Le thème du bonheur rejoint celui de la philosophie des origines (amour de la sagesse). Le bonheur est pourtant en contradiction avec ce qu’est devenue la pensée occidentale.
La philosophie a de plus en plus évolué vers le recherche de la vérité ou tout au-moins la spéculation. Elle est devenue questionnement perpétuel d’où il résulte une insatisfaction intellectuelle et une inquiétude. Le bonheur de « L’imbécile heureux » est en opposition avec ce qu’est devenue la philosophie.
« Il n’y a pas de bonheur intelligent » (Jean Rostand)
L’aspect statique du bonheur est peu propice au questionnement. La société occidentale est imprégnée de culture chrétienne. Le christianisme a une vision pessimiste du monde temporel.
Le bonheur est au-delà. Pour le christianisme, l’homme grandit, se métamorphose dans la souffrance. Lénine avait aussi fait le rapprochement entre pensée et souffrance : « il y a ceux qui pensent parce qu’ils souffrent et ceux qui souffrent parce qu’ils pensent ».
Le Chrétien est une conscience malheureuse comme le soulignait Hegel. L’antiquité grecque comme nous le verrons ne connaissait pas ce déchirement.
Le bonheur peut se définir comme un état de plénitude. Il sera très difficile de définir le bonheur, notion aussi subjective en plus des souffrances auxquelles tout homme ne peut échapper (maladies, accidents, mort des êtres chers…).
Aristote
L’eudémonisme est une doctrine pour laquelle le bonheur est la finalité de notre action. Pour Aristote le bonheur est la vie contemplative.
Cette conception se trouve dans l’Ethique à Nicomaque. Le bonheur doit être en accord avec la raison et la
vertu.
« Cette activité (contemplative) est par elle-même la plus élevée de ce qui est en nous, l’esprit occupe la première place, et, parmi ce qui relève de la connaissance, les questions qu’embrassent l’esprit sont les plus hautes… Ce qui est propre à l’homme, c’est donc la vie de l’esprit, puisque l’esprit constitue essentiellement l’homme. Une telle vie est également parfaitement heureuse ». Ethique à Nicomaque
Au final, il y a chez Aristote une valorisation de l’intellect tout en tenant compte des besoins matériels.
Le point commun d’Epicure avec Aristote est l’eudémonisme. Mais les moyens diffèrent. Epicure accepte les plaisirs mais pas n’importe lesquels et de façon retenue. Le bonheur est dans la paix de l’âme. Epicure appelle cet état « ataraxie ».
Seuls les désirs naturels et nécessaires sont dignes d’être reconnus selon le philosophe. On a donc un bonheur mesuré ce qui le distingue de l’hédonisme, ce dernier voit dans le plaisir la finalité ultime.
Il y a une modération des plaisirs chez Epicure.
« Quand nous parlons du plaisir comme d’un but essentiel, nous ne parlons pas des plaisirs du noceur irrécupérable (ou de celui qui a la jouissance pour résidence permanente… car ni les beuveries, ni les jeunes garçons ou les femmes dont on jouit, ne sont la source d’une vie heureuse. ».
Le Stoïcisme
Les plus connus sont Sénèque, Epictète et l’empereur Marc-Aurèle ; pour les stoïciens, il faut rester libre et maître de ses idées.
« Le bonheur ne consiste point à acquérir et à jouir, mais à ne pas désirer car il consiste à être libre ». (Epictète)
Il y a une sorte de philosophie orientale à accepter l’ordre divin, c’est-à-dire l’ordre actuel. Il faut de plus éliminer les passions.
Spinoza
On retrouve l’eudémonisme. Le bonheur résulte du désir qui est l’essence de l’homme.
Chez Platon, il y avait adéquation entre le bien, le vrai, le beau, la raison. Spinoza y ajoute le bonheur.
Toute son œuvre peut être comparée comme une recherche du bonheur. L’éthique veut rendre possible la liberté et le bonheur. La joie parfaite est appelée « béatitude ».
L’éthique spinoziste s’oppose à la conception chrétienne. Le but de la vie est d’être heureux. En tout cas, seul l’homme libre peut être heureux, ce qui semble contradictoire avec la conception spinoziste de la liberté qui n’existerait pas, mais chez Spinoza être « libre » est se connaître. Il reste toujours un reliquat de liberté.
Kant
L’éthique kantienne définit le bonheur comme secondaire. Ce qui compte au-dessus de tout est la morale universelle. Il y a donc l’impératif catégorique à respecter. « Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle. ».
« La morale n’est donc pas, à proprement parlé la doctrine qui nous enseigne comment nous devons nous rendre heureux, mais comment nous devons nous rendre dignes du bonheur » (Kant, Critique de la raison pratique)
Si Kant reconnaît le désir de bonheur des hommes, il n’est pas un philosophe du bonheur mais de la morale.
Nietzsche
Pour Nietzsche, l’homme doit sortir des illusions.
« Bonheur : le sentiment que la puissance croît, qu’une résistance est surmontée » (FN). Le bonheur est par delà bien et mal. Est-ce bien tout ce qui favorise la vie ? et mauvais tout ce qui la contrarie ?
Nietzsche s’oppose à toutes les morales qui n’ont fait que nier la vie comme le christianisme, le bouddhisme,
et qui n’ont abouti qu’au nihilisme, le socialisme en étant un prolongement. Les morales traditionnelles n’ont
fait-que mépriser la sexualité et le plaisir et fait l’apologie des passions tristes.
Les utilitaristes anglais (Bentham, Mill)
Bentham : sa doctrine peut se résumer ainsi « le plus grand bonheur du plus grand nombre »
La pensée utilitariste est individualiste. Les individus estiment leurs intérêts en tenant compte du plaisir et de la peine. Ils cherchent à maximiser leur bonheur.
Chez Bentham, l’Etat est nécessaire pour garantir le respect des libertés individuelles et assurer le bonheur collectif. L’Etat doit être plouto-démocratique. Dans la conception utilitariste du bonheur chez Bentham, il y a une adéquation entre ce dernier et l’économie.
Mill reprendra l’utilitarisme de Bentham, mais il mettra plus l’accent sur la qualité des plaisirs que sur la quantité. Dans le prolongement d’Aristote, il donnera plus d’importance aux plaisirs de l’esprit qu’à ceux du corps. Mill défend aussi un utilitarisme altruiste à la différence de celui de Bentham qui est égoïste.
Freud, Reich, Marcuse et le freudo-marxisme
Avec les utilitaristes anglais, nous avons déjà vu l’association du bonheur avec la politique et l’économie.
Nous avons avec Freud et le freudo-marxisme de Reich et Marcuse un pansexualisme. Le bonheur est lié à la sexualité et sa réalisation dans une société plus ou moins répressive.
Pour Freud, le bonheur est impossible car l’homme vit entre le principe de plaisir et le principe de réalité. Pour qu’il y ait une civilisation, il faut une part de répression des instincts qui aboutit à un certain refoulement chez l’homme. Les pulsions réprimées peuvent être sublimées mais il restera toujours une insatisfaction.
Reich politisera le bonheur et la sexualité. Pour lui, la sexualité est réprimée par la société capitaliste. Le psychiatre autrichien relie la répression sexuelle aux exigences économiques du capitalisme. Cette répression sexuelle engendre des névroses, et favorise la soumission. Cette répression se trouve essentiellement au sein de la cellule familiale bourgeoise. La famille et l’école apprennent la soumission à l’autorité. Pour Reich et le freudo-marxisme, il faut abattre le capitalisme.
Marcuse
Cohn-Bendit, leader de 68, a reconnu que personne ne l’avait lu parmi les étudiants ce qui ne les empêcha pas de s’y référer.
Marcuse refuse la thèse de Freud dans « Malaise de la civilisation ». Il réfute le principe de réalité que Freud utilisait pour justifier la répression des instincts et ainsi construire la civilisation.
Il considère que si cela a été nécessaire, l’homme doit dépasser ce stade et accepter d’accomplir sa sexualité. On appellera cela la libération sexuelle. Ce courant soixante-huitard semble moins à la mode vu le nombre très important de revues féminines actuelles où les articles sur la sexualité sont omniprésents et sans tabou. Les thèses de Marcuse dans les années soixante étaient encore révolutionnaires.
Conclusion
Schopenhauer écrivait que l’homme évoluait entre la souffrance et l’ennui, mais l’ennui est aussi une forme de souffrance. Comme dans le bouddhisme, il prônait le renoncement ce qui rejoint le stoïcisme.
Le bonheur deviendrait donc défini en négativité : ne pas souffrir. Le bonheur n’est qu’une illusion ou alors une somme de petits moments transitoires. L’homme, selon Pascal, est incapable de bonheur sinon se noyer dans le divertissement et oublier la mort. On a assisté aussi à un phénomène de politisation du bonheur. Certains courants politiques ont voulu instituer le bonheur comme le communisme qui voulait installer le paradis sur terre. De façon pragmatique, le paradis s’est parfois transformé en enfer.
Le bonheur a aussi été analysé de façon biologique comme l’a fait le neuropsychiatre Cyrulnik, ce qui a eu comme conséquence une médicalisation du bonheur. Il ne dépendrait que de nos glandes et de nos sécrétions hormonales.
Le concept de bonheur s’est aussi laissé envahir par la sexualité et la psychanalyse.
Le sentiment de bonheur est souvent rétrospectif ; c’est lorsqu’on rencontre le malheur qu’on découvre le bonheur passé.
