La politique en textes !

Le sens de la vie
17 mars, 2012, 14:42
Classé dans : plus ou moins philo

À chacune de ses actions, l’homme veut donner du sens, c’est-à-dire une signification.
On veut donner du sens à l’Histoire, c’est-à-dire une orientation, comme si l’Humanité avait un projet. On veut donc donner un sens à sa vie, y voir une signification. Lorsqu’on nait, des molécules se sont associées et au cours de la vie suivant en cela le deuxième principe de la thermodynamique, notre corps se désagrège jusqu’à la mort où il retournera  poussière.
« Tu es poussière et tu retourneras poussière ». L’homme, cet être-pour-la-mort selon Heidegger peut refuser cette échéance et donner un sens à sa vie dans la religion, un engagement politique, la reprise de schémas traditionnels comme fonder une famille … Certains pour s’étourdir, oublier, vivront dans le plaisir, la jouissance, (« jouir sans entrave »).
L’absence de sens s’appelle le nihilisme.
Nietzsche a beaucoup analysé cette peste spirituelle européenne, qu’est le nihilisme européen. La mort de Dieu, la dévaluation des idéaux anciens ont fait que des individus se réfugient dans le sexe, la drogue, la débauche, le jeu, le suicide.
« Que signifie le nihilisme ? Que les valeurs supérieures se déprécient. Les fins manquent ; il n’est pas de réponse à cette question : à quoi bon ? » (Nietzsche, la volonté de puissance). Nietzsche distinguera le nihilisme des faibles et des forts. Pour celui des faibles, le monde naturel est dévalué au nom d’un monde suprasensible. Pour les forts, l’écroulement des valeurs anciennes permet d’en acquérir des nouvelles.
L’existence
« L’existence » précède l’essence». Cette phrase bien connue de Sartre a déjà le mérite d’opposer les deux termes. Certains biologistes la récusent puisque nous serions déterminés à la naissance par nos gênes (qui constitueraient notre essence). L’essence est notre être.
Pour Platon déjà il y avait primauté de l’essence. L’essence est ce qui est immuable, idée qui vient de Parménide « ce qui est, est, ce qui n’est pas n’est pas ». On l’oppose traditionnellement à Heraclite pour qui tout est mouvement.
Descartes donnera la preuve ontologique de l’existence de Dieu. Dieu existe de par son essence. « Je trouve manifestement que l’existence ne peut non plus être séparée de l’essence de Dieu ».
Kant critiquera la preuve ontologique de Descartes.
Kierkegaard
Le philosophe danois peut être considéré comme le père de l’existentialisme. La seule réalité dont un existant a plus qu’un savoir c’est sa propre réalité, le fait pour lui d’être là, et cette réalité est son intérêt absolu ». On nommera cela aussi l’absoluité de ma subjectivité.
Pour Kierkegaard, « l’homme est une synthèse d’infini et de fini, de temporel et d’éternel, de liberté et de nécessité, bref une synthèse ».
En tout cas l’être-moi chez Kierkegaard n’est pas une donnée ; l’être-moi se construit en fonction de notre liberté.
Sartre avait postulé le primat de l’existence sur l’essence. Nous nous construisons par nos actes. Il n’y a pas de déterminisme génétique.
« Si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de ce qu’il est. Ainsi la première démarche de l’existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu’il est, et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence… ».
Sartre trouvera même dangereux sur le plan éthique l’idée de l’inconscient. Cette vision sartrienne s’oppose bien sûr à tous les déterminismes socio-historico-culturels, au déterminisme biologique et à l’inconscient qui fait que le conscient ne contrôle pas tout.
Camus
L’écrivain a souffert de cette phrase méchamment accolée à sa pensée : « un philosophe pour classes terminales ». Cette phrase à la fois très humaine et mesquine qui a cherché à dévaloriser l’autre, en particulier Camus, est restrictive.
Camus dans ses romans (L’étranger, La Peste) décrit un monde absurde comme dans la Nausée de Sartre. La conscience de l’absurde peut saisir l’homme.
« L’absurde nait de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde ».
Il n’y a pas de sens à l’existence. Certains y verraient déjà une donation de sens.
Le monde n’a pas de signification et se retrouve sans Dieu. Il reste la Vie et l’homme comme l’a écrit Heidegger est un Mit-sein (être avec). L’homme n’est pas seul dans le monde absurde.
Conclusion
À la question fondamentale : « Pourquoi y a-t’il quelque chose plutôt que rien ? », aucun philosophe ou scientifique n’a répondu de façon satisfaisante. Notre vie ne serait-elle qu’un instant (de bonheur ou de souffrance) entre deux néants ?
Le sens n’est que celui que l’on donne ou postule.
Cela peut être une recherche personnelle de « bonheur ». Heidegger en fin de compte définira une idéalité d’authenticité du Dasein face à son destin. Le nihilisme comme l’a vu Nietzsche peut déboucher sur une nouvelle définition de l’homme qu’il a appelé sur-homme. Le sur-homme est peut être celui qui accepte l’absurdité du monde pour fonder ses propres valeurs, face aux idéaux anciens qui semblent dérisoires.
Patrice GROS-SUAUDEAU



Le Droit – La Justice
28 février, 2012, 16:39
Classé dans : plus ou moins philo,politico-historique

On peut définir le droit comme l’ensemble des règles au sein d’une société donnée. Ces règles permettent aux hommes de vivre entre eux.
Les fondements du droit
Il y a eu au cours de l’histoire plusieurs fondements.
Le droit divin : Dans la religion juive, la loi a été conçue comme un contrat entre le peuple et Dieu (exemple : les dix commandements). Le Coran définit la loi pour les musulmans. On peut dire que les droits de l’homme sont d’inspiration judéo-chrétienne.
Le droit du plus fort : Dans un dialogue de Platon, le Gorgias, Calliclès soutient que la force est la loi. « La marque du juste, c’est la domination du puissant sur le faible et sa supériorité admise. » (Platon, Gorgias). Hobbes reprendra cette idée. Pour faire cesser les conflits, on s’unit autour du plus fort. On perd une part de ses libertés pour un pouvoir suprême garantissant la paix. Le souverain fait régner l’ordre de la loi. La force fonde donc le droit.
Rousseau dans le Contrat Social contestera cette vision. « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir … Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c’est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ? (Le Contrat Social).
Le droit naturel
Il existe une grande confusion pour ce terme.
Chez Hobbes et Spinoza, il s’agit du « droit de nature ». « Par droit naturel, j’entends le droit de chaque homme de faire ou de posséder tout ce qui lui plait. » (Hobbes)
« Le droit de nature s’étend aussi loin que s’étend la puissance … Les grands mangent les petits, en vertu d’un droit naturel souverain. »
L’institution sociale limitera ce « droit naturel ».
Le droit naturel classique : Le droit naturel classique est celui d’Aristote que l’on retrouvera chez Saint Thomas. Pour Aristote, l’homme est un animal social et politique. La société est donc naturelle. La fin du droit est le juste. L’époux » est fait pour commander à lafemme, le père auxr enfants, le^chefxie famille aux-animaux et aux esclaves. Pour Cicéron il y a une loi qui vient de Dieu. On retrouvera dans le thomisme l’idée que le droit des hommes vient de la raison divine.
Le droit naturel moderne : Le droit naturel moderne se construira avec des juristes comme Grotius et Pufendorf. Ils réfutent l’idée d’Aristote d’une société naturelle. En reprenant Hobbes, dans l’état de nature l’individu est libre et peut faire ce qui lui plait. L’homme est quand même un être qui possède « le désir de la société ». Le « droit naturel est une « règle suggérée par la droite raison, selon laquelle nous jugeons qu’une action est morale ou injuste d’après sa conformité à la nature raisonnable ».
Dans la philosophie classique, le droit pouvait être changeant puisque dépendant de la société.
Pour la conception moderne, le droit se fonde sur la nature de l’homme et surtout de sa raison. Le droit devient un ensemble de règles immuables, universelles, d’où par exemple l’apologie des droits de l’homme et du citoyen.
Le droit historique ou le droit coutumier : Le droit vient de l’histoire des sociétés. Le droit est issu de « l’esprit d’un peuple ».
On l’appelle historique ou droit coutumier. Il est évident que le droit coutumier n’est pas le même en Occident qu’en Inde où par exemple les paysans ne peuvent utiliser la bouse de vache comme fumier. Le droit dans certains pays musulmans est défini par la Charia.
Droit positif – Droit rationnel : Le droit positif est dicté par le législateur. Il peut différer du droit coutumier. Il peut chercher une rationalité liée à une époque donnée. Le droit rationnel est donc l’objectif du droit positif. Ce droit rationnel est lié à des idéaux.
Le droit naturel au sens moderne du terme (de Grotius) se réfère à la raison.
La vision marxiste du droit
Marx postule toujours une lutte des classes. L’Etat n’étant que le moyen d’expression et de domination de la classe dominante, le droit n’est que la codification de ce rapport de forces.
L’Etat au temps de l’Antiquité était celui des propriétaires d’esclaves. L’Etat féodal codifiait les privilèges des nobles et l’Etat actuel est celui de la bourgeoisie. Le droit légitime l’ordre actuel. Les droits de l’homme pour un marxiste ne sont que l’armature idéologique du libéralisme.
« Nous savons aujourd’hui que ce règne de la raison n’était rien d’autre que le règne idéalisé de la bourgeoisie ; que la justice éternelle trouva sa réalisation dans la justice bourgeoise ; que l’égalité aboutit à l’égalité bourgeoise devant la loi ; que l’on proclame comme l’un des droits essentiels de l’homme … la propriété bourgeoise, et que l’Etat rationnel, le contrat social de Rousseau, ne vint au monde et ne pouvait venir au monde que sous la forme d’une république démocratique bourgeoise. » (Engels)
Relativité du droit
La pensée actuelle est celle du relativisme.
On relativise donc le droit et les idéaux aux réalités historico-culturelles. On a donc une relativité de la morale aux sociétés selon Durkheim et Lévy-Bruhl.
Les pulsions subconscientes définissent nos idéaux selon Freud. Pour Marx, nos idées morales et philosophiques sont déterminées par des appartenances de classes.
Ce relativisme vient de la théorie de la sociologie de la connaissance, branche de la sociologie.
De façon pragmatique, il suffit de voyager pour constater une géographie du droit.
Droit et morale
Les deux domaines ne se recoupent pas complètement.
Le mensonge dans le cadre privé est hors du droit. Mais mentir au fisc ou au tribunal est un délit.
Pour Kant comme pour Sénèque, la morale est hors de la contrainte.
Il y a quand même un recoupement entre droit et morale pour des affaires de mœurs, de vol ou de crimes, la morale comme le droit ayant des fondements rationnels.
La justice
On distingue traditionnellement trois formes de justice. Cette distinction reprend Aristote et les scolastiques. Serons-nous malgré Descartes imprégnés encore de scolastique ?
1 – La justice commutative : elle concerne les contrats et les échanges. Elle requiert le principe d’égalité que l’on retrouvera dans le prindgede justice.
2 – La justice distributive : elle consiste à répartir les fonctions et les honneurs ainsi que les redistributions et récompenses.
3 – La justice répressive : celle qui sanctionne.
On a toujours l’égalité comme principe. « La justice, c’est l’égalité. » (Alain)
Pour Platon, la justice était dans l’ordre et l’harmonie. La cité idéale est décrite dans la République. L’avènement du christianisme renforcera cette idée d’égalité entre les personnes. L’égalité devant Dieu se transformera en égalité en droit. Dans les faits, cette égalité ne pourra être que virtuelle, mais la société fait « comme si ».
Chez Kant, la justice consiste au respect de la personne. Etre juste, c’est traiter chaque personne comme une valeur absolue. La justice n’est pas la charité. « Nous n’avons pas besoin de votre charité, nous voulons la justice. » (Proudhon)
Certains veulent en plus d’une justice (celle qui sanctionne le droit) une «justice » économique. On touche là tout le problème de la redistribution. Un penseur libéral comme Rawls acceptera une répartition « morale » des richesses en fonction de la valeur et de l’utilité des individus. Marx ne verra bien sûr dans la justice qu’une justice de classes.
Conclusion
L’application trop stricte de la loi peut parfois être injuste. « Summum jus, summa injuria ».
Le droit écrit ne s’applique pas à toute la complexité sociale. Il peut aussi sur le plan intellectuel exister un décalage entre la pensée philosophique, la science et le droit. Une pensée philosophique, historique ou scientifique ne devient pas vraie parce qu’elle a été codifiée juridiquement. Il existe le délit d’opinion en Histoire, avec par exemple le négationnisme et le révisionnisme. Ce délit d’opinion existe aussi en politique. On ne peut pourtant postuler la « vérité » par une loi. Ou alors, celle-ci ne traduit que le rapport de forces des opinions.
Les droits de l’homme déclarent que les hommes sont égaux « en droit ». Beaucoup ont conclu qu’ils étaient rnétaphysiquement égaux. Si nous nous accommodons de l’Etat de droit, notre pensée est hors du droit, même si l’Etat de droit pèse sur notre façon de penser et d’être.
Patrice GROS-SUAUDEAU



