je et moi, alors qu’en français le « je » est intemporel à la différence du moi. La multiplicité du moi vient d’abord du temps qui englobe toutes nos rencontres et nos traumatismes et fait que nous changeons.
Nous ne sommes pas les mêmes en fonction des situations et des personnes que nous rencontrons. Nous changeons en fonction aussi des groupes sociaux auxquels nous appartenons. Quelqu’un n’est pas forcément le même avec ses amis de club qu’avec ses collègues de travail.
Toujours est-il que ce moi n’intéresse pas la personne juridique définie par la loi.
Max Stirner : l’unique et sa propriété
Max Stirner (de son vrai nom Schmidt) a écrit un livre très séduisant que l’on pourrait qualifier comme l’œuvre essentielle de l’anarchisme individualiste. Cette pensée est celle d’un individualisme farouche.
« Pour moi, il n’y a rien au-dessus de moi »
Certains soutiendront que Nietzsche a été influencé par Stirner ce qui n’a jamais été vraiment démontré L’individu doit refuser toute forme de soumission
(État, religion, doctrines politiques…)
Stirner s’attaque même à l’idée d’Humanisme ou de « l’Homme » qui ont remplacé l’idée de Dieu. La croyance en l’Homme a remplacé l’ancienne religion. Dans le livre « l’unique et sa propriété », est prôné un égoïsme total. On retrouvera cette idée chez Nietzsche pour qui l’altruisme est une marque de faiblesse et de médiocrité. Chacun est unique. « Je suis unique et indicible ». L’unique ne s’aliène à personne.
La critique que l’on peut faire est que l’individu ne vient pas de nulle part. Il est le produit d’une Histoire, d’une culture, d’institutions comme l’Université que Stirner a fréquentées. On peut comparer cette œuvre à une autre d’un courant politique différent: le Culte du Moi de Barrés. Le Moi pour Barrés est menacé par les Barbares (les autres). L’écrivain à la différence de Stirner reliera ensuite l’individu à sa patrie charnelle.
Conclusion
Nous avons vu la différence entre la notion de personne et le moi (ou l’individu). Ces notions sont une construction historique qui s’est opérée en Occident. L’individu qui a un sens péjoratif pour certains (comme l’individualisme), est une valeur absolue pour un courant anarchiste. Le respect de la personne et la possibilité pour l’individu de jouir de tous les possibles sont sans doute des valeurs piliers de l’Occident qui ont contribué à sa supériorité au-delà de toutes les vicissitudes de l’Histoire.
Patrice GROS-SUAUDEAU


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