Patrice GROS-SUAUDEAU
Classé dans : plus ou moins philo
Il semble tout d’abord prétentieux de dire que telle idée est un préjugé, puisque cela sous-entend qu’on détient la vérité et que l’on peut juger ainsi du « vrai » ou du « faux ».
En tout cas, vrais ou faux, semi-vrais ou semi-faux, les préjugés ont leur mode de construction et de fonctionnement. On constate aussi qu’on appelle préjugé ce qui déplaît. On l’appelle moins ainsi et on ne le combat pas lorsque cela nous valorise.
Les préjugés ne concernent pas uniquement les groupes raciaux, nationaux ou les classes sociales. Il existe une multitude de préjugés sur toutes les activités humaines : les mathématiques, la philosophie, la poésie, le latin, les langues, les diplômes, les études, le sport, l’argent … Ces préjugés peuvent se transformer en haine : « haine de l’intellectuel » par exemple, mépris du sport « stupide, fait pour les beaufs,…»
On peut donc voir les préjugés comme des conserves intellectuelles rarement remis en cause et au nom de quoi !
Les préjugés peuvent servir au départ comme une grille de lecture faite d’approximations ou de caricatures qui permettent de déchiffrer le monde comme on peut le découvrir avec Tintin. Les ligues de vertu veulent toujours combattre les préjugés car elles veulent construire un monde nouveau lié à leurs propres valeurs.
Le préjugé peut être fondé sur l’induction. Lorsqu’on a rencontré plusieurs individus d’un même groupe possédant certains caractères, on le généralise, ce qui donne un savoir en probabilité faible ou forte.
Il ne faut pas avoir le préjugé du préjugé puisque ce dernier peut avoir un fondement. Il peut être historiquement daté. Lorsque les Allemands disent « les Français sont sales », il faut reconnaître que l’installation de la salle de bains s’est faite plus tôt outre-Rhin. Le préjugé a parfois une fonction agressive pour rabaisser l’autre : « les gens du Sud sentent l’ail ». Les Grecs sont appelés par les Allemands « cueilleurs d’olives ».
Pour le Normand Drieu la Rochelle, les métèques commençaient au sud de la Loire. Pour les Anglais : « The wogs begin at Calais » et pour les nazis allemands, l’Afrique commençait à Strasbourg. Le préjugé du-nord-vis-à-vis du sud est toujours vivace. On le retrouve en Allemagne et en Italie. Ce préjugé est souvent fondé sur un développement économique supérieur.
Nous avons vu la haine de l’intellectuel, préjugé fondé en partie sur le ressentiment. Il y a aussi le préjugé de l’intellectuel vis à vis de tout ce qui est technique, marchand ou utilitaire. Heidegger voyait dans la technique une perte d’être. Ce préjugé, synonyme de mépris, a perduré dans la culture occidentale.
Le préjugé contre la Science ou le « progrès » est fondé sur une angoisse face à un développement technique qui échappe à l’homme. La Science détruirait l’homme et elle souille la nature toute parée de son innocence. Le préjugé haine contre les livres, l’écrit, le savoir est une intuition de la fin de l’innocence.
Pour Nietzsche, tout mot est un préjugé. Si l’on dit black, noir, nègre, homme de couleur,… tout mot choisi est connoté et porteur de signification. Toute pensée est préjugé puisque partielle et approximative. Elle est aussi auto-réalisatrice. Toute parole est créatrice de vérité.
Combattre les préjugés reviendrait à penser qu’il existerait une « Vérité » au dessus des autres.
Les préjugés ont leur cheminement propre au-delà du rationnel qui fait appel à l’inconscient collectif. Fondés parfois sur des mythes, ils rassurent ceux qui les font leurs. Vivre sans préjugé reviendrait à refuser toute pensée et tout jugement. Ce dernier est basé sur des présupposés moraux, sociaux, religieux … c’est-à-dire des préjugés. Détruire des préjugés revient la plupart du temps à les remplacer par d’autres, nouvelles vérités transitoires. L’inégalité des hommes a été une évidence pendant des millénaires. L’égalité est un nouveau préjugé imposé par les forces politiques dominantes avec certes beaucoup d’hypocrisie.
Sur le plan philosophique, ce qui peut s’opposer au préjugé est la démonstration. Mais peut-on démontrer qu’un préjugé est vrai ou faux ? Dire qu’une assertion est un préjugé est lié à l’Histoire de l’homme. « La terre est plate » n’a pas été considéré comme un préjugé à l’époque.
Pour reprendre Nietzsche qui a examiné ce que les hommes croient ou non, on ne croit que ce qui aide à vivre. Nos représentations mentales font partie de notre existence.
Patrice GROS-SUAUDEAU
Classé dans : plus ou moins philo
Les hommes ont toujours voulu convaincre les autres avec leurs idées. Pour cela, il y a plusieurs moyens.
1/ L’aphorisme : On énonce une assertion. Sa compréhension vient de la maturité de ou des interlocuteurs pour qui cette phrase peut être un dévoilement ou une intuition qui vous cisaille. Il faut pour cela un vécu qui court-circuite tout développement.
2/ Une histoire, une parabole comme le fit Jésus ou une fable comme en écrivit La Fontaine. Dans « le Loup et l’Agneau », on veut « prouver » que la raison du plus fort est toujours la meilleure.
Ceci peut même prendre la forme d’une œuvre littéraire où par exemple Balzac dans « la Comédie Humaine » veut montrer les hommes mus par l’ambition.
3/ L’expérience : cette forme de conviction a ses limites si l’on en croit Goethe qui la définit ainsi : « l’expérience est une lanterne qui n’éclaire que celui qui la porte ».
4/ La foi ou l’argument d’autorité : On a foi en celui qui émet une opinion sans remettre en question ce jugement ou cette assertion.
5/ La doxa : On s’en remet à l’opinion commune. Comme le soulignait Heidegger, il existe la dictature du « on ». On répète ce que tout le monde dit. Ceci peut prendre la forme de la tradition. Comme pour la foi ou l’autorité, on ne remet pas en question les idées reçues.
6/ La répétition : Un argument ou une assertion répétés à l’infini finissent par apparaître comme des vérités. C’est le principe de la rumeur mais des idées générales par un rapport de forces sociétal finissent par s’imposer de cette façon. Le combat politique utilise cette forme de conviction, la répétition s’appelant slogan.
La mise en condition intellectuelle ou idéologique d’une société fonctionne avec tous les moyens énumérés ci-dessus. Il existe pourtant un moyen plus rare que nous allons étudier réservé aux « clercs » qui est celui de la démonstration qui s’oppose essentiellement à la doxa et se veut de l’ordre de l’épistémè, tout au-moins dans la rigueur du développement de l’argumentation.
Descartes
Dans la démonstration, il y a l’objectif d’établir la certitude. Comment parvenir à des vérités certaines ?
Pour Descartes, on peut partir des évidences premières pour arriver de façon ordonnée par de longues chaînes de raison aux vérités.
Descartes ne s’appuie pas sur la logique. Il y a dans le « Discours de la méthode » quatre principes pour bien raisonner. Le philosophe fait appel à l’évidence qu’on peut appeler aussi intuition intellectuelle.
Les quatre principes sont :
1/ « la première étant de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connaisse évidemment être telle… » Ce principe s’oppose à la tradition et à l’argument d’autorité.
2/ « Le second de diviser chacune des difficultés que j’examinerais en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour mieux les résoudre ».
3/ « conduire par ordre nos pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, jusqu’à la connaissance des plus composés,… ».
4/ « faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre »
Leibnitz à la différence de Descartes, fera confiance à la logique. Il se méfie de l’évidence. L’histoire des mathématiques se fera plus selon la vision de Leibnitz que selon celle de Descartes. L’intuition n’existe pas dans l’idée de démonstration.
Pascal
Le mathématicien-philosophe a vu les limites de la démonstration qui repose sur des propositions premières qui sont indémontrables.
« Certainement cette méthode serait belle, mais elle est absolument impossible car il est évident que les premiers termes qu’on voudrait définir en supposeraient des précédents pour servir à leur explication, et que de même les premières propositions qu’on voudrait prouver en supposeraient d’autres que les précédents, et ainsi il est clair qu’on n’arriverait jamais aux premières… ».
Pour Hume, nos raisonnements n’ont aucune certitude logique et ne viennent que de l’habitude qui vient de l’expérience.
Se pose la question alors, comment établir des vérités ?
On a là la problématique de la science. Pour Russell, la connaissance scientifique est basée sur l’induction.
Le principe d’induction est basé ainsi.
1/ Si on a découvert qu’une certaine chose A est associée avec une autre chose B, et si on ne l’a jamais trouvée en l’absence de B, plus grand est le nombre de cas où A et B ont été associés, plus grande est la probabilité qu’ils soient à nouveau associés dans une situation où l’on sait que l’un des deux est présent.
2/ Sous les mêmes conditions, un nombre suffisant de cas d’associations fera que la probabilité d’une nouvelle association tende vers la certitude, et s’en approchera au-delà de tout limite assignable.
Un philosophe des sciences comme Karl Popper critiquera l’idée d’induction par son critère de falsifiabilité.
(voir le texte : la Philosophie des Sciences sur internet)
Logique et mathématique
La logique a été un modèle pour la pensée, les mathématiques pour la science. Pourtant, Wittgenstein disait que les vérités mathématiques ne sont que des tautologies. Elles ne disent rien et n’apprennent rien sur le monde. Les mathématiques sont devenues le langage de la science et un modèle selon Descartes et Kant pour la connaissance.