LE RIRE
14 février, 2012, 17:53
Classé dans : plus ou moins philo

« Le rire est le propre de l’homme » disait Rabelais, ce qui n’est pas tout à fait vrai puisqu’on l’observe chez certains animaux. En tout cas, pour les hommes le rire est une expression de l’être, d’une personnalité. Le rire peut même dévoiler une personne. On rit ou on ne rit pas de certaines choses pour certains.
Sur le plan esthétique, le rire peut embellir un visage comme il peut le ridiculiser. De même qu’un rire très (trop) sonore n’est pas forcément à l’avantage de son auteur. Le rire dévoile aussi une dentition valorisante ou non. Certains conseils de bonne éducation recommandent de ne pas trop rire en public comme par exemple rire à gorge déployée en se tenant le ventre. Il peut en résulter une perte de contrôle.
Dans les tableaux de l’art classique, les personnages peints ne rient pratiquement jamais, comme si cela enlèverait à leur dignité ou gravité. De même pour les statues.
Le rire est aussi caractéristique d’une culture : par exemple, les hommes politiques européens s’affichent moins en déployant un rire (souvent forcé) que les hommes politiques américains. Le rire des Africains et des Asiatiques est différent de celui des Européens. Le rire a été un sujet d’étude pour des philosophes comme Aristote, Hobbes, Bergson, Nietzsche, Kant, Hegel, …

Sociologie du rire :

Le rire est lié à une classe sociale. Bourdieu l’aurait sans doute remarqué. Une assemblée de bourgeois ne rit pas des mêmes choses qu’une assemblée plus populaire.
Le rire peut exprimer un rapport de domination. Un supérieur hiérarchique peut rire de son subordonné, mais ce dernier ne peut rire de son supérieur, en tout cas pas devant lui. Quand le chef plaisante, il faut rire. Socialement, le rire est souvent vertical, rarement horizontal. En dehors du travail, celui qui maîtrise le rire domine sa victime en mettant les rieurs de son côté.
Il existe aussi un rire caractéristique d’une profession comme des médecins qui se réunissent entre eux et rient en se racontant leurs anecdotes. Le rire peut donc souder un groupe tout en excluant les autres. Quand le groupe rit, celui qui ne rit pas devient un mouton noir. Il n’est pas sans risques de s’attaquer aux puissants en utilisant le rire.
Molière dans une pièce « la Critique de l’Ecole des femmes » faisait dire de façon répétitive et stupide à un marquis « tarte à la crème ». Le Duc de la Feuillade se sentant visé corrigea Molière en frottant sa tête contre les boutons tranchants de son habit en disant « tarte à la crème, Molière, tarte à la crème ». Molière eut le visage en sang.
Voltaire a eu une aventure similaire. Le Chevalier de Rohan (Comte de Chabot) avait dit à Voltaire qu’il n’avait pas de nom lui faisant rappeler son origine roturière. L’écrivain répondit : « Moi, je commence mon nom, vous finissez le vôtre ». Voltaire reçut comme réponse une bastonnade.
Dernièrement, le président Syrien El Assad fit arracher les cordes vocales avant de le massacrer à un imitateur comique qui se moquait du Chef de l’Etat.
L’affaire des caricatures de Mahomet et des représentations théâtrales sur la vie de Jésus ont montré que rire et religion ne font pas bon ménage et que certains religieux refusent catégoriquement l’utilisation du rire en ce qui concerne leurs convictions.

Le rire est-il méchant ?

Cette question avait déjà intrigué le philosophe Hobbes lorsqu’il écrit :
« La soudaine gratification de soi est la passion qui produit ces grimaces qu’on appelle le rire ; elle naît quand on accomplit soudainement quelque action, dont on tire plaisir, ou quand on aperçoit chez autrui quelque disgrâce en comparaison de quoi on s’applaudit soudain soi-même. Elle atteint surtout ceux qui sont conscients de posséder le moins d’aptitudes, et qui sont obligés pour continuer – de s’estimer de remarquer les imperfections des autres hommes. C’est pourquoi rire beaucoup des défauts des autres est un signe de petitesse d’esprit. En effet, une des tâches propres aux grandes âmes, c’est de soulager et libérer les autres du mépris, et de se comparer seulement aux meilleurs ».

LE RIRE dans plus ou moins philo transtrans dans plus ou moins philoLe rire est la plupart du temps dirigé contre quelqu’un ou un groupe social. Toutes les plaisanteries sur les noirs, les arabes, les juifs, les Belges, les femmes ne font que rabaisser, ridiculiser l’autre.
« Rire – Rire c’est se réjouir d’un préjudice, mais avec bonne conscience ». (Nietzsche)
Quand quelqu’un rit d’un autre, il se met en situation de supériorité. Les enfants en toute bonne conscience se moquent de celui qui boite. On rit des défauts des autres. Le rire est rarement bon. Une caricature ne fait que mettre
en exergue les défauts physiques de quelqu’un pour le ridiculiser et parfois le déshumaniser. Du bébé qui rit lorsqu’on lui fait la petite bête, à l’adulte, le rire devient de moins en moins innocent. Beaucoup de philosophes comme Hobbes se sont donc beaucoup méfiés du rire et de son sadisme. Nietzsche qui a fait l’apologie de la lutte ou du combat n’y a vu qu’une arme comme les autres pour blesser ou tuer. Les hommes politiques cherchent sans cesse à « tuer » l’autre par de bons mots en mettant les rieurs de leur côté.