« Par là, on voit clairement pourquoi l’arithmétique et la géométrie sont beaucoup plus certaines que les autres sciences : c’est que seules, elles traitent d’un objet assez pur et simple pour n’admettre absolument rien que l’expérience ait rendu incertain et qu’elles consistent tout entières en une suite de conséquences déduites par raisonnements… » (Règles pour la direction de l’esprit, Descartes)
Ce modèle pour la connaissance ne semble pourtant guère judicieux si l’on prend des domaines comme la sociologie, la psychologie ou l’Histoire et même d’autres domaines.
Les vérités mathématiques ne disent rien puisqu’elles ne sont qu’hypothético-déductives. Elles ne dépendent que des hypothèses. Les mathématiques ont «évolué vers un pur formalisme. Les hypothèses ne font plus appel à l’intuition comme cela se trouve par exemple dans les géométries non euclidiennes. La logique qui est pour certains le fondement de ce formalisme a pourtant été mise à mal par Gôdel qui a démontré qu’il était impossible de démontrer la non-contradiction d’un système mathématique.
Donc même dans son domaine qui servait de modèle, les mathématiques, l’idée de démonstration a ses limites.
Conclusion
L’idée de démonstration est la continuité d’un vieux mythe de l’homme où l’on pourrait tout démontrer et établir. La logique elle-même a montré ses limites. La connaissance humaine même si elle le nie, contient une grande part de métaphysique. On connaît par induction, par intuition, par dévoilement, par expérience… même lorsqu’on utilise la démonstration, il y a toujours des présupposés comme par exemple en économie où l’on suppose souvent la rationalité des agents économiques. Le « savoir » restera toujours quelque chose de partiel et d’approximatif. Le savoir absolu tel que le voulait Hegel n’existe pas.
Patrice GROS-SUAUDEAU
Classé dans : plus ou moins philo
Le désir est un mot très connoté. Il peut être associé bassement à la concupiscence (mot laid autant qu’il se peut) au désir de reconnaissance et au désir le plus élevé chez Platon : le désir de Vérité, ce qui représente l’idéal philosophique.
Il y a eu vis-à-vis du désir deux écoles, tout d’abord celle de la valorisation du désir comme moteur, ouverture aux autres et au monde, réalisation de son être : « on désire ce qu’on est ».
L’autre école qui va de Platon au bouddhisme et un certain christianisme a une vision négative du désir et va jusqu’à prôner le renoncement. Le désir a aussi été réprimé au cours de l’Histoire car il est parfois une menace pour l’ordre social. Il peut y avoir une lutte, conflit pour l’objet ou l’être désirés.
Il y a aussi comme nous le verrons avec Hegel lutte pour le désir de reconnaissance dans la conscience de l’autre. La politique n’est aussi que désir de pouvoir.
Platon
Pour Platon, nous désirons ce qui nous manque, donc le désir est pauvreté. On a une interprétation du désir qui n’est guère valorisante et imprégnera la pensée occidentale.
La réflexion de Platon sur le désir se trouve dans le « Banquet». Le philosophe distinguera le sujet désirant et l’objet désiré. L’homme veut l’objet ou l’être désirés. La plupart du temps le désir « crie misère ».
« Etant le fils de Grands Moyens et de Misère, voici la condition que le sort lui a imposée : d’abord il crie toujours misère, et il s’en faut qu’il soit tendre et beau, comme on le croit généralement il est dur, desséché, il va nu-pieds et n’a pas de maison… ».
Platon voit quand même dans le désir un aspect créateur « il est brave, résolu, ardent, excellent chasseur, artisan de ruses toujours nouvelles, amateur de science, plein de ressources, passant sa vie à philosopher, habile sorcier, magicien et sophiste ». Platon : Banquet
Aristote verra chez les hommes le désir de bonheur et aussi le désir de savoir, l’ignorance étant le mal.
Spinoza
Pour Spinoza, nous sommes des êtres du désir. Il sort de la conception platonicienne du manque.
« le désir est l’essence même de l’homme » (L’Ethique )
Tout est désir, celui de la connaissance, de la morale, de la raison…De plus on désire ce qu’on est. Le désir permet de nous réaliser.
Ce n’est pas l’objet qui crée notre désir. Nous désirons un objet parce qu’il nous permet d’être nous-mêmes. L’objet désiré va transformer notre être.
Le désir est même puissance. Il est affirmation de soi. Cette pensée de Spinoza se retrouvera en partie chez Sartre pour qui le désir est dépassement de son manque.
Hegel et le désir de reconnaissance
Les consciences sont en lutte contre les autres pour établir leur supériorité. Il s’agit d’une lutte pour la reconnaissance. « Ce n’est qu’en étant « reconnu » par un autre, par les autres et à la limite par tous qu’un être humain est réellement humain, tant pour lui-même que pour les autres » (Kojève)
Le désir veut se faire reconnaître par l’autre désir. Dans le cas amoureux, on peut parler de désir du désir. Etre le désir de celui qu’on désire.
Chez Hegel il y a affrontement entre les consciences pour la reconnaissance. L’homme libre met même sa vie enjeu alors que l’esclave ne renonce pas à sa vie organique.
Le désir construit donc l’homme. Dans la rencontre avec autrui, existe un combat qui fonde ma conscience.
La psychanalyse
La libido veut dire désir en latin (libido, libidinis).
Elle provient du psychisme : le ça (les pulsions). La libido gère tout l’inconscient. Elle peut se manifester sous des formes détournées.
Les civilisations et les sociétés réfrènent la libido (Malaise dans la civilisation, Freud). Elles détournent même cette libido. Il peut en résulter des perversions qui viennent des inhibitions contournées.
L’inhibition peut aussi déboucher sur la névrose. La société essaiera d’utiliser la libido à son profit. Toujours est-il que l’homme cherche à se libérer des pulsions « animales ».
C’est en partie l’enjeu de la morale.
Schopenhauer et le bouddhisme
Schopenhauer a été influencé par le bouddhisme et voit dans le désir une souffrance. Le désir enchaîne l’homme en créant l’attachement et la souffrance.
La réponse à ceci est le renoncement qui apporte la liberté. Le désir est conçu de façon platonicienne c’est-à-dire un manque. Nous désirons ce que nous n’avons pas.
L’homme pour être libre ne doit s’attacher à rien et renoncer.
Schopenhauer a quand même remarqué que la satisfaction du désir entraîne la disparition du désir et en créé un autre. Il reprend l’idée que la privation est une souffrance.
Pour ne pas souffrir, il faut cesser de désirer.
Nietzsche
Le philosophe s’oppose aussi bien à Schopenhauer et sa vision « bouddhiste » qu’au christianisme.
La condamnation du désir est une dépréciation de la vie, une forme de nihilisme.
Le bouddhisme est volonté de néant alors que le désir est une expression de la volonté de puissance. A la place du renoncement il faut affirmer la vie.
La morale chrétienne (et son idéal de sainteté) a condamné le désir et a été comme dans le bouddhisme jusqu’à prôner le renoncement.
Nietzsche ne verra dans le désir de reconnaissance qu’un désir d’esclave. Le regard d’autrui pour l’esprit aristocratique compte peu. L’homme libre ne fait pas de l’autre la mesure des valeurs.
Conclusion
On a vu deux visions du désir qui ne s’opposent pas forcément : manque et construction de soi-même. Les conduites face au désir diffèrent entre le renoncement et l’acceptation du désir qui est une affirmation de soi-même.
René Girard a eu une vision originale du désir qui a influencé certains philosophes et anthropologues : le désir mimétique. Le désir imite le désir de l’autre.
Notre société culturelle corrobore cette interprétation du désir. On désire ce que l’autre désire.
Le mimétisme engendre la compétition et la rivalité qui engendrent à leur tour le mimétisme.
Quelles que soient les formes du désir, il est intrinsèque à la nature humaine.
L’homme dialogue avec les autres, avec le monde à travers la médiation du désir.
Patrice GROS-SUAUDEAU
Classé dans : plus ou moins philo
Saint Thomas ne croyait que ce qu’il voyait. Il n’aurait sans doute pas cru au temps puisque personne ne l’a vu. Certes s’il n’y a pas de temps, il y a des perceptions de temps. Notre corps se dégrade. Dans un miroir nous constatons notre vieillissement. Mais cela ne traduit que de l’irréversibilité. Nous ne serons plus jamais le petit garçon que nous avons été. Pour certains le temps n’est que mouvement donc défini par rapport à l’espace comme l’aiguille d’une montre qui tourne sous la pression d’un ressort. Mais cela n’est guère satisfaisant sur le plan philosophique. Notre corps aussi est mouvement. Des molécules s’agrègent à notre naissance pour à notre mort se dissocier à nouveau. Notre vie n’aura donc été qu’une agitation de molécules. Le temps que nous éprouvons ne serait-il lié qu’à l’existence humaine ? Ne serait-il qu’une construction de l’homme ? Les enfants comme les animaux ne perçoivent guère le temps. Il a pourtant obsédé les hommes car il est associé au vieillissement et à la mort. Les poètes l’ont pensé avec beaucoup d’intensité.
« Ô temps ! Suspends ton vol, et vous heures propices !