La métaphysique du rire

Atteint-on une vérité par le rire ?
« Pour ce que rire est le propre de l’homme…
Je ne sais si c’est vrai. Mais pourquoi le rire serait un moyen, une ressource de l’être le plus puissant ? De l’homme ? Ce vomissement du cerveau, cette équation d’une image ou d’une idée ou d’une coïncidence avec une chatouille ? » (Paul Valéry)
Le rire se veut subversif alors que souvent il ne fait que renforcer l’ordre social par sa normativité.
Lorsque Molière fait rire aux dépends des femmes savantes ou du Bourgeois gentilhomme il ne fait que conforter l’ordre existant. Les femmes savantes sont subversives en voulant accaparer un savoir réservé aux hommes. De même le Bourgeois gentilhomme en voulant changer de classe sociale est subversif. Molière ne fait en fin de compte que se mettre au service de l’ordre dominant.
Beaucoup de penseurs ont eu du mépris pour le rire qui peut même parfois devenir débile :
« Il arriva que le feu prit dans les couloirs d’un théâtre. Le bouffon vient en avertir le public. On pensa qu’il faisait de l’esprit et on applaudit, il insista, on rit de plus belle. C’est ainsi, je pense, que périra le monde ; dans la joie générale des gens spirituels qui croiront à une farce ». (Søren Kierkegaard)
En plus d’un sentiment de supériorité le rire a été analysé par les philosophes, Aristote, Hobbes, Bain comme venant d’une dégradation, d’une petitesse que l’on voit dans les personnes (couac d’une personne qui chante, chute au sol d’un individu…).
Chez Kant, Hegel, et Schopenhauer le rire vient du contraste entre ce que nous attendons et ce qui se réalise comme par exemple un homme petit qui se baisse sous une grande porte.
Chez Bergson, le rire est « du mécanique plaqué sur du vivant ». A la place d’un comportement intelligent, on a une réaction automatique.
Galabru dans le gendarme de New York dit au réceptionniste dans un hôtel la seule phrase en anglais qu’il connaisse : « My flowers are beautiful ».
La vision la plus pessimiste sur le rire fut celle de Hobbes. « Le rire, est une grave infirmité de la nature humaine, dont toute tête pensante devra s’efforcer de s’affranchir ».
Sans aller aussi loin, on peut dire que les philosophes n’ont jamais pris au « sérieux » le rire comme voie d’accès à la pensée.

Conclusion

Cette analyse du rire aura fait sortir de la vision simpliste du « rire qui fait du bien » (aux dépends de qui, de quoi ?). Le rire a souvent ses victimes et peut même tuer. L’être pensant ne peut rire sans y voir sa signification et la fin de son innocence. On s’en méfiera puisque le meilleur moyen de faire passer une idée même la plus infâme est son utilisation. La conscience ne pouvant être que malheureuse, le vrai rire doit être sans conscience. « La bonne conscience du rire me repose des gens sérieux» (Francis Picabia). Mais le repos intellectuel est à l’opposé d’une attitude philosophique.
Patrice GROS-SUAUDEAU



L’ESCROQUERIE BAYROU
31 janvier, 2012, 13:07
Classé dans : économie et finance,politico-historique,politique politicienne

Bayrou a fait partie pendant des décennies de l’établissement qui a toujours défendu l’Europe de Maastricht, d’Amsterdam ou de Lisbonne qui n’a fait qu’entériner le néolibéralisme, la mondialisation, le libre-échange et le pouvoir de la finance.
Sur ces points fondamentaux, il n’est en rien différent de Sarkozy ou Hollande. Ceci a eu comme conséquence la désindustrialisation dramatique de notre pays et son cortège de chômage. Cela semble presque surréaliste et même totalement hypocrite lorsqu’il en appelle au nationalisme économique : « produisons, achetons français », ce qui semble dérisoire lorsque l’industrie représente 12 % du PIB et que pratiquement il est devenu très difficile d’acheter des biens fabriqués en France. Il a même été de ceux qui ont le plus poussé à la roue européiste et donc néolibérale.
François Bayrou fait aussi partie de ces politiques qui pensent qu’en accusant les autres d’extrémisme, cela le place dans le camp de la modération et de la raison. Il n’a pourtant été lui-même qu’un extrémiste, un fanatique de son européisme (cf. sur le Web : la dictature de l’extrême-centre).
Il ne propose en fin de compte que de garder le système actuel et le diktat de Bruxelles avec toutes ses conséquences. Les traités de Maastricht et d’Amsterdam ont complètement ligoté la France dans le néolibéralisme qui ne peut plus agir pour sauver son industrie et ses secteurs stratégiques comme cela s’est passé avec Arcelor-Mittal. La France est toujours à la merci des oukases et amendes de Bruxelles. François Bayrou semble trouver cela très bien que Bruxelles ait très souvent fait le choix de désindustrialiser la France. Appeler à acheter français comme il le fait maintenant est d’une malhonnêteté totale.
Si la France recouvre sa souveraineté elle pourra défendre tous les secteurs qu’elle juge stratégique comme le font les États-Unis. Sortir de l’euro permettra à la France d’avoir une monnaie au service de ses intérêts comme la Suède qui a enregistré en 2010 une croissance de 5,5 % avec un taux de change favorable avec sa monnaie nationale.
La cote momentanée de François Bayrou vient probablement de sa personnalité médiocre, banale, genre brave type ou M. tout le Monde qui change des fanfaronnades sarkozistes (bref, la séduction de la médiocrité qui existe parfois en politique). Pour être président, il en faut quand même un peu plus.
Sa vision européiste foncière ne pourra rien changer à la désindustrialisation de la France. Ses schémas mentaux sont devenus inopérants face aux défis qui se posent à la France : emploi, ré-industrialisation, croissance, perte d’identité,…)
Bayrou ne changera rien à la situation actuelle si ce n’est changer de personne, peut-être moins bling-bling, mais ceci n’a aucun intérêt pour la France.
Le misérabilisme n’a jamais été une politique.
Patrice GROS-SUAUDEAU Statisticien-économiste



RELIGION ET PHILOSOPHIE
29 janvier, 2012, 13:34
Classé dans : plus ou moins philo

La religion en Occident donne le sentiment de prendre de moins en moins de place. Même les Américains qui se disent croyants pour la plupart sont sans doute les plus matérialistes. Le Christianisme, religion de sortie de la religion selon certains crée donc un vide spirituel dans lequel s’engouffrent d’autres religions comme l’Islam ou le bouddhisme.
Religion et Philosophie semblent deux mots contradictoires. Pourtant le christianisme a été cette synthèse étonnante. Benoit XVI dans sa conférence de Ratisbonne qui avait choqué certains avait insisté sur la raison qui existe dans le christianisme juxtaposée à la foi. Dans l’islam, il n’existerait que la foi, la vérité se trouvant entièrement dans le Coran, la philosophie devenant superfétatoire ou mécréante. La philosophie par son essence questionnante et même subversive s’oppose à la religion qui se veut la réponse permanente.
La philosophie tout au moins l’occidentale remet sans cesse en question la tradition et sa transmission qui est une des caractéristiques de la religion.
Pour Heidegger, la philosophie est a-religieuse et les religions des idéologies c’est-à-dire des représentations du monde. Son origine catholique d’Allemand du sud et sa formation théologique initiale qui le destinait à la prêtrise ont sans doute créé un trouble intérieur chez quelqu’un qui s’est détaché de sa religion.
Les pères de l’Église comme Saint Augustin ou Saint Thomas d’Aquin avaient pourtant introduit les philosophies de Platon et d’Aristote dans la doctrine chrétienne. La scolastique a même mis la philosophie au service de la religion. Il y a eu de tout temps des mécréants et des esprits forts qui ont raillé la religion. La moquerie qui n’est qu’un sentiment de supériorité peut passer à côté de ce sentiment profond qui a existé chez la plupart des hommes.
Le mot religion vient soit de religare, c’est-à-dire relier, un lien qui unit à la divinité, soit de religere qui signifie respecter. Le sociologue Durkheim donnera une définition de la religion : « Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c’est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent ».

Pourquoi la religion ?

Les fondements de la religion sont multiples, de l’angoisse de la mort, la peur due à l’ignorance selon Lucrèce, elle permet aussi la conservation sociale. Tous les tabous et interdits décrétés par la religion permettent aux hommes de cohabiter entre eux. Pour Kant la religion est : « la connaissance de tous nos devoirs en tant que commandements divins ».
La religion « métaphysique du peuple » selon Schopenhauer permet d’offrir des certitudes et des explications dans un monde changeant et parfois hostile. Ce qui est fixe rassure comme ce qui est en mouvement fait peur. Le rite (répétitif par essence) élément de la religion tranquillise les âmes. Les catholiques traditionnalistes par exemple ne veulent pas que l’on change la messe en latin de leur enfance.
Bergson distinguera la religion statique, celle qui est liée à la morale. Elle a un rôle de protection sociale et la religion dynamique de l’expérience religieuse. La religion statique fait contrepoids à l’intelligence qui a un rôle dissolvant.
« C’est une réaction défensive de la nature contre ce qu’il pourrait y avoir de déprimant pour l’individu et de dissolvant pour la société, dans l’exercice de l’intelligence » (Bergson).
La religion dynamique transporte l’âme et peut aller jusqu’au mysticisme. La religion pour un individu est structurante. L’éducation religieuse de l’enfance a ses prolongements même pour un individu qui s’en détache. En plus de la morale, elle crée une sensibilité. Les valeurs du Christianisme se sont sécularisées. Mais si la religion peut créer une certaine unité de ceux qui ont la même, elle divise aussi les hommes entre eux et peut même les opposer en fonction de leurs croyances. Les guerres religieuses ont existé à toutes les époques et continuent à exister. Samuel Huntington dans le choc des civilisations disait que les deux facteurs les plus importants qui déterminent un individu sont la religion et la race qui créent les solidarités et les oppositions. La certitude de posséder la vérité peut conduire à vouloir l’imposer, même par la violence, comme dans le Djihad. Les universalismes chrétien ou musulman s’opposent encore. Les religions donc divisent les hommes.

Les critiques de la religion

La philosophie en elle-même peut être une critique, une opposition à la religion. Elle valorise le raisonnement contre la révélation, la raison contre la foi. La science même si elle a aussi ses critiques a ébranlé nombre de certitudes religieuses passées. La science a toujours cherché des explications causales et non surnaturelles. Mais l’idolâtrie de la science peut devenir une nouvelle religion.

Feuerbach et l’aliénation

Ludwig Feuerbach a écrit l’essence du christianisme. Ce livre peut bien sûr se généraliser à d’autres religions. L’homme a créé un Dieu auquel il attribue toutes les qualités. Il ne fait que se projeter dans son Dieu. Ceci n’est pas sans conséquence sur l’homme puisqu’il ne devient rien face à son Dieu. Il ne faut pas oublier qu’Islam veut dire soumission et musulman esclave de Dieu.
Dans la position à genoux, l’homme se rabaisse, comme le musulman se prosterne cinq fois par jour devant Allah tout puissant. « Pour enrichir Dieu, l’homme doit s’appauvrir, pour que Dieu soit tout, l’homme doit n’être rien… L’homme – tel est le mystère de la religion- objective son essence, puis à nouveau fait de lui-même l’objet de cet être objectivé, métamorphosé en un sujet, une personne » (Feuerbach, l’essence du christianisme).

Marx

Dans la religion, l’homme trouve ce qu’il n’a pas sur terre. L’homme dans la religion met tous ses rêves, ses espérances. Le paradis n’est que le monde tel qu’il voudrait qu’il soit. La religion sert les intérêts de la classe dominante en empêchant de se révolter contre elle, en acceptant l’ordre établi en maintenant le peuple dans une léthargie intellectuelle.
« La détresse religieuse est, pour une part, l’expérience de la détresse réelle, et pour une autre la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple… ».

Nietzsche

Ce philosophe a particulièrement attaqué le christianisme mais aussi la religion en général. Celui qui ne peut plus rien faire prêche la vertu comme l’impuissant prône la chasteté. Le prêtre n’est qu’un malade qui cherche à jouir d’éprouver un sentiment de supériorité dans son ascétisme. Le corps, la vie sont rabaissés par la religion. Les notions de faute et de péché empoisonnent l’existence. On considère l’orgueil comme péché puisqu’on n’a plus la force de revendiquer sa fierté.
Avant Freud, Nietzsche a parlé de névrose religieuse.
Nietzsche annoncera la mort de Dieu, mais la religion ne se limite pas à la croyance. Le philosophe de Leipzig fut sans doute celui qui a écrit le plus durement sur la religion et le christianisme en particulier. Nietzsche distinguera quand même les religions affirmatives comme la religion des Grecs qui valorisent la vigueur, la jeunesse et les religions négatives comme le christianisme, religion du ressentiment qui dévalorisent tout ce qui est noble pour promouvoir ce qui est bas et vil, bref faire de tout ce qui est misérable vertu.

Freud

La religion n’est qu’une illusion qui a son origine dans la détresse infantile. Dieu n’est que la figure du père protecteur. La religion n’est qu’infantilisme.
« Je suis en contradiction avec vous lorsque, poursuivant vos déductions, vous dites que l’homme ne saurait absolument pas se passer de la consolation que lui apporte l’illusion religieuse. Le stade de l’infantilisme n’est-il pas destiné à être dépassé ? L’homme ne peut éternellement demeurer un enfant, il lui faut s’aventurer dans l’univers hostile » (Freud).

Conclusion

Notre société occidentale n’est pas devenue anti-religieuse mais a-religieuse. Les combats laïcards de la fin du XIXeme siècle et du début du XXeme siècle contre la religion semblent de nos jours bien dérisoires. Le communisme avait voulu éradiquer la religion pour instituer un athéisme officiel. Cela a-t’il rendu l’homme meilleur ? « L’athéisme est aristocratique » disait Robespierre au XVIIIeme mais l’athéisme actuel est devenu misérabiliste ou de faiblesse comme l’avait entrevu Nietzsche « Dieu est mort » résonne surtout en Occident mais notre société a-religieuse est attaquée de toutes parts par des religions encore plus fanatiques et conquérantes. On a voulu remplacer la religion chrétienne par celles des droits de l’homme ou de la tolérance, mais qui n’auront jamais la même teneur. La religion ne transmettait pas que la morale comme le disait Kant mais aussi des valeurs culturelles comme l’Art.
En économie, la loi de Gresham énonçait : « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». En est-il de même des religions ?
Patrice GROS-SUAUDEAU



L’IMAGINATION
26 janvier, 2012, 16:58
Classé dans : plus ou moins philo

Faut-il de l’imagination pour écrire sur l’imagination ?

Elle est à notre époque une valeur autant si ce n’est plus que l’intelligence. Dire qu’un homme politique ou non est sans imagination devient une insulte suprême. Elle est l’outil indispensable des publicitaires, couturiers, inventeurs, artistes, créateurs… Baudelaire la nommait la reine des facultés. Elle a pourtant été très critiquée par des penseurs aussi reconnus que Descartes, Pascal ou Alain qui n’y voyaient qu’illusion faisant l’impasse sur sa puissance créatrice. Le psychanalyste Carl Jung voyait dans l’imagination la mère des possibles. Le grand mathématicien allemand David Hilbert apprenant qu’un de ses étudiants abandonnait les mathématiques pour se consacrer à la poésie répondit que de toute façon il n’avait pas assez d’imagination pour être mathématicien. Les poètes se sont pourtant toujours targués d’être les dépositaires de l’imagination. Elle est pour eux synonyme de rêve, de la possibilité de s’échapper de la mesquinerie de la quotidienneté, de la laideur du réel.

« Qu’aimes-tu donc extraordinaire étranger, j’aime les nuages qui passent là-bas, là-bas les merveilleux nuages ». (L’Etranger, Spleen de Paris, Baudelaire)

Pour Gérard de Nerval « le rêve est une autre vie » dans lequel « le monde des esprits s’ouvre à nous ». Le rêve, l’imagination débordante ont conduit plus d’un poète à la folie dans une société qui souvent a réprimé l’imagination, source de désordre social et qui s’opposait à la morale et à l’organisation routinière du travail.
« Je suis le ténébreux, — le veuf, — l’inconsolé
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie
Ma seule étoile est morte — et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie »
(El Desdichado, Gérard de Nerval)

Le romantisme a imaginé un amour idéal et absolu en dehors du réel.

L’imagination a parfois besoin d’expédients comme l’alcool ou la drogue.

Dans un singe en hiver de Blandin, le buveur devient un voyageur immobile. Les deux « héros » dans leur chambre traversent la Chine sur le Yang-Tseu-Kiang. « Il est l’heure de s’enivrer ! Pour n’être pas les esclaves martyrisés du
Temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise ». (Enivrez-vous, Baudelaire)

On a distingué plusieurs formes d’imagination : l’imagination reproductrice, faculté de former des images en dehors de leur présence, l’imagination créatrice, faculté de combiner des images en dehors du réel et du donné, l’imagination active de la psychologie analytique de Cari Jung. Elle consiste à donner une forme sensible aux images de l’inconscient et ainsi élargir la conscience. Il s’agit de relier le conscient et l’inconscient.

Les critiques de l’imagination

Les penseurs classiques ont parfois jugé très durement l’imagination. Pour Descartes, il y a trois facultés de la conscience : la volonté, affirmer ou nier. C’est le libre-arbitre ; l’entendement qui est la faculté de comprendre et raisonner. L’entendement pour Descartes nous donne des connaissances indubitables.

L’imagination en revanche, est source d’erreur, de fausseté et d’illusion. L’imagination est une faculté très inférieure à l’entendement comme il le dit dans la sixième méditation (méditations métaphysiques) « Soit un polygone à mille côtés, un chiliogone : je puis le concevoir fort clairement et distinctement grâce à mon entendement, mais je ne saurais imaginer les mille côtés de ce chiliogone ».

Pascal pour une fois aura un jugement semblable à Descartes. L’imagination n’apporte que mensonge, non-être et illusion. « C’est cette partie décevante dans l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours, car elle serait règle infaillible de vérité, si elle l’était infaillible du mensonge ».

« Cette superbe puissance, ennemie de la raison, qui se plaît à la contrôler et à la dominer a établi dans l’homme une seconde nature ».

Tout en la critiquant, Pascal a entrevu la puissance de l’imagination. Alain continuera cette pensée classique négative vis-à-vis de l’imagination. Cette dernière ne serait qu’une pathologie de la perception : « Imaginer c’est toujours percevoir, mais mal » (Alain)

L’image mentale n’existe pas. Il y aurait deux sortes d’imagination : une tournée vers l’extérieur en jugements faux sur les objets extérieurs (ex. voir un fantôme à la place d’un arbre ou Don Quichotte voyant des ennemis à la place des moulins), l’autre tournée vers l’intérieur de notre corps (les hallucinations cénesthésiques). Dans les deux cas, la perception est fausse.

Sartre

Sartre a voulu analyser l’imagination. Il décrira surtout l’imagination reproductrice. Il y a deux sortes de conscience : la conscience percevante et la conscience imageante. Il reprend Husserl et la phénoménologie pour qui toute conscience est conscience de quelque chose. Cet objet peut ne pas exister ou n’être pas là. La conscience se transcende vers un objet extérieur à elle.

Cette imagination que décrit Sartre est pauvre. Une personne en image n’est pas la personne perçue en réalité. Il y a comme chez les penseurs plus classiques une dévalorisation de la conscience imageante. Mais la fonction imageante chez Sartre permet à l’homme de s’affranchir du monde.