Suspendez votre cours
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
Assez de malheureux ici bas vous implorent
Coulez, coulez pour eux
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent
Oubliez les heureux
Mais je demande en vain quelques moments encore
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : sois plus lente, et l’aurore
Va dissiper la nuit.
Aimons donc, aimons donc ! De l’heure fugitive
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule et nous-passons »
(Lamartine)
« II faut être toujours ivre, tout est là : c’est l’unique question. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve… Pour n’être pas les esclaves martyres du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse !… »
(Baudelaire)
Saint Augustin et l’énigme du temps
Dans les Confessions, le temps pour Saint Augustin est un mystère. Il cherche à le définir et il en entrevoit toute la difficulté.
« Qu’est ce que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. »
En effet, le passé n’est plus et le futur n’existe pas encore. Quant au présent, il devient le passé.
« Comment donc ces deux temps, le passé et l’avenir sont-ils, puisque le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il n’est toujours présent, s’il n’allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps mais de l’éternité. Donc, si le présent pour être du temps doit rejoindre le passé, comment pouvons-nous déclarer qu’il est aussi, lui qui ne peut être qu’en cessant d’être ?
Le temps s’oppose à l’éternité. S’il n’y a pas de temps il n’y a que de l’éternité. Pour Saint Augustin, l’éternité est divine. Le temps lui ne serait que subjectif.
Kant
Le philosophe n’a pas pu définir le temps puisque sa définition est un pis-aller même si Heidegger reconnaîtra qu’il a relié le temps à l’être.
C’est une forme à priori de la sensibilité. Il ne vient pas de l’expérience. Avec l’espace il sert à structurer l’espace sensible. Le temps est donc lié à la structure de notre cerveau.
« Le temps n’est pas un concept empirique ou qui dérive de quelque expérience… Le temps est donc donné à priori. Sans lui toute réalité des phénomènes est impossible. »
(Kant La critique de la raison pure)
Kant a eu aussi l’idée de l’irréversibilité qui implique la causalité.
« Le temps n’est rien en soi en dehors du sujet » c’est-à-dire hors de l’homme.
Le temps pour Kant est subjectif c’est-à-dire appartient à tout esprit humain normalement constitué. Le temps est une idéalité transcendantale, idéal car c’est un être non réel et transcendantal car il conditionne la connaissance des objets.
Les phénomènes pour Kant changent à travers l’espace et le temps, pas les choses en soi (les noumènes).
Hegel et le temps historique
Le temps n’est pas que dégradation, il permet à l’homme de se réaliser. Nous avons donc le temps de l’histoire. Pour Hegel, l’homme est un être historique.
« Le temps hégélien est le temps historique, le temps dans lequel se déroule l’histoire humaine, ou mieux encore, le temps qui se réalise, non pas en tant que mouvement des astres par exemple, mais en tant qu’histoire universelle. Il n’y a pas de temps naturel, cosmique, il n’y a temps que dans la mesure où il y a histoire c’est-à-dire existence humaine, c’est-à-dire existence parlante. » (Kojève)
La chronologie de l’histoire est arbitraire, décidée par l’historien. Pour Fernand Braudel, il faut faire référence à plusieurs temps : des durées, des cycles qui s’enchevêtrent. Le temps de l’histoire n’est pas celui des physiciens. Il y a en histoire plusieurs temps : le temps de l’histoire des mentalités, le temps de l’histoire économique, le temps de ‘histoire des civilisations, le temps de l’histoire de l’origine de l’homme, le temps de l’histoire d’une guerre, d’une dynastie …
Le temps des physiciens
La Science a voulu objectiver le temps. Elle l’a même mathématisé avec Galilée et l’a appelé t (qui appartient à l’ensemble des réels).
Cette vision intuitive du temps (Heidegger l’appelle vulgaire) a été définie par Galilée et Newton. Ce temps permet de relier les expériences.
Il y a un avant et un après. Il est en théorie réversible. II n’y a pas de flèche du temps. Ce temps est objectif, c’est-à-dire existant en dehors de nous. On a dans la physique classique un temps absolu ce qui le distinguera de celui de la relativité.
« Le temps absolu, vrai et mathématique est lui-même et de sa propre nature, coule uniformément sans relation à rien d’extérieur, et d’un autre nom appelé Durée ».
« Le temps relatif apparent et vulgaire est une mesure quelconque sensible et externe de la durée par le mouvement (qu’elle soit précise ou imprécise) dont le vulgaire se sert ordinairement à la place du temps vrai tels l’heure, le jour, le mois, l’année ». (Newton)
Le temps absolu n’appartient pas à notre esprit.
Le temps de Newton n’explique pas l’irréversibilité. Elle sera expliquée par le deuxième principe de la thermodynamique énoncé par Clausius.
« L’entropie d’un système ne peut que croître » (c’est-à-dire le désordre).
Pour Einstein, à la différence de Newton, le temps est relatif et est mesuré de façon différente par des observateurs en mouvement les uns par rapport aux autres. La mesure du temps dépend aussi de la concentration de masse où l’observateur se situe. On est dans un espace-temps. Temps et espace sont entremêlés.
Einstein-Bergson
Ce dialogue si on peut l’appeler ainsi entre Einstein et Bergson a surtout montré le sentiment de supériorité de la science vis-à-vis de la philosophie qui n’a d’égal que le sentiment de supériorité de la philosophie vis-à-vis de la science. « La science ne pense pas » (Heidegger). Einstein a déclaré avec suffisance : « Le temps des philosophes n’existe pas ». Seule la Science dit la Vérité. Tout le reste n’est que bavardage.
Pour Bergson, seule existe la durée. L’instant n’est qu’une abstraction. Il y avait incompatibilité entre la vision de Bergson fondée sur la vie intérieure et le temps scientifique. Pour Bergson, le temps mathématique et déshumanisé s’oppose ou ne rend pas compte du temps vécu.
Husserl et la phénoménologie
Husserl après bien d’autres aborde l’énigme de la conscience du temps. Tout objet se constitue avec le temps. Le temps relie les vécus.
Le temps objectif chez Husserl est mis entre parenthèses et il ne s’interroge que sur le temps immanent de la conscience. Le temps vécu est le fondement de tous les temps. L’inventeur de la phénoménologie donne l’exemple de la musique.
Il y a ce qu’il appelle rétention, phénomène de mémorisation. Le passé est présent dans notre conscience comme les notes de musique en écoulant la suite d’une mélodie. La protention consiste à projeter, anticiper la suite de la mélodie. En tout cas chez Husserl, le temps « objectif » est mis hors circuit.
« Tout objet est objet dans le temps ». (Zeitgegenstand)
Il se situe dans un flux d’apparitions et de rétentions. Un objet est la synthèse de ses perceptions successives. L’expérience perceptive du présent (présentification) est le fondement de la rétention (ou souvenir) et de la protention (attente) qui en sont les conséquences. Il y a aussi chez Husserl une double intentionnalité : une transversale, la conscience se dirige vers l’objet transcendant, l’autre longitudinale, la conscience constitue son unité par rétention et protention.
Pour ceux qui s’intéressent à la phénoménologie, voir l’article sur ce thème (introduction à ce domaine immense).
Heidegger
Pour Heidegger, la vision du temps n’a pas varié depuis Aristote. Quant au temps physique depuis Galilée il n’a guère changé et sert à mesurer.
Pour le philosophe, il y a « coappartenance intime de l’être et du temps ». L’être n’est pas dans le temps mais conçu à partir du temps.
« Ma question du temps a été déterminée à partir de la question de l’être » (Heidegger).
Heidegger veut aller plus loin que Husserl qui voit dans le temps quelque chose d’intérieur au sujet. Il faut pour Heidegger penser le « sujet » comme temps.
La grande nouveauté du philosophe sera non de poser la question : qu’est ce que le temps ?, mais qui est le temps ? Nous sommes le temps. Le Dasein est le temps. L’être humain n’est pas dans le temps, il est temps. Le temps des physiciens ou objectif est appelé vulgaire. Comme chez Husserl, il y a une unité ekstatique : par le présentifier qui retient et est tendu-vers.
Conclusion
Temps vécu, temps psychologique, temps biologique, temps des physiciens, temps de l’Histoire et toutes ses chronologies possibles.
On ne peut que constater des temps multiples. Temps objectif en dehors de nous ou temps subjectif en nous ou n’y a-t-il que de l’éternité ? Le temps n’existe-t-il pas ? comme l’ont soutenu certains.
Le temps n’est que parce qu’il y a une conscience pour le penser. On retombe dans l’idéalisme. Faut-il penser comme Heidegger que nous sommes le temps ? Le temps serait un concept anthropomorphique lié à notre condition humaine.
Patrice GROS-SUAUDEAU
Classé dans : plus ou moins philo
La mort, avant toute réflexion philosophique, est un phénomène biologique. Notre corps est programmé pour avoir une fin, en dépit de certains qui ont le vieux fantasme humain de l’immortalité et veulent prolonger leur vie le plus possible comme Madame du Barry sur l’échafaud : « encore une minute, monsieur le bourreau ». La mort est le bourreau commun à tous les hommes. Nous évacuons le plus possible la pensée de la mort qui nous empêcherait d’agir, d’avoir sans cesse des projets. L’homme sait qu’il va mourir, mais au cours de la vie, il ne sait pas quand.