Imaginer pour Sartre c’est se déprendre du monde, le néantiser. L’imagination permet à l’homme d’être libre vis-à-vis de la réalité. Dans son analyse, Sartre n’a pas décrit l’imagination créatrice.

Bachelard et Baudelaire

Le Philosophe des sciences Bachelard a analysé l’imagination créatrice qu’il appelle parfois surréelle.

« L’imagination forme des images qui dépassent la réalité ». Elle a le pouvoir d’invention et de création. Elle est celle des poètes, inventeurs, artistes…

« Tout ce qu’on dit dans les manuels sur l’imagination reproductrice doit être mis au compte de la perception et de la mémoire. L’imagination créatrice a de toutes autres fonctions que celle de l’imagination reproductrice. À elle appartient cette fonction de l’irréel qui est psychiquement aussi utile que la fonction du réel si souvent évoquée par les psychologues pour caractériser l’adaptation d’un esprit à une réalité estampillée par les valeurs sociales » (Bachelard).

Le poète Baudelaire a aussi fait l’apologie de cette reine des facultés qu’est l’imagination.

Un esprit sans imagination est un esprit stérile. L’imagination devient le principe créateur.

« Mystérieuse faculté que cette reine des facultés ! Elle touche à toutes les autres, elle les excite, elle les envoie au combat. Elle leur ressemble quelquefois au point de se confondre avec elles et cependant elle est toujours bien elle-même, et les hommes qu’elle n’agite pas sont facilement reconnaissables à je ne sais quelle malédiction qui dessèche leurs productions comme le figuier de l’Evangile » (Baudelaire, 1859).

Psychanalyse et Imagination   

On considère l’imagination comme une force psychique qui prolonge notre vie intérieure au-delà des expériences extérieures. Le çà est la partie du psychisme à laquelle nous n’avons pas accès. La vie pour la psychanalyse est dominée par le principe de plaisir. Mais elle est confrontée au principe de réalité. L’imaginaire est une soupape. L’imagination porte souvent sur des désirs non satisfaits. Elle permet l’insertion de l’être dans la société. Mais l’imagination débordante peut aussi conduire à la folie. Le fou vit dans son monde imaginaire. Comme l’avait vu Sartre, l’imagination permet de fuir une réalité insupportable, avec l’aide parfois d’expédients comme l’alcool ou la drogue. L’imagination active de Jung (disciple de Freud) : elle consiste à dialoguer avec les images ou personnages de l’inconscient issus du rêve (nocturne ou éveillé). Jung a pratiqué l’imagination active dans un but thérapeutique. L’imagination relie le conscient et l’inconscient ainsi que l’inconscient collectif et la situation individuelle.

« La fantaisie n’est pas le moyen régressif d’éviter la réalité… mais le « modus operandi » de la croissance psychique : c’est par elle que la vie conduit vers l’avenir ».

Le surréalisme

Breton rend hommage à l’imagination qui est selon lui réprimée par la société (morale, ordre social, travail, convenances).

« Le surréalisme ne se veut pas une nouvelle école artistique mais un moyen de connaissances jusqu’alors inexplorées : le rêve, l’inconscient, la folie, les états hallucinatoires tout ce qui ne relève pas de la logique » (Nadeau). L’imagination court-circuite la logique, la raison. Dans l’écriture automatique on retrouve l’imagination active de Jung. Parfois le surréalisme versera dans le délire.

Conclusion

De l’imagination reproductrice, vision assez pauvre du concept on est passé à l’imagination créatrice, celle qui crée le réel de demain que cela vienne de l’inventeur, du poète, de l’artiste ou du politique. Les hommes imaginent les révolutions avant de les faire. Lorsque Sarkozy propose par exemple : « faire tout comme les « boches » », on a un exemple en négativité de l’imagination au pouvoir. Même Vichy n’a pas eu l’audace d’en proposer autant.

L’imagination permet d’inventer perpétuellement un monde nouveau. Si elle est réprimée dans certaines cultures ou sociétés, en Occident, elle est devenue un moteur de son Histoire. L’imagination fonde l’Histoire.
Patrice GROS-SUAUDEAU



La relativité
24 janvier, 2012, 18:23
Classé dans : éducation et enseignement

Sur les inspirateurs de la relativité, il existe déjà une controverse. En relativité restreinte, Poincaré avait t-il déjà tout dit ou Einstein a t-il quand même été le grand synthétiseur d’un esprit de l’époque, en donnant une plus-value. Disons que de nombreuses idées relativistes étaient déjà exposées dans le livre :  « la science et l’Hypothèse » d’Henri Poincaré. Dans des revues scientifiques, le savant français avait quasiment déjà exposé la théorie comme le soutient Jules Leveugle dans son livre. Nous n’irons pas plus loin dans ce débat passionnel et nous ne nous intéresserons qu’à la théorie.

La Mécanique classique

L’ esprit philosophique d’avant la relativité était de s’attaquer à toute métaphysique (pouvant être définie comme le fait de postuler ce qui est indémontrable). Le philosophe Ernst Mach a voulu éliminer tout ce qui lui semblait comme hypothèse métaphysique considérait l’espace et le temps comme des conditions « à priori » de notre entendement.

Les Postulats de la Relativité

La vitesse de la lumière est isotrope, c’est-à-dire qu’elle ne peut varier d’un référentiel à un autre. Ce résultat est dû à l’expérience de Michelson-Morley (1881). Ceci est en contradiction avec la mécanique classique où les vitesses s’additionnent.

La Relativité restreinte

La Relativité s’est construite en deux temps ; tout d’abord la relativité restreinte (1905) puis dans un second temps la relativité générale (1915).

Soient K et K’ deux systèmes de coordonnées, K et K’ sont galiléens si K’ a un mouvement de translation uniforme (vitesse constante) relativement à K

K’ se déplace à la vitesse v par rapport à K

Principe de relativité restreinte

« Si K’ est relativement à K un système de coordonnées qui effectue un mouvement uniforme sans rotation, les phénomènes de la nature se déroulent relativement à K, conformément aux mêmes lois générales que relativement à K’. Nous appelons cet énoncé « principe de relativité restreinte » (dans le sens restreint) »

On peut aussi dire : « les lois physiques sont invariantes lorsqu’on passe d’un référentiel à un autre animé par rapport au premier d’un mouvement rectiligne uniforme »

Les transformations de Lorentz

On peut dire que pratiquement toute la théorie de la relativité restreinte se trouve dans la transformation de Lorentz.

En mécanique classique nous aurions eu :

x’ = x – vt
y’ = y
z’ = z
t’  = t

En relativité restreinte il n’y a pas simultanéité du temps.

Addition des vitesses

Si dans le couloir d’un train lancé à la vitesse v un voyageur marche vers l’avant à la vitesse v’, sa vitesse v » par rapport au sol est en mécanique classique v » = v’ + v
En relativité restreinte, la formule est différente.
Cette relation découle de la transformation de Lorentz

La Relativité Générale

Donnons le principe de relativité générale.

« Tous les corps, quel que soit leur état de mouvement, sont équivalents pour la description de la nature et la formulation de ses lois générales »

On a donc une généralisation du Principe de relativité restreinte. L’énoncé de ce principe n’est pas tout à fait exact car nous sommes dans un espace non euclidien, nous donnerons la formulation exacte après.

Espace non euclidien

La terre par exemple n’est pas plate. Lorsque nous nous déplaçons d’un point à un autre, nous avons un continuum non euclidien.

Pour repérer un point nous ne pouvons utiliser les coordonnées cartésiennes mais les coordonnées de Gauss.

On appelle mollusque : corps de référence non rigide

Le Principe de Relativité Généralisée est alors

« Tous les mollusques de Gauss (systèmes de référence définis par des coordonnées de Gauss) sont équivalents pour la formulation des lois physiques »

La courbure de l’espace-temps

L’espace et le temps se fondent dans une structure géométrique quadridimensionnelle (espace-temps), pouvant prendre une forme courbe que mes yeux ne voient pas.

La terre n’est pas attirée par le soleil comme dans la physique classique. Elle ne fait que suivre le chemin tracé autour du soleil par la courbure de l’espace-temps. La matière du soleil déforme l’espace-temps

La mécanique classique et la relativité générale sont donc dans deux paradigmes pour reprendre le terminologie de Kuhm.

La critique de Mach

Pour Mach, l’idée de réalité extérieure n’a pas de sens. Il n’existe que des phénomènes. Mach reprend Hume : notre connaissance ne vient que de notre perception des phénomènes. Les concepts que nous utilisons sont des notions métaphysiques comme la force, le champ. Pour Einstein, il existe une réalité scientifique exprimée en langage mathématique. Einstein appartient donc au courant du réalisme. On peut de plus pour lui connaître la réalité ou tout au moins sans cesse s’en approcher.

Mach était totalement opposé à cette vision en tant que phénoménaliste.

Tests qui confirment la théorie de la relativité générale

La déviation des rayons lumineux dans un champ gravitationnel

La lumière bien que n’ayant pas de masse est déformée par le courbure de l’espace-temps

On a un décalage gravitationnel

La théorie de la relativité générale donne avec précision l’angle de variation d’un siècle pour le perihélie de mercure.

En conclusion, nous dirons que la Relativité est une belle construction intellectuelle faisant, en ce qui concerne la relativité générale, appel à un langage mathématique plus poussé. Cette construction, à la différence de la mécanique quantique possède une philosophie encore classique et réaliste ainsi que déterministe. Elle est d’ailleurs en contradiction avec la quantique, contradictions que la théorie des cordes essaiera de résoudre.

Patrice GROS – SUAUDEAU
Statisticien – Économiste



LA LIBERTÉ
24 décembre, 2011, 14:22
Classé dans : plus ou moins philo,politico-historique

« Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » disait Saint-Just, ce qui amena la terreur. Les américains firent de nombreuses guerres comme au Vietnam au nom de la liberté. Beaucoup d’hommes sont morts pour la Liberté et beaucoup en ont fait périr d’autres au nom de la Liberté. Le mot est indéfinissable, la seule chose que peuvent dire les philosophes est qu’on l’éprouve. Mais l’éprouver n’est peut-être qu’une illusion. On peut se croire libre par orgueil ou vanité alors qu’on ne fait que « se coucher ». Nietzsche disait que l’homme « vit constamment dans une dépendance multiforme et s’estime libre quand il cesse de sentir la pression de ses chaînes du fait d’une longue accoutumance ». L’habitude finit-elle par faussement donner un sentiment de liberté ? Lorsqu’il nous arrive de sortir de nos habitudes nous en sommes même perturbés.

« L’homme libre est guerrier » disait aussi le philosophe. La liberté ne serait alors qu’un combat pour imposer son être. L’esclave est méprisé car il n’a pas été assez guerrier et a préféré perdre sa « liberté » pour garder la vie. Mais son être propre est mort. Un homme libre meurt une fois, les lâches meurent mille fois. « L’homme libre est celui qui ne craint pas la mort » (Hegel).

Schopenhauer pensait que l’on ne peut être libre que dans la solitude. À ce moment-là il ne faut pas éprouver le désir de l’autre. Il pensait aussi que la seule liberté qui existe est la liberté de penser qui peut même exister sous la torture. Mais notre pensée n’est-elle pas aussi que le produit de notre famille, notre entourage, du bourrage de crâne de l’école et des médias ? Pour ceux qui croient quand même en une liberté, il faut qu’il y ait un « Moi » construit et que l’on responsabilise, la liberté n’étant qu’un reliquat de tous les interdits, les déterminismes et de tout ce qui s’est dérobé même s’il est plus facile de renoncer quand tout se dérobe.

Les limites de la liberté

En plus des interdits, les limites de la liberté sont ce qu’on appelle le fatalisme et le déterminisme. Si le fatalisme n’est qu’une superstition ou une trace religieuse le déterminisme est bien présent. Un certain biologisme considère que nous sommes déterminés par notre patrimoine génétique. Nous serions conditionnés par la tyrannie du gène. Il existe aussi un déterminisme lié à toutes les pesanteurs sociologiques : culture, famille, milieu social, environnement. Lorsque nous croyons choisir un conjoint, il n’est la plupart du temps que d’un milieu social équivalent. Ce qui vaut aussi de la plupart de nos « choix ». Nous sommes aussi esclaves de notre corps, de notre santé, de notre vieillissement ainsi que de nôtre-puissance financière ou-économique.

Proudhon disait que l’homme le plus libre est celui qui entretient le plus de relations avec ses semblables. Pour Sartre « l’enfer c’est les autres ». Pour garder des relations, il faut aussi plaire ce qui est une contrainte et une servitude. Les autres nous ligotent dans notre liberté tout en nous conditionnant.

Une des critiques de la liberté ou du libre arbitre la plus connue fut celle de Spinoza. Quand nous décidons ce n’est pas le résultat de notre volonté mais parce que le rapport de forces entre nos désirs a changé et qu’un de nos désirs s’impose.

« Les hommes se trompent en ce qu’ils se pensent libres, opinion qui consiste seulement en ceci, qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorant des causes qui les déterminent. Donc cette idée qu’ils ont de leur liberté vient de ce qu’ils ne connaissent aucune cause à leurs actions. Car ce qu’ils disent que les actions humaines dépendent de leur volonté, ce sont des mots dont ils n’ont aucune idée »

Nietzsche

« Liberté signifie que les instincts virils, les instincts joyeux de guerre et de victoire, prédominent sur tous les autres instincts par exemple sur ceux du « bonheur ». L’homme devenu libre, combien plus encore l’esprit devenu libre, foule aux pieds cette sorte de bien-être méprisable dont rêvent les épiciers, les chrétiens, les vaches, les femmes, les Anglais et d’autres démocrates. « L’homme libre est guerrier » (Crépuscule des idoles)

Le libre arbitre a été développé par Saint Augustin au IIIème siècle. Dieu a créé l’homme libre de choisir entre le bien et le mal. On est donc responsable de ses péchés.

Saint Thomas d’Aquin (XIlIème siècle) reprendra le libre arbitre. Luther refusera cette idée : « le libre arbitre n’appartient qu’à Dieu ». Chez les protestants, l’homme à sa naissance est déjà choisi par Dieu pour le salut éternel ou la damnation. C’est ce qu’on appelle la prédestination.

Nietzsche écrira :
« Le libre arbitre est un tour de passe-passe théologique pour rendre l’humanité « responsable » ».

« Partout où l’on cherche à établir les responsabilités c’est généralement l’instinct de punir et de juger qui est à l’œuvre ». « Les hommes ont été considérés comme « libres » pour pouvoir être jugés et punis, pour pouvoir être coupables ».
(Crépuscule des idoles)

Descartes et Kant

Pour Descartes l’homme dispose d’une liberté infinie à « l’image et à la ressemblance de Dieu ». Descartes relie liberté et raison puisqu’on ne peut qu’adhérer à la raison lorsqu’on « connaît ».

Il ne peut qu’avoir adhésion à l’évidence.

Pour Kant, semblable à Descartes, la liberté ne peut qu’obéir aussi à la raison qui est celle de la loi morale rationnelle et universelle. Pour le philosophe il y a autonomie de la volonté « la liberté est une propriété de la volonté de tous les êtres raisonnables » (Fondements de la métaphysique des mœurs).

La liberté politique

L’homme étant un animal politique, certains philosophes ont distingué la liberté naturelle et la liberté politique. Pour La Boétie, pour avoir la liberté, il suffit de la désirer. Pourquoi alors selon lui certains acceptent la servitude volontaire ? Parfois les hommes choisissent de ne pas être libres.

L’homme nait libre chez Rousseau. Il doit refuser l’esclavage et l’oppression. Par le contrat social, il échange sa liberté naturelle contre une liberté politique ou civile.

Pour Hegel, il faut une conscience de soi pour que la liberté ait un sens. C’est aussi le pouvoir de dire « non ». La liberté se définit aussi par sa négativité. La liberté se réalise par opposition à une autre conscience car il faut qu’elle soit reconnue. Le rôle de l’État est d’établir la liberté politique pour les individus.

Le libéralisme politique anglais s’est opposé à l’absolutisme et à l’autorité religieuse. Pour Locke les organisations politiques doivent offrir aux individus la liberté de penser, croire, circuler… la liberté d’expression étant sur le plan politique celle qui doit être la plus défendue.

La pensée anarchiste voudra éradiquer l’État, l’armée, l’Église pour que n’existe que l’individu. Alors que Bakounine accepte une solidarité entre les hommes, Max Stirner prônera un individualisme absolu. L’individu est unique. Il n’y a que son Moi. Cela rejoindrait le « culte du Moi » chez Barrès, écrivain pourtant à l’opposé sur le plan politique.

L’existentialisme

On ne peut aborder la notion de liberté sans faire référence à Sartre qui a métaphysiquement donné une valeur absolue à la liberté. On expérimente la liberté dans l’angoisse, où coexistent tous les possibles. Kierkegaard parlait du vertige des possibles. La conscience peut se mentir à elle-même ce que Sartre appelle la mauvaise foi. L’homme fuit les possibles. La liberté responsabilise totalement l’individu selon Sartre. Nous sommes responsables de nos actes. « L’existence précède l’essence ». Il n’y a pas une essence préexistante de nous-mêmes qui nous dédouanerait de nos actes. Nous sommes ce que nous avons fait.

Comme Nietzsche disait que la responsabilisation des hommes permettait de les punir et les juger, Sartre traitera de salauds ceux qui ont eu un engagement politique différent du sien. « Nous sommes condamnés à être libres » puisqu’on peut même choisir de ne pas choisir.

Sartre s’est inspiré de Kierkegaard et de Heidegger. Pour ce dernier « être dans le monde n’est rien d’autre qu’être libre ».

« La perfection de l’homme, c’est-à-dire sa capacité de devenir ce qu’il peut être en raison de sa liberté pour ses possibilités inaliénables (de son projet) est l’œuvre du souci ».

Le souci est un « a-priori ontologique » qui constitue l’être du Dasein (être là).

Conclusion

On a vu l’extrême difficulté à définir la liberté. Elle est postulée par certains philosophes comme Descartes, Kant ou Sartre. C’est la condition sine qua non de la responsabilisation de l’individu. La société peut à défaut faire « comme si » pour juger et punir. La liberté ne serait que le fondement sans fondement de notre responsabilité. Le philosophe Berlin faisait la distinction entre la liberté négative qui consiste à ne pas être entravé dans ce que nous voulons faire et la liberté positive qui consiste en un pouvoir d’action politique. La liberté est aussi subjective puisque les possibles diffèrent chez les individus. Si la liberté peut donner un sentiment de légèreté parmi les possibles au-delà de l’angoisse ou du souci, sa conséquence, notre responsabilité, devient un fardeau à porter.
Patrice GROS-SUAUDEAU



Philosophie et discours biologique
7 décembre, 2011, 19:19
Classé dans : plus ou moins philo

Lorsqu’on lit des livres de biologistes qui se mettent à « philosopher » comme si cela était le prurit de leur fin de carrière, en général on en apprend plus sur leurs idées politiques que sur la biologie.