Les jeunes la plupart du temps ont même une psychologie d’immortel, la vieillesse étant perçue comme un horizon quasi-infini. Dans « Le Mur » de Sartre, un condamné à mort doit être fusillé au petit matin. Tout lui semble futile et vain, confronté à l’échéance quasi-immédiate de la mort. Le rapport à la mort est culturel. Les hommes ont tous un rite funéraire mais il peut être très différent selon les cultures comme par exemple ce qu’on appelle le retournement des morts pour les Malgaches ou le Famadihana.
Faut-il éprouver à tout moment l’angoisse de la mort ou comme Épicure dire qu’elle n’est rien, puisque tant que nous sommes en vie elle n’est pas ? La mort n’est qu’une pensée de la mort. Quand nous ne sommes plus, la mort devient en fin de compte la mort de la mort. A notre naissance, des molécules s’agrègent qui se désagrègent à notre mort.
« Tant que nous existons la mort n’est pas, et quand la mort est là, nous ne somme plus » (Épicure)
Avec Épicure, nous sommes loin des mystiques espagnols qui prenaient leur repas avec un crâne sur la table devant eux pour que l’idée de la mort soit omniprésente. Leur vie devient totalement liée à la mort.
La réponse du christianisme face à la mort
Face à l’angoisse de là mort, les religions ont voulu rassurer les hommes en prônant l’immortalité de l’âme. L’immortalité de l’âme n’est pas une idée à l’origine chrétienne. Dans la Bible, on parle de la résurrection des morts. L’idée de l’immortalité de l’âme vient de l’Egypte, de l’Asie, et de religions animistes. Les Grecs l’ont reprise. Platon dans le Phédon fait la distinction entre le corps et l’âme. On retrouve l’idée entre l’être et le paraître. À la mort, l’âme se sépare du corps et continue à exister de façon immortelle. Saint Augustin reprendra cette idée à Platon. On peut donc dire que les pères de l’Église ont hellénisé le christianisme ou christianisé Platon et Aristote. Aristote fut surtout christianisé par Saint Thomas d’Aquin.
La croyance en l’immortalité de l’âme n’empêche pas la peur de la mort comme dans « Le Dialogue des Carmélites » de Bernanos où la vieille prieure aussi bien que la jeune nonne Blanche éprouvent cette peur face à l’ultime sacrifice.
Spinoza
Semblable à Épicure, Spinoza refuse que la vie humaine soit absorbée par l’idée de la mort. La philosophie doit méditer sur la vie et non sur la mort.
« L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort, et sa sagesse n’est point une méditation de la mort, mais de la vie » (Spinoza)
Cette négation de la mort est caractéristique de notre société qui nie la mort ou tout au moins ne veut pas la voir. On cache le plus possible la mort et ses représentations. Le corbillard ne traverse plus les villes et plus grand monde ne porte le deuil.
Sartre aura une position similaire : « la mort est totalement étrangère à mon existence ».
La mort dans l’idéologie de la guerre (Kriegsideologie)
La pensée de la mort a été très présente dans l’idéologie de la guerre. Le guerrier doit mépriser la mort.
Le cri de la légion étrangère espagnole était : « Viva la Muerte », devise reprise par les franquistes.
La guerre permet une méditation de la mort (meditatio mortis). L’homme sort de la quotidienneté dans la guerre et retrouve le sens authentique de la vie.
Freud lui-même écrira des passages qu’on pourrait rattacher à l’idéologie de la guerre dans « Considérations actuelles sur la guerre et la mort » (Zeitgemässes über Krieg und Tod -1915).
« La vie s’appauvrit, elle perd son intérêt, dès l’instant où nous ne pouvons pas risquer ce qui en forme le suprême enjeu, c’est à dire la vie elle-même … La tendance à exclure la mort du registre de la vie nous a imposé beaucoup d’autres renoncements et beaucoup d’autres exclusions. »
Thomas Mann vante les vertus de la guerre.
« L’élévation religieuse, l’approfondissement et l’embellissement de l’âme et de l’esprit » que produit « la proximité quotidienne des années durant avec la mort. »
Pour Ernst Jünger, la proximité de la mort rend la vie plus douloureuse mais aussi plus douce.
« La vie est plus intense, plus riche, plus éclatante, là où la mort fait rage. »
Chez Jünger, la mort est une divinité et le rite sacré qui se déroule en son honneur produit plus que l’ivresse mais de « l’extase ». La participation à ce rite sacré est la condition indispensable de la participation à la communauté authentique. Chez les auteurs de la Kriegsideologie, il y a un véritable mépris de la sécurité bourgeoise. Jünger ira jusqu’à déclarer qu’il « vaut infiniment mieux être criminel que bourgeois ».
Heidegger et l’être-pour-Ia-mort
Chez le philosophe, il y a une importance extrême donnée à la mort. Cette réflexion areligieuse sur la mort est aussi intense que celle de certains philosophes religieux.
Une fonction de l’interprétation du phénomène de la mort est de révéler le Dasein authentique.
L’authenticité est une idéalité chez Heidegger.
L’existence inauthentique est celle où l’on évacue ce qu’être veut dire. L’homme doit accepter l’angoisse de la mort. La mort est présente dans tous les moments de la vie. L’éventualité de la mort permet d’exister avec plus d’authenticité. Elle libère de la médiocrité bourgeoise. Elle nous arrache de nos servitudes.
« La préméditation de la mort est préméditation de la liberté. Qui a appris à mourir a désappris à servir. Le savoir mourir nous affranchit de toute sujétion et contrainte. » (Montaigne)
Il y a parfois des points communs entre la pensée de Heidegger et celle de l’idéologie de la guerre.
Conclusion
D’Épicure à Spinoza et Sartre qui ont occulté la mort nous avons aussi l’attitude qui a consisté à la penser avec intensité de façon religieuse pour préparer l’au-delà ou de façon areligieuse comme la fin de notre existence, la possibilité indépassable inhérente à nous-mêmes. La mort peut être aussi divinisée pour donner sens à notre existence, au service de la Communauté (Gemeinschaft) ou au service d’une cause.
Patrice GROS-SUAUDEAU
La Société
L’homme n’existe que dans une société. L’enfant sauvage n’a jamais pu être socialisé et apprendre un langage évolué car il a connu trop tard la société. Il n’est jamais devenu « homme ». L’homme est intrinsèquement un animal social, Aristote disait un animal politique. Le solitaire vit en société, la seule chose qui le distingue est de mettre une distance plus forte avec les autres.
Le fait de vivre en société avec d’autres n’est pas propre à l’homme puisque de nombreux animaux vivent en groupes. À la différence des animaux, les sociétés humaines évoluent sans cesse ; elles sont dans un processus historique.
L’homme est fondamentalement un être-avec (Mit-sein) et même un être-au-monde-ensemble. L’action politique ne consiste qu’à vouloir transformer ou conserver la société. Les hommes éprouvent un besoin de changement ou de non-changement lié à leur position sociale.
La société est organisée par des institutions qui régissent les habitudes sociales ou des lois.
« Aussi l’homme est-il un animal civique, plus social que les abeilles et autres animaux qui vivent ensemble » (Aristote, Politique)
« L’homme est, au sens le plus littéral du terme, un animal politique ; il est non seulement un animal social, mais un animal qui ne peut s’individualiser que dans la société » (Marx)
La culture
On oppose la culture à la nature, c’est-à-dire ce qui est inné ou biologique. La culture est transmise par la société. Elle comporte tous les éléments de la vie humaine : langue, religion, art, coutumes, science et technique.
L’état de nature est une chimère ou une abstraction rousseauiste. On l’oppose à l’état de société qui lui existe. L’état de nature a une fonction méthodologique pour ceux qui étudient les sociétés. Société et culture sont liées. Ce qui sépare l’état de nature et l’état de société est l’existence de règles.
« Partout où la règle se manifeste, nous savons avec certitude être à l’état de la culture » (Lévi-Strauss)
Le passage de la nature à la culture ou à la société est la prohibition de l’inceste. Ce n’est pas toujours le même parent.
La société individualise les membres d’une même culture. Chaque « pays » peut donc créer des types d’individus au-delà des différences des personnalités.
« Ainsi, chaque culture refoule, inhibe, favorise, surdétermine l’actualisation de telle ou telle aptitude, de tel trait psychoaffectif, fait subir des pressions multiformes sur l’ensemble du fonctionnement cérébral, exerce même des effets endoctriniens propres et ainsi intervient pour coorganiser et contrôler l’ensemble de la personnalité » (Edgar Morin)
La sociologie
On a affaire à une discipline relativement jeune même si des philosophes avaient déjà analysé la société de leur temps, d’Aristote à Montesquieu. Le mot « sociologie » a été repris par Auguste Comte car il existait déjà.
Sur le plan universitaire, il n’existe pas d’agrégation de sociologie et la plupart des sociologues connus comme Durkheim, Boudon ou Bourdieu ont passé l’agrégation de philosophie, d’histoire pour Alain Touraine.
La sociologie est très connotée politiquement. Elle est fatalement remplie de présupposés politiques ou idéologiques. En France particulièrement, la sociologie est marquée à gauche si l’on excepte Raymond Boudon (et quelques autres peu nombreux) que l’on pourrait situer du courant libéral. Soit l’on donne la primauté à l’individu, soit l’on donne de l’importance à tous les facteurs sociaux (classes sociales, pressions sociales diverses, institutions,…)
La société primerait sur l’individu. En tout cas, pour un sociologue, tout groupe humain ne se réduit pas à la juxtaposition de ses individus.
Il y avait déjà chez Descartes et Pascal une vision de la société. Descartes écrivait : « Larvatus prodeo » (j’avance masqué). Au-delà de sa doctrine philosophique, il y a le désir d’émancipation vis-à-vis de la tradition et donc de la société au nom de la raison. Dans la tradition, il y a les institutions.
Pascal, adversaire de Descartes (ce n’est pas pour rien qu’Heidegger avait son portrait dans son bureau) respecte les institutions. Sa vision pourrait se définir comme conservatrice. Mais pour Pascal, les vrais devoirs sont au-delà du monde. Il faut obéir aux devoirs terrestres tout en les méprisant. Pascal prône une émancipation envers la société et la raison. On pourrait dire de Pascal qu’il a été déjà un déconstructeur de la raison.
Les visions de Descartes et Pascal s’opposent à la vision de Leibniz « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Il y a pour ce dernier une rationalité dans la société.
On peut dire que la sociologie s’appuie toujours sur une pensée philosophique, même si cela se voit moins dans les analyses parcellaires et quantitatives particulièrement en vogue dans la sociologie américaine. Il a existé de nombreux sociologues qui ont laissé une trace dans les principaux pays (Allemagne, France, Angleterre, États-Unis, …). En langue espagnole et italienne existe aussi toute une littérature sociologique propre ; nous allons étudier les principaux sociologues allemands et français.
Le savoir sociologique a été remis en question par certains scientifiques et philosophes. Pour Dilthey, la sociologie n’est qu’une gigantesque chimère.
Tônnies
L’Allemand Ferdinand Tônnies a fait la distinction pertinente entre Gemeinschaft et Gesellschaft (communauté et société). Le sociologue distingue aussi deux sortes de volonté Wesenwille et Kürwille : la première est la volonté profondément enfouie, basée sur l’instinct, la seconde est la volonté libre qui vient de la réflexion.
La wesenwille est à la source de la Gemeinschaft (communauté) liée à un cadre rural. La volonté libre s’exerce dans un cadre urbain. On devine l’utilisation politique de ces concepts. La différence entre la patrie charnelle et une société fondée sur le contrat traverse encore le débat politique actuel. Rappelons que le livre de Tônnies, Gemeinschaft et Gesellschaft date de 1887.
Max Weber
Max Weber peut être considéré comme le plus grand sociologue allemand. Dans « Economie et Société », nous avons une définition de la sociologie : « Nous appelons sociologie une science qui se propose de comprendre par interprétation l’activité sociale et par là d’expliquer causalement son déroulement et ses effets ».
Les grandes idées de Max Weber sont :
⁃ il ne croit pas à l’existence de lois universelles pour le comportement humain, comme il en existe pour la physique ;
⁃ nous pouvons maîtriser toute chose par la prévision. La rationalisation du monde est intrinsèque à la civilisation occidentale. Cette rationalité aboutit aussi à un désenchantement du monde ;
⁃ son analyse la plus célèbre fut celle sut l’éthique protestante très propice au développement du capitalisme (importance de l’individu, goût de l’effort ou du travail poussé jusqu’à l’ascétisme).
Max Weber a fait des analyses sur les modes de domination et d’autorité qui sont restées en particulier sur le charisme et la bureaucratie.
Émile Durkheim
Pour le sociologue, « Un fait sociologique, c’est toute forme plus ou moins définie de l’action qui possède la faculté d’exercer une contrainte extérieure sur l’individu ». Le fait social est supérieur à l’individu.
« La supériorité de la société n’est pas seulement physique mais également morale et spirituelle ».
Un des livres les plus connus de Durkheim fut « Le Suicide ». Le suicide est un fait social. Les données statistiques montrent une tendance au suicide dont « chaque société est collectivement affligée ».
La grande explication de Durkheim sur le suicide est : « Le suicide varie en fonction inverse du degré d’intégration des groupes sociaux dont fait partie l’individu … ». En France par exemple, les ouvriers agricoles sont le plus sujets au suicide.
Raymond Boudon
Le sociologue français donne la primauté à l’individu, ce qui le différencie de Durkheim et Bourdieu, et même de la plupart des sociologues français. Sa démarche s’appelle l’individualisme méthodologique. Il y a une rationalité des comportements. Lorsqu’un individu agit, il a pour Boudon des raisons de le faire.
Bourdieu et Touraine n’ont selon lui qu’une vision hyper socialisée de l’homme. Chez Bourdieu, l’homme n’est que l’expression de son milieu social. Quant à Touraine, l’homme est soumis aux mouvements sociaux qui créent la dynamique de la société.
On peut dire que Boudon a été à contre-courant des pensées dominantes en France et est relativement peu connu dans notre pays à la différence de Bourdieu.
Pierre Bourdieu
Il a été un sociologue consacré puisqu’il a obtenu la chaire prestigieuse du Collège de France. De formation philosophique, le sociologue se revendiquait comme marxiste.
Il a particulièrement étudié la reproduction sociale. Pour Bourdieu, les « dons » ne sont que le reflet de l’appartenance à une classe sociale privilégiée. On hérite la culture de son milieu. Le terme « héritage culturel » vient du livre « Les Héritiers ».
Les concepts devenus traditionnels de Bourdieu sont :
⁃ l’habitus : façon d’être, disposition d’esprit chez un individu. Bourdieu parlera d’habitus de classe. Il y a chez lui un fort déterminisme social, puisque globalement les classes sociales se reproduisent par l’école qui légitime les hiérarchies sociales ;
⁃ en plus du capital économique, Bourdieu analysera le capital culturel reçu par les « héritiers ». Ce capital culturel est officialisé par un diplôme scolaire qui justifie la domination sociale.
Le livre le plus connu du sociologue fut : « La Distinction ».
Conclusion
La sociologie est un projet scientifique et a même une prétention scientifique. Le terme « science » est pourtant sujet à caution dans les sciences de la nature puisque même un scientifique comme Henri Poincaré ne voyait dans la physique qu’un ensemble de conventions. De plus le sociologue est complètement immergé dans son objet d’étude. Comme en Histoire, les travaux du sociologue sont complètement déterminés par ses propres valeurs. Les contours de la discipline sont aussi très flous puisque l’objet d’étude est quasiment infini. En Sociologie plus qu’ailleurs, les présupposés moraux, religieux, politiques et idéologiques sont omniprésents.
Patrice GROS-SUAUDEAU
On peut quand même se demander en quoi Jean-Luc Mélenchon a-t-il des raisons de se révolter. Il fait partie de ces politiques qui dans la société civile n’auraient pas été grand-chose vu leur bagage scolaire. La politique a été un prodigieux moyen de promotion sociale et économique. Titulaire d’une licence de philosophie il n’aurait pas pu être professeur en classe terminale puisqu’il faut le CAPES ou l’agrégation. Une licence permet tout juste d’être pion ou comme le dirait le directeur d’école à Gérard Jugnot dans les Choristes : « pion-pion-pion-pion-pion… ».
Ce petit vernis culturel a quand même permis à Jean-Luc Mélenchon d’avoir un baume de culture légèrement supérieur à une classe politique en général inculte, ce qu’on retrouve chez les journalistes. En tout cas, il a eu grâce à la politique des salaires très conséquents : ministre, deux fois sénateur pendant dix huit ans, député européen, maire, conseiller général… Il touchera donc une retraite généreuse. Certains estiment qu’il a gagné 37 000 € mensuel pendant des années. Bref, l’extrême gauche caviar.
En dépit de son statut de privilégié, il a gardé des comportements des années soviétiques lorsqu’il insulte Marine Le Pen de semi-démente. En URSS on accusait ainsi de dérangement mental les opposants au régime, d’où leur psychiatrisation. Son accusation envers Marine Le Pen est non seulement infâme sur le plan personnel mais aussi politique. Lorsqu’il propose de mettre la famille Le Pen au goulag, personne n’a réagi alors que l’expérience montre que lorsqu’on met une personne dans un goulag, des dizaines de milliers d’autres suivent.
Mélenchon a le droit lui, de tout dire. Il est vrai que beaucoup le prennent pour un clown de la politique.
Sur le fond, dans son discours il n’y a rien d’original. Il ne fait que ressusciter les vieilles lunes gauchistes, tiers-mondistes, de haine de soi, le métissage étant un moyen de détruire la société. Toutes ces idées reçues sont elles des années soixante et soixante dix, celles de l’adolescence de Mélenchon. Il est vrai que ce dernier est resté un ado (comme les khmers rouges qui ont assassiné la moitié des Cambodgiens). Le socialiste Gérard Collomb, Maire de Lyon déclarait que le programme de Mélenchon avait échoué au Cambodge. Physiquement, on remarque que Mélenchon ne fait pas vieux. Dormir au Sénat pendant dix-huit ans n’a jamais usé personne.
Il veut faire sortir la France de l’Occident, rattacher la France au Maghreb, construire des mosquées encore et encore, prôner l’universel qui n’est que l’écrasement des êtres. Tous ses délires dignes d’Ubu ne font même pas rire son auditoire qui l’applaudit. En tout cas, le plus triste est que le contribuable et la société paient des mandats électoraux pour nourrir grassement des bouffons politiques.
Patrice GROS-SUAUDEAU
Classé dans : Non classé
Le travail a historiquement eu une connotation péjorative puisque l’origine du mot vient de tripaliare qui voulait dire torturer. Le travail était fait pour l’esclave qui permettait au maître d’être un homme libre.