Cela revient la plupart du temps à remâcher des obsessions humanistes ou anti-humanistes en utilisant tout l’attirail de la biologie c’est-à-dire son vocabulaire pour enrober leur vision du monde d’une légitimité scientifique. Il y a au final toujours un combat entre ceux qui veulent discriminer les hommes et même établir des hiérarchies et ceux qui postulent l’égalité entre les hommes et lorsqu’ils ne peuvent que constater des différences veulent n’y voir qu’une richesse dans la diversité. Ce combat de donation de sens feutré entre universitaires peut devenir violent sur le plan politique. Choisir le « mauvais » camp peut détruire une carrière universitaire. Il y a toujours derrière cela le désir de justifier l’ordre établi et surtout la répartition des richesses entre les hommes. Les hommes veulent aussi se différencier. Le discours « tous pareils » n’est pas toujours séduisant pour certains. Un biologiste juif cherchait un gène «juif» dans l’ADN. Les sujets passionnels qui reviennent de façon cyclique sont l’idée de race, l’héritabilité de l’intelligence ou plus généralement des dons, l’acquis et l’inné, l’origine de l’homme, le déterminisme génétique, le rôle de la femme dans la société. Est-elle soumise « génétiquement » à l’homme ? Bref nous analyserons ici tous les sujets qui échauffent les esprits.

Avant d’aborder les sujets ayant une portée sociale et politique, il y a le débat entre le vitalisme et le mécanisme.

Pour le vitalisme, la vie ne se réduit pas à des réactions physico-chimiques.

Le mécanisme lui réduit la vie à des relations physiques et chimiques. Pour Descartes par exemple, les corps sont des machines. Le corps est un ensemble de rouages. Les animaux comme les humains sont des machines. Kant s’opposa à cette vision : « un être organisé n’est pas seulement une machine ».

Jacques Monod dans le Hasard et la nécessité dira que l’être vivant est mu par un projet.

Toutes ces théories provoquèrent des débats passionnés mais guère politiques si ce n’est que Monod excluait l’idée de Dieu. Nous allons maintenant résumer deux théories qui s’opposèrent aux religions et donc à l’ordre social, le transformisme et le darwinisme.

Le transformisme de Lamarck

Les êtres selon lui sont distribués du plus simple au plus complexe. Il y a presque un principe de complexité. Le milieu agit chez Lamarck sur les êtres. L’organisme fait un effort biologique pour répondre aux exigences du milieu. Un point important chez Lamarck est l’hérédité des acquis.

Weismann refusera l’hérédité de l’acquis. Darwin avait repris l’hérédité de l’acquis mais le néo darwinien Weismann la remplacera par un mécanisme de sélection naturelle.

Le néodarwinisme abandonnera la notion de cause et de déterminisme pour des explications probabilistes (on a une explication similaire en mécanique quantique).

Le darwinisme

Tout d’abord il serait plus exact de dire néo-darwinisme. Dans le néo-darwinisme dû à Weismann, l’évolution dépend des variations et de la sélection.

De petites différences donnent des avantages à certains individus. Le tri des variations se fait par sélection naturelle. La « lutte pour la vie » peut prendre des aspects divers puisqu’il n’y a pas de transmission des caractères acquis, le capital génétique ne change pas. Sur le plan religieux, la doctrine de Darwin remettait en question la doctrine chrétienne.

La vulgate darwinienne revenait à dire : « l’homme descend du singe » ou « l’homme est un animal comme les autres ». Le christianisme avait toujours bien séparé l’homme (avec une âme) du reste du monde animal. En dehors de la religion on s’est aussi servi du darwinisme pour une utilisation politique : le darwinisme social. Il y a des individus supérieurs et d’autres inférieurs. Les eugénistes redoutaient, que les inférieurs supplantent démographiquement les supérieurs. Galton (fondateur de l’eugénisme) pensait que certaines races sont moins évoluées. Un certain libéralisme économique s’appuiera sur l’idée de compétition sociale naturelle.

Konrad Lorenz (prix Nobel père de l’Éthologie) ne voulait pas que les « parasites sociaux » (on dirait maintenant les cas sociaux) se multiplient. Dans la théorie de l’évolution, l’origine de l’homme fut bien sur une affaire politique. Il y a d’ailleurs beaucoup d’interrogations. Et les théories se font et se défont chaque fois qu’on découvre une nouvelle Lucy. Pour les « humanistes » il faut absolument que les hommes aient la même origine en Afrique de préférence même si le concept « Afrique » n’a pas grand sens à l’époque du début de l’humanité. Il existe toujours l’obsession raciale même en négativité.

La Sociobiologie s’est voulue une synthèse englobant le social et la sociologie. Le livre d’Edward Wilson : Sociobiology, The new synthesis date de 1975. Ce travail fut intéressant car il suscita une polémique très forte, ce qui oblige les biologistes à affiner leurs positions. Cette vision du monde vivant concernait toutes les espèces homme compris. La sociobiologie se définit comme « étude systématique du fondement biologique de tout comportement social ». On découvrait une « morale du gène » qui est égoïste.

Wilson expliquait tout par le gène : la guerre, la xénophobie, l’altruisme, la soumission des femmes… Edward Wilson n’a jamais cherché à plaire aux féministes. La critique que l’on a fait à la sociobiologie est que l’homme n’est pas un automate génétique à la différence des autres animaux. Il y a chez lui tout un processus d’apprentissage et la culture. La sociobiologie fut « étiquetée comme raciste, élitiste, discriminatoire d’être d’ « extrême droite » bref ce qui fatalement sentait le soufre ».

L’hérédité de l’intelligence

Ce débat fut très vif aux Etats-Unis où les tests de quotient intellectuel sont systématiques.

Le prix Nobel Schockley fut un donateur de sperme de prix Nobel. L’intelligence aurait une base génétique. Les noirs auraient un quotient intellectuel inférieur en moyenne selon lui. Tout ce que l’on sait comme le dira l’ « Humaniste » Jacquard, s’il existe des gènes de la débilité, il n’y a pas de gènes de l’intelligence. Si l’on constate des différences de dons, d’intelligences spécifiques, l’explication biologique ou génétique est encore de nos jours hasardeuse ou prématurée. Il y a bien sûr chez l’homme toute une part d’acquis. Ce débat sur l’intelligence, son hérédité, fut d’autant plus vif qu’il avait une connotation raciale et de légitimation des classes sociales. Individuellement l’intelligence est perçue comme la valeur suprême sur le plan social.

Le biologisme

Courant qui consiste à fonder la société sur le caractère biologique de l’animal humain. La façon dont réagit un individu est déterminée par les propriétés des molécules d’ADN, de son cerveau et de ses cellules germinales. L’homme est réduit à la biologie, et donc aussi aux lois de la chimie.

Si l’homme accepte l’utilisation de la physique et de la chimie pour expliquer le monde extérieur à lui, il refuse par orgueil ou pour des raisons morales de l’appliquer à lui-même. Il appelle cela un réductionnisme biologique, moléculaire ou autre. Les déconstructeurs de la science comme Heidegger ou Feyerabend ont été nombreux au XXieme siècle. On a parlé des gènes de la criminalité, des gènes pour les QI déficients. Le biologisme a détourné de la science de nombreux individus. Nous citerons Horkheimer (un des fondateurs de l’école de Francfort) « Le rejet philosophique de la science est un soulagement pour la vie privée, mais pour la société un mensonge ». Horkheimer croit encore peut-être un peu naïvement à l’objectivité et à la neutralité de la science.

L’idée de la race

Les bonnes âmes nous expliquent qu’elles n’existent pas. Dans les manuels scolaires on écrit : « les races n’existent pas » « Il n’y a pas de races, il y a une race humaine ». On a des phrases qui dans le fond ne veulent rien dire mais qui ont un fort contenu idéologique. En philosophie analytique, on appelle cela des performatifs c’est-à-dire des énoncés dont la fonction n’est pas de décrire mais d’agir, ici sur le plan politique et idéologique. En tout cas, dans PADN, on retrouve la race d’un individu, ce qui veut dire une corrélation entre le génotype et le phénotype. L’idée de la race a obsédé les hommes, même chez les humanistes qui cherchent à tout prix à la nier ou la détruire par le métissage. Pourquoi détruire ce qui n’existe pas ? Dans le Cantique des Cantiques de la Bible, on a la phrase « Je suis belle mais noire ». Buffon dans son Histoire Naturelle présente les lapons comme abjects et les Hottentots « se trainant à quatre pattes ». L’argument esthétique était important au XVIIIeme siècle. Linné a fait une classification raciale des hommes. Comme au XIXeme siècle, on a mesuré sans cesse les crânes humains pour savoir ceux qui avaient la capacité crânienne la plus importante, au XXeme siècle, on a mesuré les quotients intellectuels (comme le fit Eysinck aux États-Unis) pour hiérarchiser les hommes et aussi les races. Il va de soi que les tests de Q.I. ne mesurent pas toute l’intelligence comme l’intelligence corporelle, musicale, psychologique ou la sensibilité gui permet de ressentir plus fortement, la créativité… On s’est engouffré dans ces failles pour décrédibiliser les tests et ainsi les classements établis qui dérangeaient les bonnes consciences.