Cette distinction entre les esclaves et les hommes libres vis-à-vis du travail a perduré longtemps en Europe puisque le noble ne travaillait pas à la différence des hommes du peuple et des bourgeois. Au XIXeme et au début du XXeme siècle, il a existé une classe de rentiers vivant de leur fortune pour qui le travail était une activité méprisable.
Cette représentation très négative du travail s’est métamorphosée puisqu’il a été par la suite valorisé, sacralisé par la quasi-totalité de la population jusqu’au gouvernement de Vichy qui dans sa devise l’avait placé en premier : « Travail-Famille-Patrie ».
Antiquité et Moyen-âge
Aristote a profondément méprisé le travail qui est sans intérêt, abîme le corps. Il rejoint en cela Platon.
Le philosophe avait aussi distingué le travail intellectuel (noble) du travail manuel (vulgaire). Cette distinction a encore des traces à notre époque puisqu’avec l’Eglise, la pensée aristotélicienne a été très étudiée : « Il est impossible d’accomplir des actes vertueux en menant une vie d’artisan ou de salarié » (Politiques)
Ce mépris du travail et surtout manuel sera une constante chez les clercs et les nobles en Europe.
Le christianisme
Le travail a été considéré comme le châtiment après la faute (l’homme avait écouté la femme).
Le travail peut quand même servir de rachat : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ».
On peut dire que le travail est une valeur judéo-chrétienne. Il sera même fortement affirmé chez les protestants.
« Ceux qui travaillent » au moyen-âge seront quand même considérés comme des inférieurs vis-à-vis des clercs et des chevaliers.
Hegel
Philosophiquement, le premier qui a pensé le travail comme réalisation de l’homme fut Hegel. L’homme par son travail transforme la nature et produit des biens sociaux.
Dans la dialectique du maître et de l’esclave, l’esclave n’a plus besoin du maître. L’esclave devient le « maître du maître » et le maître « l’esclave de l’esclave ». Le travail donc change les rapports sociaux. Si dans un premier temps le travail est une servitude, il libère l’homme de l’angoisse de la mort et de la peur de manquer.
« Arbeit macht frei ». Cette devise reprise avec cynisme par les nazis est en fin de compte une pensée de Hegel. La révolution française peut s’expliquer par une bourgeoisie qui s’est élevée en travaillant et a dépassé la noblesse.
On peut dire que l’homme s’arrache à la nature par son travail, construit un monde nouveau et fait l’Histoire.
La théorie marxiste
Après Hegel, Marx a donné une valeur quasi-métaphysique au travail puisqu’il définit la valeur d’un bien par le temps de travail socialement nécessaire.
Cette idée existait déjà chez les classiques anglais (Smith, Ricardo,…)
Cette revalorisation du travail comme activité propre à l’homme se situe pourtant à une époque où le travail se déshumanise par sa répétitivité et son morcellement dans la division du travail.
Le travail devient même aliéné puisque l’ouvrier ne contrôle plus du tout le bien qu’il construit à la différence de l’artisan. Le travailleur pour Marx est aussi exploité puisqu’une part de la valeur du bien ne lui revient pas (ce qu’on appelle la plus-value). Elle va au capitaliste.
Lorsque l’ouvrier travaille par exemple dix heures, il n’est payé que pour la valeur de cinq heures, les cinq restantes créant la plus-value.
Nietzsche
On retrouve chez Nietzsche avec une formulation nouvelle le vieux mépris aristocratique du travail. Le travail s’oppose au développement de l’individu. Il dépersonnalise. Il met au pas les individus. Le travail empêche de penser, de rêver. Il peut empêcher ou brider les passions comme l’amour, la haine. Pour reprendre un terme heideggérien, le travail rend inauthentique.
« Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous, à savoir la peur de tout ce qui est individuel ». (Aurore)
On peut difficilement sortir du travail car le loisir n’est que la conséquence du travail et permet même de le renforcer selon Marcuse.
« C’est la longueur de la journée du travail elle-même, la routine lassante et mécanique du travail aliéné qui accomplit ce contrôle sur les loisirs. Cette longueur et cette routine exigent que les loisirs soient une détente passive et une re-création de l’énergie en vue du travail futur ». (Eros et civilisation).
La division du travail ou l’O.S.T. (Organisation Scientifique du Travail)
L’organisation scientifique du travail a été théorisée par Friedrich Taylor, ingénieur américain. Les grandes idées sont :
- une division horizontale du travail avec une fragmentation maximale des tâches. On a aussi la division verticale (séparation conception/exécution). On retrouve la séparation aristotélicienne entre ceux qui pensent et ceux qui exécutent ;
- lutte contre la flânerie ouvrière ;
- motivation par le salaire pour les plus méritants.
Les pays communistes dans leurs usines pratiqueront aussi l’organisation scientifique du travail.
« Ce qu’on demande à l’ouvrier, ce n’est pas de produire plus par sa propre initiative, mais d’exécuter ponctuellement des ordres donnés dans le moindre détail ».
« Chaque tâche prescrit non seulement ce qui doit être fait, mais comment il faut le faire et le temps exact alloué pour cela ». (F. Taylor)
Une variante du taylorisme sera le fordisme, dont la caractéristique principale est le travail à la chaîne. Ceci permettra la production de masse.
Conclusion
De par son essence répétitive, le travail actuel épanouit très rarement l’individu. Confucius disait que lorsque quelqu’un choisit son travail, il n’a plus le sentiment de travailler. Mais choisir son travail est devenu un luxe.
La société a le culte de l’honorabilité du travail imbécile. Un travail ne devient honorable que s’il est souffrance et stupidité.
Sur le plan personnel, l’individu peut s’identifier à son travail comme le garçon de café de Sartre dans l’Etre et le Néant. Le travail donne position sociale, réputation et le regard des autres. La perte d’emploi peut être vécue comme une honte.
En plus de subvenir à ses besoins, ce qui est un impératif pour l’immense majorité des hommes, le travail donne un sens à sa vie, le sentiment d’être utile et libère de l’angoisse de la mort.
Patrice GROS-SUAUDEAU
Classé dans : plus ou moins philo
La logique et la raison sont sans doute les deux termes que revendique la pensée occidentale qui en a tiré parfois fierté ou vanité. C’est selon.
Dans la raison, on englobe la philosophie, la science, la façon de bien raisonner, c’est à dire respecter les lois de la logique.
Cette vision sera bien sûr contestée par des penseurs aussi différents que Nietzsche, Heidegger ou Feyerabend. Si la logique a pu être étudiée de façon plus ou moins technique, il n’a jamais été donné une définition acceptée par tous de la raison. Feyerabend écrira un livre intitulé « Adieu la Raison ». Quant à Heidegger, il énoncera sa phrase célèbre : « la Raison est l’ennemie de la pensée ». Comme si la logique et même la raison ne pouvaient être que des freins à la pensée, et même à l’épanouissement de l’individu, de son être. Elles ne pourraient même qu’appauvrir un homme riche de toute sa diversité et complexité.
«L’intelligence n’est qu’une toute petite partie de nous-mêmes, nous sommes avant tout des être profondément affectifs. » (Barrés)
« Le cœur a ses raisons que la raison ignore. » (Pascal).
La logique
La logique a été inventée par les Grecs. Le refus et la contradiction est venu avec les Eléates (Zenon d’Elée).
La non-contradiction s’oppose à un raisonnement dialectique qui admet les contraires. La dialectique a été développée à son summum par Hegel et aussi par Marx.
Les devoirs de français et de philosophie sont souvent construits selon le schéma : thèse, antithèse, synthèse.
En mathématiques, on utilise uniquement la logique classique ou d’Aristote qui a pour principe essentiel le « tertium non datur », le tiers-exclu. Cette réduction de la pensée a comme contrepartie une prodigieuse efficacité, entre autres le raisonnement par l’absurde.
Considérer la logique comme le fondement des mathématiques s’appelle le logicisme.
Un autre courant, l’intuitionnisme de Brouwer et Heyting rejette le tiers-exclu. En revanche pour les Eléates, une bonne pensée doit être une pensée non contradictoire. Il ne faut pas oublier que dans l’Antiquité, la logique est née de l’art de vouloir persuader, imposer ses idées. Au Vème et IVème siècle av. J.C., nous eûmes les orateurs et les sophistes, plus avocats que philosophes.
Aristote comme Euclide pour les mathématiques de son époque présentera dans « L’Organon » les lois de la logique de son époque. On y trouve son fameux syllogisme « Tous les hommes sont mortels, or Socrate est un homme, donc Socrate est mortel », syllogisme qu’on peut expliquer par la théorie des ensembles.
[〈Socrate X〉H ] M
Descartes croira plus aux mathématiques, qui utilisent une intuition intellectuelle féconde, qu’à la logique d’un formalisme stérile.
Leibniz a voulu créer une logique nouvelle. Les éléments du jugement pourraient être mis en formules. Les principaux principes de la logique classique sont :
1. Le principe d’identité « A est A ». Une chose est ce qu’elle est. On retrouve Parménide : « ce qui est est, ce qui n’est pas n’est pas. »
2. Le principe de la non-contradiction : « Une chose ne peut pas, en même temps, être et n’être pas ».
3. Le principe du tiers-exclu : « De deux propositions contradictoires, si l’une est vraie, l’autre est nécessairement fausse, et réciproquement ».
La logistique ou « logique symbolique » se veut un système de symboles
(x) [P(x) VQ(x)] et ~ P(a)
or [P(a) V(Q(a)] => Q(a)
Kant avait affirmé que la logique « semble close et achevée ». Et pourtant la logique s’est prodigieusement développée avec Frege et Gôdel.
Frege est un mathématicien, logicien, philosophe allemand. Il a élaboré un langage formel nouveau. Il a utilisé les quantificateurs. Pour lui, le langage ordinaire est ambigu, imprécis. Il a donc voulu fonder un langage idéal, vieux fantasme des logiciens.
L’un des points importants chez Frege est l’antipsychologisme. Les lois de la logique sont celles de la vérité et non de l’esprit. Il s’oppose en cela aussi bien à Kant qu’à Nietzsche et d’autres …
Les mathématiques et même la logique ont été ébranlées par les deux théorèmes de Gôdel, suite à tous les travaux et réflexions sur l’axiomatisation du savoir comme les axiomes de Péano en arithmétique :
1. Tout système consistant (non-contradictoire) n’est pas complet, c’est-à-dire qu’il y aura toujours des propositions dont on ne pourra jamais dire si elles sont vraies ou fausses.
2. On ne peut pas démontrer qu’un système est consistant à l’intérieur de lui-même.
Une autre définition de la logique est de prouver des thèses à partir de prémisses, c’est-à-dire que si les prémisses sont « faux » ou douteux, même un raisonnement logique parvient à des conclusions fausses ou oiseuses, surtout dans les domaines « flous » en dehors des mathématiques ou de ceux qu’on appelle « sciences exactes ».
On peut toujours remettre en question les prémisses (les mathématiciens dans l’histoire des mathématiques ne s’en sont pas privés avec les géométries non euclidiennes). Dans les autres domaines (politique, économie, philosophie, …) on peut dire tout et le contraire de tout et même en le justifiant. On en vient à faire de la métaphysique sans le savoir.
Par exemple, dans les opinions politiques, la logique est-elle un secours pour raisonner, débattre et imposer ses idées (ce qui fut l’origine de la logique chez les Grecs) ? Les convictions politiques ont souvent comme fondements des raisons d’une grande complexité difficiles à expliciter (parfois du non avouable) ou ce qui relève de l’inconscient collectif, individuel, du viscéral ou du ressentiment. On en demanderait beaucoup à la logique de démêler tout cela.
La notion d’axiome
Les anciens justifiaient les axiomes par leur évidence, souvent basée sur les sens (surtout en géométrie). Pour Henri Poincaré, les axiomes d’une théorie ne sont que des conventions ou des définitions déguisées. La logique donne un sens nouveau aux mathématiques puisqu’elles ne se définissent plus par leur objet, mais par le raisonnement.
La Raison
On invoque souvent la raison contre les passions, la folie, l’irrationnel. Dans ce mot, on ne fait que mettre ses idées et sa propre pensée. Ceux qui ne pensent pas comme nous ne peuvent être que les ennemis de la Raison. On a tué au nom de la raison au cours de l’Histoire.
Le XVIIIème siècle s’est défini comme le siècle des Lumières car la raison a été sans cesse invoquée contre l’ordre ancien, l’obscurantisme, le fanatisme qu’on a attribués bien sûr à l’autre, l’ennemi de la raison. L’idée de raison a commencé à se définir depuis l’Antiquité grecque. Les principes de la raison sont indépendants de l’expérience sensible pour Platon.
Les principes de la raison au sens classique du terme :
1. Le principe de raison suffisante : « Tout ce qui est a sa raison d’être ». Leibniz définit ce principe : « Rien ne se fait sans raison suffisante. Autrement dit, rien n’arrive sans qu’il soit possible de rendre une raison qui suffise pour déterminer pourquoi il en est ainsi et non autrement. ».
2. Le principe de causalité : « Tout phénomène a une cause et les mêmes causes, dans les mêmes circonstances, produisent les mêmes effets ». Hume critiquera fortement ce principe puisqu’il ne verra dans la causalité qu’une pensée venant de l’habitude.
3. Le principe de finalité : « tout être a une fin ». Kant distinguera deux formes de fin :
- la finalité externe : un être peut avoir sa fin dans un autre être,
- la finalité interne : l’être est à lui-même sa propre fin.
Les principes de raison permettent de comprendre le monde selon une vision classique de la raison.
Histoire de la raison
Depuis les Grecs, après les scolastiques, c’est à Descartes dans son « Discours de la Méthode » que l’on doit une définition de la raison.
La raison est la faculté de bien juger et de discerner le vrai du faux.
« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée, car chacun pense en être si bien pourvu que ceux mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en tout autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils n’en ont ».
Il y a une survalorisation des mathématiques chez Descartes. Avec la raison, l’homme devient « maître et possesseur de la nature ».
Kant s’interrogera sur les conditions de possibilité de la science. La « révolution copernicienne » fait dépendre la connaissance de la structure « transcendantale » du sujet (en clair de la structure de notre cerveau). Il existe des « catégories » des principes qui font partie de notre constitution mentale, et que l’on doit considérer comme des « formes a priori » de la pensée.
Hegel découvrit le caractère historique de la raison : « L’histoire universelle n’est que la manifestation de cette Raison unique ». Cette réalisation de la raison s’effectue selon une démarche dialectique.
« La seule idée qu’apporte la philosophie est la simple idée de la raison, l’idée que la Raison gouverne le monde et que, par conséquent, l’histoire universelle s’est, elle aussi, déroulée rationnellement » (La Raison dans l’Histoire).
L’empirisme
Ce courant fut surtout anglais avec Locke et Hume. Pour Locke, à la différence de Descartes, il n’y a pas de connaissance innée. On a une « table rase ». Nos idées viennent de la sensation et de la réflexion. Pour Hume, les idées ne sont que des copies des impressions d’origine externe. Le principe de causalité est acquis par l’expérience.
La phénoménologie
La pensée d’Husserl fut une critique radicale de la Science et de l’idée de raison. Il a fortement critiqué la mathématisation du monde depuis Galilée. Avec la physique galiléenne, l’homme pense que le « vrai monde » serait mathématique. La science est devenue « objectiviste » obsédée par un idéal mathématique. Husserl reviendra au monde premier, le monde vécu (le lebenswelt). La Raison chez Husserl n’est que le produit de notre praxis et de notre réflexion sur cette praxis. La Science n’a fait que recouvrir d’un système axiomatique le monde de la vie. Husserl part du projet cartésien d’établir la certitude pour aboutir à une critique radicale de ce projet.
L’irrationnel
Kant avait déjà vu les limites de la Raison puisque nous ne pouvons connaître qu’à travers les formes « a priori » de la sensibilité comme l’espace et le temps. Nous n’avons accès selon Kant qu’aux phénomènes et non aux noumènes (choses en soi). La phénoménologie (comme Nietzsche) critiquera fortement cette séparation du monde noumène/phénomène.
Bergson verra dans la raison un obstacle à l’intuition. Le surréalisme valorisera l’irrationnel en nous. « Surréalisme : dictée de la pensée en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale ». (A. Breton). Kierkegaard insistera sur les notions d’angoisse, de doute, sur la mort, l’amour qui échappent à la Raison.
Adieu la Raison de Feyerabend
Feyerabend dans son livre « Adieu la Raison » a une position à la fois iconoclaste et radicale vis-à-vis de la Raison occidentale qui accumulerait tous les maux. « La civilisation occidentale elle-même a perdu sa diversité ». Comme pour la pensée phénoménologique, Feyerabend remet en question les idées de Raison et d’Objectivité. Pour Husserl, il n’y avait pas d’Objectivité mais l’intersubjectivité. Feyerabend ne croit pas non plus à l’objectivité. Un point de vue est toujours lié à des attentes, des idées ou des espoirs humains. Il y a beaucoup de culpabilité et de mauvaise conscience chez Feyerabend vis-à-vis de la Science occidentale : « La science occidentale a maintenant infecté le monde entier comme une maladie contagieuse et que beaucoup de gens tiennent ses productions comme allant de soi… ».
Les critiques très fortes de Feyerabend sur la Raison occidentale aboutissent à une survalorisation des autres cultures et à un dénigrement des la pensée occidentale. Il n’y a pas d’universalité de la connaissance scientifique. Feyerabend est favorable à la diversité, à la pluralité des visions du monde contre l’uniformisation occidentale. Cette pensée sur bien des points rejoint celle de Lévi-Strauss.
Conclusion
Sur les canons de Louis XIV, il y avait écrit : ULTIMA RATIO, vision de la raison parmi d’autres. On a fait inclure dans l’idée de Raison tout ce qu’on a bien voulu. Hume avait finement remarqué qu’en fin de compte ce sont les passions qui décident, la raison pouvant tout justifier.
Husserl a bien vu que la raison née en Grèce est en perpétuelle construction. La mécanique quantique a bouleversé notre vision du monde et de la physique théorique. La causalité a été remise en question qui était pourtant un des grands principes de la raison au sens classique. L’évolution de la logique a changé notre vision du vrai en mathématiques.
Dans le domaine religieux, foi et raison se sont affrontées. Le christianisme a voulu faire une synthèse des deux.
Les déconstructeurs de la raison comme Nietzsche ou Heidegger ont porté les coups les plus durs contre les idées de Science et d’Objectivité. L’homme est fait de rationnel et d’irrationnel, même si la culture occidentale a souvent étouffé notre faculté d’imagination, d’intuition et de folie.
Patrice GROS-SUAUDEAU