Conclusion

Dans l’affrontement qui s’est opéré entre « humanistes » et ceux que l’on nomme « anti-humanistes » ou différentialistes la soi-disant neutralité de la science a été mise à mal. De nos jours, il va de soi que tout individu qui veut faire une carrière universitaire a intérêt à se rattacher au courant humaniste imposé par le politiquement correct. La biologie se trouve (à la différence de la physique) mêlée de très près aux convictions morales, religieuses ou politiques. Certains refusent encore la théorie de l’évolution et prônent le créationnisme. En tout cas, en biologie on peut dire que l’innocence n’existe pas. Des qu’un « scientifique » veut donner du sens à la « science biologique », la frontière entre savoir et opinion devient de plus en plus floue.

Patrice GROS-SUAUDEAU



La philosophie de l’Art
24 novembre, 2011, 17:27
Classé dans : plus ou moins philo

Qu’est ce que l’art ? La réponse la plus communément admise est la création de belles choses, ce qui amène une réflexion philosophique sur le beau. Avant de définir l’art, il est incontournable depuis Bourdieu d’en faire la sociologie.

Peut-on avoir un discours sur l’art comme si la société, les classes sociales n’existaient pas. C’est la société qui définit ce qu’est une œuvre d’art.

L’art est intrinsèquement élitiste depuis son origine puisqu’il a souvent été conçu pour le prince. Dans « la Distinction » Bourdieu continuera d’y voir cette fonction : « la principale fonction de l’art est d’ordre social. La pratique culturelle sert à différencier les classes et les fractions de classe, à justifier la domination des uns par les autres ». « L’art remplit une fonction sociale de légitimation des classes sociales ».

Pouvoir mettre des mots sur les œuvres d’art dénote une supériorité intellectuelle et sociale. Le discours sur l’art (connaître ses codes) différencie les individus. Il y a ce qu’on appelle la culture légitime (de ceux qui maîtrisent la parole pour la justifier) et les autres. Le jugement de goût de ceux qui possèdent les titres de noblesse culturelle (diplômes, éducation selon Bourdieu) a comme conséquence de juger comme « goût de chiotte » celui des autres. L’appropriation des œuvres d’art est aussi la marque d’une puissance financière. Versailles a été la matérialisation de la puissance et du pouvoir politique de louis XTV.

On ne peut quand même pas réduire l’art aux rapports sociaux et à l’économique. Même un philosophe marxisant comme Marcuse admettra une autonomie de l’art.

Le Beau

Ce terme est indéfinissable tant il comporte de subjectivité et pourtant tout individu même le plus frustre le ressent. Le beau n’est pas intrinsèque à l’art puisque les peintures noires de Goya ne cherchent pas le beau comme Guernica de Picasso. Chez Platon, il y a adéquation entre le vrai, le beau, le bien. Mais le beau ne se trouve pas forcément dans l’art. Platon le voyait plutôt dans les formes géométriques. L’art n’est qu’une imitation de la nature, elle-même une apparence. Pour Aristote, l’art recrée la beauté de la nature. Il accepte même le principe d’imitation. Kant définit la beauté : « est beau ce qui plait universellement sans concept ». Le beau est hors du désir, il est satisfaction désintéressée. Cette vision kantienne a-t-elle encore un sens pour ce qu’on appelle l’art populaire.

Quant à Hegel, le beau est la manifestation sensible et empirique de l’Idée. Le beau est conçu comme unité entre la forme sensible et l’Idée universelle. On retrouvera cette idée en partie chez Heidegger.

Kant

Le philosophe analyse le jugement de goût dans Critique du jugement. Kant distingue le plaisir sensible et le beau qui est une satisfaction désintéressée.

« Le goût est la faculté de juger un objet ou un mode de représentation par la satisfaction ou le déplaisir d’une façon toute désintéressée. On appelle beau l’objet de cette satisfaction ».

Lorsque Kant écrit : « le beau est ce qui plait sans concept, il n’est donc pas l’expression d’une idée comme chez Hegel. Lorsque l’on pense qu’un objet est beau, pour Kant autrui peut aussi le penser car il est constitué comme moi. Bizarrement il n’y a pas de noumène (chose en soi) du beau. Il y a une intersubjectivité toute Husserlienne dans l’art. Il y a une communication entre les hommes.

Hegel

Hegel a écrit une œuvre monumentale sur l’esthétique. Il rejette totalement le principe d’imitation de la nature. En ce qui concerne la peinture, avec l’invention de la photographie, l’imitation deviendra totalement superflue.

« L’art doit donc se proposer une autre fin que l’imitation purement formelle de la nature ; dans tous les cas, l’imitation ne peut produire que des chefs d’œuvre de la technique, jamais des œuvres d’art » (Esthétique).

Le beau chez Hegel est la manifestation sensible et empirique de l’idée. Il faut l’unité de la forme sensible et de l’idée universelle.

Hegel distingue trois formes d’art : l’art symbolique, l’art classique et l’art romantique.

Dans l’art symbolique il y a séparation entre le contenu spirituel et la réalisation sensible.

L’art classique réalise l’adéquation entre contenu et forme sensible.

L’art romantique devient art de l’intériorité dans l’expérience de l’intériorité (la forme). L’art va donc vers sa propre fin puisqu’il se coupe de son essence qui est une plasticité sensible. C’est la théorie de la fin de l’art selon Hegel.

Nietzsche

Pour le philosophe de Leipzig l’art « rend supportable le spectacle de la vie en le recouvrant d’un voile de pensée trouble ».

L’art protège les hommes contre la vérité. C’est une illusion nécessaire, une consolation. L’art suprême est la musique. Comme à son habitude, Nietzsche fait une généalogie de l’art en étudiant la psychologie de l’artiste. L’art ne devient donc qu’une « représentation de soi de l’artiste » On a là une désacralisation de l’art. L’art ne peut s’approcher de l’être puisqu’il n’y a pas d’être ultime. La création artistique représente aussi un travail et n’est pas le résultat d’une inspiration divine. Nietzsche démystifie l’art. « Tout ce qui est fini, parfait, excite l’étonnement, tout ce qui est en train de se faire est déprécié. Or personne ne peut voir dans l’œuvre de l’artiste comment elle s’est faite, c’est son avantage, car partout où l’on peut assister à la formation, on est un peu refroidi » (Humain trop Humain)

Heidegger

L’art est analysé dans la conférence sur l’Origine de l’œuvre d’art. Après avoir critiqué la vision esthétique de l’art, c’est-à-dire l’effet que peut produire une œuvre d’art sur notre sensibilité, Heidegger voit dans l’œuvre d’art la mise en œuvre de la vérité.

Par l’art, un peuple accède à l’Histoire. « En tant qu’instauration, l’art est essentiellement historial. Ceci ne signifie pas seulement qu’il a une histoire au sens purement extérieur où, puisqu’il se manifeste au cours des âges à côté de maints autres phénomènes, il se voit lui aussi sujet à des transformations pour finalement disparaître, offrant ainsi à la science historique des aspects changeants. L’art est histoire en ce sens essentiel qu’il fonde l’Histoire ».

L’œuvre d’art fait advenir la vérité. La vérité est dévoilement chez Heidegger. L’art fait éclore l’être.

La position de Heidegger est par certains côtés proche de celle de Hegel, l’œuvre d’art manifestation de l’idée. Heidegger valorisera beaucoup la poésie et le poète touché par la grâce de l’être. La poésie fonde l’être par la parole. La poésie est même « le langage primitif d’un peuple historial ». Heidegger sera « embarrassé » par l’art moderne qui n’est plus l’expression d’un peuple.

On pourrait de façon très curieuse, rapprocher Lénine et sa vision sur l’art : « L’art appartient au peuple. Il doit avoir ses racines profondes dans la grande masse des travailleurs. Il doit être compris et aimé par eux. Il doit être enraciné et développé en accord avec leurs sentiments, leurs pensées et leurs aspirations ».

La psychanalyse de l’art

Certains ont vu dans l’art un dérivatif sexuel. Ceci semble assez grossier comme analyse. Chez Freud, les pulsions sexuelles refoulées sont sublimées et permettent la création artistique. L’artiste agit sous l’effet de la sublimation de ses pulsions refoulées. Freud analyse ainsi Léonard de Vinci, homosexuel inhibé. L’artiste a échappé à la névrose par sa création.

« Le refoulement de l’amour infantile de Léonard pour la mère contraindra cette faible part de la libido à prendre la forme homosexuelle et à s’extérioriser en amour platonique pour les garçons ».

Les créations, les œuvres d’art sont les représentations des désirs inconscients de l’artiste. Comme pour le rêve, on peut donc déchiffrer l’œuvre d’art. L’imagination exprime un désir qui déborde la réalité, souvent sous une forme déguisée.

Conclusion

Si l’art est politique, le discours sur l’art est aussi politique. Le politiquement correct s’est invité dans le jugement sur l’art, puisqu’il ne faut plus dénigrer les œuvres venues d’autres cultures que l’on pourrait parfois juger durement si elles venaient des artistes occidentaux. Les arts primitifs sont devenus arts premiers et le musée du quai Branly est la traduction de la célébration de ces arts dits premiers.

Les œuvres d’art qui finissent au musée subissent-elles une momification ou une métamorphose selon le mot de Malraux ?

Comme la Tour Eiffel qui a été la représentation avant-gardiste d’une France puissante, coloniale et industrielle et représente maintenant un symbole nostalgique d’une France d’autrefois.

Après avoir été allégorique, réaliste ou figuratif, l’art abstrait n’est il que celui d’une bourgeoisie cosmopolite qui veut se différencier à la fois de l’art populaire et de l’art, expression d’un peuple ? Y-a-t-il une dissolution de l’art comme le soutenait Hegel et qui mettait Heidegger dans l’embarras ? L’art fonde l’Histoire disait ce dernier. S’il y a une fin de l’Histoire il y a aussi une fin de l’art.

Patrice GROS-SUAUDEAU


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